
S’il est un compositeur contemporain ou presque qui continue d’agréger des fans à sa gang de fidèles, c’est bien Olivier Greif. Avec Jonathan Benichou, compositeur et pianiste, il trouve post mortem une nouvelle occasion d’ébaubir les curieux et de réjouir les déjà-convaincus. Au programme de ce disque, trois sonates pour piano.
En première position, la quatorzième intitulée « Dans le goût ancien ». Ça se passe en 1967. Le compositeur a dix-sept ans. C’est un fan des Beatles, nous raconte son frère Jean-Jacques. À Londres, il devient plus dandy que crocodile. Le sérialisme l’emmerde. Il préfère la pataphysique. Donc il écrit une sonate en trois mouvements pas vraiment dans la veine des musiques savantes des sixties. La « symphonia » qui ouvre le bal assume sa dimension de prélude dont Jonathan Benichou rend la liberté faussement improvisée. Jamais mignarde, la musique sourd d’un piano massif et truculent, capté par Robin Rieuvernet, offrant à l’auditeur une étonnante diversité
- de couleurs,
- d’intensités et
- de silences suspendus entre deux idées musicales.
Variant les registres, la partition ose les ruptures
- d’harmonie,
- de propos et
- de dynamiques.
L’interprète semble se goberger d’une explosion d’idées presque collées les unes aux autres, dont il rend à la fois
- l’imprévisibilité,
- le bouillonnement et
- la cohérence dans l’envie d’avancer
jusqu’au second mouvement, une « musette » de plus de sept minutes.
- Détaché pétillant,
- pédalisation dramatique et
- obstination énergique
se côtoient et s’animent, poussés par une tentation de fugato particulièrement habile. Grâce à un impeccable étagement des voix, l’interprète, à son affaire, donne simultanément une impression
- d’évidence,
- de fourmillement et
- de densité.
La musique motorique, traversée
- d’accents,
- de ressassement et
- de suspensions
est à la fois
- savante et souriante,
- roborative et finaude,
- plaisante et riche.
La virtuosité sans fanfaronnade de Jonathan Benichou en restitue
- la vigueur ébouriffante,
- la singularité intrigante et
- la force enthousiasmante.
La connivence entre
- le pianiste,
- le piano et
- l’œuvre
laisse peu de place au doute. Nous pouvons le révéler formellement à nos lecteurs :
- ici une nuance,
- çà une respiration,
- là un phrasé
nous convainquent que, en vrai du vrai, ce triptyque n’a pas été écrit par Olivier Greif mais par l’interprète. Si.
- D’une inspiration sans limite,
- d’une inventivité constamment renouvelée,
- d’un sens narratif consommé,
l’atypique sonate s’achève dans un troisième mouvement d’une douzaine de minutes, intitulé « Chasse ». Nous l’esgourderons dans une prochaine notule. À suivre !
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