Vasarely vu par la photographe Rozenn Douerin
L’art, ce n’est pas ce que tu crĂ©es mais ce que tu fais de ce que tu crĂ©es : telle semble Ăªtre la morale que porte l’exposition Vasarely , la première depuis un demi-siècle, en voie de dislocation au Centre Pompidou. En effet, de son travail originel de publicitaire, le peintre retiendra de nombreux Ă©lĂ©ments qu’il recontextualisera dans une problĂ©matique artistique. Ă€ l’inverse, de ses perspectives artistiques, il fera un outil de communication au service des entreprises Ă©tatiques fortunĂ©es – automobiles et Banque centrale.
La contextualisation et la dĂ©contextualisation comme substantifiques moelles de l’art (qu’est-ce que l’art ? quand ? pourquoi ? quelles limites ?) paraissent ainsi Ăªtre le fil conducteur de la dĂ©ambulation selon trois optiques :
l’intĂ©gration dans l’art de dĂ©rivĂ©s publicitaires (attractivitĂ©, techniques graphiques, souci de diffusion…) ;
rĂ©investissement dĂ©calĂ© de la science (microscope parcellaire, gĂ©omĂ©trie dĂ©formĂ©e…),
divagation de l’art hors des musĂ©es et galeries (amĂ©nagement intĂ©rieur, urbanisme, reproductivitĂ© artisanale donc plus « populaire »…).
Aussi la question du franchissement, de la mutation et de l’identitĂ© artistique guidera-t-elle ce compte-rendu.
« Étude de mouvement (Ping-pong) » (1938). Photo : Rozenn Douerin.
Les premières productions connues de Victor Vasarely (1906-1997) ressortissent de son mĂ©tier de graphiste. Pour autant, la tentation de l’art musĂ©al se manifeste nettement dans cette exposition, avant mĂªme que le principe du damier, repĂ©rĂ© alors, devienne sa signature cosmique. Le Centre Pompidou souligne l’intĂ©gration des rĂ©fĂ©rences artistiques alors en vigueur dans des travaux comme ce « Ping-pong » oĂ¹ se cĂ´toient des Ă©motions surrĂ©alistes et, en un sens gĂ©omĂ©trique, cubistes.
Ce qui saute aux yeux, presque au sens propre, est sans doute une facilitĂ© tĂ©lĂ©ologique dont le visiteur a du mal Ă se dĂ©partir : d’emblĂ©e, prĂ©domine le travail sur le mouvement . Les tableaux prĂ©sentĂ©s se refusent Ă l’immobilitĂ©, comme si cette fixation de la matière, figurative ou non, tentait de se dĂ©prendre de sa matĂ©rialitĂ©. Les cĂ©lèbres « Deux zèbres » suggèrent cette tension entre la reprĂ©sentation plane, la suggestivitĂ© figurative et l’Ă©nergie qui floute les limites du rendu – ce sur quoi insiste le clichĂ© infra par son cadrage en biais.
« Deux zèbres » (1936). Photo : Rozenn Douerin.
Ă€ cette dynamique semblent s’opposer deux recherches d’après-guerre, quand Victor Vasarely le graphiste artiste devient Vasarely l’artiste. Un axe le conduit Ă travailler la matière elle-mĂªme . Ainsi de son intĂ©gration de galets oĂ¹ l’organisation, l’imprĂ©gnation, les couleurs font art. C’est souligner l’Ă©vidence que d’affirmer que cet axe, contant fleurette Ă l’art brut, rejoint les prĂ©occupations Ă©voquĂ©es sur trois points communs :
le refus d’un plan fixe ou d’une toile plane et immobile – ici, il s’agit d’une pièce en plusieurs dimensions ;
le questionnement des limites de l’art – ici, l’intĂ©gration et le travail sur des matĂ©riaux bruts transforme la nature en proposition artistique ; et
le dĂ©ploiement des possibles dans un traitement pictural que de nombreuses toiles vont ensuite scruter, malaxer, dĂ©cliner, affiner, dĂ©tĂ©riorer, modifier, etc., jusqu’Ă effacer la nature minĂ©rale, objective, du galet submergĂ© par l’art comme il fut poli par la mer.
« Belle-Isle » (1946). Photo : Rozenn Douerin.
C’est ce mouvement que paraĂ®t symboliser le galet. Au polissage immaĂ®trisĂ©, soumis Ă des forces planĂ©taires, succède l’art. Celui-ci devient le polisseur du rĂ©el, autrement dit le rĂ©vĂ©lateur d’une identitĂ© jusque-lĂ celĂ©e par la dĂ©finition apparemment fixe de l’objet (un galet, c’est un galet). Ainsi rejoint-on notre problĂ©matique liminaire. De fait, l’art n’est rien d’autre que la capacitĂ© Ă dĂ©placer donc dĂ©passer triplement l’Ă©vidence monolithique selon trois axes.
La toile apparemment plane apparaît en plusieurs dimensions ;
la peinture fixe s’anime par le jeu de l’illusion optique ;
le geste et la geste esthĂ©tiques remotivent l’objet in-signifiant en Å“uvre d’art.
« Goulphar » (1947). Photo : Rozenn Douerin.
En sus du travail sur la matière, une seconde recherche appuie cette exploration : non plus le travail sur la matière, mais le travail dans la matière . En effet, Vasarely travaille des photos prises au microscope, qu’il dĂ©coupe et colle. Dans les deux cas, il s’agit de dĂ©tourner un objet (minĂ©ral ou scientifique) pour en rĂ©vĂ©ler le potentiel artistique – et, en retour, souligner la dimension tellurique de l’art, cette discipline qui rĂ©vèle le cosmique dans le trivial .
D’un point de vue diachronique, l’Å“uvre de Vasarely souligne qu’il n’y a – presque – nulle opposition entre le trivial, le minuscule et le cosmique : c’est le mĂªme mouvement de l’art qui nous propose de « rĂ©sister efficacement Ă la soudaine dĂ©rĂ©alisation d’un monde oĂ¹ tout est vue [au sens d’effet de la vision], dĂ©jĂ vu et instantanĂ©ment oublié », selon l’expression de Paul Virilio (L’Art Ă perte de vue , GalilĂ©e, 2005, p. 108). En quelque sorte, Vasarely nous indique un biais pour nous rĂ©approprier le rĂ©el . Dès lors, son art ne nous permet pas de nous Ă©vader mais bien de nous re-familiariser avec le rĂ©el et d’en dĂ©couvrir des possibles insoupçonnĂ©s.
« Yellan II » (1949-1960) et un bout de clampin. Photo : Rozenn Douerin.
Si l’on admet ces prĂ©misses, il paraĂ®t logique – oui, avec la mauvaise foi de celui qui connaĂ®t la fin de l’histoire mais avec une certaine logique aussi, malgrĂ© tout – que la suite de l’aventure Vasarely passe par une remise en cause Ă la fois des formes et des couleurs . En effet, formes et couleurs encadrent notre vision ; c’est en les malaxant que le peintre peut parvenir Ă saisir le regard Ă le surprendre, Ă l’interroger selon de multiples stratĂ©gies, parmi lesquelles :
la concaténation de figures et de contrastes chromatiques,
la sĂ©duction du visiteur par l’utilisation de formats importants oĂ¹ le regard se perd,
la déréalisation des images pour extraire le regard de sa pulsion de reconnaissance, etc.
La sĂ©rie « Gordes » et la sĂ©rie « Denfert » propulsent le curieux dans un monde Ă la fois linĂ©aire et fragmentĂ©. Cette gĂ©moĂ©trisation de la peinture , qui n’exclut pas le travail sur le volume et l’effet de matière, est doublement fascinante : elle crĂ©e un paysage irrĂ©el et irrĂ©aliste ; et elle assouplit la gĂ©omĂ©trie en la soumettant Ă la conception fluante du peintre. De la sorte, ce qui devrait Ăªtre cadrĂ© (le paysage) ou cadrant (la gĂ©omĂ©trie) est comme dissous par l’acte pictural.
« Silur » (1952-1958). Photo : Rozenn Douerin.
L’abstraction formelle s’associe alors avec une progressive extinction de la couleur , mais non de la lumière. Tout se passe comme si l’artiste travaillait Ă Ă©purer la peinture, Ă la dĂ©barrasser de sa capacitĂ© Ă fixer des Ă©lĂ©ments de reconnaissance, Ă perdre d’abord les repères intellectuels puis les repères visuels. Les formes gĂ©omĂ©triques en noir et blanc dĂ©samorcent non seulement tout figuratisme, mais aussi toute fixitĂ©.
Dernière Ă©tape avant les Å“uvres ondulatoires, la production de la seconde partie des annĂ©es 1950 joue sur trois Ă©lĂ©ments principaux :
la répétitivité,
le zoom et
le changement d’Ă©chelle.
Ainsi, elle suscite Ă la fois un malaise et une fascination visuels, oĂ¹ les deux grandes marques vasarelyennes jusqu’ici Ă©voquĂ©es – le mouvement et le dĂ©centrage du regard du visiteur – atteignent un apparent paroxysme (la suite prouvera que le climax est encore Ă venir).
« Cintra » (1955-1956). Photo : Rozenn Douerin.
Pour le visiteur naĂ¯f et de bonne volontĂ© que nous tĂ¢chons d’Ăªtre, cette section est particulièrement stimulante, se maculĂ¢t-elle de traits d’humour pour cartĂ©listes scientifico-poètes (ainsi lit-on : « Toute classification est vaine car les Å“uvres de Vasarely sont Ă la fois ondes et corpuscules vibrant Ă l’unisson », et conclut-on : tsoin-tsoin). Le systĂ©matisme du procĂ©dĂ© s’enrichit de variations formelles (carrĂ©s, ronds, traits, dĂ©formation des parallĂ©lĂ©pipèdes) qui s’attĂ©nuent quand « l’op art », cette illusion optique du trompe-l’Å“il gĂ©omĂ©trique et pseudo-ondulatoire, emporte tout sur son passage.
Ce moment-clef du vasarelysme, dĂ©veloppant une technique du damier dĂ©jĂ prĂ©sente dans les publicitĂ©s de ses dĂ©buts, mĂ©rite que l’on continue de la louer pour au moins trois raisons.
La synthèse du mouvement et de l’abstraction est assurĂ©ment brillante ;
elle a ce cĂ´tĂ© divertissant que l’art contemporain aime tant, et que le visiteur, mĂªme snob, ne peut rejeter per se ;
elle est d’une efficacitĂ© techniquement remarquable et creuse parfois avec une maĂ®trise remarquable la double question des proportions et des contrastes de teintes.
Pour autant, l’on se rĂ©jouit que Vasarely ait eu la finesse de l’interroger en conceptualisant un alphabet optique , Ă vocation business , qui remet la question de la forme au centre de son travail.
« Vega » (1956) et un bout de clampin. Photo : Rozenn Douerin.
L’artiste dĂ©finit un monde pictural articulĂ© autour de formes gĂ©omĂ©triques intĂ©grĂ©es Ă un carrĂ©. Ce projet de nĂ©o-cubisme n’a pas qu’une fonction esthĂ©tique : il vise, et pourquoi pas, Ă conquĂ©rir le monde. Seul celui qui n’a jamais souhaitĂ© gagner quelques subsides ou augmenter sa fortune – ce qui revient au mĂªme – s’offusquera d’une telle vĂ©nalitĂ©. Le visiteur de l’exposition, lui, explorera avec intĂ©rĂªt la capacitĂ© d’un peintre Ă crĂ©er un marchĂ© Ă partir d’un protocole qui semble, admettons-le, plutĂ´t tĂ©nu en matière de crĂ©ativitĂ©. Start-up nation , nous voilĂ ! FacĂ©tie anachronique dissipĂ©e, deux points peuvent alors Ăªtre Ă©voquĂ©s.
D’une part, il s’agit d’une pĂ©riode nouvelle dans la production de l’artiste, oĂ¹ l’exploitation protĂ©iforme d’un procĂ©dĂ© – sur plastique, cĂ©ramique, bois – tente de se mĂ¢tiner de projets cybernĂ©tiques (IBM s’associa au zozo pour tĂ¢cher de crĂ©er Ă la chaĂ®ne Ă partir de son process ).
D’autre part, grĂ¢ce Ă ce nouveau dĂ©veloppement, Vasarely remet au centre cette idĂ©e selon laquelle l’art n’est pas ce que l’on crĂ©e, mais ce que l’on fait avec ce que l’on crĂ©e.
L’alphabet plastique. Photo : Rozenn Douerin.
Cette proposition d’art permutationnel, selon son appellation, peut sĂ©duire par son opposition, quasi oxymorique, entre
la simplicité du langage,
l’ambition artistique revendiquĂ©e et
les techniques de colorisation jouant avec métier sur les mutations chromatiques.
Ă€ ce stade de la notule, on va pas s’mentir : c’est pas exactement la partie de la proposition artistique qui nous semble avoir produit les fruits les plus goutus. C’est pas que c’est pas bien, c’est juste que les gommettes, bon, on n’a pas la fascination pour le principe qui nous permettrait de prĂ©tendre y voir un minimalisme signifiant qui blabla.
« Lacoste W. » (détail, 1969). Photo : Rozenn Douerin.
Ou alors, peut-Ăªtre pour jouer au Twister en maternelle ?
« Orion MC » (détail, 1963). Photo : Rozenn Douerin
Pourtant, se fomentent dans ces apparentes billevesĂ©es une mutation remarquable – celle qui va susciter la fusion entre couleur et forme. Cette synthèse s’appuie sur ce que les connaisseurs nomment la paramĂ©trisation de l’art en tant que système reproductible. Dans Le rĂªve (« Alom »), en papiers sĂ©rigaphiĂ©s, le peintre s’approprie l’effet de sfumato , ce flou qui donne une impression de profondeur, tentant d’humaniser, par l’invocation de l’inconscient, une mĂ©canique de production – sera-ce une image de l’humanitĂ© Ă l’ère industrielle ou post-industrielle ?
Le procĂ©dĂ© technique, largement rĂ©utilisĂ©, relève plus du nuancier Pantone que de l’art qui, Ă titre personnel, nous Ă©blouit. Ce nonobstant, il travaille une matière Ă©volutive, jouant sur les contrastes et les mutations , et suscitant de juteuses commandes de la rĂ©gie Renault, pour son logo – donc ses concessionnaires, premiers afficheurs de Vasarely en France pendant une vingtaine d’annĂ©es – et de la Banque centrale allemande cherchant des disques polychromes pour habiller son rĂ©fectoire, c’est dire si les banques en gĂ©nĂ©ral, et les banques centrales en particulier, c’est sĂ©rieux.
« Opus III » (détail, 1970-1974). Photo : Rozenn Douerin.
Ainsi l’art sort-il aussi de son petit domaine, tant moralement (il s’assume comme ce qu’il a toujours Ă©tĂ©, un business ) que gĂ©ographiquement (comme l’architecture se prĂ©sente comme art et politique plutĂ´t que comme technique fonctionnelle, l’art pictural aspire aussi Ă investir l’espace public). De mĂªme que la forme redevient fluante et insaisissable, de mĂªme l’art refuse de se cantonner Ă son espace musĂ©al et galeriste supposĂ©ment naturel, fricotant mĂªme avec l’entertainment de masse via la pop music et les circonvolutions de feu David Bowie.
« Szem » (détail, 1970). Photo : Rozenn Douerin.
Les effets optiques qui concluent l’exposition s’ouvrent sur « Vonal Zöld » et « Szem », des fonds et des carrĂ©s Ă vocation hypnotiques. Fils et assistants s’en donnent alors Ă cÅ“ur joie pour dĂ©cliner le procĂ©dĂ© et lui assurer de multiples dĂ©veloppements, en fonds comme en carrĂ©s, concaves et convexes. Comme on aimait le faire dans les annĂ©es 1970, une phrasĂ©ologie scientiste autour de « vortex » ou de « bulles » cosmiques, ces trous dans l’espace dĂ©formant la continuitĂ© des mondes, animent et Ă©tayent des tableaux en sĂ©rie visant Ă aspirer le contemplateur sur l’air disneyique du « Aie confiance » sans, toujours, mais ce n’Ă©tait sans doute plus le but, convaincre que la rĂ©itĂ©ration des procĂ©dĂ©s ressortissait toujours de l’art plus que, stricto sensu , de l’artisanat financièrement fructueux.
« Vegoltar » (1973-1975). Photo : Rozenn Douerin.
Du coup, encouragĂ©e par cette absence de complexes de l’artiste, la photographe dĂ©cide d’outrepasser son rĂ´le fonctionnel et se prend pour une instagrammeuse en folie. La voici qui recouvre de son ombre manuelle une polychromie multidimensionnelle. Pourtant, le projet est presque sĂ©rieux : ici, l’objectif de l’artiste et de susciter des illusions de mouvement par l’ordonnancement des cubes et leur colorisation.
« Basq » (détail, 1973) et la main de Rozenn Douerin.
Et, refusant la gĂ©omĂ©trisation de l’espace, ladite photographe perd ses verres, en un mot ou trois, et propose un adieu amoureux aux grilles mouvantes de Vasarely.
« Amour muséal au temps de Vasarely ». Photographie de Rozenn Douerin.
Reprenons nos esprits et synthĂ©tisons avec cette fatuitĂ© propre aux ignorants, que La Curne de Sainte-Palaye, citĂ© par Jacqueline Lichtenstein (Les Raisons de l’art. Essai sur les thĂ©ories de la peinture , Gallimard, « NRF essais », 2014, p. 110), rĂ©sumait en ces termes : « Je n’ai aucune connaissance en Architecture, Monsieur. C’est pourquoi vous ne serez pas surpris que j’en parle en confiance, bien ou mal. »
Mutations stylistiques et dépassement du cadre de la peinture ;
habiles illusions d’optique fondĂ©es sur la stimulation rĂ©tinienne ;
pratique de l’art artisanal fonctionnant sur la sĂ©rialisation d’un procĂ©dĂ© (la multiplication de « stimuli plastiques renouvelables » selon la terminologie de l’artiste citĂ© par Denys Riout in : Qu’est-ce que l’art moderne ? , Gallimard, « Folio essais », 2000 [rééd. 2012], p. 126) ;
rĂ©flexions pratiques sur les modalitĂ©s et les fonctions de l’art ;
dĂ©finitions polysĂ©miques, Ă©volutives et volontiers contradictoires du geste pictural…
Tout cela anime cette exposition et attise sans cesse la curiositĂ© du visiteur ignorant que nous fĂ»mes. Dommage qu’aucune prolongation ne soit proposĂ©e pour permettre aux retardataires de jouir de cette proposition ; mais l’on apprĂ©cia de s’y faufiler lors des nocturnes finales, oĂ¹ l’affluence permettait de circuler en confort – pas nĂ©gligeable, nom d’un tibonome !
Photo : Rozenn Douerin
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