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Irakly Avaliani joue Franz Schubert posthume (Sonogramme) – 1/6

Première de couverture

Hormis l’interprète, tout, dans ce disque, est posthume : la treizième sonate et les quatre impromptus. Rien de funèbre dans la sonate, toutefois, puisque le narratif officiel soupçonne Franz Schubert d’avoir eu des vues sur sa dédicataire, la « charmante » Josephine von Koller, pianiste et chanteuse à ses heures, qui apporterait sa fraîcheur à la musique de celui qui, la mort aux trousses, écrivait plus vite que son ombre.
L’allegro moderato qui décapsule la sonate pèse autant que les deux autres mouvements réunis (mouvements que nous écouterons dans une prochaine notule). Le tube en La s’ouvre sur un thème lumineux égrené par un Fazioli que Sébastien Noly semble capter de très près – trop, à notre goût car la restitution paraît assourdir le son en survalorisant les résonances basses. Dommage car Irakly Avaliani pose tout de suite sa patte sur le golden hit :

  • délicatesse polymorphe du toucher,
  • précision à la fois souple et rigoureuse du phrasé,
  • association consubstantielle entre netteté de l’énoncé et justesse de la pédalisation.

Le balancement ternaire du deuxième thème, habilement écrit en duo avec des formules binaires, fait son petit effet. La reprise permet de mieux goûter

  • les notes ou accords répétés,
  • la finesse des nuances et
  • l’habileté des modulations.

 

 

Dans la seconde partie, séduisent notamment

  • le réjouissant surgissement de la tension octaviée,
  • les voltes thymiques,
  • l’astucieuse association des contraires
    • (binaire / ternaire,
    • majeur / mineur,
    • métronomie / agogique),

même si nous retrouvons notre propre oxymoron : on a beau adorer Schubert, certaines reprises semblent parfois fort superfétatoires voire contre-indiquées à l’appréciation de la musique. Reste le plaisir d’écouter deux fois plus longtemps Irakly Avaliani donc son art

  • de l’attaque,
  • des mutations d’intensité et
  • de l’expressivité idiomatique, toujours soucieuse du langage propre au compositeur qu’il joue.

La coda suspend la sonate sans emphase, nous donnant rendez-vous pour un andante et un allegro que nous écouterons ce tout tantôt ou presque.


Pour écouter le disque en intégrale et gracieusement, c’est ici.
Pour retrouver nos précédentes chroniques sur Irakly Avaliani, c’est .

Petits papiers – 9

Un peu de sport avec « La Médecine végétale » du docteur A. Narodetzki, éidtions La grande pharmacie du globe, 1910. Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. À commencer par le niveau d’expertise des experts qui sachent grâce à leur expertise.

 

Hors de question, néanmoins, d’oublier les femmes. Enfin, les femmes… c’est plus compliqué que ça.

 

150 millions pour essayer de nous faire manger des insectes ? A pu. Je suis pas spécialiste des investissements, mais on m’aurait demandé, j’aurais flairé l’entourloupe. Pour moins de 150 millions d’euros, notez bien.

 

Le sens du privé et de la pudeur versus le besoin de faire du fric, niveau Tony Yoka.

 

C’est donc ce genre de machin qui va inclusiver achement davantage les femmes ? Ha d’accord.e.x.s.etc.

 

J’avoue que, pour aller en urgence se balader à Monaco afin d’y défendre la justice sociale, faut les avoir bien accrochées. Mais prétendre être un journal quand on n’est qu’un torche-cul posant des questions essentielles dans ses articles, c’est pas mal non plus.

 

Quand c’est pas que t’espères une rente à vie mais pas très, très loin quand même.

 

Il semblerait que le spécialiste de détournement de fonds publics eût des amis au Figaro. Une idée, comme ça.

 

Bientôt les trois prochains épisodes : « Uriner de temps en temps aide à moins attraper la sclérose en plaques » ; « Se sécher après la douche évite de mouiller ses vêtements » ; et « Respirer contribue à retarder la mort ». Une saison 2 serait en train d’être négociée.

 

Comme je n’ai que 48 ans, je vais attendre un peu pour me faire amputer et tomber une infirmière de 35 ans ma cadette. Quoique.

 

Bientôt les trois prochains épisodes : « Faire la vaisselle régulièrement contribuerait à moins remplir l’évier » ; « Pratiquer un instrument aiderait à en jouer moins mal » ; « Élire Lionel Jospin en 2027 empêcherait le nouveau président de faire trop de conneries ». Une saison 2 serait en train d’être négociée.

 

Je ne voudrais pas que mes lecteurs ratassent l’info du siècle, goût lèche-entre-fesses inclus.

 

C’est sûr que, quand t’es pas dans la finance, tu sais pas vraiment ce que c’est, la rentabilité.

 

Rien pour Macron ?

 

En dire plus sur le dit aurait été redondant.

 

C’est sûr qu’au lieu d’envoyer des gens sur la Lune…

 

Les temps sont durs et les p’tits poissons font la gueule. Mais il semblerait qu’un comique se préparât à l’oral de l’élection de miss France, et ça, ça change tout. Enfin presque.

 

À suivre !

Arvo Pärt, « Passio », Philharmonie de Paris, 6 avril 2026

Richard Wilberforce à la Philharmonie de Paris (Paris 19), le 6 avril 2026. Photo : d’après Rozenn Douerin.

Lundi de Pâques, cette année, la Philharmonie a programmé Passio d’Arvo Pärt ; par chance, le photographe, conteur et musicien Jack Good, empêché, m’a désigné comme spectateur remplaçant. Cette mise en musique de la Passion selon saint Jean, en latin s’il-vous-plaît, associe

  • l’ensemble Voces8 (chantant le rôle de l’Évangéliste),
  • deux solistes,
  • quatre musiciens de l’Orchestre de Paris plus l’organiste Sarah Kim, et
  • l’académie du chœur de l’Orchestre de Paris,

tout ce petit monde étant placé sous la direction de Richard Wilberforce. Petite mise en espace pour l’annonce du titre, avec un positionnement spécial des académiciens avant leur placement en arrière-scène. Même en arrière-scène, dans une salle presque pleine, le son semble bien construit, mais, dès les premières mesures, la synchronisation entre les chœurs et les musiciens paraît perfectible. Hélas, les décalages sporadiques (auxquels se joindront des départs savonnés ou approximatifs des pupitres masculins des académiciens) persisteront, nous paraît-il, au long de l’ouvrage. La faute, sans doute, à la gestique du chef,

  • engagée,
  • généreuse mais
  • manquant de précision.

L’œuvre se présente d’emblée comme oxymorique. D’un côté, l’on va découvrir une narration quasi immuable ; de l’autre, le compositeur va multiplier les combinaisons :

  • chœur solo ou avec un et plusieurs accompagnants,
  • musiciens accompagnants ou brièvement à découvert, et
  • chanteurs solistes aux rôles très différenciés.

Le premier des solistes est la basse Frederick Long dans le rôle de Jésus.

  • Voix chaude aux graves assurés,
  • tenues longues (caractéristique de Jésus dont la parole porte plus, dans cette pièce) et
  • projection intense

caractérisent sa prestation. Rapidement, l’harmonisation d’Arvo Pärt intrigue en aboutant

  • des passages aux accents Renaissance,
  • des moments résolument dissonants et
  • des unissons efficaces.

Le récit s’étire presque à la façon d’un long récitatif où

  • la mélodie s’efface devant
  • les intervalles significatifs, attribués à tel personnage ou tel ensemble, et
  • une propension à l’itération méditative.

La lente élocution du Christ prolonge cette volonté d’hypnose musicale où son et sonorité se fondent doucement dans un creuset dont la sérénité générale contraste avec les scènes d’horreur qui se préparent. Plombé par une attente de vingt-cinq minutes, Thomas Elwin (Pilate) peine à pousser son premier air. En dépit d’un timbre de belle couleur, il apparaît en difficulté avec

  • les attaques,
  • la justesse des tenues et
  • la précision d’aigus qui semblent parfois difficiles à atteindre.

Ses prestations suivantes ne seront pas beaucoup plus convaincantes. Celui qui n’a jamais eu de soir sans criera définitivement haro sur le baudet. Celui qui se réjouit d’avoir parfois des soirs avec saluera le potentiel tout en confessant sa déception.
La partition mix’n’matche les langages psalmodique et grégorien. Peut-être le signe que cette musique est puissante : il est loisible de rester à la porte de l’émotion ou de se laisser emporter par une œuvre qui semble se revendiquer

  • moins immobile que hiératique,
  • moins raide qu’auréolée de la fatalité du tragique,
  • moins statique que pénétrée par la rigueur de la mort dont on sait qu’elle viendra frapper à la fin.

À l’orgue Reger qui ressemble à un gâchis épouvantable d’argent public tant il sert peu au cours des saisons de la Philharmonie, Sarah Kim déjoue les difficultés de sa partition, techniquement très abordable mais exigeant une concentration perpétuelle pour partir au bon moment et calquer son rythme sur celui de Frederick Long. Au fil des mesures, elle habille ses interventions de registrations pertinentes, par-delà les caricatures nécessaires des fonds jalousies fermées et du plein jeu qui claquera pour le « Amen » final. Malgré tout, le fortissimo du « CRUCIFIEZ-LE » fait du bien car, avouons-le, passé l’intérêt suscité par la multiplicité des dispositifs qu’a fomentés le compositeur, un engourdissement gagne nos oreilles et notre esprit, façon Pierre piquant du nez alors que Jésus vit ses dernières heures de liberté. On essaye de s’accrocher aux contrastes des nuances mais pas que : se défient

  • unisson et polyphonie,
  • intensité et épure,
  • a capella et sections avec accompagnement,
  • ensemble et soli, etc.

On n’en assiste pas moins avec soulagement à la mini-mise en espace des académiciens investissant l’arrière-scène au moment du bref simili choral clamant : « Toi qui as offert ta Passion, aie pitié de nous ! »
Après le triomphe qui salue la performance, Voces8 interprète le tube choral d’Arvo Pärt, « The Deer’s Cry », lequel leur a valu plus d’1,5 million de vues sur YouTube et qui, ce soir, après que leur monsieur Loyal a insisté sur le côté interactif de la pièce (« nous allons partager le silence, donc merci pour votre participation »), permet à un connard de faire entendre à quatre reprises son putain de cellulaire de merde. En quatre minutes, c’est peut-être un record du monde ; mais faut dire qu’ici, c’est Paris.
Si, ça peut jouer : Paris n’est-il pas champion ?

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 10/10

Première de couverture

Fin de partie en vue pour cette promenade à travers l’œuvre de Lucie Vellère, commencée le 25 janvier. Nous sommes dans la seconde moitié des Préludes pour la jeunesse et pour piano, avec une « Danse villageoise » aux intervalles mouvants. Dans cette miniature pimpante, il y a

  • du staccato,
  • des refrains tonifiés par des sforzendi claquants, mais aussi
  • la patte désormais reconnaissable de la compositrice
    • (harmonies inventives,
    • ruptures du discours,
    • accent sur le mâchonement de motifs plutôt que sur le développement…).

« Parfums d’Orient » propose au contraire une plage méditative dont le prélude-et-postlude travaille les suspensions

  • (points d’orgue,
  • effets d’attente,
  • silences…).

L’essor d’une ligne mélodique ne renie pas certains échos debussystes ; et l’attention que Thérèse Malengreau prête

  • à la nuance,
  • à l’intensité de toucher, et
  • au son dans sa triple composante
    • (attaque,
    • durée,
    • coupure)

donne une puissance envoûtante à ce feuillet d’album bien plus captivant que ce que son titre programmatique pouvait laisser craindre.

 

 

« Enfantine » est une ronde qui dépasse à peine la minute. Elle n’en est pas moins jouée avec un respect appréciable :

  • phrasés,
  • rythme et
  • caractérisation des registres

rendent mimi comme tout cette virgule musicale. Le cycle de préludes se termine avec « La caverne mystérieuse ».

  • Notes répétées,
  • phrases brisées et
  • importance de la pédalisation

dessinent un halo grave embrouillardé, et hop, et cependant nettement dessiné.

  • Des explosions,
  • des aigus laissant passer la lumière, et
  • les échos entre graves et médiums témoignant peut-être d’un souci pédagogique

dissocient mystérieux et morne. On est désormais moins chez Debussy que, légèrement, chez Ravel. C’est à la fois intéressant et plaisant.

 

 

Après une pause de douze secondes qui suggère que le disque est pensé pour une écoute continue et non morcelée par cycle, restent trois Feuillets épars (1966) sur notre gramophone. « Rêverie au crépuscule » se présente comme un balancement ternaire posé sur un accompagnement doux.

  • Le scintillement des aigus,
  • le pétillant rebond des notes répétées, et
  • la souplesse du legato

conduisent agréablement les rêveurs à bon port.  « Glissent les nuages » n’aurait jamais pu être ce perpetuum mobile que l’on croit pourtant deviner dès les premières mesures. En effet, Lucie Vellère aime rien tant que

  • la rupture,
  • la suspension et
  • le ressassement des formules interrompues.

Dans ce qui est souvent un duo, l’on goûte notamment

  • des dissonances piquantes,
  • un allant revigorant,
  • de belles variations d’intensités, et
  • des octaves lumineux.

 

 

Conclusion symbolique du double disque, « La terre s’est endormie » est le feuillet le plus développé de la trilogie et du disque pianistique dans son ensemble. Lancée par trois notes descendantes, la pièce façonne une atmosphère claire-obscure digne de la caverne mystérieuse visitée un peu plus tôt. La compositrice et sa porte-voix nous parlent

  • d’ombres aux densités variables,
  • de silhouettes imprécises et
  • des étranges vapeurs d’un monde qui s’efface.

En étirant la contemplation, Lucie Vellère

  • interroge l’espace sonore,
  • le refaçonne au gré des changements de registres et des  mutations de nuances, et
  • diffracte le rythme entre tenues et séries de notes descendantes.

On ne pouvait rêver coda plus appropriée et, à l’évidence, interprète plus pénétrée de l’importance de ce qu’elle nous permet de découvrir. Quelle formidable fin à la fois apothéotique et intériorisée pour un double album souvent passionnant !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple çà.
Pour retrouver l’ensemble des chroniques sur le disque, c’est .

Limite des couleuvres

Au théâtre du Gouvernail (Paris 19) le 18 mars 2026. Photo : d’après Cendras Djedda.

Il n’y a pas de concert de chansons sans techniciens. Sans couleuvres non plus. C’est l’sujet d’cette fredonnerie.

 

[embedyt at= »2026-04-07 00:00″] https://www.youtube.com/watch?v=NxlbYR1o_g4[/embedyt]

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 9/10

Quatrième de couverture

Troisième cycle – le plus développé – au programme du florilège pianistique de Lucie Vellère confié à Thérèse Malengreau, Préludes pour la jeunesse a été composé en 1950 et publié en 1959, dans la foulée de Promenade au bord du lac, écouté tantôt. Onze miniatures pesant entre 1′ et 4′ y sont rassemblées.
« Bucolique » est la bande-son d’une promenade qui sait être charmante sans être chichiteuse. Sur un tempo allant, on apprécie le contraste entre

  • legato et staccati,
  • régularité et contrastes
    • (contretemps,
    • triolets,
    • ralentis habiles),
  • simplicité de la ligne et circulation du lead entre soprano et basse.

Toujours rebelle aux développements en bonne et due forme, Lucie Vellère privilégie

  • le ressassement,
  • la reprise de motifs identifiés et
  • la modification plus ou moins insidieuse des cellules reconnaissables.

« Ombres chinoises » creuse la veine d’un détaché espiègle que l’art de l’interprète pare d’une dimension ludique fort appréciable.

  • La variété des harmonies,
  • la multiplicité des attaques,
  • le recours à de nombreux breaks suspendant le discours, et
  • l’art de la modulation

captent l’attention par-delà l’aspect peu spectaculaire de la pièce.

 

 

« À tire d’ailes », pièce la plus courte du cycle, aurait aussi bien pu s’intituler « Le frais ruisseau » ou « le gai souriceau » ! Chacun entendra ce qui lui chante dans cette cavalcade douce que, fidèle à sa patte, Lucie Vellère prend plaisir à entrecouper de silences.

  • Des bouts de phrase évoquent des chansons enfantines,
  • la parole circule sur différents registres, et
  • les harmonies chamarrées de la compositrice soufflent sur l’auditeur comme une brise bienfaisante baguenaudant dans un crépuscule estival.

La « Nostalgie » suivante va son p’tit bonhomme de chemin. Thérèse Malengreau y fait sonner un piano

  • précis,
  • coloré et
  • cristallin

joliment capté par Manuel Mohino. L’on apprécie sa manière d’incarner des pièces sans doute pas pensées pour le concert et qui, en conséquence, donnent par interstices l’impression d’être certes bien troussées mais plus mignonnes voire gentillettes que cherchant à chambouler le mélomane.

  • Les quelques dissonances,
  • les intervalles inattendus et
  • le jeu épuré mais investi de l’interprète

poussent toutefois à chercher dans cette musique rarement ouïe un intérêt autre que documentaire.

 

 

« Masques » fait planer une main droite

  • virevoltante,
  • piquante et
  • presque facétieuse

sur une main gauche motorique, la compositrice utilisant ses effets stylistiques préférés

  • (énoncé du thème à la main droite,
  • dialogue entre basse et soprano,
  • ruptures)

que Thérèse Malengreau mitonne aux petits oignons

  • (phrasé,
  • toucher,
  • nuances et
  • usage remarquable de la pédale de sustain).

« L’histoire inachevée » prolonge cette marque de fabrique dans un dialogue entre les deux mains qui dévoile des facettes variées selon l’inspiration d’une compositrice qui, youpi, préfère changer de narration plutôt que de traîner en longueur.

 

 

« Les routiers » déroute par le contraste entre l’imaginaire convoqué par son titre et l’entrain primesautier qui caractérise la miniature. Il y a

  • de la bonne humeur dans ces sautillements,
  • une forme de bien-être dans les notes tenues et prolongées, et
  • du charme dans des harmonies qui, décidément, ont l’art et la manière de titiller les portugaises.

« Voici l’automne » révèle une mélancolie qui garde la politesse de l’élégance.

  • Un peu de noirceur point ici,
  • sourd çà un soupçon de taedium vitae façon contemplation des feuilles qui tombent dans le presque-crépuscule, et
  • un spleen pudique se faufile là, notamment dans les échanges entre les deux pognes tandis que l’on se prépare délicatement à prendre congé en écoutant une dernière fois le thème liminaire.

C’est sur cette pièce fort réussie que nous suspendrons notre écoute jusqu’à la prochaine notule qui portera sur les quatre derniers préludes et sur l’ultime cycle au programme, Feuillets épars. À suivre !


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Isaure, librairie Au bonheur des livres (Paris 17), 20 novembre 2025

Isaure et Thierry Durnerin le 20 novembre 2025 à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo moche : Bertrand Ferrier.

Souvenir plus qu’archive : le 20 novembre 2025, il y a donc près d’un siècle, Isaure fêtait la réédition en poche de ses Mémoires d’une femme de ménage (Le Seuil, « Points »). Le livre

  • est initialement paru chez Grasset, où il a obtenu un succès considérable,
  • est parti ensuite se promener en Allemagne pour un autre joli succès… et
  • a abouti en poche au Seuil avec, désormais, deux couvertures différentes.

En effet, grâce au succès de la série autour de « la femme de ménage », Le Seuil a choisi de relancer cet essai à la fois

  • autobiographique et sociologique,
  • secouant et drôle,
  • dissonant et intimement tourné vers les autres.

 

Isaure, Thierry Durnerin et des lecteurs, le 20 novembre 2025 à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Dans le cadre chaleureux de la librairie Au bonheur des livres, l’auteur a répondu aux questions de Thierry Durnerin, le patron du bouge qui a réussi en moins de trois ans à transformer son antre en lieu prisé du quartier des Batignolles ; puis le public venu remplir l’espace disponible a pu échanger avec

  • l’écrivain,
  • la femme et
  • l’ex-p’tite bonne tout terrain.

Bien qu’elle se revendique maladivement timide, Isaure a raconté

  • son expérience professionnelle étonnamment variée,
  • sa vision extérieure de l’intérieur – si, si – en tant qu’image (parfois trompeuse) de nous-mêmes, et
  • les conséquences personnelles de ce bout de vie passé à rendre propre et beau chez les autres.

 

Échange avec le public de la librairie Au bonheur des livres (Paris 17), en présence notamment de Guillaume Vatan, réalisateur, Charlotte Grenat, chanteuse, et Guillaume Karr, auteur. Photo : Thierry Durnerin.

 

Le livre est toujours disponible en librairie ou chez les vendeurs digitaux tel le grand méchant Amazon. Au bonheur des livres organise très souvent des rencontres mais, évidemment, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur celle qui aura lieu le jeudi 28 mai, à 19 h : Jean-Pierre Colombiès sera dans la place pour La Face obscure de la police, qui paraîtra chez Max Milo le 5 mai.
Ancien des stups à Marseille puis à Paris, investi dans la lutte contre l’atteinte aux personnes et aux biens, ce flic blanchi sous le harnais profite d’avoir quitté la Boutique, son service accompli, pour promener son regard

  • lucide,
  • acéré et
  • volontiers piquant

sur l’évolution parfois inquiétante d’une institution en butte, notamment, à l’impéritie – pour partie calculée – des gouvernements.

 

On en reparlera !

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 8/10

Première de couverture

Après un disque partagé entre voix et quatuor à cordes, le florilège Lucie Vellère fomenté par Musique en Wallonie se complète par un disque entièrement consacré au piano. L’instrument est confié à Thérèse Malengreau, et le récital commence par Trois tanagra, cycle composé en 1918. Première statuette, la « Danseuse » esquisse une gymnopédie partagée entre un groove ancré dans les graves et des octaves aériennes. L’inversion des rôles ouvre la voie à un travail autour

  • de la résonance,
  • des caractérisations de registre et, plus généralement,
  • de l’équilibre du son.

Le dialogue entre gauche et droite du clavier se poursuit autour

  • d’harmonies piquantes,
  • d’itérations tenant lieu de développement et
  • d’une ultime suspension.

« La porteuse d’offrandes » garde le principe d’une main gauche accompagnante, fondée sur un balancement motorique, au-dessus duquel se greffe une mélodie

  • mystérieuse,
  • délicate et
  • diaphane.

Tantôt,

  • des accords,
  • des octaves et
  • une accélération vigoureuse

secouent provisoirement la tranquillité de la miniature.

 

 

Les astuces harmoniques de la compositrice sont habilement ciselées par une Thérèse Malengreau qui ne joue jamais mignon, préférant

  • la netteté des accents,
  • la justesse de l’agogique et
  • la précision du phrasé.

« Bacchante » oppose une nouvelle fois une main gauche rythmique et une main droite plus

  • libre,
  • légère et
  • presque festive,

entraînant sa consœur dans son élan.

  • Ruptures,
  • méli-mélo et
  • variations

reprennent plaisamment le motif jusqu’à l’accélération conclusive. 41 ans plus tard paraît Promenade au bord du lac, un cycle de six pièces brèves (entre 1’45 et 3′). « L’heure tranquille » va son chemin dans la paix des médiums et des graves.

  • La compositrice veille à partager le lead entre dextre et senestre ;
  • l’interprète équilibre les voix ;
  • l’auditeur goûte ce singulier mélange absolument inconnu ici-bas, aussi loin que nous sommes concernés, nowadays.

 

 

« Pétales sur la cendre » se présente comme une aimable bluette paisiblement dissonante.

  • Les recherches harmoniques,
  • les questionnements nuancés,
  • les échos habilement rendus par l’interprète

animent ce deuxième épisode jusqu’à la coda savoureuse. « L’eau profonde » est volontiers

  • trouble,
  • agitée et
  • instable.

Thérèse Malengreau en rend le mystère insaisissable jusque dans les abysses et les points d’orgue. « Danse au clair de lune » y va sur

  • le rebond,
  • l’étrangeté des registres, et
  • l’habileté des ruptures thymiques.

Grâce à l’énergie de l’interprète, la praticité a posteriori un rien pataude des titres programmatiques n’obère en rien l’intérêt des propositions musicales qui, suppute-t-on, devaient passer par ce processus.

 

 

« La maison abandonnée » s’épanouit dans

  • une esthétique de l’évocation,
  • une sensibilité du possible et
  • une intellignce profonde de l’instrument que l’interprète semble éprouver intimement.

« L’île en feu » s’amorce sur des accords aigus, fort convenus, dont le grave ne s’en fasse l’écho. Dans cette friction, il y a

  • de la tonicité multi-registres,
  • de la suspension évocatrice, et
  • de la rugosité bienvenue pour ne pas réduire, alléluia, une promenade lacustre à un pensum.

À suivre !


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Petits papiers – 8

Photo d’humour pour musicologues fans de hardcore – d’accord, c’est pointu. Voici la set-list de Split : deux tonalités, et basta. Et pourtant, super concert (https://www.bertrandferrier.fr/kibosh-mascara-split-point-ephemere-19-fevrier-2026/). Comme quoi, le sol bémol mineur ou le Fa dièse majeur, restez chez vous ! Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde à base sinon de popopopo, du moins de signalisation, de Kate Middleton, de Bentley, de deuil maternel, de Jane Birkin, de sodomie capitaliste, de racisme religieux, de zoologie et de vie version sérieux. Je ne crois pas m’être gaussé de vous. Démonstration.

 

*

 

On ne pourra pas sauver tout le monde. Démonstration.

 

Le monde est plein de mystères (presque) palpitants. Démonstration.

 

Grâce à sa presse d’investigation, la France est une démocratie solide. Démonstration.

 

La mort des ascendants, parfois, ça coûte cher. Démonstration.

 

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où tu as découvert des poèmes bien troussés d’un écrivain de jadis réputé ringard et que tu veux approfondir la question… mais la dernière ligne du pitch te fait renoncer et gerber à la fois. Démonstration.

 

Certaines entreprises sont soucieuses du bien-être de leurs employés, mais en général voire en société, rarement des clampins qui font leur fortune. Démonstration.

 

Parfois, les musulmans noirs font flipper parce qu’ils sont noirs et musulmans. Démonstration.

 

« Les zoos permettent aux animaux sauvages de vivre plus vieux. Mais s’ils vieillissent, on les tue. » C’est pourquoi il faut exterminer ces entreprises de mort. Démonstration. (Tout sur l’arnaque dégueulasse des zoos dans un bouquin auquel j’ai prêté une main ou deux à retrouver ici.)

 

Les hommes sont souvent de plus en plus cons. Heureusement, les femmes ne lâchent pas l’affaire. Démonstration.

 

À suivre !

Nicolas Horvath joue Chopin, salle Cortot, 27 mars 2026 – 3/2

Nicolas Horvath, lors de son précédent concert parisien, le 2 avril 2025 à la salle Gaveau (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.

Le concert de Nicolas Horvath autour des nocturnes de Frédéric Chopin s’était habilement terminé en apprivoisant le silence. Il se prolonge « pour l’anniversaire d’Alain » (ni Jehan, ni Albert, juste Alain) par un bouquet d’études de Philip Glass, terrain souventes fois sillonné de long, en large, en travers et plus si affinités par l’interprète. Le premier chapitre installe une régularité qu’il s’obstine à secouer en multipliant

  • débordements,
  • ruptures et
  • accents

tout en maintenant la continuité grâce à la dynamique perpétuelle de la senestre (l’irrégularité, contrairement à la régularité, est un contraste). La synthèse vient de la dextre,

  • tantôt à droite,
  • tantôt à gauche,
  • tantôt à gauche et à droite.

Devant son Steinway du soir, Nicolas Horvath anime cette mécanique à la complexité discrète jusqu’à la doter d’un souffle propre. Le deuxième chapitre, enchaîné, amplifie le souffle pour restituer

  • la dynamique,
  • le rythme et
  • cette profusion sonore que le musicien parvient cependant à éclairer

sans oublier de se lâcher, un rien foufou. Le troisième chapitre qui s’aboute bien au précédent conclut l’affaire par – bien sûr – le tube qu’est la sixième étude prise à un tempo encore plus énergisant que vif.

  • Les notes répétées façons balalaïka,
  • l’explosivité des octaves,
  • la fougue des trilles,
  • la virulence des breaks ainsi que
  • la rugosité des dissonances fugaces et fulgurantes :

voilà un coquetèle revigorant à souhait pour affronter la nuit de la vraie vie. Et pourtant…

 

 

Pourtant, selon une tradition très katsarienne, Nicolas Horvath n’a pas joué son dernier bis. À la flamboyance de la sixième étude, il revient proposer un nouveau bouquet – un bouquet de gnossiennes d’Erik Satie, cette fois. Devant nous, le fan d’Alcest qui headbanguait sur la transcription de « Souvenirs d’un autre monde » se révèle décidément éclectique. En entendant le programme, il se frotte les pognes et encourage sa compagne à manifester son enthousiasme. Soucieux d’accompagner son public dans son voyage nocturne, Nicolas Horvath ouvre un premier chapitre dans le cocon duquel

  • habille la nuit qui nous attend,
  • déjoue la froideur des solitudes intérieures, et
  • détricote la rigueur de l’opposition entre son et silence,

clivage théorique, moins binaire qu’il n’y paraît, le récital l’a joliment rappelé. Au deuxième chapitre,

  • l’étrangeté sporadique de l’harmonie réconforte,
  • la tranquillité des arpèges égrenés rassure, et
  • les appogiatures habilement distillées effacent la perspective d’une musique-tisane :

quand l’extinction des feux arrivent, la braise ne s’éteint pas toujours aussi sec. Au troisième chapitre,

  • l’obscurité se dévoile, comme si nos oreilles s’y habituaient pour nous aider à nous y orienter ;
  • le sommeil devient chemin et non station immobile ; et,
  • retrouvant ce réflexe animal que décrivait David Hume en déplorant qu’il encapsulât tant la capacité de réflexion de l’homme dans la limitation de l’habitude, nous nous persuadons que la fin du jour masque mal, désormais, la venue du prochain.

Il n’y a point de hasard si Nicolas Horvath décide d’ajouter un codicille à ce testament musical, codicille monumental signé Alexandre Scriabine qui s’appelle « Vers la flamme ». Le morceau est périlleux, et pas que techniquement : le compositeur a péri peu après y avoir mis une double barre finale, et Vladimir Horowitz est lui aussi décédé peu après l’avoir interprété. Le pianiste du soir prend donc ses précautions. Il explique n’avoir « pas du tout préparé » cette pièce mais sentir la nécessité de la jouer en souvenance de ses années de formation. En effet, avant de l’emporter avec lui un peu partout, « Vers la flamme » est la dernière œuvre qu’il a interprétée en concert ici en tant qu’étudiant à l’École normale de musique, donc quand il jouait à domicile.

 

 

Quelques grossiers personnages s’enfuient le plus bruyamment et lentement possible. Sur notre gauche, une connasse continue de faire clapoter son eau dans sa gourde de bobo en buvant à petites gorgées sonores, puis entreprend de racler le bouchon, façon trigger d’ASMR pour trouducula infatuée d’elle-même. Pas le temps d’aller lui foutre sa saloperie là où l’idée nous vient de l’introduire, juste de s’irriter car ces impolitesses troublent l’essence même de la musique qui point. En effet, le 9/8 part du silence ou presque, pas des bruits de pas éléphantesques ou de la manifestation sans-gêne d’une sous-écolo ayant assez raté sa vie pour tâcher de gâcher celle des autres. Ici, le moteur scriabinien est

  • hésitation,
  • bégaiement minimal et
  • retenue d’un feu qui couve.

La musique quête son devenir et froufroute comme un lamento ambigu.

  • Attente ou acceptation d’une léthargie trouble ?
  • Contemplation d’un vide intranquille ou mise en action du feu créateur ?
  • Envasement dans la nuit ou préparation à se saisir des rais du soleil pour en faire ce que le philosophe Jean-Jacques Goldman appelait « un rêve plus loin » ?

Peu à peu,

  • la tessiture s’élargit,
  • l’intensité augmente, et
  • les attaques commencent à pilonner le clavier.

C’est parti !

  • Des escarbilles pétaradent ;
  • le schprountz s’amplifie ;
  • le feu prend ; et
  • la magie opère.

Par-delà le vaste crescendo efficace mais convenu, Nicolas Horvath joue les pyromanes avertis. Il

  • étage les explosions,
  • organise le chaos et
  • embrase le rythme en sculptant les clusters de résonance qui superposent jusqu’à huit notes tenues.

La première heure est arrivée. La lumière a incendié les nuits chopiniennes. Le public se lève et offre un triomphe mérité à l’homme dans la lumière. Encore une victoire de la musique sur le bruit du monde !


Prochaines dates parisiennes mais pas que à découvrir en bas de page ici.