
Troisième cycle – le plus développé – au programme du florilège pianistique de Lucie Vellère confié à Thérèse Malengreau, Préludes pour la jeunesse a été composé en 1950 et publié en 1959, dans la foulée de Promenade au bord du lac, écouté tantôt. Onze miniatures pesant entre 1′ et 4′ y sont rassemblées.
« Bucolique » est la bande-son d’une promenade qui sait être charmante sans être chichiteuse. Sur un tempo allant, on apprécie le contraste entre
- legato et staccati,
- régularité et contrastes
- (contretemps,
- triolets,
- ralentis habiles),
- simplicité de la ligne et circulation du lead entre soprano et basse.
Toujours rebelle aux développements en bonne et due forme, Lucie Vellère privilégie
- le ressassement,
- la reprise de motifs identifiés et
- la modification plus ou moins insidieuse des cellules reconnaissables.
« Ombres chinoises » creuse la veine d’un détaché espiègle que l’art de l’interprète pare d’une dimension ludique fort appréciable.
- La variété des harmonies,
- la multiplicité des attaques,
- le recours à de nombreux breaks suspendant le discours, et
- l’art de la modulation
captent l’attention par-delà l’aspect peu spectaculaire de la pièce.
« À tire d’ailes », pièce la plus courte du cycle, aurait aussi bien pu s’intituler « Le frais ruisseau » ou « le gai souriceau » ! Chacun entendra ce qui lui chante dans cette cavalcade douce que, fidèle à sa patte, Lucie Vellère prend plaisir à entrecouper de silences.
- Des bouts de phrase évoquent des chansons enfantines,
- la parole circule sur différents registres, et
- les harmonies chamarrées de la compositrice soufflent sur l’auditeur comme une brise bienfaisante baguenaudant dans un crépuscule estival.
La « Nostalgie » suivante va son p’tit bonhomme de chemin. Thérèse Malengreau y fait sonner un piano
- précis,
- coloré et
- cristallin
joliment capté par Manuel Mohino. L’on apprécie sa manière d’incarner des pièces sans doute pas pensées pour le concert et qui, en conséquence, donnent par interstices l’impression d’être certes bien troussées mais plus mignonnes voire gentillettes que cherchant à chambouler le mélomane.
- Les quelques dissonances,
- les intervalles inattendus et
- le jeu épuré mais investi de l’interprète
poussent toutefois à chercher dans cette musique rarement ouïe un intérêt autre que documentaire.
« Masques » fait planer une main droite
- virevoltante,
- piquante et
- presque facétieuse
sur une main gauche motorique, la compositrice utilisant ses effets stylistiques préférés
- (énoncé du thème à la main droite,
- dialogue entre basse et soprano,
- ruptures)
que Thérèse Malengreau mitonne aux petits oignons
- (phrasé,
- toucher,
- nuances et
- usage remarquable de la pédale de sustain).
« L’histoire inachevée » prolonge cette marque de fabrique dans un dialogue entre les deux mains qui dévoile des facettes variées selon l’inspiration d’une compositrice qui, youpi, préfère changer de narration plutôt que de traîner en longueur.
« Les routiers » déroute par le contraste entre l’imaginaire convoqué par son titre et l’entrain primesautier qui caractérise la miniature. Il y a
- de la bonne humeur dans ces sautillements,
- une forme de bien-être dans les notes tenues et prolongées, et
- du charme dans des harmonies qui, décidément, ont l’art et la manière de titiller les portugaises.
« Voici l’automne » révèle une mélancolie qui garde la politesse de l’élégance.
- Un peu de noirceur point ici,
- sourd çà un soupçon de taedium vitae façon contemplation des feuilles qui tombent dans le presque-crépuscule, et
- un spleen pudique se faufile là, notamment dans les échanges entre les deux pognes tandis que l’on se prépare délicatement à prendre congé en écoutant une dernière fois le thème liminaire.
C’est sur cette pièce fort réussie que nous suspendrons notre écoute jusqu’à la prochaine notule qui portera sur les quatre derniers préludes et sur l’ultime cycle au programme, Feuillets épars. À suivre !
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