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Le blog de Bertrand Ferrier, page 226

Alexandre DenĂ©rĂ©az, Å’uvres symphoniques, VDE-Gallo


Compositeur et organiste vaudois, prof d’Ernest Ansermet, importateur Ă  Lausanne de Pablo Casals, Jacques Thibaud ou Eugène YsaĂ¿e, Alexandre DenĂ©rĂ©az a eu le premier les honneurs de la collection des « Compositeurs suisses symphoniques » qu’Olivier Buttex nous permet de dĂ©couvrir. Ă€ son service, un trio qui a connu de nombreux prolongements : l’orchestre symphonique de Volgograd, le chef Emmanuel Siffert, et le combo Olivier Buttex – Jean-Pierre Bouquet pour le son. Profitons de l’exposition ToutĂ¢nkhamon, surtout si cela peut faire bisquer les associations racistes, pour Ă©voquer ce disque initialement paru en 2008, et incluant :

  • un poème,
  • un intermède et
  • des variations symphoniques.

Au Tombeau de Tut-Ankh-Amon (1925) s’ouvre avec pompe, vue la circonstance, entre cuivres et violoncelles. La harpe, aidĂ©e des flĂ»tes et du hautbois, distille un brin de mystère, qui revient de façon rĂ©currente. Puis l’on s’enfonce dans le caveau avec la prudence et l’Ă©merveillement que l’on impute aux violeurs de tombe. Cordes et basson Ă©voquent l’obscuritĂ© du lieu. L’orchestration ne manque pas d’en souligner, très vite, la majestĂ©. Au mitan du « poème symphonique », une procession se faufile dans le dĂ©dale du monument. Au dernier tiers, la solennitĂ© semble saluer la dĂ©couverte de la dĂ©pouille du dictateur.
FlĂ»tes, contrebasses et timbales tonnent. L’ensemble de l’orchestre est mis Ă  contribution pour un nouveau crescendo. Se dĂ©ploie alors une ondulation mĂ©lancolique associant flĂ»tes et cordes. Lyrisme et emphase reprennent le dessus pour prĂ©parer une coda majeure oĂ¹ les clarinettes font une apparition. Charge pour le cor anglais d’annoncer la brève conclusion survolĂ©e par les flĂ»tes et couronnĂ©e d’un braoum explicite. En somme, une pièce Ă©vocatrice dont l’orchestre de Volgograd, peut-Ăªtre parfois un peu court, tĂ¢che de rendre avec expressivitĂ© les phases de tension et de dĂ©tente.

Le RĂªve (1908) est un intermède symphonique dĂ©bute dans l’Ă©ther des cordes. Le thème unique Ă©voque l’incipit du prologue de Tristan (la – do# – si – la [fa – fa# sont modifiĂ©s]), enrichi par les clarinettes. Les cordes prennent de l’ampleur, bien aidĂ©es par l’assise des contrebasses. Des fanfares zèbrent çà et lĂ  le motif wagnĂ©rien, essentiellement portĂ© par violons et compères avec le soutien sporadique des bois.
Le violon solo et divers pupitres s’Ă©changent le thème, se le disputent, le gonflent puis le dĂ©gonflent. Crescendo et silences aèrent le rĂ©cit – et permettent des montages presque discrets, comme Ă  7’58, avant la prise de parole de la harpe et de la clarinette. DivisĂ© en segments alternant diffusion du sujet, crescendo et silence, le poème offre ainsi une longue paraphrase, assez sĂ©duisante, du dĂ©but de l’opĂ©ra amoureux de Richard Wagner.

Plus longue partition des trois œuvres proposĂ©es, les neuf Scènes de la vie de cirque (1911) fricotent avec les 24′. L’introduction, après quelques secondes triomphales, s’engoncent dans une atmosphère dramatique joliment dĂ©peinte. Un crescendo tuile l’arrivĂ©e des jongleurs, Ă©voquĂ©s sans prĂ©cipitation, essentiellement aux cordes et bois. L’EntrĂ©e des athlètes rĂ©veille les cuivres pour une fanfare Ă  laquelle ne tardent point de s’associer les cordes.
Les Athlètes ne sont pas des rigolos : la musique souligne, avec un premier degrĂ© savoureux, roulement de caisse claire compris, que ces mastodontes sont lĂ  pour impressionner les foules avant de parader, triomphaux et grotesques. L’Homme-serpent leur succède. Lui non plus n’est pas un rigolo. Cordes graves, trompettes sourdinĂ©es et flĂ»te ondulant mollement installent une atmosphère flippante, stagnante et triste Ă  souhait.

La Belle Ă©cuyère remet un peu de lĂ©gèretĂ© et de paillettes dans ce monde censĂ© Ăªtre festif. Les ritardendi de la trompette et le thème en do mineur, rythmĂ© par les violons, soulignent pourtant l’ambiguĂ¯tĂ© des sourires de façade. La fin, apaisĂ©e, en do majeur s’agrĂ©mente d’un arpège de harpe comme pour souligner un certain soulagement… dissipĂ© par le surgissement du Clown. Amusant parce qu’il joue pas très juste, le clown n’est pourtant pas lui non plus dĂ©nuĂ© d’un voile d’inquiĂ©tude qu’une orchestration sciemment pesante renforce. Les Africains, prĂ©cĂ©dĂ©s d’une musique plus arabisante que nègre, s’approchent pour exĂ©cuter une Danse de chez eux.
Les percussions n’y peuvent mais : l’orchestre Ă©voque davantage les dresseurs de serpents que les rythmes du continent noir. D’autant que l’ornent quelques harmonies asiaĂ¯santes, souvent recouvertes par une orchestration très europĂ©enne ! Les titres programmatiques paraissent n’Ăªtre qu’un prĂ©texte pour une promenade – moins folklorique que divertissante – dans plusieurs atmosphères. L’Ă©pilogue, puissant et sombre, conclut une composition colorĂ©e, oĂ¹ le compositeur semble s’amuser Ă  dĂ©passer les conventions de façade, imposĂ©es par les « scènes de genre », pour exprimer son Ă©lan crĂ©atif personnel.

En conclusion, voici un disque symphonique de belle facture, digne de combler la curiosité de tous ceux qui aiment fureter dans la musique à la fois bien écrite et méconnue du début du vingtième siècle.


Pour acheter le disque, c’est çà.
Pour l’Ă©couter en intĂ©grale, c’est lĂ .
Pour dĂ©couvrir la mĂ©thode de direction du chef, c’est ici.
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Ce mardi, on sème tous


Ce mardi 30 avril, près de l’OpĂ©ra Garnier, se dĂ©roule le troisième Ă©pisode du projet « Nouvelle tĂ©tralogie ». Aujourd’hui sont prĂ©vues des chansons amoureuses. Selon l’expression de l’expert CĂ©line, venez vivre l’infini Ă  la portĂ©e des caniches que nous sommes. C’est vrai que, dĂ©jĂ  du temps de Je m’appelle Firmin, l’amour Ă©tait une prĂ©occupation infinie pour nous autres puisque « Tout le monde fait l’amour » (Paroles et clavier : Bertrand Ferrier / Musique et voix : Damien Ferrier / RĂ©alisation : Thierry « Titi » Tonelli).

Ce soir encore, on va pleurer sur mon sort, rigoler de la vie, s’amuser de nous, mĂ©diter avec une grande profondeur (de vue, bien sĂ»r), faire des « oh » et des « ah », compter les erreurs de textes et les accords loupĂ©s, citer Ricet Barrier, parler de tartines et accueillir l’invitĂ© vedette voire la guest star du jour, Herr Jann Halexander, pour deux chansons et demie. Pour ceux qui veulent me voir près de manches Ă  balai, c’est ci-d’sous.


Pour ceux qui veulent me voir près de(ux) micros, c’est çà.
Pour ceux qui veulent soutenir le projet de maxidisque, c’est lĂ .

Royaumes oubliés, Musée du Louvre, 28 avril 2019

Photo : Rozenn Douerin

Une exposition se peut-elle goĂ»ter sans sous-titre appropriĂ© Ă  l’inculture du visiteur ? Royaumes oubliĂ©s : de l’empire hittite aux AramĂ©ens, la nouvelle rĂ©alisation du dĂ©partement des AntiquitĂ©s orientales du Louvre – la première depuis douze ans – pose la question en dĂ©veloppant un concept liminaire prĂ©sentĂ© par le Pergamonmuseum de Berlin. L’invitation tisse trois fils rouges très attractifs :

  • les vestiges d’une civilisation rivale de la grandeur Ă©gyptienne, celle des Hittites ;
  • le topos des explorateurs et dĂ©couvreurs « à l’ancienne », autour de la figure de Max von Oppenheim mais pas seulement ; et
  • le travail de restauration « de plus de 20 000 fragments », tantĂ´t recollĂ©s, reconstituĂ©s, esquissĂ©s, etc.

Ainsi, outre la curiositĂ© que lĂ©gitime toute proposition d’un musĂ©e aussi phĂ©nomĂ©nal, deux axes peuvent motiver la visite :

  • d’une part, la dĂ©couverte d’un pan de l’Histoire peu connue – parfois mĂªme par ceux qui la connaissent bien ;
  • d’autre part, la comprĂ©hension des coulisses du passĂ©, comment on le fabrique, le dĂ©crit en pointillĂ©s, le laisse en suspens tout en avançant des hypothèses parfois controversĂ©es par ceux-lĂ  mĂªme qui les ont avancĂ©es.

En gros, si l’on a bien saisi le pitch, au dĂ©but, soit en 1200 avant JĂ©sus Christ, Ă©tait l’empire hittite, concurrent des Égyptiens. Puis il s’est effritĂ©. Des royaumes nĂ©o-hittites – parfois des villes – se sont constituĂ©s. Ces civilisations ont tĂ¢chĂ© de commercer et/ou d’imposer leurs caractĂ©ristiques aux autres. La guerre, le business, la religion – donc, dans ces trois cas, l’artisanat et l’art – sont devenus des instruments de domination et d’identification. Peu Ă  peu, en dĂ©plaçant des populations entières, les AramĂ©ens ont rĂ©ussi Ă  faire leur trou dans la mosaĂ¯que assyrienne, en gros entre 900 et 700 avant JĂ©sus Christ. Dès lors, dans ce maelström dont les historiens n’ont pas recomposĂ© le rĂ©cit intĂ©gral en dĂ©pit d’efforts faits pour prĂ©server un patrimoine meurtri par les guerres mondiales et syriennes, les objets portent trace des diffĂ©rentes civilisations, de leurs oppositions et de leur mĂ©tissage.

Sphinx inachevé (Syrie du Nord, vers 1300 avant Jésus Christ). Photo : Rozenn Douerin.

L’exposition associe miniatures et mastodontes. De nombreux gardiens minĂ©raux rythment la progression du visiteur. La pièce prĂ©sentĂ©e supra est typique de cette dĂ©ambulation : elle reprĂ©sente un sphinx, crĂ©ature Ă  la signification mutante – au dĂ©part reprĂ©sentation du pharaon, ensuite animal fĂ©minin divinisĂ© ; et elle est inachevĂ©e, laissant une large part Ă  l’imagination des chercheurs. VoilĂ  le premier point d’intĂ©rĂªt, pour l’ignorant : l’Ă©quilibre sensible entre science et fantasmatique, certitude et suppositions souvent hasardeuses. Deuxième point d’intĂ©rĂªt : le mĂ©lange de pièces « documentaires » (coupelle banale « dĂ©banalifiĂ©e » par les siècles et par les godrons qui l’ornemente) et d’art fonctionnel, tel ce vase prĂªtĂ© par le Metropolitan Museum de New York.

Rhyton (Turquie, vers 1300 avant Jésus Christ). Photo : Rozenn Douerin.

Les objets prĂ©sentĂ©s ici mĂªlent ces deux atouts. Ainsi de cette stèle de Bakhtan, qui rend hommage au pouvoir thaumaturge de Ramsès II grĂ¢ce Ă  un miracle rĂ©alisĂ© par l’intermĂ©diaire d’une statue envoyĂ©e en pays hittite. Or, en rĂ©alitĂ©, cette stèle viserait Ă  rĂ©inventer – disons : inventer – une Histoire des Hittites pour que le peuple se glorifie, mĂªme si l’anecdote n’a jamais Ă©tĂ© attestĂ©e au moment des faits. Ainsi cette fabrique de l’Histoire – partant, de l’identitĂ© par l’Histoire – rĂ©sonne-t-elle, mutatis mutandis, Ă  travers les siècles, en interrogeant nos propres pratiques de reconstruction historique. De la sorte, elle constitue un troisième point d’intĂ©rĂªt pour l’ignorant qui se risquerait dans ces lieux.
DisposĂ©es dans un ordre chronologique qu’Ă©clairent des cartes utiles pour se repĂ©rer (un peu, ne nous haussons point trop du col), l’essentiel des pièces ressortit de quatre catĂ©gories :

  • les monstres gardant les palais ;
  • les expressions religieuses ;
  • les vestiges de vie ; et
  • les Ă©lĂ©ments funĂ©raires.
Lion gardien (800 av. Jésus Christ). Photo : Rozenn Douerin.

L’amateur d’ambiguĂ¯tĂ© restera marquĂ© par les pièces indĂ©cidables. Ainsi de cet authentique vistemboir, selon la terminologie du chercheur Vincent Poursan et du connaisseur Achille Talon, qualifiĂ© de « support avec caryatide » et empruntĂ© au musĂ©e de Copenhague. De lui, on ne sait rien. Toutefois, si l’on imagine que la caryatide est une dĂ©esse (supputons), si l’on en infère qu’il pouvait servir dans le cadre d’un culte (pourquoi pas ?), ce truc devient un « support Ă  encensoir ». De mĂªme, cette figurine fĂ©minine portĂ©e par deux petits lions : peut-Ăªtre s’agit-il d’une dĂ©esse, puisqu’elle marche sur des lions, mais, comme on ignore oĂ¹ fut vraiment produit cet objet, plusieurs hypothèses se prĂ©sentent pour dĂ©finir l’identitĂ© de ladite dĂ©esse. En ce sens, sĂ©duit l’association entre une volontĂ© de rigueur et une impossibilitĂ©, aussi rĂ©currente qu’assumĂ©e, Ă  trancher.
La variĂ©tĂ© des sujets fixĂ©s par les objets figuratifs constitue un quatrième point d’intĂ©rĂªt pour l’ignorant. Les animaux, osons un jeu de mots formidablement drĂ´le, se taillent la part du lion : taureaux, lions, scorpions, crĂ©atures hybrides ou imaginaires peuplent les salles de l’exposition. Toutefois, l’on trouve aussi des humains, animaux spĂ©ciaux et parfois divinisĂ©s, ainsi que des musiciens. Par exemple, on croise un petit joueur de luth d’Alep, dont l’intĂ©rĂªt n’est pas la qualitĂ© mais la taille. En effet, de nombreuses sculptures Ă©voquaient des musiciens ; mais celui qui est prĂ©sentĂ© est de petite taille et en terre cuite, ce qui tĂ©moigne d’une « production de masse » rĂ©alisĂ©e grĂ¢ce Ă  la maĂ®trise du moulage (vers 1200 avant JĂ©sus Christ). L’idĂ©e d’une industrialisation de l’art, toutes choses Ă©tant Ă©gales par ailleurs, donc de sa diffusion, pourra aussi intriguer le badaud par l’incongru attirĂ©.

Stèle funéraire (Turquie, 800 avant Jésus Christ) et un bout de clampin. Photo : Rozenn Douerin.

Cinquième point d’intĂ©rĂªt potentiel pour l’ignorant, la polymorphie de la reprĂ©sentation de la mort stupĂ©fie. Celle qui deviendra la Grande Faucheuse est omniprĂ©sente, car elle ne s’exprime pas que dans des Ă©lĂ©ments liĂ©s aux tombeaux. On peut, sans se trop torturer les mĂ©ninges, ce qui serait quelque peu benĂªt, la repĂ©rer dans trois autres domaines.

  • D’abord, la mort – ou plutĂ´t la peur de la mort, ce qui n’est pas toujours très Ă©loigné – ruisselle sur les statues colossales d’animaux protecteurs, pour lesquelles l’imagination du visiteur est sollicitĂ©e : les yeux de certaines pièces « devaient Ăªtre incrustĂ©s », renforçant l’effet saisissant de leur rugissement de pierre.
  • Ensuite, la mort frappe aussi Ă  travers l’omniprĂ©sence des dieux, notamment le rĂ©current dieu de l’orage, signe d’une espĂ©rance dĂ©sespĂ©rĂ©e tant dans un sens de la vie que dans un après demandant confirmation.
  • Enfin, la mort s’illustre aussi Ă  travers la tentative d’immortalisation que manifestent les portraits de rois.

La capacitĂ© des Hittites et de leurs successeurs, pour ainsi dire, Ă  exprimer la mort sur le monument, dans l’amĂ©nagement des espaces, dans l’expression des imaginaires donc des espĂ©rances, traduit Ă  l’Ă©vidence une conception de la vie sur laquelle on repart frustrĂ© d’explications mais pĂ©tillant de questions. Parfois, c’est aussi mieux.

Colliers (1100 avant Jésus Christ). Photo : Rozenn Douerin.

Sixième point d’intĂ©rĂªt, la profusion de matĂ©riaux traitĂ©s avive la curiositĂ© du zozo qui baguenaude. Certes, les majestueuses monstruositĂ©s de pierre fascinent. NĂ©anmoins, bien d’autres supports sont traitĂ©s – citons Ă  titre d’exemple le fer, le bronze, la faĂ¯ence et la pĂ¢te de verre, dont on aperçoit des exemples sur le collier supra, qui n’est certes pas issu d’une ZĂ€D.
Cette association de matĂ©riaux traduit Ă  la fois le savoir-faire et la finesse des civilisations que l’on effleure en vaguant de ci de lĂ  – et peut-Ăªtre aussi leur capacitĂ© Ă  inventer. En tĂ©moignent ces crĂ©atures qui ne mĂ©langent plus des matĂ©riaux mais des entitĂ©s : ainsi des spectaculaires hommes-oiseaux-scorpions qui gardaient un palais Ă  Tell Halaf, en Syrie, 900 ans avant JĂ©sus Christ.

Griffon (900 avant Jésus Christ, Tell Halaf). Photo : Rozenn Douerin.

Septième point d’intĂ©rĂªt, les deux limites de la diachronie. En effet, certaines pièces ont peinĂ© Ă  traverser le temps, parfois par usure, par vandalisme, par dĂ©robades ou par bombardement. Ainsi de cette statue de griffons dont le puzzle de 2600 pièces restera Ă  jamais infini… et de loin. C’est la première limite de la diachronie : l’impossibilitĂ© et la vanitĂ© de tout refaire Ă  l’identique. NĂ©o-amis de Notre-Dame, cadeau pour vous.
Seconde limite de la diachronie : si certains orthostates sont rigolos et lisibles (tel celui qu’orne « une autruche avec une perdrix sur son dos », datĂ© de 900 avant JĂ©sus Christ), d’autres, faute d’explication technique, relèvent de la foi. Ainsi de cette pierre dressĂ©e ornĂ©e « d’une taupe et d’une grenouille » pour laquelle, assurĂ©ment, je n’avais pas pris les lunettes ad hoc.

Orthostate ornĂ© d’une taupe et d’une grenouille (900 avant JĂ©sus Christ, Tell Halaf). Photo : Rozenn Douerin.

Pour l’ignorant, le charme de cette exposition tient Ă  cette profusion d’intĂ©rĂªts – secondaires d’un point de vue scientifique, mais quoi ? Cette exposition serait-elle rĂ©servĂ©e aux spĂ©cialistes ? Ă€ l’Ă©vidence, une visite guidĂ©e paraĂ®t très conseillĂ©e pour profiter avec sapience de ce riche pan de l’Histoire que l’ignorant, seul, ne peut que survoler sans apprĂ©cier les implications politiques, anthropologiques, manufacturières et artistiques – notamment – propres Ă  cette si vaste pĂ©riode et Ă  sa rĂ©appropriation par l’Occident. Ce nonobstant, en candide, on peut aussi apprĂ©cier de dĂ©couvrir, parmi d’autres, les collections spĂ©cifiques du Louvre, que nous n’Ă©tions jamais allĂ© visiter, puis des pièces qui sĂ©duisent en tant que telles, sire. Ainsi de cet archer-Ă -la-bonne tĂªte…

Orthostate représentant un archer (900 avant Jésus Christ, Tell Halaf). Photo : Rozenn Douerin.

… ou cette statue de taureau, Ă  contempler de face sur deux pattes…

Statue de taureau 1/2 (740 avant Jésus Christ, Arslan Tash). Photo : Rozenn Douerin.

… ou de cĂ´tĂ© sur quatre (donc cinq).

Statue de taureau 2/2 (740 avant Jésus Christ, Arslan Tash). Photo : Rozenn Douerin.

En conclusion, oui, une exposition peut se goĂ»ter sans sous-titre appropriĂ© Ă  l’inculture du visiteur – Ă  condition d’accepter de n’en retirer quasiment ce qui lui parle… et Ă  condition de profiter d’une prĂ©sentation riche de pièces variĂ©es et de repères accessibles Ă  tous. C’est le cas, avec cette variation autour des Hittites et des AramĂ©ens, joliment scĂ©nographiĂ©e et qui sera sans doute moins courue que l’exposition LĂ©onard de Vinci. Rappelons que, en achetant un billet pour cette exposition au prix redoutable de quinze euros, le visiteur gagne le droit de visiter l’ensemble des collections permanentes du musĂ©e, ce qui permet de rentabiliser la chertĂ© du package.


Pour rĂ©server et visiter l’exposition dès le 2 mai, c’est ici.

A look in the night

Debussy de la Lorette en Cornouailles, rue de Rome (Paris). Photo : Bertrand Ferrier.

La nouvelle tétralogie en concert (2/4)

Photo : Rozenn Douerin

J’ai laissĂ© des bouts de moi un peu dans chaque endroit, peut-Ăªtre dans quelques esgourdes itou. Des bonnes et des fausses notes, des paroles, des bonbons, des chocolats parfois. Ce soir-lĂ , pour le deuxième Ă©pisode de la Nouvelle tĂ©tralogie, constituĂ© de « Chansons gĂ©ographiques », j’ai invitĂ© mes commensaux Ă  commencer – c’est hilarant, presque comme le funeste – par faire un tour au troquet.

Après un dĂ©tour par Nanterre, on s’est enfoncĂ© davantage dans des terres beaucoup plus intĂ©rieures que j’ai intitulĂ©es des tunisies. Il paraĂ®t que le nom Ă©tait dĂ©jĂ  pris, tant pis : sur un malentendu, ça passe.

Cet atavisme sudiste m’a poussĂ© Ă  parler d’un fantasme qui sent l’iode et le rosĂ©, les cigales et l’Ă©lection de miss Nibards, le festival de danse folklorique et les marchands de churros – bref, des vacances Ă  Narbonne-Plage.

Du coup, l’invitĂ© du jour a jetĂ© sa gourme pour avouer qu’il Ă©tait un vrai routard, peut-Ăªtre pas tout Ă  fait punk, mais Ă  chien tout de mĂªme. Dans le quartier de l’OpĂ©ra oĂ¹ avait lieu le concert, ça en jette.

En tant que puissance, si si, invitante, j’ai Ă©tĂ© contraint de renchĂ©rir et de me situer non loin du signor : pas tout Ă  fait au niveau du chien, pas encore au niveau du loup. En somme, dans la gĂ©ographie mouvante de nos animalitĂ©s.

Pourtant, point ne s’agissait de rĂ©duire les gĂ©ographies Ă  nos petites personnes. Un grand souffle glacĂ© a ainsi embras(s)Ă© la ComĂ©die Dalayrac en inspirant une chanson intimement gĂ©ographique et torturĂ©e : complètement quĂ©bĂ©coise, sauf l’accent qui est plus grave qu’aigu – disons circonspect.

Ă€ la vĂ©ritĂ©, une chanson qui est d’ailleurs et de nulle part correspond au projet de chansons gĂ©ographiques. Les lieux ne sont que des prĂ©textes oĂ¹ laisser des bouts de soi et emporter des bouts des autres – tous ceux qui ont fricotĂ© avec la gare d’Arras le savent.

Il n’en reste pas moins que la gĂ©ographie peut Ăªtre aussi physique (un lieu) que fantasmĂ©e, temporelle (un moment entre deux moments), inspiratrice ou sociale. Le gĂ©ographe Jean-Jacques Goldman ne parlait-il pas des gens « d’un certain milieu, d’un certain style » ? Du coup, s’il n’en parlait-il pas, ben, pourquoi pas moi ?

Avec son affabilitĂ© coutumière, Claudio Zaretti nous a gratifiĂ© de son tube inĂ©dit, cosmique et hospitalier. C’est bien sĂ»r avec son autorisation que nous diffusons ce petit moment de feel-good song – moment rĂ©solument gĂ©ographique.

Après, la soirĂ©e de chansons a continuĂ© par une gĂ©ographie humaine. Pour savoir ce qui, alors, s’est tramĂ©, nous ne diffuserons qu’un dernier extrait. Le reste, seuls ceux qui se faufilèrent jusqu’Ă  la ComĂ©die Dalayrac le connaissent. Faites partie des prochains en rĂ©servant votre billet pour le prochain Ă©pisode – un Ă©pisode rĂ©solument amûûûûreux (rĂ©fĂ©rences ci-d’sous !).


Pour soutenir le projet discographique, c’est ici.
Pour réserver en vue du concert du mardi 30 avril, c’est là.

Cradle of Filth, La Machine du Moulin Rouge, 25 avril 2019

Photo : Josée Novicz

Dans ces temps guindĂ©s et puritains, l’univers malsain de Cradle of Filth est un dĂ©fouloir qui, 28 ans après son apparition, continue Ă  faire du bien. Sur une base de metal puissant, agrĂ©mentĂ© de breaks pour faire vivre des chansons tournant souvent autour des 7’30, les collègues de Dani Filth dĂ©veloppent un imaginaire post-gothique. Manoirs, vampires, fantĂ´mes, dĂ©mons, adorations en latin et morts sanguinolentes de – voire par de – jeunes recluses sont les concepts-clĂ©s qui ordonnent le monde de Cradle. Ils sont donc au rendez-vous que le groupe a fixĂ© Ă  ses clients, Ă  la Machine du Moulin rouge, un an après son prĂ©cĂ©dent passage parisien. Objectif : poursuivre la tournĂ©e qui accompagne la sortie de Cryptoriana depuis 2017.
Le charme de ce projet kitsch Ă  souhait rĂ©side principalement dans l’association entre :

  • une rythmique trĂ©pidante,
  • une utilisation percutante des twists rythmiques,
  • la maĂ®trise des codes du genre (voix grondante ou suraiguĂ«, chÅ“urs et nappes de claviers, background vocals fĂ©minins aussi typiques que mĂ©diocres), et
  • une Ă©nergie scĂ©nique… qui ne permet d’ailleurs pas au groupe, ce soir-lĂ , d’enchaĂ®ner des sets de plus de 25′.
Photo : Josée Novicz

La scène de la Machine paraĂ®t petite pour accueillir un sextuor (deux guitares, une basse, un clavier-voix, un batteur et le chanteur) qui a besoin d’espace pour faire voler les cheveux voire se prendre pour des derviches tourneurs ou proposer des running-gags tel l’art de Richard Shaw pour se relever en se tirant la tignasse. Toutefois, cet aspect resserrĂ© renforce la proximitĂ© avec les spectateurs, dans une ambiance bon enfant que trois types de participants partagent :

  • les pogoteurs de l’avant-scène (pouvant mĂªme grimper sur scène après le slam sans qu’un vigile vienne faire son sktech),
  • les Ă©couteurs du fond de salle et
  • les spectateurs de la pĂ©riphĂ©rie, assis au balcon ou tapant la tchatche au bar.

Le format de concert (1 h 25′) peut paraĂ®tre limitĂ© pour des billets claquant les 33 €, mais le spectacle est propulsĂ© avec mĂ©tier, et sa brièvetĂ© permet de ne jamais paraĂ®tre redondant. De plus, la mobilitĂ© des gratteux, passant de scène Ă  jardin dans un ballet efficace, ajoute utilement du dynamisme au show. NĂ©anmoins, quelques regrets peuvent entacher la prestation. Citons-en deux, importants, qui teintent d’une pointe d’amertume notre plaisir.

  • D’oĂ¹ nous nous trouvons, peut-Ăªtre trop bridĂ©, le son est lamentable. Si les fĂ»ts sonnent bien, les guitares sont presque inaudibles, ce qui est regrettable pour un groupe associant la puissance d’un prĂ©-Gojira Ă  des lignes mĂ©lodiques polyphoniques (orchestrĂ©es par le batteur) et des duos de guitares parallèles presque façon Iron Maiden.
  • L’utilisation de bande-son en play-back sur les parties chorales met colère, car l’on ne paye point son billet pour ouĂ¯r un disque, boudu.
Photo : Bertrand Ferrier

Cependant, en conclusion, de fort allègres souvenirs dominent cette soirĂ©e que l’on pourrait dĂ©crire comme « un concert oĂ¹, si t’as pas Ă©teint ton tĂ©lĂ©phone portable pendant, c’est pas  grave ». Certes, pour bien apprĂ©cier la musique du groupe, il convient de se procurer les disques, dont Cryptoriana n’est pas le moins intĂ©ressant – les Ă©couter en piètre qualitĂ© sur YouTube ne rend pas raison de la qualitĂ© d’ensemble et de la vitalitĂ© du travail effectuĂ©. Mais il est tout Ă  fait conseillĂ© de se rendre au concert pour profiter d’un moment d’entertainment dynamisant, qui assume le cĂ´tĂ© stĂ©rĂ©otypĂ© de ce type de production tout en prouvant l’efficacitĂ© de ce qui reste, n’en dĂ©plaise aux fins gourmets, de la très bonne musique exĂ©cutĂ©e avec un savoir-faire rĂ©jouissant.

Les temps morts, etc.

L’orgue de Saint-Martin de Chevreuse (dĂ©tail). Photo : Bertrand Ferrier.

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment oĂ¹, lors d’un convoi « spĂ©cial », remplaçant un collègue absent, tu constates que quelque prof d’orgue a Ă©tĂ© prĂ©venu de ton passage : le pire des mĂ©tronomes a Ă©tĂ© placĂ© près des claviers pour t’obliger Ă  jouer en mesure, ce qui n’a jamais Ă©tĂ© une de tes spĂ©cialitĂ©s – Ă  supposer que tu en aies, des spĂ©cialitĂ©s.
MalgrĂ© que tu en aies, il te le faut reconnaĂ®tre : cette visite – oĂ¹ tu fus accueilli avec amabilitĂ© et sourires, ce qui n’est pas si frĂ©quent en tant qu’organiste Ă©tranger – fut fort pĂ©dagogique. Ainsi, en tournant la tĂªte au dĂ©tour d’une inattention, tu appris ce qu’est un temps mort dans ce sport collectif qu’est une eucharistie. Sens de la chute oblige, les trois dernières lettres de cette antique notice sont, Dieu t’en soit tĂ©moin, les plus gouleyantes !

Photo : Bertrand Ferrier

Lady Macbeth de Mzensk, Opéra Bastille, 22 avril 2019

Le dĂ©cor de MaÅ‚garzota Sczęśniak. VoilĂ -voilĂ . Photo : Bertrand Ferrier.

Marianne Croux ? Florent Mbia ? Julien Joguet ? Cyrille Lovighi ? Soit. Le reste, id sunt quatorze solistes, dont tous les principaux et la plupart des secondaires, le chef d’orchestre, la dĂ©coratrice-costumière, le metteur en scène – tous dans l’optimisation fiscale, si chère Ă  la direction lissnĂ©rienne, ou a minima de nationalitĂ© Ă©trangère. En d’autres termes, pas un rĂ´le d’importance dĂ©volu Ă  un artiste français. Si, quand tu passes moins de temps Ă  rĂ©diger ta critique qu’Ă  trouver les bons accents sur les consonnes et voyelles pour ne pas trop Ă©corcher le nom des artistes, c’est que la Cour des comptes devrait, tranquillement, se pencher sur cette arnaque qu’est l’OpĂ©ra national, soumis Ă  une règle antinationale qui handicape le dĂ©veloppement des artistes hexagonaux en les empĂªchant de se produire sur la plus grande scène du pays. C’est absolument scandaleux, et nous n’aurons de cesse de dĂ©noncer ce gaspillage d’argent public et de talent autochtone.
(Du coup, ça suffira, comme introduction, je pense.)

L’histoire

Katerina (AuÅ¡rinÄ— StundytÄ—) est houspillĂ©e par son beau-père (Dmitry Ulyanov) car elle n’a pas encore Ă©tĂ© fĂ©condĂ©e. HĂ©las, ledit Ă©poux (John Daszak) doit s’absenter et laisse dans la place un nouvel ouvrier (Pavel ÄŒernoch), qui sĂ©duit le soir mĂªme la femme en manque de sexe (I). Le beau-père surprend les fouteurs ; il fait fouetter le coquin… et finit empoisonnĂ© par sa belle-fille. Celle-ci rĂ©cupère son amant, et en profite pour faire assassiner son Ă©poux (II). DĂ©sormais, Katerina peut Ă©pouser SergueĂ¯. Alors qu’ils sont Ă  l’Ă©glise, le Balourd miteux (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke) dĂ©couvre le cadavre de feu le mari. Les policiers dĂ©barroulent et embarquent les assassins (III). Au bagne, SergueĂ¯ exploite son ex-chère et tendre en lui extorquant ses bas pour les offrir Ă  Sonietka (Oksana Volkova) et coucher avec elle. Katerina rĂ©ussit Ă  prĂ©cipiter cette autre garce dans l’Ă©tang et Ă  se noyer dans la foulĂ©e. L’homme-Ă -nanas repart avec les bagnards (IV).

Chostakovitch selon Warlikowski. Assez d’accord avec le regard de 99160. Photo : Bertrand Ferrier.

Le spectacle

Soyons ordonnĂ© et stipulons-le d’entrĂ©e : voilĂ  un opĂ©ra oĂ¹ jamais l’on ne s’ennuie, et pas que parce qu’il est le seul Ă  chanter les merveilles de la sauce provençale – mĂªme si ça joue. La variĂ©tĂ© de la musique, la diversitĂ© des atmosphères, l’expressivitĂ© de la composition assurent un intĂ©rĂªt constant en dĂ©pit d’un livret mĂ©diocre et mal fagotĂ© (que de phrases chantĂ©es se contentant de dĂ©crire la situation ou de redonder, et hop, les didascalies !). C’est supĂ©rieurement Ă©crit, accessible Ă  tous et sĂ©duisant en diable. La prĂ©cĂ©dente production Ă  Bastille, venue d’Amsterdam en 2009 et dont le seul survivant – mĂªme si le meunier est, curieusement, toujours tenu par un Asiatique – est Fernando Velazquez passĂ© de cocher Ă  invitĂ© ivre, s’ensuquait dans des Plexiglas banals, mais irradiait grĂ¢ce Ă  la prĂ©sence de la Westbroek, toute perdue qu’elle fĂ»t dans son placard Ă  chaussures transparent. Cette nouvelle production, mise en scène par Krzysztof Warlikowski, reproduit des stratĂ©gies similaires avec un dĂ©cor unique, genre grande piscine (en fait salle de dĂ©coupe d’une boucherie qui sert aussi d’Ă©glise), agrĂ©mentĂ© d’un praticable mobile et partiellement grillagĂ©, tantĂ´t appartement de Katerina, tantĂ´t camion de transport de bagnards. Comme tous ces dĂ©cors assez « neutres et modernes » surkiffĂ©s par les tenanciers de Bastille, le dispositif signĂ© MaÅ‚gorzata Szczesniak pourrait servir pour n’importe quel opĂ©ra : c’est pratique et donc vain comme des claquettes.
Deuxième travers fatigant : l’absence de direction d’acteurs qui se constate sur trois plans. Cela se voit premièrement pour les solistes. Afin, suppute-t-on, de leur occuper les mains, le metteur en scène les oblige tous Ă  fumer. Les plus importants, comme le rĂ´le-titre, sont aussi appelĂ©s Ă  caresser le dĂ©cor afin de symboliser leur Ă©motion. On est Ă©pouvantĂ© par une telle vacuitĂ©, d’autant qu’AuÅ¡rinÄ— StundytÄ—, remise de son accident du 9 avril (est-ce Ă  cause de lui qu’elle pĂ©rĂ©grine parfois en baskets fluo ?), souligne en entretien son goĂ»t pour l’association entre acting et singing. Cette direction dĂ©ficiente se voit aussi, deuxièmement, pour les solistes secondaires, sans doute pour des raisons techniques : l’accident d’Alexandr Tsimbalink, non prĂ©cisĂ© au public, conduit Krzysztof BÄ…czyk Ă  s’improviser pope, rĂ´le Ă  la fois menu mais consĂ©quent, et Sava Vernić Ă  dĂ©chiffrer sur scène sa partition de chef de la police. Si les artistes font ce qu’ils peuvent, il est indigne de l’OpĂ©ra de ne pas assumer publiquement ces alĂ©as. La faiblesse de la direction d’acteurs se voit, enfin, dans la gestion fine du chÅ“ur. Certes, les mouvements d’ensemble sont Ă  peu près cohĂ©rents ; mais la puissance scĂ©nique s’Ă©vapore promptement lorsque l’on croit voir les artistes chercher leurs places et lorsque l’on les voit louper des regards (tourner un regard complice vers sa voisine, c’est super… si la voisine sait ou sent qu’elle est regardĂ©e). Cela s’accompagne de ratĂ©s co(s)miques, comme ce « Faites place, vous autres », tandis que le chÅ“ur est loin de l’action. Alors que ces trois outils – les vedettes, les solistes secondaires et le groupe – ont chacun aussi grande importance dans cet opĂ©ra, un tel manque d’exigence dĂ©nonce la vanitĂ© du metteur en scène.

Aušrinė Stundytė. Photo : Bertrand Ferrier.

Troisième travers navrant : la recherche de ce que nous pourrions appeler une provocation de pucelle. Ambiance provocation ? Les ouvriers bossent dans une boucherie, avec cadavres de porcs exposĂ©s Ă  jardin et caressĂ©s par la Katerina quand elle a des pensĂ©es cochonnes. Ambiance pucelle ? Dans cet opĂ©ra, on fait semblant de niquer, c’est de rigueur ; la vedette montre tout dans une vidĂ©o aquatique ; mais, sur scène, si SergueĂ¯ baisse son froc, les nĂ©nettes gardent leur soutien-gorge. Cette hypocrisie bien-pensante doit bien faire sourire Carole Wilson, Aksinya de la prĂ©cĂ©dente version, qui, raconte-t-on, aurait commencĂ© les rĂ©pĂ©titions en se foutant Ă  poil puisque, de toute façon, les mĂ¢les du chÅ“ur devaient finir par lui arracher complètement ses vĂªtements et la tripoter. C’est bien la p(e)ine de gĂ¢cher la musique avec des gĂ©missements façon doublage d’M6 dans les annĂ©es 1990, pour jouer les pudibonds pseudo-audacieux, bordel de bite !
Quatrième travers Ă©reintant : les vidĂ©os, envahissant signe d’une modernitĂ© moisie, noient l’Ă©nigmatique sous le mĂ©diocre. Oh, ces images de roseaux se balançant dans un lac quand baisent Katia et SergueĂ¯, oh ! Oh, ces captations de la vedette nageant nue Ă  la recherche d’une bulle d’air, oh ! Et ainsi de suite… Cette nullitĂ© pseudo technique est au niveau des billevesĂ©es dĂ©jĂ  proposĂ©es pour Don Carlos. Il est donc difficile de les re-reprocher Ă  cette Ă©quipe d’arnaqueurs : quand une entourloupe rapporte autant d’argent, pourquoi la changer ? Mais ne pas la dĂ©noncer serait reconnaĂ®tre que les techniciens mĂ©prisants ont, Ă  force, Ă©teint notre exigence critique ; et ça, ben, non.
Enfin, tout respire la mĂ©diocritĂ© du dĂ©jĂ -vu et du vain : les selfies d’Aksinia (quel dommage qu’ils ne soient pas retransmis en live vidĂ©o via IG !) ; l’utilisation Ă  l’Ă©glise d’une danseuse de houla-hop, d’une striptizeuze noire, façon sous-Freda Josephine McDonald pour frustrĂ©s en mĂ¢le d’uniforme, et d’un gogo gymnaste, tous trois pour le moins superfĂ©tatoires ; l’absence de traces de coups sur le corps dĂ©nudĂ© d’un SergueĂ¯ pourtant censĂ© avoir Ă©tĂ© passĂ© Ă  tabac juste avant ; l’insertion cacatique de la jarretière de la mariĂ©e, maladroitement mise en espace ; le si chic sous-Ă©clairage de Felice Ross, qui permet de ne pas bien voir les artistes sur scène, au cas oĂ¹, connement, on serait quand mĂªme venus pour les voir ; les images de la soprano topless alors qu’elle se noie en tenue de bagnarde ; l’insertion de vidĂ©os hors sujet pendant le rajout – guère utile – du premier mouvement du Huitième quatuor dans l’orchestration de BarshaĂ¯… Bref, l’ensemble associe l’irrespect de l’Å“uvre, la platitude des fantasmes du metteur en scène et l’absence de souffle qui embraserait visuellement l’enthousiasme inspirĂ© par la musique. DĂ©cevant en diable.

Ă€ l’entracte, une saisissante image mĂ©taphorique de l’Ă©lĂ©gance et de la pertinence de la mise en scène. Photo : Bertrand Ferrier.

La musique

Heureusement, ainsi que chantait VĂ©ronique Sanson avant de se souiller en donnant des spectacles torchĂ©e au dernier degrĂ© ou en s’associant Ă  des miauleurs ridicules pour garder un brin d’audience mĂ©diatique, « il nous restera la musique ». Et, sur ce plan, nous sommes, comme Jack, emballĂ©. Ingo Metzmacher dirige l’orchestre et conduit les chanteurs avec Ă©nergie et efficacitĂ©. Bien qu’incommodĂ© par des relents de peinture, l’orchestre dans son ensemble paraĂ®t percutant et sait autant contraster qu’envoyer. Les solistes sont magnifiques, des clarinettes aux cordes en passant par les percussionnistes Ă  dĂ©couvert. Les fanfares externalisĂ©es dans les loges font le boulot de mĂ©moire. Tout cela sonne fort bien.
Les choristes, très sollicitĂ©s, ne sont pas en reste ; et les solistes sont Ă  la hauteur – y compris les choristes promus solistes Ă  cette occasion. AuÅ¡rinÄ— StundytÄ— semble dĂ©marrer timidement ses aigus mais ne tarde pas Ă  dĂ©montrer une aisance que le clichĂ© voudrait insolente. Pavel ÄŒernoch peine Ă  vraiment passer pour un salopard, mais sa voix enjambe les difficultĂ©s avec puissance et efficacitĂ©. Dmitry Ulyanov ne manque point de graves ; et aucun soliste secondaire ne dĂ©pare mĂªme si, ce soir-lĂ , Marianne Croux, in medias res, paraĂ®t un peu courte.  Un rĂ©sultat dans l’ensemble bluffant, maĂ®trisĂ© et sĂ©duisant, ce qui est d’autant plus apprĂ©ciable que le spectacle, lui, consterne. On pourrait certes admettre que la satisfaction musicale est l’essentiel – assurĂ©ment, nous continuons d’aller Ă  Bastille car s’y faufilent des musiques incroyables jouĂ©es par des musiciens remarquables et, en gĂ©nĂ©ral, chantĂ©es par des artistes Ă©poustouflants. Il n’en reste pas moins choquant que des « rĂ©gisseurs » sans talent s’adonnent Ă  des saccages aussi mĂ©prisants – pour l’Å“uvre et le spectateur – que, hautement, mĂ©prisables.

Ce mardi, GGO


Oui, ce mardi, pour le deuxième Ă©pisode de la nouvelle tĂ©tralogie, j’ai gĂ©o.

De fait, l’on va fredonner des chansons gĂ©ographiques en mĂªlant (avec un « m », pas un « b ») les cartographies autochtones Ă  celles de Claudio Zaretti. Compter sur votre curiositĂ© voire, soyons flouflous, votre prĂ©sence, cela serait bigrement joyeux ; et cela se peut rĂ©server illico presto ici mĂªme. Hop.

Bernard Reichel, Å’uvres pour orgue, VDE-Gallo


Parmi les compositeurs suisses du vingtième siècle, le nom de Bernard Reichel fait partie des plus citĂ©s. Avant de nous intĂ©resser Ă  son Å“uvre orchestrale, cĂ©lĂ©brons le lundi de PĂ¢ques en furetant dans son Å“uvre pour orgue-et-pas-que (que c’est drĂ´le, au moins). Certes, le disque paraĂ®t plombĂ© par un graphisme associant une typo peu aguichante Ă  une illustration de livret entre radiateur, tricot, et peinture niveau première annĂ©e de maternelle. Pas de quoi nous dĂ©courager : c’est dommage, selon nous, mais ce qui compte, c’est que la musique fasse le mĂ©nage et soit bonne (et hop). Par exemple, moi, je suis pas un beau gosse, ben j’aime bien quand les gens font quand mĂªme l’effort d’Ă©couter ma musique voire de la soutenir, en concert ou au disque.
[Non, je sais, c’Ă©tait pas Ă©vident de placer une pub perso alors, tant qu’Ă  faire, j’en ai glissĂ© deux. En mĂªme temps, c’est mon site, ça aide, il convient de le reconnaĂ®tre.]
Le disque s’ouvre sur la Sonata da chiesa pour trompette et orgue (7′). Wikipedia, qui sait toujours tout mieux que tout le monde, au moins, nous rappelle que cette appellation a disparu depuis le dix-huitième siècle. En tant que forme, laissons les musicologues dĂ©battre ; en tant que projet de « sonate Ă  jouer Ă  l’Ă©glise mais pas forcĂ©ment pour le culte au contraire », y a pas de dĂ©bat, c’est un non nĂ©gatif pis c’est tout. Ainsi après deux contre-temps qui nous ont fait zapper la Sonata da chiesa pour orgue et clarinette (qui sera nĂ©anmoins enregistrĂ©e, grĂ¢ce Ă  nous d’après nous, et hop, par Organroxx) puis la Sonata da chiesa pour orgue et hautbois de Robert Maximilian Helmschrott, nous aurons ainsi le plaisir d’entendre, pour le festival Komm, Bach!, le 21 juin, Ă  21 h pĂ©taradantes, un florilège de ses Sonatas da chiesa pour orgue et violon, orgue et trompette, et orgue et alto, inch’Allalalalah en prĂ©sence du compositeur.

La sonate d’Ă©glise de Bernard Reichel s’articule en quatre mouvements, comme il sied. Le Maestoso ose la solennitĂ©, avec Ă©noncĂ© du thème Ă  la trompette (Jean-François Michel) puis reprise Ă  l’orgue seul (AndrĂ© Luy). Un passage plus doux ouvre la voie vers un crescendo rĂ©introduisant le thème liminaire. L’Adagio exploite manière de cornet Ă  l’orgue pour fomenter avec le cuivre, l’accompagnement Ă©tant assurĂ© par les fonds. La lisibilitĂ© de l’Å“uvre s’Ă©claire de sautes harmoniques aguichantes. Le vibrionnant Allegro lance le thème Ă  l’orgue avant que la trompette ne lui fasse Ă©cho. Le Moderato final pose des enchaĂ®nements harmoniques Ă  l’orgue colorĂ©s par la ligne de la trompette. La prise de son d’Olivier Buttex paraĂ®t remarquablement Ă©quilibrĂ©e et permet de goĂ»ter aux charmes simples de cette introduction fort rĂ©ussie.
Première des trois pièces ouvertement protestantes, les Variations sur le psaume 23 (18’30) pour orgue seul proposent une forme plus dĂ©veloppĂ©e, construite autour d’un thème richement harmonisĂ© et de sept dĂ©veloppements. La première variation envoie le cromorne rappeler le thème sur une double guirlande flĂ»tĂ©e qu’une tenue de pĂ©dale consolide chemin faisant. La deuxième prĂ©sente un vif duo bientĂ´t enrichi, qui met en valeur fonds et deux pieds. La troisième projette ponctuellement le thème Ă  la pĂ©dale tandis qu’un petit mais tonique plein jeu occupe l’espace sonore, associant Ă  la profusion une structure certaine. Le nasillement de l’anche soliste surplombe le trio constituĂ© par la quatrième variation. La cinquième variation, en trio, fonctionne sur un duo d’accompagnement, le thème Ă©tant rĂ©servĂ© Ă  l’anche soliste. La sixième variation renoue avec les pleins jeux, le thème revenant derechef au pĂ©dalier dans un premier temps. FlĂ»tes et soubasse prennent en charge la dernière variation, dans une sorte d’ultime mĂ©ditation, entre sobriĂ©tĂ© sereine et trilles nostalgiques (mĂªme si le cromorne se faufile par gourmandise Ă  1’10 – toujours donner l’impression que l’on Ă©coute avec prĂ©cision, principe Ă´ combien prĂ©tentieux s’il en est de ce site), pour conduire vers une rĂ©solution en majeur. En bref, une Å“uvre sĂ©rieuse, sciemment non-spectaculaire quoique exigeante pour l’interprète. Sa spĂ©cificitĂ© harmonique capte l’oreille par-delĂ  l’austĂ©ritĂ© et du propos et de la forme choisie, laquelle semble nĂ©anmoins la destiner de façon privilĂ©giĂ©e Ă  l’usage des croyants.

Deuxième des trois pièces de musique sacrĂ©e, l’Hymne en trois versets sur le choral « Der du Bist drei in Einigkeit » (6′), en français : o lux beata Trinitas, s’ouvre sur un Moderato maestoso tirant les grands jeux. Le propos est segmentĂ© en petites sections, Ă©noncĂ©es d’abord simplement puis chargĂ©es d’une harmonie abondante. Le Lento suivant, en trio, associe sans fioriture anche, manière de flĂ»te et soubasse. Les pleins jeux rĂ©sonnent pour le Con moto final oĂ¹ le thème rĂ©sonne Ă  la pĂ©dale tandis que les deux mains baguenaudent Ă  pleins poumons au-dessus. Un postlude gĂ©nĂ©reux n’empĂªche pas le pĂ©dalier de finir d’Ă©noncer ce qu’il a Ă  stipuler. La rĂ©fĂ©rence au choral et la relative ariditĂ© d’une harmonie riche autant que dĂ©nuĂ©e de souci de plaire sĂ©duiront certains connaisseurs sans chercher Ă  titiller les mĂ©lomanes peu frottĂ©s de chorals luthĂ©riens.
Dernière des pièces ressortissant de la musique sacrĂ©e, le Choral « Le Sauveur va naĂ®tre » (« Gottes Sohn ist kommen », 4′) est l’une des dernières Å“uvres de Bernard Reichel, composĂ©e deux noĂ«ls avant sa mort. Sur un accompagnement sobre, le thème s’Ă©lève du Moderato. Le mouvement Assez large commente cette base en sollicitant une fermetĂ© technique de l’organiste suffisante pour donner Ă  entendre avec la prĂ©cision nĂ©cessaire l’Ă©tonnante harmonie reichelienne. Ă€ l’exubĂ©rance et aux frisous-frisous (pardon pour notre idiolecte musicologique), le compositeur oppose une droiture qui, certes, destine davantage ce travail au culte qu’au concert, mais tĂ©moigne d’une intĂ©gritĂ©, d’une dignitĂ© et d’une nĂ©cessitĂ© personnelles qui, mĂªme chez le mĂ©lomane mĂ©crĂ©ant, mĂ©rite de susciter la curiositĂ©.



Le livret nous apprend que la Sonate brève pour alto et orgue (9′) fait Ă©cho aux saintes improvisations auxquelles Bernard s’adonnait avec son fils Daniel. Elle prend appui sur « Gib Fried zu unser Zeit, O Herr » (Donne la paix Ă  notre temps, Seigneur) et s’articule en trois mouvements. Le Moderato liminaire

  • souffre d’un orgue trop prĂ©sent par rapport Ă  l’alto,
  • rĂ©vèle malgrĂ© cela un son d’alto fort sĂ©duisant,
  • garde de la notion d’improvisation, une structure duale immuable : propos de l’orgue auquel rĂ©pondent les quatre cordes… rythmĂ©s par les chants d’oiseaux que ne perturbe pas cette musique !

L’Allegro non troppo entrelace davantage les deux instruments : l’alto est certes accompagnĂ© par l’orgue, mais une anche Ă©nonçant le choral Ă  sa façon se tresse aux frĂ©missements du gros violon. Le Lento final, qui ne paraĂ®t guère plus modĂ©rĂ© que le mouvement prĂ©cĂ©dent, renoue avec le principe du dialogue et de l’Ă©cho. Une fois de plus, l’engagement des interprètes et l’originalitĂ© des harmonies contribuent Ă  l’intĂ©rĂªt d’une sonate qui se prĂ©sente plus comme une proposition que comme une quĂªteuse de brava.
Le PrĂ©lude en mi (3′) pour orgue propose l’Ă©noncĂ© du thème en forte puis en mezzo forte – mĂªme propos pour les dĂ©clinaisons qui suivent jusqu’Ă  ce qu’un tremblant crĂ©e une brève diversion. Ainsi se dĂ©roule cette piĂ©cette, entre statisme et hiĂ©ratisme, heureusement agrĂ©mentĂ©e par cette harmonisation reichĂ©lienne qui tĂ¢che d’extirper le propos d’une retranscription d’improvisation dispensable au disque.

 
Ledit disque – rien Ă  voir avec la princesse du pont de l’Alma – se conclut avec une Suite en cinq parties (18′) pour orgue. Le cornet prend le pouvoir dans le premier mouvement. Le deuxième mouvement semble alterner 5/4 et 4/4 bien que le livret Ă©voque un mouvement Ă  cinq temps : cette arythmie donne presque du swing – ce qui paraĂ®t ici un gros mot – au propos, souvent traitĂ© sur deux plans, fort et moins fort, avec tremblant Ă  l’occasion. L’Aria du troisième mouvement (2′, non 3’27 comme l’indique le livret par contamination du deuxième mouvement – ha-ha, toujours paraĂ®tre attentif au dĂ©tail pour faire genre, autre morale du notuliste) prolonge le thème de façon plus rectiligne. Ă€ son tour, le Moderato qui suit approfondit l’exploitation du mĂªme motif en proposant une exploration rigoureuse en quatuor (aigu – accompagnement – premier plan – pĂ©dale). Nulle fantaisie dans le pressage de la matière thĂ©matique, comme pour lui en extraire sans additif facĂ©tieux sa substantifique moelle musicale. Le cinquième mouvement, le plus consĂ©quent, prĂ©sente un thème solidement accompagnĂ©, qui va se dĂ©cliner diversement au long de la composition, jusqu’Ă  la rĂ©exposition fragmentaire de cette sorte de choral Ă  la pĂ©dale, lors du tutti final. On apprĂ©ciera ici plus la rigueur que l’originalitĂ© du traitement – lĂ  n’Ă©tait certes pas le propos du compositeur.
En conclusion, dans ce disque destinĂ© aux non-fanatiques d’orgue (en tĂ©moigne l’absence de photographie et de composition de l’instrument de Lutry), les pièces nĂ©anmoins pour orgue ici prĂ©sentĂ©es intriguent par leur richesse harmonique, on l’aura compris, mais peinent Ă  enthousiasmer tant elles semblent, au disque, ou fonctionnelles ou anecdotiques. Cela renforce notre hĂ¢te d’Ă©couter les pièces orchestrales du compositeur. Nul doute qu’il y sera sans doute dĂ©barrassĂ© de la rĂ©vĂ©rence ou de la rĂ©fĂ©rence religieuse qui semble ensuquer son Ă©criture dans un propos sĂ©dimentĂ©, certainement loin d’Ăªtre Ă  la hauteur de son Ă©criture.


Pour écouter le disque en intégralité, cliquer ici.
Pour l’acquĂ©rir (j’avais Ă©crit « lĂ¢cheté », mais c’est moche), cliquer lĂ .