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Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 5/6

Première de couverture (détail)

Contrairement à l’original, le faux – tel que nous l’envisageons en déambulant dans Peintres de l’ombre. Les faussaires à l’œuvre (Mimésis) de Monique Jeudy-Ballini – est multiple. Multiple car il multiplie des œuvres ; mais multiple aussi car il peut être copie d’une pièce éventuellement disparue, ou création inspirée par l’esprit et le style d’un artiste princeps. En effet, la rhétorique des faussaires s’emploie fréquemment à revendiquer une moralité irréprochable, frisant la bienveillance et la générosité désintéressée.
En l’espèce, la multiplication d’une œuvre par la production de faux, loin de les étouffer, étofferait la gloire et le rayonnement d’un créateur. Un exemple ? Le faussaire Alin (sic) Marthouret a expliqué avoir « contribué à augmenter le patrimoine artistique parce que, en définitive, mes faux sont devenus des vrais avec le temps ». De même, Éric Piédoie le Tiec assure avoir « agrandi » l’œuvre des artistes qu’il a siphonnés en se substituant à eux pour créer ce qu’ils n’avaient pas eu

  • le temps,
  • l’envie ou
  • l’idée

de créer. À en croire ces praticiens de l’entourloupe, une œuvre originale se déplierait voire se dévoilerait pleinement à travers leurs manigances. Curieusement, les faits ne leur donnent pas toujours tort. Certaines copies en viennent à remplacer des originaux considérés comme perdus. À leur instar, l’ersatz serait susceptible de se hisser à la hauteur de l’original ; et

  • le mensonge,
  • l’illusion ou
  • la manipulation

contribuerait à la pérennisation du patrimoine. En captant la patte d’un artiste, un faussaire l’installerait plus durablement dans le paysage muséal et marchand. Chemin faisant, le statut de son travail se transsubstantierait : faux un jour, authentifié le lendemain, l’ontologie de la copie  se renverse.
Monique Jeudy-Ballini montre que le raisonnement va plus loin : si « la faculté de faire illusion » permet au faux de passer pour vrai, elle valide aussi la démarche du faussaire en démontrant, selon lui, sa « connivence présumée » avec un artiste matriciel. Plusieurs d’entre eux revendiquent d’avoir besoin d’admirer un artiste ou d’être tombé en amour devant une œuvre pour se trouver en capacité de copier. Grâce aux faussaires, à les en croire, le catalogue de certains artistes s’enrichit de « tableaux que [les artistes] ne peignirent jamais ou qu’ils auraient pu peindre ».
Un tel tour de passe-passe n’est pas pour rien dans l’imaginaire flatteur qui entoure souvent ces artisans, d’autant que leur gloire ne peut rayonner qu’a posteriori, leur meilleur atout consistant à « élaborer leur invisibilité ». Cette discrétion, parfois provisoire (avant d’être attrapé et puni, par exemple, et de se mettre à table devant flics, juges puis grand public), parfois définitive, peut frustrer ou lasser l’artisan, dépité de créer des œuvres de génie sans être lui-même reconnu comme un génie. D’où la tentation de l’énigme qui le taraude à l’occasion, comme dans ce faux de La Tour où on pouvait lire « Merde » au détour d’une dentelle (sans ciller, le Metropolitan museum a fait effacer l’outrage).

  • L’énigme,
  • le détail baroque ou
  • la revendication discernable aux infrarouges

est un pied-de-nez aux experts. Toutefois, pour le faussaire, il apparaît surtout comme une manière de s’inscrire dans l’œuvre et d’être en capacité, un jour, d’être enfin reconnu comme l’auteur de cette toile. Certains faussaires vont plus loin et cherchent à laisser une trace d’eux dans une silhouette ou un détail, la trace devenant un signe à mi-chemin entre l’autographe dissimulé et l’autoportrait fugace, l’ensemble des faux d’un même artisan constituant « un vrai musée » que lui seul a la liberté de visiter en contemplant le carrousel de ses souvenirs. Dans cette perspective, l’inscription du faux dans le marché de l’art constitue une étape essentielle du processus.

  • L’authentification,
  • la fixation d’un narratif expliquant l’apparition d’une œuvre nouvelle et
  • l’optimisation des enchères

participent à la validation du faux donc du faussaire. Pour l’artisan, gagner beaucoup d’argent devient un moyen de confirmer son talent pour l’arnaque artistique. Ironie de l’histoire, certains faussaires revendiquent d’avoir vendu des faux… pour acheter ou conserver des tableaux authentiques.
De même que le faux devient un vrai quand il est authentifié, de même l’argent des faux peut financer des vrais. Il est certain que ce tourbillon a quelque chose d’étourdissant mais aussi d’intéressant dans la mesure où, peu à peu, il donne l’illusion que les deux rives de l’art séparant vrai et faux parviennent quelquefois à se rencontrer au gré d’embrouillaminis assez amusants et fondés sur le moins amusant culte du dieu Pognon. À suivre !

Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 4/6

Première de couverture (détail)

Au fil des Peintres de l’ombre. Les faussaires à l’œuvre de Monique Jeudy-Ballini (Mimésis), il appert que le faux en art soulève deux questions : d’une part, comment peut-on réussir à imiter parfaitement ce qui est censé relever du génie (donc ce qui est censé relever du génie est-il vraiment génial ?) ; d’autre part, si j’ai été ébloui, ému voire bouleversé par un faux, suis-je un ignare, un nul ou un imbécile dupé par le storytelling entouré une œuvre

  • (grand musée,
  • beau cadre,
  • réputation de l’artiste) ?

En sus de me remettre en cause, la duperie du faux interroge en profondeur l’idée d’émotion artistique. Monique Jeudy-Ballini l’admet en estimant que « se sentir affecté par un objet fait signe tout autant de la valeur de cet objet de celle de la personne affectée ». Dès lors, on peut considérer  que le faux ne doit pas être considéré uniquement comme une entourloupe si sa capacité à affecter émotionnellement celui qui le regarde est avérée. L’auteur cite Julie Cayla qui signale que, au Burkina Faso, « les originaux ne sont pas des prototypes [uniques] mais des archétypes [dupliquabes et personnalisables] ». Le faux n’est alors critiquable que s’il est « imitation servile » ; en revanche, s’il est inspiré et augmenté d’une matrice existante, il est fort appréciable (92).
En Occident, au contraire, le faussaire est invité à se « réclamer d’une analogie avec le cascadeur » qui remplace des acteurs pour des scènes spécifiques tout en restant méconnaissable. Cet effacement participe d’une moralisation du faux, que développent nombre de gros arnaqueurs en expliquant que « la contrefaçon n’est pas de la triche » car elle exige

  • de l’admiration pour le peintre que l’on espère égaler,
  • de la sincérité dans l’acte pictural et
  • de l’honnêteté vis-à-vis de soi-même.

Imiter ou copier, ce serait rendre hommage à un modèle qui a touché, et l’authenticité de l’émotion liminaire dédouanerait l’illégalité de la chose. La dimension créative et non strictement reproductive permettrait aussi d’amoindrir la fausseté du faux. Ainsi, Rosa Elba Camacho raconte que, quand il s’est agi de reproduire les fresques de Lascaux, les artisans peintres ont refusé de suivre « une projection pour copier au millimètre près les formes des figures », préférant « recréer le plus possible

  • la vigueur,
  • la force et
  • la vie des figures » (102).

En somme, un faussaire pourrait déclarer, comme Eric Hebborn : « Les autres peignent la nature, je peins l’art. » Icilio Federico Joni, lui, se considérait « comme un peintre de tableaux anciens en rejetant pour lui-même l’appellation de faussaire », qu’il réserve aux faux-monnayeurs. Il prolonge ainsi la distinction de Jerrold Levinson entre « inventive forgeries » et « referential forgeries ». Guy Ribes va plus loin en affirmant « créer » et non pas imiter, copier, dupliquer ou reproduire car il lui faut « aller jusqu’à ce moment d’élévation où la distinction entre soi et l’autre [le peintre qu’il copie] s’abolit dans l’acte même de peindre ».
Fausser, c’est accepter d’être possédé par un autre pour s’approprier son art. L’authentification d’un faux est l’acte final de cette dépossession qui transforme le faussaire en « personne diffuse » voire dissoute. La réussite de l’artisan « réside donc dans son talent à présentifier le génie d’un absent en s’absentant lui-même de ses propres accomplissements ». Quitte à les revendiquer, plus tard, de préférence après avoir été rattrapé par la patrouille… À suivre !

Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 3/6

Première de couverture (détail)

Le faux chafouine car il questionne l’œuvre. Pour le commun des mortels, dont votre serviteur, une œuvre est artistique ou pas. Le faux renverse la table et rappelle que l’art n’est qu’une illusion associant

  • artisanat,
  • mythologie culturelle et
  • business.

La science essaye bien d’épuiser la question en multipliant

  • les centaines de milliards de pixels pour cerner une œuvre,
  • les analyses inframachin,
  • les impressions 3D et
  • les reconstructions « à l’identique » par des peintres pas si soumis qu’on l’eût souhaité.

Monique Jeudy-Ballini souligne avec pertinence que cette technicité de la lutte anti-faux « donne à penser que la vérité d’une composition résiderait dans ce qu’elle occulte plutôt que dans ce qu’elle rend visible ». Pour examiner

  • les infrarouges,
  • la radiographie et
  • le non-dit d’une œuvre,

il existe des technologies. Mais elles coûtent du pognon. Et l’on revient à la logique néolibérale du fric à générer coûte que coûte : le pognon qui coûte cher est moins beau que celui qui rapporte.
Le faux renvoie les passionnés d’art à leur hypocrisie ontologique. Quand ils kiffent une œuvre, ils la kiffent. Quand on leur apprend que c’est un faux, non. Monique Jeudy-Ballini s’en offusque : « Comment se fait-il que [l’émotion] disparaisse dès qu’ils apprennent que c’est un faux ? » Cette bizarrerie trahit l’importance de « l’imaginaire » projeté sur l’œuvre. Tout se joue sur l’élaboration d’un narratif, au point que certains estiment que « la clef pour être un grand faussaire n’est pas d’être un grand peintre mais plutôt un conteur convaincant » (73). En effet, le faux ne peut exister que dans un cadre

  • narratif,
  • social et
  • économique

cohérent. La différence entre vrai et faux entre dans une variation de degrés qui efface la binarité de l’opposition initiale vrai / faux. Au point que certains faux font « eux-mêmes l’objet de faux », les copies devenant modèle pour d’autres copies. Matisse en avait conscience, pour qui « le jour où les faux Matisse ne s’achèteront plus, on ne donnera plus cher des vrais » (79).
En somme, les tableaux de peintres vedettes vivent sur un continuum d’authenticité et peuvent se déplacer de haut en bas en fonction de leur histoire et de leur contexte ». La dégradation de l’authenticité est factice – le contraire serait contrariant pour le business. L’original ou la matrice n’est rien d’autre qu’un puits de possibles artistiques mais surtout pécuniaires.

  • Habiles artisans,
  • joyeux intermédiaires et
  • experts sans conscience

en ont intimement pris conscience. Nous examinerons les conséquences de cette posture dans une prochaine notule. À suivre !

Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 2/6

Première de couverture (détail)
  • L’art,
  • le principe et
  • le business du faux

que nous commençâmes à évoquer en recensant Peintres de l’ombre. Les faussaires à l’œuvre de Monique Jeudy-Ballini ici reposent sur l’idée qu’un faussaire imite alors qu’un artiste n’imite jamais. Ce présupposé revient à fantasmer l’originalité d’une pièce. La contrefaçon a pourtant été pratiquée de longue date.

  • Cézanne a contrefait Ingres ;
  • César s’est dédit de dessins qu’il jugeait faibles, les vrais devenant des faux ;
  • van Dick a peint « environ 800 tableaux signés Rubens » ;
  • Magritte n’était pas en reste, etc.

Plus son état phsyico-mental s’aggravait, plus Dali a produit : bizarre autant qu’étrange, non ? Bref, l’authenticité est-elle toujours objectivable ? Le fait est que l’ontologie de l’œuvre d’art se trouve bousculée et confrontée à ces questions borderline qui font croustiller l’abondante présence des faux.

  • « Que dire d’un faux Modigliani peint par Soutine, ou d’un Gustave Doré peint par van Gogh ? »
  • « Quand les artistes copient les artistes, où sont les originaux ? »
  • « Que dire d’un peintre qui a réalisé de multiples versions de ses propres œuvres ? »

La contemplation du faux amène inéluctablement à se demander ce qui constitue l’authentique. Par exemple, un ready-made n’est authentique que par sa signature : l’objet lui-même n’est pas créé par l’auteur. Pour autant, suffit-il d’un auteur pour constituer une œuvre d’art authentique ? Quand, au tournant de 1960, Yves Klein vend « des parties invisibles et intangibles d’espace vide », que deviennent les notions d’œuvre et d’authenticité ? Ces interrogations sont d’autant plus aiguës que « maints artistes du vingtième siècle » ont érigé « l’imposture en posture » sous prétexte d’ironie. Au point que l’authenticité ne concerne plus l’œuvre mais son créateur. Pour le faussaire Guy Ribes, la signature de Picasso « est un tableau ». Ainsi apparaît la spécificité du faussaire vis-à-vis de l’artiste. Lui se bat pour une « imposture consistant à convaincre qu’il n’y a pas d’imposture » quand l’artiste peut se battre en vue de valoriser sa posture d’imposteur.
Pour avoir travaillé sur le livre d’Éric Piédoie le Tiec, souvent cité par l’auteur, on ne prétendra pas que « les acteurs du monde de l’art » se rendent complices « à leur insu » des faussaires (63). Le plus souvent, il semble qu’ils soient partie prenante voire demandeuse d’une entourloupe hautement rémunératrice. En réalité, « l’effet de faux constitue un travail collaboratif » où celui qui a forgé le fake est le plus souvent intégré à une machine de l’arnaque aussi huilée et rentable qu’une chaîne de Ponzi ou un bon broutage ivoirien. Pour autant, la clef-de-voûte du système est la capacité du faussaire à se démettre de son statut de créateur… au point que certains artistes – tel Giorgio de Chirico – ont choisi de brouiller les pistes en dénonçant leurs propres tableaux comme des faux, se démettant à leur tour de leur statut de créateur.
Dès lors, le travail du faux apparaît être un miroir particulièrement stimulant de l’art en général et des problématiques liées à sa réception en particulier. De quoi nourrir notre curiosité pour l’enquête de Monique Jeudy-Ballini dont nous continuerons l’exploration ce tout tantôt ou presque. À suivre !

Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 1/6

Première de couverture (détail)

Derrière une couverture très vilaine, de face comme de dos, se cache un livre fort intéressant payé par le CNRS aux éditions Mimésis. Peintres de l’ombre. Les faussaires à l’œuvre est paru tout récemment et se propose de décortiquer le mécanisme qui préside à la création de faux. Ceux-ci sont essentiels au marché de l’art top niveau. Ainsi estime-t-on que 90% des prestations graphiques de Salvador Dali sont des faux ! Plus généralement, depuis le quinzième siècle, a émergé en Europe la pratique volontariste de la falsification comme

  • continuité post mortem donc éternisant un artiste (et finançant tant le faussaire que ses descendants, les deux pouvant être les mêmes),
  • hommage car ajoutant au catalogue une œuvre digne d’un maître, ou
  • imitation jugée parfaite  donc pouvant remplacer un tableau du peintre contrefait.

Presque rien de caché : « Les contrats passés entre les ateliers de peintres tels que Joardens et Rubens stimulaient très clairement le degré d’intervention du maître dans l’exécution de l’œuvre. »

  • Le recul de l’anonymat à l’époque romantique, puis
  • la marchandisation de la culture et
  • la valorisation progressive de la notion de génie artistique au-delà du savoir-faire artisanal

induisent l’avènement progressif mais généralisé d’un art du faux qui culminera au vingtième siècle avant de connaître de nouveaux développements ces dernières années. Or, si le faux fascine, c’est que sa transgression renverse la foi dans la singularité de l’artiste, consubstantielle à la notion occidentale moderne d’art. Il montre que « rien n’est assez singulier pour apparaître irremplaçable ». Plus encore, le principe de « substituabilité d’un maître » (id est, par exemple, le fait qu’un clampin puisse créer un Rubens) interroge le « rapport différentiel à la délectation esthétique ». En clair ou presque, je peux kiffer un Renoir parce que c’est un Renoir… même si ce n’est pas un Renoir.
En effet, un chef-d’œuvre peut se révéler être un faux ; ce nonobstant, ce faux n’est-il pas pour autant une superbe peinture ? David Stein, faussaire patenté, s’est ainsi emporté quand la qualité de ses faux Chagall ou de ses faux Picasso a été stigmatisée, arguant que tel tableau de sa main « n’était pas très bon, mais il ressemblait bien à un Chagall pas très bon ». Autrement dit, vrai n’est pas forcément magnifique, ni mauvais irrémédiablement faux.
Pourtant, la sacralisation d’un tableau de vedette s’est incrémentée dans notre mentalité. Elle ruisselle y compris sur des productions de médiocre qualité grâce aux « interactions associant les divers acteurs du monde de l’art », featuring experts, critiques, juristes, commissaires-priseurs, historiens de l’art, conservateurs, mécènes et collectionneurs. Tout ce petit monde, au sens lodgien du terme, jonglant avec les millions pendant que le peuple vérifie le prix des tomates a intérêt à perpétuer une ontologie du vrai, même médiocre… et à développer une industrie du faux adoubé comme vrai. De la sorte, néanmoins, il laisse entendre que « c’est le monde de l’art plutôt que l’artiste lui-même qui réalise l’œuvre » et la rend géniale. Dans cette mesure démesurée, l’on regrette que Monique Jeudy-Ballini n’émaille pas ses observations d’une incidence politique, analysant l’extension du business du fake à l’aune d’un néolibéralisme galopant imposant peu à peu le fric comme juge de paix et des hommes et de l’art.
En revanche, l’auteur montre fort bien pourquoi le faux peut être satisfaisant et significatif, comme quand « le Faussaire espagnol » (personnage probablement faux lui-même) réinvestit à la mode de son époque des tableaux connus, par exemple en substituant à l’imaginaire religieux un goût certain pour la galanterie. Même si l’auteur ne le mentionne pas explicitement, ces « traces de réinterprétation » résonnent avec l’idée de modernité d’une œuvre ainsi que l’entendent les metteurs en scène dépourvus de talent donc férus de Regietheater, acte pseudo artistique produisant une critique de l’œuvre matricielle « à travers des traces de réinterprétation trahissant notamment des différences d’historicité ».
Surtout, cette tendance au remix rappelle que, à l’instar de l’art qu’il imite, le faux procède essentiellement d’une posture mercantile, et les modifications proposées par « certaines copies » ont donc pour visée de « renforcer l’attractivité commerciale » d’une toile, par exemple en ajoutant des patineurs sur un paysage lacustre et hivernal. En somme, le faux s’inscrit dans un large éventail de possibles dont trois variantes apparaissent comme essentielles :

  • le faux comme copie à l’identique,
  • le faux comme modernisant à la marge une œuvre de maître dupliquée, et
  • le faux comme inventant une œuvre à la manière d’une star du business du beau et du wow.

D’autres variantes existent, telle celle du « vrai faux » entendu comme une œuvre authentique présentant des « traits atypiques » voire des « défauts » de réalisation qui ne paraissent pas dignes d’un maître. Néanmoins, ces faux-là sont révélateurs d’une foi constitutive de la délectation esthétique. Selon Monique Jeudy-Ballini,

 

si la qualité d’une maîtrise technique s’apprécie sur un continuum de degrés plus ou moins élevés, le génie, à l’inverse, renverrait sans nuance et pour ainsi dire ontologiquement à une propriété démarcative (sic) dont un être se trouverait doté sans l’avoir cherché.

 

Dans cette perspective, le faux est un miroir que l’art nous tendrait pour comprendre notre fascination. À confirmer donc à suivre dans une prochaine notule (vraie) !

It’s tiiiiiiiiiime!

L’affiche de l’événement (détail)

Aujourd’hui. 19 h. 52, rue des Dames dans le dix-septième arrondissement de Paris. Interviouve, échange avec le public puis coquetèle-dédicaces. Avec vous serait un plus positif pour fêter le lancement parisien de ce livre qui secoue.

Toujours aware

Capture d’écran

Oui, c’est carrément plus que gênant.

  • D’entendre que cette interviouve est présentée par un « site d’articles français et patriotes », ça met mal à l’aise.
  • De voir que l’esclave à la capillarité vulgaire, madame Céline Alonzo, tire la langue à la caméra, ça dissone.
  • De découvrir que le jingle liminaire reproduit des sons de sinistre mémoire, ça daube de l’intellect.
  • De voir que l’interviouveur chante vestimentairement les éloges incongrus de la vodka, ça messied.

Mais admettons. Admettons que seule l’extrême-droite veuille lire un livre dont le titre est plutôt censé affrioler la gauche. Admettons qu’aucun journaliste non affilié à un milliardaire (ça va être difficile) ou à une institution nationale ne souhaite inviter l’auteur du livre qui renverse le cocotier policier pour sauver l’institution qu’abrite l’arbre.
Alors, oui, peut-être faut-il accepter cette gênance pour parler de sujets essentiels. A priori, l’auteur est prêt pour des invitations plus institutionnelles, genre France Inter, radio officielle du régime, mais, très curieusement, on a compris que c’était pas le projet.

 

 

Donc va pour Sud Radio. Ça permet de causer

  • du business de la drogue,
  • de la pantomime ministérielle,
  • de la légalisation du cannabis, cette blague,
  • de la performance,
  • du management par la peur,
  • du remplacement de la vitamine C par le rail de coke,
  • du bidonnage en général,
  • de propagande,
  • du Sida,
  • des produits de substitution,
  • des zones de droit différent,
  • du fait social total,
  • des quartiers de riches gardés par des Rambo,
  • du communautarisme,
  • de l’UPNI,
  • de la protection de la personne,
  • de l’habillage ou du déshabillage de Pierre et de Paul,
  • de la police de proximité,
  • de la courtisanerie,
  • du cours Julien donc du foot à Marseille,
  • de la gesticulation,
  • de la répression grand-guignolesque,
  • de l’obligation de « faire chiffre »,
  • de l’année zéro de la police,
  • du cassage de job, avec un « j » et non un « z », t’es fou,
  • de l’alourdissement kafkaïen de la procédure pénale pour les enquêteurs,
  • de la violence quotidienne,
  • de la volonté d’être surprotégé,
  • du spectacle vendeur du fait-divers,
  • de L’Illustration,
  • de la permissivité éducationnelle,
  • du sentiment d’impunité,
  • d’admonestations (ce qui n’est pas fréquent aujourd’hui),
  • de Scarface,
  • de démissions policières,
  • de reconversion privée,
  • de M. Fauvergue,
  • de François Mitterrand et
  • de la mortelle municipalisation de la police nationale.

Pour en discuter avec l’auteur, menacé donc légitimé par des caciques, rendez-vous ce jeudi à la librairie Au bonheur des livres | 52 rue des Dames | Paris 17.

Douceur de la violence

Capture d’écran
  • Pourquoi la police est-elle si souvent mise en cause dans des affaires de violence dont les citoyens sont les victimes ?
  • Quelles techniques pour survivre aux constatations dégueulasses et aux équarrissages humains qu’on appelle autopsies ?
  • Comment les hommes politiques, quel que soit leur sexe, instrumentalisent-ils cette institution pour se passer sur eux-mêmes la brosse à reluire ?
  • Jusqu’à quand promouvra-t-on la police municipale comme sous-produit du néolibéralisme considérant que l’État n’a plus à assurer uniment la sécurité des citoyens, celle-ci doit désormais être remise dans les mains des élus low cost ?
  • Que faire dans une France dévorée par les trafics où la police ne peut effectuer que quelques pantalonnades pour complaire les ministres et les médias ?

Jean-Pierre Colombiès, jadis inspecteur de police puis commandant, témoigne franco de port de cette douceur de la violence étatique.

 

 

Pour

  • retrouver ses diatribes solidement étayées, l’on peut lire son livre fraîchement paru en l’allant quérir chez votre libraire ou ici ;
  • le découvrir en chair et en os et échanger avec lui sur Paris, une seule date est prévue pour le moment : le jeudi 28 mai, à 19 h, à la librairie Au bonheur des livres.

Au plaisir de vous y croiser !

Comprendre les forces du désordre

Capture d’écran

Dans son nouveau livre, Jean-Pierre Colombiès sort la sulfateuse. L’inspecteur devenu commandant honoraire ne décolère pas de voir sa chère police s’embourber dans une mascarade à tous les étages dont témoignent

  • les opérations XXL contre le trafic de drogue, grotesques, vaines,  et coûteuses mises en scène à la gloire d’un ministre de l’Intérieur qui ment à la population en laissant croire, par exemple, que mobiliser cent flics dont le RAID et la BRI à Nantes pour choper « deux kilos de drogue » (dont du cannabis de faible valeur) et interpeler « six personnes » (plus probablement des choufs que des caïds), ça va régler le problème ;
  • les décisions stratégiques pour piloter l’institution, toutes encore plus dangereuses que stupides ;
  • l’abandon d’une large partie de la population à des conditions de vie et de sécurité indignes ;
  • les réseaux internes et externes qui conduisent à la promotion non pas des meilleurs éléments mais des personnels les mieux introduits, pour ainsi dire ;
  • les fautes professionnelles qui dérapent parfois en crimes et mettent en danger tant la population que la réputation même donc la capacité d’action de l’institution ;
  • la tentation de céder aux pressions politiques pour se mettre corps et âme au service des gouvernants et non plus au service des citoyens ;
  • les manipulations qui conduisent à perdre le sens du métier en le remplaçant par l’art d’une embrouille délétère dont les victimes sont toujours les Français dits, avec ce mépris de l’élite autoproclamée, « de base » ;
  • le grand remplacement de l’autorité régalienne par une multitude d’acteurs locaux et low cost du juteux marché de la sécurité, des policiers municipaux aux vigiles, effaçant ainsi à la fois la substantifique moelle de l’État et l’égalité censée être garantie à l’ensemble de ses habitants sur l’ensemble du territoire ; etc.

 

 

Avec sa faconde de Marseillais que ses années parisiennes ont à peine mâtinée de diplomatie narquoise in extremis, Jean-Pierre Colombiès évoque quelques-uns des ces aspects dans sa toute nouvelle interviouve.
Pour retrouver ses diatribes solidement étayées, l’on peut lire son livre fraîchement paru en l’allant quérir chez votre libraire ou ici. Pour le découvrir en chair et en os et échanger avec lui sur Paris, une seule date est prévue pour le moment : le jeudi 28 mai, à 19 h, à la librairie Au bonheur des livres. Au plaisir de vous y croiser !

 

Du plaisir amer d’avoir raison

Capture d’écran

Jean-Pierre Colombiès est un franc-tireur qui, comme le veut sa fonction, tire franchement. Mais, si ses balles sont réelles, elles

  • sont faites d’encre et de mots,
  • ne visent pas à préserver un business ou un territoire mais
  • aspirent à proposer des pistes solides, sérieuses et efficaces afin de sauver le soldat Ryan qu’est la France face à l’hyperpuissance des narcotrafiquants (entre autres).

Dans une nouvelle intervention fracassante, le commandant de police honoraire, qui a notamment sévi aux stups à Marseille et à Paris,

  • pointe l’hypocrisie des déclarations ministérielles devant les drames des fusillades qui se multiplient,
  • dénonce l’accumulation de mesures cosmétiques qui feraient rire si c’était leur intention – et si le contexte n’était pas aussi macabre et dramatique – tant elles sont
    • maladroites,
    • sous-dimensionnées,
    • ou les deux mon capitaine, et
  • pose
    • des explications à cette situation,
    • des démontages de carabistouilles ainsi que
    • des réflexions nourries par son expérience policière et par le prisme dont il a hérité

avec un objectif : limiter l’emprise croissante de cette plaie béante qu’est le marché de la drogue, dorénavant au cœur de notre société. Autant d’éléments qu’il développe plus longuement et pourtant sans davantage de longueurs dans La Face obscure de la police (Max Milo), le livre que je l’ai aidé à peaufiner et qui est disponible chez votre libraire chéri ou chez des Grands Méchants comme celui-ci. Les Franciliens intrigués pourront

  • se procurer l’ouvrage,
  • interroger l’auteur,
  • discuter avec lui et
  • acheter un exemplaire à un vrai libraire de quartier

lors du lancement parisien de l’ouvrage, le jeudi 28 mai à 19 h à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17), jouxtant quasiment le métro Rome. En attendant, les amateurs de punchlines peuvent se goberger en replayant, et hop, son inneterviouve à partir de 48 minutes environ ici.