Claudio Zaretti au théâtre du Gouvernail, le 18 mars 2026, lors du double concert « D’une pierre deux coups ». Photo : Rozenn Douerin.
Plus de 40 000 km de diamètre. Plus de 500 millions de kilomètres carrés de superficie. Plus de 1X10 à la puissance 12 de kilomètres cubes (le blog n’est pas paramétré pour ce genre d’infos, alors on bricole).
Notre logement,
la zone d’errance où nous baguenaudons plus que nous ne vaquons,
la planète bleue comme un trou noir dont nous habitons une fraction fragile :
non,
rien n’est grand (d’autant que, comme le chantait Pain dans le pont du magistral « Dancing with the dead », « too much is never enough »),
rien n’est petit (même si, souvent, notre logement fait vachement bien semblant),
tout est une question d’échelle, surtout quand on en est tombé.
En souvenir du mendiant paki avec qui j’eus jadis l’habitude d’échanger longuement et souvent en franco-anglais, l’été devant ce qui est devenu un parc canin, près du square des Batignolles, l’hiver au-dessus d’une bouche qui crachait un peu d’air chaud, rue de Rome, j’aime bien fredonner cette chanson qu’il m’a inspirée.
Tantôt, je récidivai avec le soutien de Claudio Zaretti, devant un public qui constatait comme moi que, pour qu’une guitare électro-acoustique fonctionne, c’est mieux si les branchements ont été consciencieusement faits et vérifiés – rassurez-vous, les gens, je m’en rendis compte itou mais, quand les dés sont jetés, rien ne va plus, on y va, et merci aux curieux qui survécurent à cet incident technique. En plus d’être souvent petit, le monde du live est souvent complexe, so let’s kiffe the vibe, won’t we?
Bertrand Ferrier au théâtre du Gouvernail (Paris 19) lors du double concert « D’une pierre deux coups », le 18 mars 2026. Photo : Cendras Djedda.
Mais, vous savez, moi, je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais prénom. Moi, si je devais résumer ma vie, aujourd’hui, avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres, des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée.
Surtout quand on s’appelle Pétronille, évidemment.
plus d’un millier de chansons « avec du texte et de la musique dedans » colportées de bistros en théâtres,
j’ai éprouvé l’envie de donner un concert bilan… mais en mieux. Évidemment en mieux, voyons. Tsss, tsss. J’ai donc décidé de suivre le mantra d’Alexandre Astier, lequel clamait :
Je vois pas l’intérêt de faire ce métier si c’est pour péter au niveau de son cul : je veux faire des grands trucs, les p’tits trucs m’intéressent moins que les grands.
Résultat, un double concert, ce mercredi 18 mars, dans un coquet théâtre où je ploume-ploume depuis quelques années :
à 19 h, « classiques et favoris », soit un florilège des chansons qu’il a le plus poussées sur scène ;
à 21 h, « raretés et nouveautés », soit une poignée de nouvelles fredonneries et d’hymnes moins connues.
J’ai décidé de privilégier la matrice piano-voix que je préfère… mais en mieux. Évidemment en mieux, voyons. Tsss, tsss. Aussi ai-je invité des complices de longue date, dont cinq ont finalement pu être du voyage :
Pierre-Marie Bonafos (et son bonnet) au sax,
Sébastyén Defiolle le guitariste fou,
Jean Dubois, le chanteur et néopianiste,
Jann Halexander le « petit mouton noir et frisé de la chanson française », et
Claudio Zaretti, le gratteux que tout Paris ou presque surnomme il Professore.
Dans un méli-mélo d’influences allant de la chanson rive gauche à la pop en passant par des chansons-fleuves voire expérimentales alla Higelin, j’espère proposer un moment joyeux, secouant et multiple associant
sourires,
bonne intelligence et
vibrations tonifiantes.
Infos pratiques
Où ? Théâtre du Gouvernail | 5, passage de Thionville | Paris 19 | Métro : Laumière ou Crimée Quand ? Le mercredi 18 mars. Mais encore ? 19 h : classiques et favoris | 20 h 15 : entracte | 21 h : raretés et nouveautés | 22 h 15 : fin. Comment réserver ?Ici pour l’intégrale, çà pour le concert de 19 h, là pour le concert de 21 h. Un secret ? Avec vous serait un plus.
Le 19 mai 2025 au théâtre du Gouvernail (Paris 19), pendant le tour de chant « Tout est un possible ». Photo : Rozenn Douerin.
C’était
la petite dernière pour la route,
la complainte qui permet de se quitter tranquillement,
la supplique qui, dès le titre, revendique une ambition certaine dans ce monde où chacun est censé aspiré à être un winner et/ou un prilivégié.
Afin que les choses soient claires, j’ai donc écrit une « Prière pour ne pas être roi ». Je sais, c’est assez prétentieux d’afficher une telle appétence mais, comme le chante Barthélémy Saurel, j’aime bien mettre la barre très haut pour être sûr de passer dessous. Ce qui, tout compte fait, a donné ceci.
Dans la première partie de cet autoportrait en forme de puzzle florilège, Jann Halexander a posé au centre de sa poétique trois piliers :
la friabilité de l’identité,
l’insaisissabilité de l’amour, et
la fragilité de l’existence que la mort se contente de parachever.
Son disque lui-même est un triple pied-de-nez
à l’évidence fallacieuse,
à la fatalité des conventions, et
à la solidité des certitudes :
c’est
un disque mais un objet uniquement digital,
un best of où manquent de nombreux tubes, et
un portrait volontairement
diffracté,
irisé,
atomisé,
où l’inscription de lignes de force nettes permet toute sorte de
digressions,
fausses pistes et
chausses-trappes
faisant, selon la célèbre expression d’Antoine Pol gravée dans le marbre par Georges Brassens, « paraître court le chemin ». Dans cette seconde partie, apparaît clairement le label « enjeu » dès « Ô Bel Anjou » (faut pas nous chercher sur la parophonie non plus, hein) puisque l’artiste refuse d’être essentialisé :
bisexuel, oui,mais pas LGBTQIA+ ferré aux revendications des extrémistes des communautés en jeu ;
franco-gabonais mais incapable de jouer la carte du malheureux métis dans un monde colonialiste et non déconstruit ;
chanteur de machins avec du texte dedans mais pas « indépendant » victime de la machinerie mainstream.
La question de l’inscription de l’identité dans un espace angevin rythme la compil’ entre
« Pont Verdun,
« Ô bel Anjou » et
« Un dimanche au Vieil-Baugé » qui se silhouette, et hop.
Le narrateur est à la fois ébaubi de ce qui est « véritablement beau » dans la contrée tout en admettant, façon Oldelaf contemplant « Nan, si », que la douceur angevine est composée au premier chef d’ennui. Armé de son seul piano, le chanteur se positionne comme « chez nous » dans l’Anjou tout en admettant que, là-bas, « tous les habitants se ressemblent à s’y méprendre ». Sous-entendu : sauf lui. Critique ? Non, ironie.
Distance.
Friction.
Fructueux malaise.
Même là où l’artiste se sent si peu à sa place, il « reste » et « crouille la porte » du réel pour le punir de sa froideur mesquine en attendant « que le faucheuse m’emporte ». Ni schizophrénie, ni ambivalence : Jann Halexander remercie sincèrement ce qui le renvoie à ses contradictions.
Paysage,
sociabilité,
généalogie,
il se sent d’ici donc d’ailleurs, et réciproquement. « Moi qui rêve » enquille. Musique dramatique. Texte lourdaud d’Agnès Renault
(épithètes pataudes,
assonances attendues,
blabla égotique sans dynamique ni poésie)
musiqué par l’artiste.
Intro emphatique.
Mystère pesant que dissipe l’arrivée du piano.
Harmonisation sachant rendre son écot à Anne Sylvestre en dépit de la tentation – habilement contournée – Aznavour autour du « Emmenez-moi ».
Les arrangements ajoutant un accordéon musette, notre ennemi juré, nous nous contenterons d’apprécier le travail instrumental qui agrémente la coda – double, comme il sied chez Jann Halexander. Lequel revendique fortement de s’ancrer au Vieil-Baugé où il possède une maison de famille – et cultive sa treille – pour se poser et reprendre souffle. « Un dimanche au Vieil-Baugé », presque trenetique, évoque plus qu’elle ne décrit
un paysage,
un moment,
un endroit.
Pour autant, tout ramène le chanteur à l’amour :
un clocher penché « sur son étrange église »,
une toile d’araignée,
une habitude
peuvent lui paraître métonymie ou métaphore de cette pulsion érotique sans laquelle pas de vie en général et pas de chanson en particulier. Chanson de fin de spectacle comme pouvait l’être chez Anne Sylvestre la « Fausse sortie », « Mesdames et messieurs, je vous aime » élargit l’acception de l’amour à la reconnaissance. Ancré dans son piano, Jann Halexander revendique
l’impudeur de l’artiste,
l’espoir de transporter l’autre pour se supporter, soi,
la nécessité de parler un amour qui devient performatif (j’aime donc je le dis, je le dis donc j’aime).
La coda aux allures de ghost title paraît symboliser ce moment où le chanteur s’apprête
à quitter la scène,
à redevenir un homme et
à retourner aux tourments donc aux délices dont il vient de faire étalage.
Ce moment est multiple. Il est
fragile car il met à nu le « fil de la vie » chanté par Anne Sylvestre, le fil même que l’artiste essaye d’enrouler – sans l’emmêler – autour du continuum scène-ville ;
vertigineux car s’y joue la question du théâtre de la vie (l’existence n’est-elle que songe ou comédie ?) et de la vie du théâtre (que se passe-t-il vraiment pour l’artiste quand il « se donne en spectacle » ?) ; voire
aveuglant car l’artiste enluminé s’apprête à céder la place à l’homme dans le noir scène.
Pour l’embrasser ou l’affronter, mieux vaut s’appuyer sur des valeurs sûres et dangereuses.
L’identité, par exemple, comme ces racines gabonaises évoquées par l’introduction de « Rester par habitude » que l’on suppose en myéné ;
l’ouverture aux autres qu’illustrent les arrangements de Sébastyén Defiolle, le piano s’étoffant
de percussions,
de sons de basse et
d’une guitare hispanisante ; ainsi que
l’habitude,
redoutée et structurante,
rassurante et fossilisante,
facilitatrice de vie et éteignoir d’espoirs avortés.
Nul ne s’étonnera si ce parcours de vie artistique curieusement cohérent pour des miscellanées s’achève sur deux mots : « Mon amour. » En effet, l’œuvre de Jann Halexander
présente,
raconte et
façonne
l’amour comme
un pansement de l’âme,
un booster d’énergie, et comme
la plus terrassante limite de l’homme.
Dans ses chansons, tout se passe comme si l’artiste s’efforçait de regarder, selon les mots de Nelly Sachs (Exode et métamorphose…, trad. Mireille Gansel, Gallimard, « Poésie », 2023, p. 275), « derrière la paupière », « sur la pierre lunaire du temps », là où, énigmatique,
le cri du coq
ouvre la plaie
sur la tête du prophète.
Pour écouter ou acheter le disque virtuel, c’est ici.
Saluts à la fin de « Tout est un possible ». Claudio Zaretti, Jann Halexander, Pierre-Marie Bonafos et son bonnet, Sébastyén « le clown » Defiolle et son chapeau, Bertrand Ferrier au théâtre du Gouvernail(Paris 19) le 19 mai 2025. Photo : Rozenn Douerin.
Parfois, on met en ligne des extraits de concert en pensant : « Bon, ça s’est bien passé. » Parfois, on met en ligne des extraits de concert en pensant : « J’aurais pu être meilleur, mais quelque chose se passait, tant pis pour les bafouillages et les problèmes de son. » Dans les deux cas, on partage
des souvenirs,
des instantanés,
des histoires,
et on assume de reporter la perfection à une autre fois. Voici donc l’histoire partagée à la fin de la set-list principale de Tout est un possible, tour de chant donné au théâtre du Gouvernail le 19 mai 2025.
Il est des souvenirs tristes qui charrient avec eux des souvenirs heureux – et réciproquement. Ceux dont parle, ceux que l’on tait. Ceux que l’on évoque, ceux que l’on refoule. Au milieu coulent des chansons, dont celle-ci, fredonnée le 19 mai 2025 au théâtre du Gouvernail (Paris 19), lors de la première de Tout est un possible.
Pierre-Marie Bonafos le 19 mai 2025 au théâtre du Gouvernail (Paris 19). Photo : Rozenn Douerin.
Au cours du spectacle Tout est un possible, fomenté le 19 mai 2025 au théâtre du Gouvernail, la chanson elle-même était sur la sellette. Pourquoi. Comment. Pour qui. Il n’y avait pas de réponses. Juste des manières différentes d’aborder les questions qui montaient. Et quelques featurings pour nourrir la méditation.
Parmi ceux-ci, Pierre-Marie Bonafos est venu poser quelques notes sur une nouvelle chanson intitulée « La vieille chanson ». Ça n’est pas resté longtemps un paradoxe : une fois chantée, la tune était en effet devenue une vieille chanson en regard de celles qui commençaient déjà à pointer le bout de leurs fredonneries. Voici donc la première apparition publique d’une chanson âgée, ancestrale, vintage dès son inauguration !
Jann Halexander en juillet 2018. Photo : Bertrand Ferrier.
J’ai toujours détesté les featurings. Notamment
ceux, obligatoires, chez les grandes stars, pour promouvoir un autre poulain produit par le même fumeur de cigare ; et notamment aussi
ceux, obligatoires, chez les petits chanteurs, pour qu’il y ait au moins une personne dans l’assistance, ou, top of the top, une personne qui attire une autre personne, même si tu dois l’inviter pour qu’elle économise dix putain d’euros.
En revanche, comme l’expliquait Dio, j’ai toujours aimé quand la musique solo se jouait à plusieurs, que ça devenait « you against the world ». J’aime me produire – au sens pécuniaire du terme – avec des acolytes choisis (j’avais écrit « des membres choisis », par la grâce de Dieu je me suis relu), qui acceptent de venir pour pas cher parce qu’ils savent que pas de budget, mais qui viennent parce que, ensemble, on raconte une histoire qui est à la fois un non-sens économique, ce qui est un oui-sens dans un monde ultralibéral, et un oui-projet artistique. Travailler avec Jann Halexander comme avec tous les zozos, quel que soit
leur sexe,
leur couleur de chemisette ou
leur diplôme en licornisme,
qui, euphémisme, acceptent malgré leur talent et l’estime que je leur porte, de rogner sur leur valeur numéraire officielle pour embarquer dans une galère joyeuse, ressortit pleinement de ma phobie de l’hypocrisie de l’exercice. Avec Jann, je suis tranquille, je suis peinard, j’suis même accoudé au comptoir. Jann ne m’a jamais engagé comme pianiste parce que ses spectateurs seraient venus pour me voir (il est plus malin que moi mais pas assez con pour ça, vous êtes foufous) ; et je ne l’ai jamais invité parce que, à l’abri des Grands Médias, le zozo trace sa route dans le monde de la chanson cabaret
en remplissant des salles,
en tentant des trucs différents,
en refusant de cliver ses projets artistiques-et-pas-que si différents les uns des autres
parce que nous sommes multiples, bordel, nous-sommes-mul-tiples ! De sorte que, pour la première de mon nouveau tour de chant, fomenté fin mai au théâtre du Gouvernail, j’avais envie d’inventer un duo avec lui qui soit un vrai duo. Ç’a donné ce remix de « C’était mieux avant » ; et comme Jann sait que je n’aime pas que mes invités scéniques fassent mon truc et s’exilent en coulisse (j’suis prétentieux mais pas assez pour ça), il a accepté de fredonner un de ses tubes enseguida. Bien sûr,
c’est capté avec les moyens du bord, qui portent bien leur substantif ;
c’est donné en one-shot sans résidence subventionnée par les milieux motorisés ;
mais c’est de la chanson en direct, pour et avec les gens.
Ce sera sans doute plus perfectionniste à l’Olympia. Qui sait ?