
Ce 16 fĂ©vrier marquait l’heureux retour d’Indochine à « Bercy », pour le premier de ses quatre concerts complets, version « 13 Tour » (le cinquième vient dâ€™Ăªtre annoncĂ© Ă la rĂ©servation et devrait rapidement dĂ©border).
Le contenu
Au programme, 2 h 22 de musique distribuées, grosso modo, en deux temps :
- d’abord l’interprĂ©tation du nouveau disque, 13, en rĂ©servant une chanson pour la fin ;
- puis, après un rapide feuilletage de classiques (type « College Boy »), le passage aux golden hits, dont les quatre plus connus sont « J’ai demandé à la lune », pour le presque récent et, pour les préhistoriques « Canary Bay », « Les yeux noirs » et l’indispensable « Aventurier ».
Soyons clairs et stipulatoires : un concert d’Indochine n’offre guère de surprise, au contraire. Il est construit autour de topoi rassurants, qui contribuent à fédérer trois catégories de spectateurs – les fans hardcore, les fans qui envient un peu la fanitude des premiers, et les pièces rapportées, tractées par les deux premières catégories (on se souvient de Wally, à l’Espace Jemmapes, remerciant « la moitié des spectateurs qui a obligé l’autre moitié à venir »).

Les caractéristiques
Première caractĂ©ristique, la scĂ©nographie se dĂ©cline en trois Ă©lĂ©ments-clefs : la structure (une scène au fond et une avancĂ©e scĂ©nique jusqu’aux deux tiers de la fosse) ; les Ă©crans (cette fois joliment dĂ©coupĂ©s façon icĂ´ne de haut-parleur, avec un Ă©cran lunaire supplĂ©mentaire pour les spectateurs latĂ©raux) ; et un jeu de lumières tout Ă fait pimpant, entre effets bateaux mais indispensables, Ă©lĂ©gantes trouvailles dans la verticalitĂ© et rĂ©tro-Ă©clairage de la scène, notamment autour du chiffre « 13 », dĂ©formĂ© tantĂ´t en croix, tantĂ´t en un T Ă©voquant une pub pour Deutsche Telekom. Cette scène en T est truffĂ©e de prompteurs, car Nicola Sirkis ignore complètement ses textes grotesques (voir le refrain de « Song for a Dream », par ex.), semblant les dĂ©couvrir parfois et s’emmĂªlant les pinceaux, dès le deuxième titre, quand il a la folie de s’en dĂ©tacher – heureusement, la salle entière lui sert de prompteur lorsqu’il n’arrive pas Ă lire son texte, c’est-Ă -dire, hĂ©las, souvent. Ă€ cette double scène (fond + avancĂ©e) s’ajoute une scène supplĂ©mentaire : la salle, puisque Nicola Sirkis tient Ă descendre dans la fosse pour saluer ses admiratrices au plus près.
Deuxième caractĂ©ristique, la rĂ©partition des rĂ´les : un concert d’Indochine, c’est un concert de Nicola Sirkis, point. Ce vendredi, il est teint en blonde, avec une coupe Ă mi-chemin entre un jacques-higelin hirsute et un footballeur est-allemand inspirĂ© par David Bowie (le spectacle, qui s’ouvre sur un hommage notamment Ă feu David, s’achève sur « Life on Mars »). Accessoirement, le fondateur du groupe est accompagnĂ© de vieux complices, de nouveaux dĂ©jĂ anciens et d’un p’tit inĂ©dit – en l’espèce, le batteur, vigoureux et constant : dans un rĂ©pertoire qui fonctionne essentiellement grĂ¢ce Ă la grosse caisse ultra-amplifiĂ©e, le SuĂ©dois derrière les fĂ»ts est la pièce majeure et, sans doute, le meilleur des instrumentistes du soir. Ajoutons aux musiciens l’usage, aussi abondant qu’escagassant, de bandes-sons de deux types : ambiances sonores ou, carrĂ©ment, play-back (boucle additionnelle et chant enregistrĂ©).
Troisième caractĂ©ristique, le jeu de scène de Nicola Sirkis, en sus de la lecture de ses chansons, est structurĂ© autour de trois Ă©lĂ©ments dramaturgiques : les remerciements, lourdement ostentatoires et rĂ©currents ; les mouvements vers le public pour serrer des mains sous l’œil vigilant des, prĂ©cisĂ©ment, vigiles, eh oui ; et les « Sooo » tribaux, criĂ©s puis dansĂ©s dès que le riff instrumental prend le dessus, permettant à « l’Ă©lectrastar » de crapahuter en hauteur au fond de la scène principale. La construction dramaturgique est aisĂ©ment reconnaissable, avec le moment acoustique seul au milieu de la salle quand la fin du concert approche, les interludes parlĂ©s gĂ©nĂ©reusement bafouillĂ©s afin de garder une once de spontanĂ©itĂ© dans ce rĂ©cital ultraprogrammĂ©, les nombreuses pauses pour que papy rĂ©cupère, le medley de la mi-concert, les gimmicks verbaux aussi attendus que sciemment limitĂ©s (« putain de public ! putain de nuit ! »), le solo de clavier du chef, soulignant sa virtuositĂ© Ă Ă©chelle humaine, digne de Partenaire Particulier – bref, tout ce qui, mis bout Ă bout, fait « concert d’Indochine ».

L’évaluation
Et donc, c’était bien ? Reconnaissons avant tout que cette Ă©norme machine Ă Â cash qu’est une tournĂ©e d’Indochine s’appuie sur une remarquable maĂ®trise technique (lumières, design vidĂ©o, puissance du son – contrairement au prĂ©cĂ©dent concert du groupe vu Ă Bercy oĂ¹, selon notre souvenance, les amplis Ă©taient tombĂ©s en rade un bon quart d’heure) : très pro. Surtout, l’on apprĂ©cie que le patron ait choisi de chanter en quasi intĂ©gralitĂ© le nouveau disque, refusant de s’enfermer dans un enchaĂ®nement de tubes pour nostalgiques (« allez, on y va ! » lancera-t-il, fataliste, quand le temps est venu de passer au moment RFM du concert). Les concerts qui s’annoncent sont sans doute l’occasion pour le chef de constater l’erreur stratĂ©gique patente qui a consistĂ© Ă choisir comme Ă©tendard du nouveau disque « La vie est belle », en espĂ©rant renouer, par le casting, avec le succès de « J’ai demandĂ© Ă la Lune ». En effet, le public connaĂ®t mieux quelques autres chansons plus sĂ©duisantes – la palme revenant à « Un Ă©tĂ© français », Ă©lu nouveau simple et, pour le coup, vraiment chantĂ© par le public. Les trouvailles visuelles accompagnant la musique sont en gĂ©nĂ©ral plutĂ´t sĂ©duisantes, surtout si l’on exclut la vidĂ©o pataude ouvrant et clĂ´turant le spectacle, ou celle d’Asia Argento en petite tenue, dont on suppute que l’Ă©rotique petite culotte doit nous faire oublier le play-back ; mais l’on regrette que les bonnes idĂ©es et les effets wow tendent Ă s’essouffler promptement (rĂ©utilisation des souffleurs de pĂ©tales multicolores… qui risquent de cacher les prompteurs, suscitant la panique du vocaliste ; envoi un peu cheap d’une vingtaine de ballons au final ; pas de « feu d’artifice » conclusif, etc.). Ajoutons que, Ă l’Ă©vidence, l’habillage visuel a dĂ» susciter un investissement plus massif que le dĂ©tail du son : voix et basse paraissent sous-produites par rapport aux frappes suĂ©doises.
Alors, que manque-t-il vraiment pour sĂ©duire ? Peut-Ăªtre que, en concentrant les moyens et l’énergie sur un spectacle plus resserrĂ©, le groupe aurait gagnĂ© en puissance – les baisses de tension lors des pauses multiples finissent par Ăªtre lassantes, et la stratĂ©gie si rĂ©currente qui consiste Ă laisser chanter le public pour masquer un trou ou reposer la voix fatiguĂ©e risque de dĂ©cevoir ceux qui apprĂ©cient qu’un chanteur chante. Peut-Ăªtre que, en apprenant au moins quelques textes par cÅ“ur, Nicola Sirkis ne colorerait-il pas son personnage respectueux des fans avec un cĂ´tĂ© mĂ©canique et je-m’en-foutiste qui dissone dans ce show bien rĂ©glĂ©. Peut-Ăªtre que, en surjouant moins l’émotion et la reconnaissance (il nous semble que des mercis trop itĂ©ratifs sont moins percutants que des grĂ¢ces distillĂ©es Ă quelques moments choisis), la vedette ne laisserait pas sporadiquement sur le cĂ´tĂ© quelques-unes des pièces rapportĂ©es citĂ©s supra, prĂªtes Ă trouver avenant le zozo, la musique boum-boum entraĂ®nante, l’effet « souvenir modernisé » croquignolesque, mais obligĂ©es d’admettre, en leur for intĂ©rieur, qu’un peu de rigueur ou d’exigence musicale, de la part de Niiiiicola ne nuirait pas pour nourrir leur plaisir de spectateurs.
La conclusion
En bref, nous avons assistĂ© Ă un spectacle bien habillĂ©, rĂ©solument kitsch quoique technologiquement maĂ®trisĂ©, et plutĂ´t sympathique. Le show a fait le bonheur des groupies, amusĂ© les sceptiques et incitĂ© l’ensemble de l’assistance Ă dodeliner de la tĂªte en rythme. De la belle quoique perfectible ouvrage qui tient avec droiture sa promesse de divertissement bon enfant – c’est l’essentiel, mĂªme si l’on eĂ»t aimĂ© y dĂ©celer un brin de folie.
[Et la première partie ? Ah, oui, on voulait parler de ce groupe nommĂ© Requin chagrin, mais les services d’accueil d’AccorHotel Arena sont tellement nuls qu’il nous a fallu 45’ d’attente avant d’entrer dans la salle. Nous n’avons donc pu ouĂ¯r qu’une fin de set sentant son sous-Indochine. Pas de quoi nous faire une idĂ©e sur ce combo. Pas merci, l’organisation !]
PS : on nous souffle que l’on a rien compris car y avait plein de soucoupes volantes au plafond. Ben, peut-Ăªtre faut Ăªtre un bas de plafond d’exclure autant de gens d’une partie du spectacle, et puis c’est tout.














