Saskia Lethiec, « Sonates et Partitas pour violon seul de Bach » (Cascavelle) – 8/11

Première de couverture

Après la partita BWV 1004 en ré mineur, composée de quatre mouvements d’environ 4′ et d’une chaconne de près d’un quart d’heure, voici la sonate BWV 1005 en Ut, associant trois mouvements d’environ 4’… et, en deuxième position, une fugue de 12′. Ceux qui aiment l’itération en seront pour leurs frais ; ceux qui apprécient la foucade battront des menottes.
L’adagio à trois temps s’élance sur un rythme pointé. Johann Sebastian Bach y associe

  • la solennité de la marche et le désir de mouvement
    • (balancement croche pointée – double croche,
    • surgissement de triples voire quadruples croches,
    • trilles),
  • l’élégance de l’intervalle chou tout plein et l’efficacité de la dissonance qui s’assume,
  • la volonté d’avancer et les impedimenta qui ralentissent le mouvement
    • (rigueur métronomique du tempo lent,
    • suspensions,
    • nécessité de poser les intervalles).

On double le tempo avec la fugue « allabreve » qui se développe sur trois voix. Johann Sebastian Bach cumule

  • effets d’écho,
  • souplesse tonale,
  • variété de l’écriture
    • tantôt entrelaçant les voix,
    • tantôt distinguant un soliste et des accompagnateurs,
    • tantôt laissant une mélodie se développer sans accompagnement.

Saskia Lethiec répond à l’exigence de la partition par un jeu polymorphe,

  • ici sérieux,
  • çà gracieux,
  • là grave.

 

 

Malgré ce qui ressemble à des points de montage mal maquillés (5’22 ou 9’14, par ex.) et à des fins de piste mal négociées (trop brève pour l’adagio, bientôt entachée d’un raclement de gorge parasite pour la fugue), on goûte

  • l’équilibre des registres,
  • la capacité à faire chanter l’instrument,
  • l’art de faire d’un intervalle de base un tremplin énergisant,
  • la manière de phraser les séries de croche, et
  • la différenciation des attaques qui clarifie les dialogues.

Quand le compositeur reprend son thème « al riverso », Saskia Lethiec ne se départit pas de sa manière

  • de valoriser le lead,
  • d’exprimer l’élan vital sans lequel une fugue n’est qu’un exercice fastidieux pour singes savants imités par l’IA, et
  • de coupler clarté d’énonciation et plaisir de la profusion sonore.

L’exercice technique redoutable disparaît derrière un plaisir de pousser le violon à certaines de ses limites.

  • La virtuosité devient joie,
  • la richesse évidence,
  • la complexité musique.

De quoi mettre en appétit avant les deux prochains et derniers mouvements de la sonate. À suivre !


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