
Saskia Lethiec a cinquante ans – c’est elle qui le précise ; Johann Sebastian Bach est mort depuis 275 ans de plus – ce n’est pas un secret. Pourtant, la première se sent, comme moult violonistes, en connexion avec le second, lequel – la chose est presque peu connue – était violoniste en sus d’être organiste et aurait donc créé lui-même ces pièces qu’il a mélangées.
Dans son double disque publié par les Suisses courageux (comme les Français, ils ne sont pas tant que ça) de Cascavelle, Saskia Lethiec respecte l’ordonnancement des premières éditions, alternant sonates et partitas en quatre mouvements sauf exception. Et l’artiste s’engage : c’est elle qui
- rédige le bref livret,
- revendique le choix du lieu d’enregistrement (« l’église de Comps dans la Drôme ») et
- décrypte l’instrument qu’elle joue
- (un « violon de Louis Guersan datant de 1741 »,
- « monté en boyaux filés », et
- manipulé avec un archer de Craig Ryder).
La première sonate en sol mineur, composée pour Noël, est construite comme ses consœurs en quatre mouvements :
- prélude,
- fugue,
- mouvement lent, et
- mouvement vif.
Elle s’ouvre sur un adagio dont l’interprète s’attache à rendre la liberté de respiration :
- souplesse du phrasé,
- art de poser les premières notes des accords,
- hauteur de vue quand trilles et quintuples croches semblent défier une battue rigoureuse.
La façon d’associer avec goût
- mélodie,
- accords et
- ornementation
captent l’attention en dépit d’un enregistrement grevé par une prise de son proche de l’interprète (certaines inspirations sur ce premier mouvement peuvent finir par paraître oppressantes) et nimbée dans une acoustique trop généreuse à notre goût (réverbération contestant la finesse de la ligne).
La fugue, notion a priori rigolote pour un instrument réputé monophonique, prend son temps malgré l’indication – vague – d’allegro. Cela permet à l’interprète de privilégier la musique sur l’esbroufe virtuose. Saskia Lethiec y déploie un souci de netteté qui sied à la clarté polyphonique.
- L’aisance technique,
- la simplicité de l’énonciation et
- le plaisir de la nuance
colorent cette version. La différenciation des segments entre parties fuguées et commentaires à une voix parvient à rendre piquant le ressassement du sujet sur l’ensemble du parcours. La sicilienne qui fait office de troisième mouvement puise son originalité dans l’oscillation entre la rigueur posée, marquée par un rythme très corseté, et l’effet swing permis par
- le dialogue des registres,
- le surgissement sporadique des triples croches, et
- la suspension qu’aime créer la violoniste en dissociant attaque et corps du son.
Le presto en deux parties avec reprises ne va pas vite : il file,
- décidé,
- bondissant,
- quasi inarrêtable.
Saskia Lethiec n’hésite pas à jouer avec la régularité des chapelets de doubles, la déréglant
- ici pour installer une basse,
- çà pour transformer une envolée dans les aigus en une sorte d’ornement enivré par sa propre légèreté,
- là pour oser une micro-respiration qui donne de la chair sonore au phrasé, particulièrement soigné.
De quoi mettre en appétit avant la demi-heure que durera la première partie, à découvrir dans une prochaine notice !
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