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Le blog de Bertrand Ferrier, page 270

Indochine, « 13 Tour », 16 février 2018, AccorHotels Arena


Ce 16 fĂ©vrier marquait l’heureux retour d’Indochine Ă  « Bercy », pour le premier de ses quatre concerts complets, version « 13 Tour » (le cinquième vient dâ€™Ăªtre annoncĂ© Ă  la rĂ©servation et devrait rapidement dĂ©border).

Le contenu

Au programme, 2 h 22 de musique distribuées, grosso modo, en deux temps :

  • d’abord l’interprĂ©tation du nouveau disque, 13, en rĂ©servant une chanson pour la fin ;
  • puis, après un rapide feuilletage de classiques (type « College Boy »), le passage aux golden hits, dont les quatre plus connus sont « J’ai demandĂ© Ă  la lune », pour le presque rĂ©cent et, pour les prĂ©historiques « Canary Bay », « Les yeux noirs » et l’indispensable « Aventurier ».

Soyons clairs et stipulatoires : un concert d’Indochine n’offre guère de surprise, au contraire. Il est construit autour de topoi rassurants, qui contribuent à fédérer trois catégories de spectateurs – les fans hardcore, les fans qui envient un peu la fanitude des premiers, et les pièces rapportées, tractées par les deux premières catégories (on se souvient de Wally, à l’Espace Jemmapes, remerciant « la moitié des spectateurs qui a obligé l’autre moitié à venir »).

Photo : Rozenn Douerin

Les caractéristiques

Première caractĂ©ristique, la scĂ©nographie se dĂ©cline en trois Ă©lĂ©ments-clefs : la structure (une scène au fond et une avancĂ©e scĂ©nique jusqu’aux deux tiers de la fosse) ; les Ă©crans (cette fois joliment dĂ©coupĂ©s façon icĂ´ne de haut-parleur, avec un Ă©cran lunaire supplĂ©mentaire pour les spectateurs latĂ©raux) ; et un jeu de lumières tout Ă  fait pimpant, entre effets bateaux mais indispensables, Ă©lĂ©gantes trouvailles dans la verticalitĂ© et rĂ©tro-Ă©clairage de la scène, notamment autour du chiffre « 13 », dĂ©formĂ© tantĂ´t en croix, tantĂ´t en un T Ă©voquant une pub pour Deutsche Telekom. Cette scène en T est truffĂ©e de prompteurs, car Nicola Sirkis ignore complètement ses textes grotesques (voir le refrain de « Song for a Dream », par ex.), semblant les dĂ©couvrir parfois et s’emmĂªlant les pinceaux, dès le deuxième titre, quand il a la folie de s’en dĂ©tacher – heureusement, la salle entière lui sert de prompteur lorsqu’il n’arrive pas Ă  lire son texte, c’est-Ă -dire, hĂ©las, souvent. Ă€ cette double scène (fond + avancĂ©e) s’ajoute une scène supplĂ©mentaire : la salle, puisque Nicola Sirkis tient Ă  descendre dans la fosse pour saluer ses admiratrices au plus près.
Deuxième caractĂ©ristique, la rĂ©partition des rĂ´les : un concert d’Indochine, c’est un concert de Nicola Sirkis, point. Ce vendredi, il est teint en blonde, avec une coupe Ă  mi-chemin entre un jacques-higelin hirsute et un footballeur est-allemand inspirĂ© par David Bowie (le spectacle, qui s’ouvre sur un hommage notamment Ă  feu David, s’achève sur « Life on Mars »). Accessoirement, le fondateur du groupe est accompagnĂ© de vieux complices, de nouveaux dĂ©jĂ  anciens et d’un p’tit inĂ©dit – en l’espèce, le batteur, vigoureux et constant : dans un rĂ©pertoire qui fonctionne essentiellement grĂ¢ce Ă  la grosse caisse ultra-amplifiĂ©e, le SuĂ©dois derrière les fĂ»ts est la pièce majeure et, sans doute, le meilleur des instrumentistes du soir. Ajoutons aux musiciens l’usage, aussi abondant qu’escagassant, de bandes-sons de deux types : ambiances sonores ou, carrĂ©ment, play-back (boucle additionnelle et chant enregistrĂ©).
Troisième caractĂ©ristique, le jeu de scène de Nicola Sirkis, en sus de la lecture de ses chansons, est structurĂ© autour de trois Ă©lĂ©ments dramaturgiques : les remerciements, lourdement ostentatoires et rĂ©currents ; les mouvements vers le public pour serrer des mains sous l’œil vigilant des, prĂ©cisĂ©ment, vigiles, eh oui ; et les « Sooo » tribaux, criĂ©s puis dansĂ©s dès que le riff instrumental prend le dessus, permettant Ă  « l’Ă©lectrastar » de crapahuter en hauteur au fond de la scène principale. La construction dramaturgique est aisĂ©ment reconnaissable, avec le moment acoustique seul au milieu de la salle quand la fin du concert approche, les interludes parlĂ©s gĂ©nĂ©reusement bafouillĂ©s afin de garder une once de spontanĂ©itĂ© dans ce rĂ©cital ultraprogrammĂ©, les nombreuses pauses pour que papy rĂ©cupère, le medley de la mi-concert, les gimmicks verbaux aussi attendus que sciemment limitĂ©s (« putain de public ! putain de nuit ! »), le solo de clavier du chef, soulignant sa virtuositĂ© Ă  Ă©chelle humaine, digne de Partenaire Particulier – bref, tout ce qui, mis bout Ă  bout, fait « concert d’Indochine ».

Seul au monde ou presque. Photo : Rozenn Douerin.

L’évaluation

Et donc, c’était bien ? Reconnaissons avant tout que cette Ă©norme machine à cash qu’est une tournĂ©e d’Indochine s’appuie sur une remarquable maĂ®trise technique (lumières, design vidĂ©o, puissance du son – contrairement au prĂ©cĂ©dent concert du groupe vu Ă  Bercy oĂ¹, selon notre souvenance, les amplis Ă©taient tombĂ©s en rade un bon quart d’heure) : très pro. Surtout, l’on apprĂ©cie que le patron ait choisi de chanter en quasi intĂ©gralitĂ© le nouveau disque, refusant de s’enfermer dans un enchaĂ®nement de tubes pour nostalgiques (« allez, on y va ! » lancera-t-il, fataliste, quand le temps est venu de passer au moment RFM du concert). Les concerts qui s’annoncent sont sans doute l’occasion pour le chef de constater l’erreur stratĂ©gique patente qui a consistĂ© Ă  choisir comme Ă©tendard du nouveau disque « La vie est belle », en espĂ©rant renouer, par le casting, avec le succès de « J’ai demandĂ© Ă  la Lune ». En effet, le public connaĂ®t mieux quelques autres chansons plus sĂ©duisantes – la palme revenant Ă  « Un Ă©tĂ© français », Ă©lu nouveau simple et, pour le coup, vraiment chantĂ© par le public. Les trouvailles visuelles accompagnant la musique sont en gĂ©nĂ©ral plutĂ´t sĂ©duisantes, surtout si l’on exclut la vidĂ©o pataude ouvrant et clĂ´turant le spectacle, ou celle d’Asia Argento en petite tenue, dont on suppute que l’Ă©rotique petite culotte doit nous faire oublier le play-back ; mais l’on regrette que les bonnes idĂ©es et les effets wow tendent Ă  s’essouffler promptement (rĂ©utilisation des souffleurs de pĂ©tales multicolores… qui risquent de cacher les prompteurs, suscitant la panique du vocaliste ; envoi un peu cheap d’une vingtaine de ballons au final ; pas de « feu d’artifice » conclusif, etc.). Ajoutons que, Ă  l’Ă©vidence, l’habillage visuel a dĂ» susciter un investissement plus massif que le dĂ©tail du son : voix et basse paraissent sous-produites par rapport aux frappes suĂ©doises.
Alors, que manque-t-il vraiment pour sĂ©duire ? Peut-Ăªtre que, en concentrant les moyens et l’énergie sur un spectacle plus resserrĂ©, le groupe aurait gagnĂ© en puissance – les baisses de tension lors des pauses multiples finissent par Ăªtre lassantes, et la stratĂ©gie si rĂ©currente qui consiste Ă  laisser chanter le public pour masquer un trou ou reposer la voix fatiguĂ©e risque de dĂ©cevoir ceux qui apprĂ©cient qu’un chanteur chante. Peut-Ăªtre que, en apprenant au moins quelques textes par cÅ“ur, Nicola Sirkis ne colorerait-il pas son personnage respectueux des fans avec un cĂ´tĂ© mĂ©canique et je-m’en-foutiste qui dissone dans ce show bien rĂ©glĂ©. Peut-Ăªtre que, en surjouant moins l’émotion et la reconnaissance (il nous semble que des mercis trop itĂ©ratifs sont moins percutants que des grĂ¢ces distillĂ©es Ă  quelques moments choisis), la vedette ne laisserait pas sporadiquement sur le cĂ´tĂ© quelques-unes des pièces rapportĂ©es citĂ©s supra, prĂªtes Ă  trouver avenant le zozo, la musique boum-boum entraĂ®nante, l’effet « souvenir modernisé » croquignolesque, mais obligĂ©es d’admettre, en leur for intĂ©rieur, qu’un peu de rigueur ou d’exigence musicale, de la part de Niiiiicola ne nuirait pas pour nourrir leur plaisir de spectateurs.

La conclusion

En bref, nous avons assistĂ© Ă  un spectacle bien habillĂ©, rĂ©solument kitsch quoique technologiquement maĂ®trisĂ©, et plutĂ´t sympathique. Le show a fait le bonheur des groupies, amusĂ© les sceptiques et incitĂ© l’ensemble de l’assistance Ă  dodeliner de la tĂªte en rythme. De la belle quoique perfectible ouvrage qui tient avec droiture sa promesse de divertissement bon enfant – c’est l’essentiel, mĂªme si l’on eĂ»t aimĂ© y dĂ©celer un brin de folie.
[Et la première partie ? Ah, oui, on voulait parler de ce groupe nommĂ© Requin chagrin, mais les services d’accueil d’AccorHotel Arena sont tellement nuls qu’il nous a fallu 45’ d’attente avant d’entrer dans la salle. Nous n’avons donc pu ouĂ¯r qu’une fin de set sentant son sous-Indochine. Pas de quoi nous faire une idĂ©e sur ce combo. Pas merci, l’organisation !]
PS : on nous souffle que l’on a rien compris car y avait plein de soucoupes volantes au plafond. Ben, peut-Ăªtre faut Ăªtre un bas de plafond d’exclure autant de gens d’une partie du spectacle, et puis c’est tout.

Par la fenĂªtre de l’hiver (souvenirs, 1/3)

J’apprends du tchèque

InvitĂ© Ă  devenir provisoirement baryton professionnel faute de concurrent (et sans trucage nĂ©anmoins, ceux qui savent me devinent), je dois chanter, notamment, en tchèque, en portugais et en cantonais. Et le premier partiellement par cÅ“ur. Alors je bosse, vu que pas de trucage.

Corinne Kloska, « Sous le signe de Bach », 13 février 2018, Institut Goethe

Photo : Bertrand Ferrier

Le pitch (Intro 1)

Enfin une critique difficile à rédiger, pour la deuxième partie de notre série sur les transcriptions, rouverte autour du disque de Cyprien Katsaris après quelques épisodes au piano (Yves Henry) et à l’orgue (Vincent Genvrin) !

La problématisation (Intro 2)

Critique difficile d’abord parce que le projet est passionnant (Bach au piano, transcrit de l’orgue de surcroît, et augmenté d’un César Franck laissant résonner autrement l’art de l’olibrius) ; donc les attentes sont hautes. Difficile ensuite parce que nous sommes invité, ce soir-là, et qu’il est toujours délicat de garder son franc-parler dans ces joyeuses conditions (poli, on pourrait s’enthousiasmer a priori pour remercier, ou du moins ne rien critiquer par respect pour l’artiste et reconnaissance envers la production). Difficile enfin parce que… ben parce que, tautologie, il n’est tout simplement pas simple de rendre raison, à leur aune, et des qualités (vu le programme ou très virtuose, ou très délicat, feat. trois chorals redoutablement transcrits par Ferrucio Busoni, un grand triptyque de Franck et le BWV 543 remixé par Franz Liszt en sus du tube « Bist du bei mir » dans la version inédite d’Éliane Richepin, on se doute que Corinne Kloska a des doigts à revendre), et des difficultés, patentes, rencontrées par l’artiste ce 13 février.

Le plan (Intro 3)

Cela Ă©tant posĂ©, tant mieux. Ben oui, c’est un p’tit peu plus stimulant Ă  rĂ©diger, une critique difficile. Et puis, avec quelques heures de vol, on apprend Ă  dĂ©velopper des stratĂ©gies pour pallier cette complexitĂ© – trois stratĂ©gies, forcĂ©ment ;  en Lettres, quand on Ă©tait jeune, c’était la norme, alors bon, restons jeunes afin d’essayer, posĂ©ment, d’écrire du rĂ©cital ce qui nous semble juste sinon bon.

Le développement en trois mouvements

Première option : nous pourrions, simplement, aborder le concert par une feinte objectivité. Dès lors, nous admettrions avec un désarroi certain que nous avons entendu beaucoup de pains et que nous avons vu, à plusieurs reprises, l’artiste perdue car sa main gauche sonnait faux et refusait de se rattraper. Cependant, cette objectivité reste relative : devant la quantité de notes exigée, les différences de types de musique présentés, les prises de risque et la spécificité du live par opposition au disque studio qu’il accompagne, doit-on préférer un jeu lisse et sans accrochage à un jeu engagé avec son lot de scories, il est vrai plus dangereusement en évidence dans la musique de Bach que dans une sonate de Pierre Boulez ou une mazurka de Jambon Frèz ?
Deuxième option : nous pourrions avouer notre dĂ©ception devant le choix de l’artiste d’abuser de la pĂ©dale de sustain, soit pour crĂ©er une rĂ©sonnance d’église assez caricaturale, soit pour essayer, en vain, d’estomper les errements citĂ©s supra. Cependant, ce constat, quasi objectif lui aussi, tendrait Ă  gommer la particularitĂ© et de la salle, Ă  l’acoustique sèche, et du BlĂ¼thner de l’institut Goethe, dont la sonoritĂ© parfois dure et inĂ©gale exige des trĂ©sors de finesse, de la part des artistes, afin d’assurer la continuitĂ© des lignes mĂ©lodiques et de donner Ă  goĂ»ter les beautĂ©s harmoniques. Gageons que ce flou, au rendu pas toujours artistique, naĂ®t d’une volontĂ© vaine quoique gĂ©nĂ©reuse – celle de recrĂ©er une rĂ©sonance dans une salle de concert qui n’en a guère. Cela n’ôte pas toute notre dĂ©ception, mais contraste avec les extraits du disque que nous avions pu entendre en avant-première, extraits oĂ¹ la clartĂ© et la prĂ©cision digitale nous avaient davantage sĂ©duit que ce soir.
Troisième option : nous pourrions regretter, surtout au vu d’un programme aussi variĂ©, ce que nous avons perçu comme une Ă©trange tendance Ă  la monochromie, privilĂ©giant l’usage du mezzo forte voire du forte lors des accords en octave, au dĂ©triment d’une palette de nuances plus large. Cependant, cette voie critique, peut-Ăªtre liĂ©e Ă  la spĂ©cificitĂ© de l’instrument, conduirait Ă  gommer la capacitĂ© de l’artiste Ă  jouer de façon très pĂ©dagogique, sans que le terme ait, pour une fois, une connotation pĂ©jorative : sur une mĂªme intonation, portĂ©e par des poignets d’une grande souplesse permettant un toucher et des legato diversifiĂ©s, Corinne Kloska parvient Ă  faire entendre chaque voix et Ă  crĂ©er des Ă©chos entre ces lignes plus subtilement que si elle s’astreignait Ă  un contraste scolaire, façon coup de Stabylo, la voix entrante en forte et les voix prĂ©cĂ©dentes en pianissimo. Ă€ ce titre, l’entrĂ©e de la fugue du « PrĂ©lude, choral et fugue » de CĂ©sar Franck (que seul le titre relie au projet autour des transcriptions de Bach, mais le titre du disque est « Sous le signe de Bach »), est un modèle du genre ; et les brèves Å“uvres de Szymanowsky et Scriabine concluant, en bis, le concert, montrent que cette clartĂ© polyphonique n’est pas contradictoire avec une Ă©nergie de très bel aloi.

Photo : Bertrand Ferrier

La conclusion

 Alors, plutôt que de s’attarder maintenant sur l’énormité incluse dans l’intéressante note de programme (« au dix-neuvième siècle, presque tous les foyers possédaient un piano, voire deux » : mazette, paysans, prolos et pauvres ne font donc pas partie de la société ou avaient des pianos cachés dans taudis ou masures ?), suspendons un temps notre estimation mais pas notre estime.
Certes, le concert a privilégié l’ambition à la sécurité, quitte à décontenancer parfois la pianiste et l’auditeur.
Certes, les incertitudes de doigts et la perplexitĂ© de la pianiste devant les frottements ont pu Ăªtre dĂ©rangeants tant, par compassion, le spectateur avait le rĂ©flexe de s’inquiĂ©ter par anticipation.
Certes, Ă  plusieurs reprises, on a admirĂ© le professionnalisme de la dame pour deux motifs : d’une part, ce qu’elle sait faire de ses quatre ou cinq mains est inaccessible au bĂ©otien qui l’applaudit ; d’autre part, elle a su rester constante et sĂ©rieuse Ă  tout moment, alors qu’un Ăªtre humain normalement constituĂ© aurait parfois claquĂ© le clavier en s’avouant vaincu.
En somme, les scories, propres au direct, humanisent l’exceptionnel et n’effacent pas la cohĂ©rence ni l’intĂ©rĂªt du projet ; elles ne gomment pas l’audace de cette heure un quart de musique Ă  dĂ©couvert ; et elles ne voilent pas irrĂ©mĂ©diablement la musicalitĂ© indispensable pour faire miroiter Bach Ă  l’aune de ses adaptateurs, quand tant de snobs droguĂ©s Ă  la musicologie historiquement informĂ©e excluent le zozo du champ d’action des pianistes – le fait qu’il s’agisse, ici, de transcriptions, apaisera le vert courroux de ces idiots.

L’ouverture

Comme on a un peu d’chance (pas souvent, souvent, mais parfois, parfois, comme un notaire, faut l’avouer – mĂªme en relisant cette facĂ©tie, j’ai pas compris du premier coup et pourtant, a posteriori, c’est presque clerc, ha-ha), on aura le plaisir, prochainement, d’écouter le disque Ă  l’origine de ce concert, publiĂ© chez Soupir Ă©ditions, et d’examiner de la sorte une autre version, par une mĂªme artiste, d’un mĂªme projet. Peut-Ăªtre commencera-t-on en chougnant que c’est une critique difficile Ă  rĂ©diger vu que l’on a dĂ©jĂ  parlĂ© du sujet, façon captatio benevolentiae quĂªtant l’empathie sous forme de piètre running gag. Ou alors, avec le ton mielleux d’un prĂ©sentateur de radio publique, nous citerons Jacques Roubaud en minaudant : « C’est un autre roman encore, peut-Ăªtre le mĂªme » puis en sourçant la citation, par honnĂªtetĂ© et fatuitĂ© (Quelque chose noir, III, « Roman, II », Gallimard [1986], rééd. « PoĂ©sie / Gallimard », 2001, p. 53)  Qui sait ?
En attendant, dire que la curiositĂ© d’entendre la version studio nous titille sera, on l’aura pressenti, manière de litote.

Rare image d’un organiste s’apprĂªtant Ă  raffronter des sols enneigĂ©s

En attendant Bruno Beaufils de Guérigny

Dernier calage de registration Ă  la table, H-1. Photo : Bertrand Ferrier.

Chaque concert Komm, Bach! est une joie pour l’organisateur quand il constate l’investissement des artistes et de leurs assistants dans le projet complètement con qui consiste Ă  donner, pour peanuts, des rĂ©citals d’orgue. Tellement ringard et Ă©litiste. Tellement pas rentable et tellement anti-macroniste. Tellement archaĂ¯que et chiant. Rock’n’roll, en somme.

Valérie Capliez (détail). Photo : Rozenn Douerin.

Or, le terme correspond bien Ă  ValĂ©rie Capliez, organiste virtuose comme il sied, artiste comme il est bon et musicienne comme il convient aux dames de qualitĂ©. Son programme du 10 fĂ©vrier s’articulait autour de deux pĂ´les : musique allemande qui envoie (Bach, Böhm, Buxtehude, Mendelssohn), et musique française qui zouke en festonnant autour de sa mĂ©lodie  (Corrette, LefĂ©bure-WĂ©ly).

Valérie Capliez live and recorded. Photo : Rozenn Douerin.

Alors, en attendant la venue de Bruno Beaufils de GuĂ©rigny, le samedi 10 mars Ă  20 h, dans un programme « orgue mystique » tout sauf ennuyeux (Bach, Satie, Françaix et le plus beau tube de CĂ©sar Franck), les curieux et mĂ©lomanes du « trente-neuvième concert depuis l’inauguration de l’orgue » ont pu profiter du sens de l’interprĂ©tation et de la registration de cette fofolle de ValĂ©rie, malgrĂ© (ou grĂ¢ce Ă  ?) une set-list hĂ©rissĂ©e de difficultĂ©s ici transformĂ©es en Ă©motions, en partie grĂ¢ce Ă  Aude, la courageuse assistante en service Ă  la console. Ă€ cette connaisseuse et passionnĂ©e de courses hippiques qu’est maĂ®tresse Capliez, adressons nos remerciements et hommages en un mot : chapeau !

Lettre ouverte Ă  certaines gens qui prennent les autres pour de la merde (et leur envoient quand mĂªme leurs amitiĂ©s)

Version intermĂ©diaire de l’article

Cher, pour ainsi dire, Raoul,
Ă€ votre Ă©chelle, bien sĂ»r, ce n’est rien. Ou alors, une paille, un copeau, une plume de moineau, Ă  la rigueur. Pourtant, Ă  mon aune, ça mĂ©rite, pour une fois de plus, que je fasse des vagues sylvestres.
Vous m’avez contacté après avoir lu ma notule sur le concert d’Anne Sylvestre au Treizième art. Vous m’avez proposé que cet aperçu soit intégré (gracieusement) au journal que vous dirigez, Je chante. La proposition était flatteuse et joyeuse. Dans cette perspective, nous y avons travaillé en bonne intelligence, et je m’en réjouis.
M’en rĂ©jouissais jusqu’Ă  ce samedi, en fait.
Car vous m’avez aussi demandĂ© l’autorisation de reproduire (gracieusement) une photographie spĂ©cialement prise par une, ben oui, photographe pour l’article internet. C’Ă©tait pas un package, hein, vous pouviez prendre l’article sans la photo, mais vous avez aussi demandĂ© la photo. Alors, naĂ¯vement confiant (chuicon, hein ?), j’ai sollicitĂ© l’artiste, qui vous a naĂ¯vement accordĂ© son autorisation (ellĂ©con, hein ?), et c’est avec son clichĂ© que le bon Ă  tirer me fut envoyĂ©. En consĂ©quence, quand vous vous Ăªtes enquis de mon adresse pour me mander votre nouvelle rĂ©alisation Ă  laquelle nous avions contribuĂ©, je vous ai demandĂ©, dans la mesure du possible, deux exemplaires gratuits, afin que le rĂ©dacteur comme la photographe puissent disposer chacun d’un exemplaire.
En ouvrant l’exemplaire unique que vous m’envoyez, je dĂ©couvre que la photographie sollicitĂ©e a Ă©tĂ© remplacĂ©e par une autre, dĂ©jĂ  connue, d’un autre photographe. Ceci est le centre du motif de mon ire : vous n’avez pris la peine de m’avertir de votre girouettisme, alors que vous aviez mon adresse, mon courriel et mon tĂ©lĂ©phone, heureux fripon (taisez-vous, coquines, cette rĂ©vĂ©lation est professionnelle). C’est ballot, Raoul, c’est mĂªme sale, parce que ça aurait permis que les choses se passent souplement. Par exemple, cela aurait permis que moi d’abord, puis la photographe, ne dĂ©couvrions pas en direct que cette artiste a Ă©tĂ© sollicitĂ©e pour rien – alors que, eussiez-vous Ă©tĂ© correct, vous eussiez pu profiter de ma demande de double exemplaire pour m’annoncer, dira-t-on : m’avouer ? votre choix Ă©ditorial.
Cette substitution n’est pas qu’un dĂ©tail de l’histoire qui me met en mauvaise posture vis-Ă -vis de la photographe, mĂªme si cela est dĂ©jĂ  cossu. Ce n’est pas non plus qu’un fait incident susceptible de me donner, pauvre petite Ă¢me sensible que je suis, l’impression d’une petite mais vilaine trahison. Soyons clair : vous Ăªtes maĂ®tre en votre journal, ce n’est donc pas, en soi, votre libre choix que je dĂ©plore, mĂªme si je garderai par devers moi ce que j’en pense. En revanche, me déçoit, dĂ©route, dĂ©goĂ»te votre attitude, grossière envers la photographe et Ă©trangement pleutre Ă  mon encontre.
J’ai conscience d’Ăªtre un brin surannĂ© voire moralo-chiant – las, je m’en balèc. De fait, lorsque l’on sollicite la collaboration d’autrui, mĂªme sans contrepartie pĂ©cuniaire ou surtout sans contrepartie, il me semble que, a minima, un tout p’tit peu de correction et d’honnĂªtetĂ© devrait rĂ©gir les relations entre les interlocuteurs. Votre couardise en a dĂ©cidĂ© autrement. Nos Ă©changes prĂ©alables, courtois et professionnels, me laissent supputer que vous pouvez Ăªtre une personne fiable, un interlocuteur sĂ©rieux, un professionnel respectable – et non ad vitam æternam ce faquin que vous vous abaissez Ă  Ăªtre parfois. Toutefois, ce dernier Ă©pisode prouve aussi, au mieux, votre mĂ©pris des collaborateurs, quantitĂ©s nĂ©gligeables, au pis et sans exclusivitĂ©, votre lĂ¢chetĂ©.
Au moment oĂ¹ je dois informer la photographe que son travail, pourtant sollicitĂ© et intĂ©grĂ© dans la mise en page a, visiblement, Ă©tĂ© considĂ©rĂ© in fine comme merdique, permettez que je dĂ©plore ici votre attitude avec une colère froide et déçue, et ce, publiquement. Ben quoi ? C’est logique pour un goujat qui n’ose pas assumer ses dĂ©cisions et laisse ses aides-de-camp ponctuels dans un malaise frisottant le dĂ©sarroi.
Je reste relativement Ă  votre disposition si vous souhaitez m’expliquer face Ă  face les raisons de votre mĂ©saction et ce, tranquillement, soit, mais certes pas cordialement comme c’est plutĂ´t la coutume ici.

Vu du train qui passe

Le concert qui va faire fondre Paris


Trente-neuf concerts après la rĂ©inauguration de l’orgue, la Grosse BĂªte s’apprĂªte Ă  pĂ©tiller sous les vingt doigts de ValĂ©rie Capliez, genre trois mĂ©dailles d’or de CNR et un p’tit prix de perfectionnement pour ceriser le gĂ¢teau. La dame s’apprĂªte Ă  nous jeter en pĂ¢ture un succulent menu, prĂ©parĂ© spĂ©cialement pour les curieux prĂ©sents ce soir. Musique allemande de haute voltige (Bach, Böhm, Buxtehude) et musique française (Corrette, BoĂ«llmann, LefĂ©bure-WĂ©ly) mĂ©lodique en diable.
Église un brin chauffĂ©e, entrĂ©e libre, Ă©cran gĂ©ant, programme papier offert aux cinquante premiers spectateurs : pour le moment, on ne change pas une Ă©quipe qui, du mieux qu’elle peut, tĂ¢che d’inviter les passionnĂ©s, les curieux et les autres Ă  passer 1 h 10 de musique variĂ©e et belle juste Ă  cĂ´tĂ© de la place de Clichy. Ça ne rĂ©duira pas la souffrance de ceux qui dorment dehors ni ne ressuscitera les suicidĂ©s, mais ça sèmera quelques jolis moments dans nos petites ou grandes vies ; et je crois que c’est dĂ©jĂ  pas si mal, comme projet Ă  partager. D’oĂ¹ le programme d’ores et dĂ©jĂ  dispo ci-d’sous !

Ne comptez pas sur moi pour vous montrer la voix


InvitĂ© Ă  sĂ©vir comme chantre Ă  un convoi, je suis finalement promu organiste, faute de concurrent au poste.  Sous le regard du sosie Photomaton de François-Xavier Demaison, j’y Ă©tais accompagnateur au quatrième degrĂ©, remplaçant (1) le substitut (2) envoyĂ© par l’adjoint habituel (3) du prestigieux titulaire (4).


Ben, mĂªme si j’ai regrettĂ© de n’avoir point pris quelque appareil photo un peu digne, c’Ă©tait une chouette surprise, comme aurait dit l’Ă©crivain Audrey Raveglia, peut-Ăªtre la seule femme de moins de cent ans Ă  utiliser encore l’Ă©pithète ornithologique. (Et je prĂ©cise que le pĂ©rimètre de ma mission fut rééquilibrĂ© avant mĂªme que je commençasse Ă  chanter. MĂ©disants.)