
Presque deux fois plus court que l’impromptu en fa mineur, le deuxième chapitre du cycle D 935 de Schubert garde les quatre bémols du premier mais bascule en majeur et en ternaire. Le miracle avalianien intervient dès le premier accord, grâce à sa capacité à détacher nettement la mélodie tout en donnant une cohérence et un corps à l’accompagnement.
- Son Fazioli est à la fois orchestral et intime ;
- son tempo allie solennité et allant ;
- sa pédalisation parvient à laisser résonner le son sans flouter le contour des notes.
L’impromptu devient une confidence partagée entre deux amis dans un fumoir cosy. On y entend
- du velours et un feu qui craque,
- le silence qui habite les conversations vraies et, dans des verres anciens, un alcool presque antique qui clapote,
- de lourdes tentures et, de l’autre côté, une nuit lointaine et presque inoffensive.
Cela n’en rend que plus savoureux les coups de semonce ouvrant la seconde partie de la première section. La tranquillité schubertienne n’est jamais ronronnement, et l’interprète en rend avec maestria les reliefs à travers notamment
- les puissants sforzendissimi,
- la percussion des accords répétés,
- les éphémères modulations inattendues, et
- le grand huit des nuances.
Contrairement aux apparences, aucune dichotomie ne sépare tonicité et sérénité – voilà sans doute ce qui rend savoureuses l’une et l’autre. Irakly Avaliani fait entendre les passerelles
- en tuilant les nuances autant qu’en les confrontant,
- en maintenant la netteté de la ligne mélodique têtue et
- en n’abandonnant jamais l’exigence métronomique qui va bien, fors la nécessaire suspension du point d’orgue.
Tendresse et vigueur martiale se coulent dans un même mouvement, que vient enrichir un trio doublement ternaire (on passe en pratique d’un 3/4 à un 9/8) en Ré bémol. Sur une basse discrète mais groovy, la mélodie s’intègre au flux des triolets.
- Modulations,
- élargissement des registres,
- mutations d’intensité
savent
- garder vive l’attention,
- fasciner le regard de l’oreille et
- émouvoir le cœur.
Le retour du premier motif dual a beau être convenu de chez convenu, il réjouit et, joué avec la même attention, finit d’enthousiasmer l’auditeur. Le prochain impromptu, un thème et variations en Si bémol saura-t-il être à la hauteur ? (Non, tout le budget n’est pas passé dans ce teasing de pacotille… vu qu’il n’y avait pas de budget, hélas.) À suivre !
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