
Après un disque partagé entre voix et quatuor à cordes, le florilège Lucie Vellère fomenté par Musique en Wallonie se complète par un disque entièrement consacré au piano. L’instrument est confié à Thérèse Malengreau, et le récital commence par Trois tanagra, cycle composé en 1918. Première statuette, la « Danseuse » esquisse une gymnopédie partagée entre un groove ancré dans les graves et des octaves aériennes. L’inversion des rôles ouvre la voie à un travail autour
- de la résonance,
- des caractérisations de registre et, plus généralement,
- de l’équilibre du son.
Le dialogue entre gauche et droite du clavier se poursuit autour
- d’harmonies piquantes,
- d’itérations tenant lieu de développement et
- d’une ultime suspension.
« La porteuse d’offrandes » garde le principe d’une main gauche accompagnante, fondée sur un balancement motorique, au-dessus duquel se greffe une mélodie
- mystérieuse,
- délicate et
- diaphane.
Tantôt,
- des accords,
- des octaves et
- une accélération vigoureuse
secouent provisoirement la tranquillité de la miniature.
Les astuces harmoniques de la compositrice sont habilement ciselées par une Thérèse Malengreau qui ne joue jamais mignon, préférant
- la netteté des accents,
- la justesse de l’agogique et
- la précision du phrasé.
« Bacchante » oppose une nouvelle fois une main gauche rythmique et une main droite plus
- libre,
- légère et
- presque festive,
entraînant sa consœur dans son élan.
- Ruptures,
- méli-mélo et
- variations
reprennent plaisamment le motif jusqu’à l’accélération conclusive. 41 ans plus tard paraît Promenade au bord du lac, un cycle de six pièces brèves (entre 1’45 et 3′). « L’heure tranquille » va son chemin dans la paix des médiums et des graves.
- La compositrice veille à partager le lead entre dextre et senestre ;
- l’interprète équilibre les voix ;
- l’auditeur goûte ce singulier mélange absolument inconnu ici-bas, aussi loin que nous sommes concernés, nowadays.
« Pétales sur la cendre » se présente comme une aimable bluette paisiblement dissonante.
- Les recherches harmoniques,
- les questionnements nuancés,
- les échos habilement rendus par l’interprète
animent ce deuxième épisode jusqu’à la coda savoureuse. « L’eau profonde » est volontiers
- trouble,
- agitée et
- instable.
Thérèse Malengreau en rend le mystère insaisissable jusque dans les abysses et les points d’orgue. « Danse au clair de lune » y va sur
- le rebond,
- l’étrangeté des registres, et
- l’habileté des ruptures thymiques.
Grâce à l’énergie de l’interprète, la praticité a posteriori un rien pataude des titres programmatiques n’obère en rien l’intérêt des propositions musicales qui, suppute-t-on, devaient passer par ce processus.
« La maison abandonnée » s’épanouit dans
- une esthétique de l’évocation,
- une sensibilité du possible et
- une intellignce profonde de l’instrument que l’interprète semble éprouver intimement.
« L’île en feu » s’amorce sur des accords aigus, fort convenus, dont le grave ne s’en fasse l’écho. Dans cette friction, il y a
- de la tonicité multi-registres,
- de la suspension évocatrice, et
- de la rugosité bienvenue pour ne pas réduire, alléluia, une promenade lacustre à un pensum.
À suivre !
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