Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 1/2

Nicolas Horvath, salle Cortot (Paris 17), le 27 mars 2026,. Photo : Rozenn Douerin.

Tout est prévu, mais rien n’est programmé puisqu’il n’y aura pas de set-list papier ou digital : Nicolas Horvath revient à la salle Cortot à sa façon. Le mec aux cheveux impressionnants (or, ce qui compte, dans la vie, c’est quoi ? les cheveux, bon, voilà, cessons de batifoler entre verbiage et balabalas) a fomenté un récital autour des « nocturnes secrets » de Chopin, série dont il vient de publier le troisième disque – dont il ne cherchera curieusement pas à vendre un exemplaire, ni un exemplaire des précédents, ô monde dématérialisé !
Ce soir de pluie printanière, la promesse numéro est de faire entendre les nocturnes bien connus (ou moins bien connus). La promesse numéro deux est de les donner à ouïr non pas dans leur version officielle mais dans leur version pragmatique, c’est-à-dire en prenant en compte les annotations laissées par le compositeur sur les partitions de ses élèves en fonction de leur personnalité – plutôt virtuose, plutôt introverti, etc. Comme on me soufflera à l’oreillette : « C’est génial ! C’est comme si on connaissait la version studio des nocturnes de Chopin et qu’on découvrait la version live ! »
Pour personnaliser cette version personnalisée, Nicolas Horvath, promesse numéro trois d’insoumission à l’éventuelle banalité d’un récital Chopin, annonce entrelarder ces nocturnes choisis de pièces contemporaines de son goût, donc souvent portées sur le minimalisme mais pas que. Et pour personnaliser cette version personnalisée de manière plus personnalisée, promesse numéro quatre, il annonce et confirmera par son habile maîtrise de la scène qu’il jouera son programme en continu, ce qui n’est pas de nature à faire frissonner un gars entre autres réputé pour ses concerts de huit à vingt-quatre heures sans pause pipi. En somme, derrière l’évidence consensuelle du concert Chopin dans une salle bien repérée par les pianophiles parisiens se dévoile et s’assume l’énergumène Nicolas Horvath. On en est tout émoustillé, évidemment.
Loin de masquer le méconnu sous le tubesque consensuel,
l’énergumène fait précéder Frédéric Chopin par Morteza Shirooki dont il interprète, peut-être, « Arteeman 9 » tant le jingle de Roissy nous saute aux oreilles dans notre souvenir comme dans cette vidéo offerte lors d’un certain confinement…

En dépit de la résonance aéroportuaire, on goûte le travail sur

  • la résonance qui brouille la quasi monodie,
  • l’épure dont la dentelle s’ajoure en musique,
  • le contraste entre motifs et interludes silencieux, ainsi que
  • la polymorphie de la récurrence avec
    • reprise,
    • variantes,
    • allongement et
    • refus de la netteté diégétique (je raconte une histoire, tu comprends où je veux en venir) pour préférer l’aquarelle ambiguë de l’évocation.

Le premier nocturne de Chopin place, conformément au genre,

  • le moteur à gauche,
  • la mélodie à droite et
  • la résonance au cœur du piano

afin de tisser des liens sans fondre l’aérien dans le tellurique. L’énergie narratrice, elle, est portée par des nuances presque parlantes. Le tube promis, l’opus 9 n°2 surgit dans sa version remix mais pas si remix que ça.

  • La digitalité ciselée de la dextre dialogue avec
  • l’assurance piano de la senestre et
  • l’agogique qui, matérialisant la versatilité de l’émotion,
    • suspend,
    • éclaire ou
    • hâte.

Nicolas Horvath rend alors hommage à Melaine Dalibert, un compositeur qu’il ne cesse de jouer et rejouer et qui lui a notamment dédié un abyme.

 

 

Le principe, ici, consiste à

  • prendre un matériau minimal,
  • l’inspecter,
  • le grattouiller,
  • l’observer avec distance pour mieux le redécouvrir,
  • douter de lui,
  • tenter de l’enflammer avec une certaine colère… et
  • recommencer l’opération car rien n’y a fait.

Le morceau suivant déniche une composition américaine aux airs de fausse gymnopédie. Ici,

  • l’itération,
  • le jeu sur les différences de registres (médiums versus aigus),
  • le surgissement de passages forte éphémères (des passages, donc) et
  • les enrichissements de cellules très circonscrites

tiennent lieu de développement. Le troisième nocturne au programme (peut-être l’opus 27 n°1) déploie, sur une main gauche à large tessiture, une main droite

  • délicate mais ferme,
  • sensible mais assurée,
  • multipolaire mais ou donc deux fois certaine de son coup.

Le quatrième nocturne, sans doute son voisin d’opus, ouvre la palette

  • d’intensités,
  • d’attaques,
  • de phrasés et
  • de formes de virtuosité discrète.

Il semblerait que nous fussions au mitan du concert. Même si, avec un zozo de la trempe de Nicolas Horvath, rien n’est assuré, osons la pause critique qui s’impose, et concluons cette notule par une invitation « à suivre ! ».


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