
Après un allegro moderato massif, la treizième sonate de Franz Schubert se poursuit avec un andante deux fois plus court qui troque la tonalité de La majeur pour un si mineur, et le quatre temps pour une mesure ternaire. Un prélude méditatif amorce le mouvement avec des accords répétés qu’Irakly Avaliani enfonce profondément dans le clavier en en détachant les notes-clefs. L’exposé de la mélodie sur le balancement de la senestre ne libère pourtant pas le chant.
- Des notes répétées interrompent cette tentative d’envolée ;
- une modulation en mi mineur réinvestit le motif du prélude ; et
- une rythmique doublement ternaire (on passe d’une mesure à 3/4 à une mesure à 9/8) le colorie différemment.
L’interprète raconte l’histoire
- comme si elle se fabriquait devant nous, en direct,
- comme si le compositeur cherchait la juste manière de s’exprimer,
- comme si ce qui était dit s’effaçait derrière ce qui aurait pu être narré sinon mieux du moins différemment.
Cette intériorité questionnante frisant le making of sied à ce mouvement – au sens actif du terme – aux trouvailles harmoniques toujours plaisantes et souvent surprenantes (ainsi de l’improbable passage de l’accord de La7 à Bb/F, à 4′ !), rendues avec la délicatesse idoine par Irakly Avaliani jusqu’au rassérénant Ré majeur conclusif.
Synthétisant les deux premiers mouvements, un allegro en La (comme le premier) ternaire (comme le deuxième) contraste par son pétillement avec le calme de l’andante.
- La légèreté du toucher,
- l’aisance digitale et
- le sens de l’accentuation
du pianiste font merveille. Voilà un moment qui sait
- être allègre,
- se suspendre pour mieux filer ensuite, et
- danser avec grâce sans oublier d’être tonique sur ses appuis.
La seconde partie, sporadiquement plus tourmentée, renforce le plaisir des contrastes
- d’humeur,
- de tonalité et
- d’énergie.
Irakly Avaliani excelle à retourner sans cesse sa veste musicale (combien d’endroits et d’envers n’a-t-elle pas !) pour jouer
- le galop,
- le sautillement,
- le cahot et
- les joies
- (insouciance,
- fulgurance,
- évasion éphémère d’un monde qui, le reste du temps, ne rechigne pas à nous turbuler).
De quoi mettre en appétit avant les quatre impromptus qui seront au menu de prochaines notules !
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