
Le chaos – tel que l’envisage le troisième mouvement du second quatuor de György Ligeti – est « come un meccanismo di precisione ». Après deux mesures de silence, le mécanisme
- s’enclenche,
- se décale,
- se dérègle et
- déraille.
À nous
- poulies,
- rouages et
- roues dentelées
plus ou moins de guingois ! Le titre programmatique est assumé par la partition, même si la précision du mécanisme ne se réfère pas à une synchronisation lisse. Au contraire, grâce aux frictions répétées, le compositeur et ses interprètes donnent aux cahots rythmiques
- du grain,
- du relief et
- de la matière.
Notes puis intervalles répétés
- se jaugent,
- accélèrent,
- s’effacent puis
- rejaillissent quand l’archet se substitue aux pizzicati.
Soudain, la palette
- d’attaques,
- de sonorités et
- de registres
s’amplifie puis se resserre, dans une forme ABA accélérée qui n’est pas sans rappeler la structure de Lux aeterna.
Soudain, le chaos change d’apparence – Ligeti expliquait que les cinq mouvements travaillaient le même matériau, mais nous devons admettre que cela ne saute pas aux oreilles insuffisamment exercées. Avec le quatrième mouvement, c’est un chaos foufou qui se présente à l’auditeur. Il s’agit d’un presto
- furioso,
- brutale et même
- tumultuoso.
Prometteur !
- Tonnerre rugueux,
- cacophonie apparente et
- complexités rythmiques
font dialoguer
- tenues éthériques,
- crissements,
- bombardements sonores,
- curiosités harmoniques… et
- silence pour une dizaine de secondes.
Semble ainsi fulminer un chaos marqué par
- l’imprévisibilité,
- les recombinaisons et
- l’absence d’harmonie
dans le défilé de son kaléidoscope thymique.
- Ça cogne avec rage, puis
- ça s’apaise, puis
- ça repart
- en tambourinant,
- en tonitruant et, grâce à la vigueur des musiciens,
- en éructant sans fard.
Sous l’austérité d’une œuvre pétaradante, l’on se délecte de la vitalité qui émane de la capacité de la partition à déjouer toute attente hormis celle de la prochaine surprise.
Le cinquième mouvement renverse la table en s’annonçant comme un allegro « con delicatezza ». La rhétorique quasi minimaliste se distord en confrontant
- des rythmes,
- des évolutions et
- des dynamiques
distincts à chaque pupitre. Un premier épuisement du sujet suspend le discours, avant que le second violon et le violoncelle ne relancent le grouillement sonore à coups de triples croches jouées triple piano, d’abord à l’unisson puis à l’opposé. Leurs collègues tirent des pédales vibrantes puis se lancent et entraînent tout le quatuor dans une cavalcade… qui s’éteint à son tour. Il serait donc là, le chaos, non point seulement dans son imprévisibilité
- d’intensité,
- de couleur et
- d’énergie,
mais aussi dans sa capacité à ressurgir alors qu’il semblait
- assagi,
- étouffé voire, pis :
- rangé des voitures.
De la sorte,
- suspensions et tenues,
- unissons et silences,
- déflagrations et déstructuration de la ligne
permettent à l’oreille d’être toujours en alerte, et aux interprètes de laisser poindre l’oxymorique délicatesse du chaos, pimpée par
- la virtuosité digitale et technique,
- l’exigence de la mise en place et
- la science de la nuance,
jusqu’à l’effacement dans le silence des espaces finis, pour une fois (désolé, Blaise, une autre fois, peut-être ?).
Pourtant, sans se laisser désemparer, l’exploration du chaos continuera dans une prochaine notule. À suivre !
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