Chaos String Quartet, « Chaos » (Solo Musica) – 3/7

Première de pochette

Qu’est-ce que le chaos ? Comment la musique peut-elle nous en causer ? C’est la problématique de cet album concept, évoquée au long des deux épisodes précédents, et son examen passe à présent par l’expérience radicale constituée par le second quatuor de György Ligeti. L’allegro nervioso liminaire s’ouvre sur une mesure silencieuse « senza tempo ». Effacée promptement, elle précipite l’auditeur dans un monde où

  • explosivité des pizzicati fortissimi,
  • limbes des suraigus pianissimi et
  • phases planantes

dessinent une atmosphère fuligineuse. La rigueur rythmique de la partition, imperceptible à l’oreille nue,

  • chamboule les tempi,
  • secoue les mesures et
  • bouscule la division du temps (ainsi du mélange synchrone, au deuxième temps de la mesure 23,
    • d’un triolet,
    • d’un quintolet et
    • de quatre doubles).

 

 

Le chaos est ici un espace où les repères se brouillent. L’on essaye de s’orienter

  • à l’intensité,
  • à la tessiture utilisée,
  • à l’événement qui soudain jaillit,

et c’est cet essai, jamais satisfaisant, qui capte l’attention. Impossible d’entendre, il faut écouter. Accepter le sursaut. Scruter et être ébloui. Tendre la portugaise et se laisser hypnotiser pour finir à nouveau sonné. S’habituer à se déshabituer.

  • Ici bouillonne la rage.
  • Çà se cramponne la suspension.
  • Là déflagre la déflagration.

Pour qui aime se laisser raconter des histoires percutantes et imprévisibles, un délice piquant. Pour qui aime ouïr une voix douce parler de sa morning routine avec un joli sourire très doux dans le timbre, un supplice grotesque.

 

 

Le deuxième mouvement est marqué « sostenuto, molto calmo ». Des sons

  • ondulants,
  • striés,
  • déformés,
  • frottés les uns aux autresavec rugosité

tour à tour ou simultanément

  • se rapprochent,
  • s’éloignent,
  • se tuilent,
  • se provoquent,
  • dérapent,
  • cognent,
  • s’élèvent,
  • s’amplifient,
  • jouent avec l’inaudible et
  • finissent par s’éteindre.

Tout se passe comme si, ici, le chaos fragilisait une méthode rationnelle qui consisterait à tenter

  • d’amadouer,
  • de dompter et
  • de classer

les événements sonores. En effet, ce ne sont pas tant les rébellions du hasard qui s’opposent à cette stratégie d’organisation ; le quatuor Chaos semble suggérer que le chaos n’est pas domesticable car, dès lors qu’il serait domestiqué, il disparaîtrait. Le chaos ne reçoit d’ordre de personne, le bienheureux. Dès la prochaine notule, nous vérifierons si les trois derniers mouvements confirment ce point d’étape. À suivre !


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