Irakly Avaliani joue Franz Schubert posthume (Sonogramme) – 3/6

Première de couverture

Publiés en 1838 ou 1839, les sources tâtonnent sur le sujet, ces quatre derniers impromptus ont été refusés par les éditeurs, en bloc ou au détail car « trop difficiles pour des bagatelles ». Le premier épisode de cette seconde tétralogie consiste en un Allegro moderato en fa mineur, composé en décembre 1827 et courant sur près d’un quart d’heure. Son prélude est joué avec franchise.

  • Rythme pointé et friction entre binaire et ternaire tonifiants,
  • ornementations et appogiatures arpégées cinglantes,
  • accents et silences secouants

lancent sans fard les hostilités, ouvrant la voie à

  • un bariolage élégant,
  • un accompagnement d’une légèreté irréelle, et à
  • une pédalisation d’une grande précision.

Les contrastes thymiques permettent à Irakly Avaliani de jouer des mille touchers environ dont il dispose.

  • Modulations inattendues et phrasés partagés entre aigus et basses,
  • octaves et unissons,
  • accords répétés et mutations de couleurs

obligent l’interprète à

  • une vigilance de clarté car le discours est riche donc complexe,
  • une jonglerie entre continuité et caractérisation, et à
  • une connaissance intérieure, intime et pénétrée de l’art schubertien.

De quoi nous remettre en mémoire cette correction de l’artiste quand nous l’accusions à tort d’avoir joué un nocturne de Chopin : « Celui-là, aucun risque, je ne sais pas le jouer. » Entendre : « Je n’ai pas pénétré son mystère. » D’emblée, il est évident qu’il a percé assez du mystère de cette sonate rhapsodique qui ne dit pas son nom pour y guider habilement et plaisamment l’auditeur.

 

 

  • Aigus cristallins mais efficaces,
  • alternances des registres et des modes,
  • ravissement du chromatisme de précision,
  • impressionnante régularité de la main gauche et
  • charme des voltes harmoniques à mains croisées

fascinent l’oreille et aiguillonnent l’esprit. Sous les doigts d’Irakly Avaliani, l’œuvre palpite dans ses jaillissements comme dans ses développements. Le retour du premier motif condensé prépare le passage en Fa (majeur, cette fois). On ne peut qu’être saisi par cette bouffée

  • de légèreté,
  • de sérénité voire
  • d’aérien

que le pianiste, par on ne sait quel sortilège, fait sonner comme la sœur jumelle de l’inquiète tristesse presque fataliste qui faisait le charme de la partie mineure. Au reste,

  • le chromatisme,
  • les triples croches enragées et
  • les unissons interrogatifs

rappellent que la dichotomie entre joie et tristesse est une illusion destinée à illusionner les hommes un rien concons. La magie schubertienne

  • de la mélodie,
  • de l’harmonisation et
  • du pianisme

fonctionnent

  • en blanc,
  • en noir et
  • en nuances métissées…

ce que rappellent

  • le retour en fa mineur où, cette fois, la main gauche est dans le médium (plus lumineux que les graves de la première exposition),
  • le glissement en majeur sans changement de forme ce qui traduit le continuum des états d’esprit, et
  • le finale en mineur puisque, malgré que nous en ayons, nous savons – depuis que nous savons quelque chose – que nous finirons dans la tombe.

Le résultat ? Une interprétation magistrale d’une œuvre

  • passionnante,
  • puissante et
  • bouleversante.

Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici.
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