Jonathan Benichou joue Olivier Greif (Arion) – 3/5

Première de pochette

Dernière sonate en termes chronologiques, Le Rêve du monde, composé en 1993, est placé au centre du disque de Jonathan Benichou. C’est habile – d’une part parce que la conclusion de la prochaine sonate est trop spectaculaire pour souffrir quelque autre œuvre après, d’autre part parce que la pièce elle-même est composée en symétrie, avec un mouvement « tourné vers l’orient », deux mouvements « tournés vers l’occident » et un dernier mouvement « tourné vers l’orient ». Partant, elle convient bien à sa position centrale et nous permet d’effleurer une période mystique de la vie d’Olivier Greif, qui a cherché dans le spiritisme puis chez un gourou de la méditation des raisons de vivre voire de ne plus créer.
« Le garçon (pur) comme l’or » s’inspire d’une statue bouddhiste mais, dans le même temps, revendique le compositeur, se refuse à n’être qu’une « musique descriptive ». C’est en tout cas une musique suspendue comme les aime Nicolas Horvath, partagée entre

  • graves profonds,
  • médiums réguliers et
  • aigus suggestifs.

La paix ambiante, fomentée par

  • le tempo calme,
  • l’itération et
  • le ressassement,

est troublée par

  • des courants d’air debussystes,
  • des accents éclairant la méditation,
  • des intensités étagées et
  • des suspensions interrogatives.

Olivier Greif y déploie

  • son goût pour l’intériorisation,
  • le développement statique et
  • le dévoilement du son quand il mâche l’os de son motif jusqu’à la substantifique moelle.

Attentif

  • au toucher,
  • au phrasé et
  • aux résonances,

Jonathan Benichou tire le meilleur d’une musique

  • de la contemplation,
  • du détachement mondain et
  • du questionnement introspectif

jusqu’à la longue persistance du coup de gong presque final.

 

 

« Wagon plombé pour Auschwitz » associe une main gauche obstinée autour d’un motif évoquant les roues de la voiture et un « chant synagogal » voué à

  • apparaître,
  • disparaître et
  • se disloquer.

Le travail sur

  • les registres,
  • les attaques et
  • les nuances

met en valeur la profondeur de cette musique et l’écho émouvant qu’elle trouve chez Jonathan Benichou, donc chez son auditeur. À un premier mouvement austère s’oppose presque frontalement un deuxième acte dont l’expressivité passe par

  • les contrastes,
  • l’élargissement du spectre et
  • l’exploration des abîmes graves

que quelques éclats suraigus éclairent à peine puisque la fusée retombe presque aussitôt dans les ténèbres.

  • Les suspensions inquiétantes,
  • la puissance des boucles et
  • l’habileté dans le traitement du thème religieux, disloqué comme si le compositeur s’interrogeait sur le sens de la transcendance divine face à l’horreur du Mal,

captivent et sonnent avec une force singulière sous les doigts de l’interprète. Une prochaine notule nous conduira à travers les deux derniers paysages de cette vingtième sonate. À suivre, donc !


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