Jonathan Benichou joue Olivier Greif (Arion) – 4/5

Première de pochette

Avec la sonate intitulée Le Rêve du monde, nous sommes entrés dans le cœur mystique battant qui a animé, submergé et parfois même annihilé l’inspiration d’Olivier Greif. Après « Wagon plombé pour Auschwitz », le compositeur creuse sa veine la plus noire avec le « Thrène des désincarnés » qui constitue le troisième mouvement.

  • Graves,
  • résonances lugubres,
  • surgissements à la fois doux et déstructurés

suscitent une atmosphère fantasmatique. Ça sent

  • les ossements qui grincent,
  • la poussière ouatée et poussiéreuse qui frissonne lentement,
  • le rai de lumière qui rend encore plus lugubre l’étouffante obscurité.

Le tempo a le temps. Il

  • s’étire,
  • se rétracte,
  • se diffracte,
  • se suspend, et
  • se décompose comme le laisse espérer le titre.

Rien d’uniforme, cependant.

  • Des coups d’éclat agitent l’ossuaire ;
  • des réminiscences thématiques se glissent entre rotules et humérus ;
  • un calme feutré semble aspirer à un repos encore troublé.

Les registres s’écartent. Le grave s’impose, mais l’aigu surplombe. Peu à peu, le silence prend possession de la musique et la recouvre. La procession funèbre s’éloigne ou retourne à la poussière. Plus de lamentation crépitant à nos oreilles. Ainsi que l’aurait stipulé le grand philosophe s’il en est qu’est Jean-Jacques Goldman, « réponse ou question, je sais pas ».

 

 

« Un éblouissement de Sri Ramakrishna » se déploie alors sur neuf minutes. La notice promet une transe chorégraphique et des souvenances de motifs ouïs précédemment. L’affaire s’ouvre sur un balancement tranquille mais épicé par des dissonances rugueuses.

  • Ressassement obsessionnel qui n’est pas sans résonner avec un certain minimalisme,
  • fusées graves et
  • déséquilibres productifs

grignotent progressivement la partition. Jonathan Benichou dirige son orchestre digital dont l’ampleur se révèle, cherchant à associer

  • clarté du propos,
  • mystère ineffable et
  • éblouissements envolants.

L’interprète met judicieusement en valeur

  • son art du crescendo lent,
  • la force des piani brusques, et
  • le délicieux binôme régularité – dérèglement

qui pimpent l’écoute. Sa science

  • du toucher,
  • de la nuance et
  • de l’étagement des voix

scintille dans cette synthèse musicale d’une sonate

  • fringante,
  • explosive,
  • soignée et
  • fragmentaire

qui se dissout dans une coda abrasive et un point d’orgue presque infini (regrettons au passage que le montage ne laisse pas respirer quelque peu la musique en insérant quelques secondes de silence entre les sonates…).

  • Divers,
  • riche,
  • stimulant :

de quoi se préparer dans l’émotion à la neuvième sonate du compositeur, considérée comme un monument du piano du vingtième siècle. À suivre !

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