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Le blog de Bertrand Ferrier, page 226

Richard Wagner, tiens-toĂ© ben, j’arrive !


Début de la saga ce jour.
Je reviens sur scène Ă  Paris, juste Ă  cĂ´tĂ© de l’OpĂ©ra Garnier.
Dans un endroit improbable, central mais bien caché.
Avec l’incroyable Jean Dubois en invitĂ©. J’y tenais, il a acceptĂ©. Au moins, lĂ , je suis sĂ»r que vous aurez entendu un grand chanteur.
Et, aussi, c’est moi qui choisis la musique de fond pour quand vous entrez (ouverture des portes Ă  19 h 20). J’y tiens, et il paraĂ®t que j’ai le droit, alors bon. Au moins, lĂ , je serai sĂ»r que vous entendrez du bon son.
En fait, non, j’ai pas le droit. Il faut que ce soit uniquement instrumental. Du coup, j’en ai rien Ă  foutre, vous entendrez du bon son après.
Bref, y a plus qu’Ă . Avec vous serait un sus. Ă€ l’ancienne.


Pour rĂ©server, c’est ici.
Pour soutenir le quadruple album qui arrive, c’est lĂ .

In memoriam Notre-Dame de Paris (1/3)

Il y a deux ans, jour pour jour…


« InvitĂ© Ă  La KathĂ©drale pour y rencontrer Olivier Latry au Grantogre Ă  l’occasion de la vigile pascale oĂ¹ Saint-AndrĂ© de l’Europe Ă©tait la paroisse invitĂ©e d’honneur. Un peu Ă©tonnĂ© de ne pas jouer la vigile, pour la première fois depuis vingt-sept ans, mais la cause Ă©tait bonne.


Spectacle son et lumière garanti.


On peut mĂªme Ă©crire « son et lumières ».


Mais avouons que l’on Ă©tait surtout venu pour ça.


Et pour ça.


Donc pour ça.


Bref, quel bilan ?


Histoire de rester dans l’ombre de l’omniprĂ©sent Olivier Latry, on peut rĂ©vĂ©ler

  1. que, bien qu’il mange des bananes et boive de l’eau, il cache des biscuits chocolatĂ©s quelque part Ă  la tribune,
  2. qu’il s’est fait exĂ©cuter des lunettes alla Harry Potter,
  3. qu’il se souvient de feu l’Ă©tudiant venu au conservatoire avec son basset prĂªt Ă  ramper sur le pĂ©dalier pour Ă©chapper au prof, et
  4. qu’il a des rĂ©flexes de rganissse liturgique comme : se tenir prĂªt puis prendre Ă  tĂ©moin le visiteur de tribune quand le « Notre Père » indiquĂ© « proclamé » est chantĂ©.

Le reste reste, prĂ©cisĂ©ment, Ă  la tribune, dans le ventre de la BĂªte ou sur les quasi quais de Seine, mais c’Ă©tait chouette. »

Michel Tirabosco, Flûte de Pan et orchestre, VDE-Gallo


Ceux qui nous suivent le savent, et non l’inverse : VDE-Gallo dĂ©fend les minoritĂ©s invisibles. Compositeurs inconnus, musiciens suisses, instruments ou ensembles zarbidoĂ¯des comme les flĂ»tes de Pan du jour : l’obstination du fondateur Olivier Buttex ne craint ni persiflage ni Ă©chec. En tĂ©moigne le disque que Michel Tirabosco a enregistrĂ© en Russie en 2007, et qui n’est pas une incongruitĂ© puisqu’il s’inscrit dans une longue lignĂ©e d’enregistrements flĂ»tedepanistiques ayant, eux-mĂªmes, suscitĂ© des florilèges publiĂ©s chez VDE-Gallo. Or, mĂªme sur le prĂ©sent site, la flĂ»te de Pan est une minoritĂ©. Il ne nous souvient que de deux occurrences – le disque de Jean Guillou et Ulrich Herkenhoff, et pour le concert de Philippe Emmanuel Haas (tiens, un Suisse) accompagnĂ© de Dominique Aubert. Bon, y a eu une exception, mais rien Ă  voir ou presque.
Ces Å’uvres pour flĂ»te de Pan et orchestre, curieusement siglĂ©es en anglais, jouent cependant la sĂ©curitĂ© en s’ouvrant sur une scie tubesque de SergueĂ¯ Rachmaninov ce qui, ironise le livret, est curieux pour dĂ©capsuler un disque intitulĂ© « Swiss Symphonic Composers vol. 3 » mĂªme si « Rachmaninov a effectuĂ© de longs sĂ©jours en Suisse ». Pourquoi ne pas assumer que c’est, juste, pour le plaisir d’inclure un tube – Ă  la fois bankable et flĂ»tedepanisĂ© – dans la set-list ? D’autant que l’Orchestre philharmonique de Volgograd suit the « Vocalise » avec une docilitĂ© non dĂ©nue de tonus lorsque l’exige Emmanuel Siffert. D’autant aussi que le souffle ne fait certes pas dĂ©faut Ă  Michel Tirabosco. On apprĂ©cie le souci du legato manifestĂ© par la vedette ; le vibrato, lui, sera jaugĂ© par l’auditeur Ă  l’aune de ce que chacun apprĂ©ciera, tout comme les effets de bavure (par ex. 3’17) ; mais l’ensemble, chaleureux et virtuose, ne manque pas de secouer ce vieux coucou vocalisant pour le confronter Ă  une nouvelle sonoritĂ©.

Le Concerto (28′) de David Chappuis (nĂ© en 1966), intitulĂ© « Une enfance exceptionnelle », a Ă©tĂ© composĂ© spĂ©cialement pour l’occasion… et dĂ©couvert sur place par l’orchestre. La Première partie s’ouvre sur des sons de flĂ»te qui s’Ă©vanouissent. Leur rĂ©pondent des cordes planantes et dissonantes, bientĂ´t engluĂ©es dans l’ultragrave. L’attendue rĂ©surrection de la flĂ»te se faufile en loucedĂ© dans le brouillard de cette atmosphère aussi jolie qu’ensuquante. Un long crescendo, très bien rendu, conduit Ă  l’exposĂ© de notes simples soufflĂ©s par le panistologue.
Un interlude de cordes prĂ©pare la Deuxième partie, autour d’un thème Ă©noncĂ© par la flĂ»te que, bientĂ´t, rejoint la harpe. Ce segment, paisible et nostalgique, privilĂ©gie le son sur la dĂ©monstration technique. De la sorte, il associe sobriĂ©tĂ© et science harmonique. L’atmosphère planante se soucie peu de surprises ou de secousses, leur prĂ©fĂ©rant un dĂ©veloppement linĂ©aire. Les cordes poursuivent cette direction dans la Seconde transition, Ă  laquelle les cuivres apportent une tension supplĂ©mentaire. La brève Troisième partie, « Volgograd », s’ouvre sur une cascade de cordes ravies de lancer le groove qu’arbitreront cuivres et timbales.



S’ensuit une suspension, Ă  peine gĂ¢chĂ©e par un couic parasite (piste 6, 1’47 : quand on pseudocritique, il est toujours important de laisser croire Ă  une attention irrĂ©prochable), qui bascule dans la RĂ©capitulation grave, en forme de lamento Ă  crescendo, façon marche vers l’Ă©chafaud que fragmente par deux fois l’intervention en dĂ©gueulando de la flĂ»te, selon la formule croisĂ©e en dĂ©but de concerto. Graves et quartes descendantes agrĂ©mentent la transition vers la cadence. LĂ , sur une pĂ©dale grave que pimpe le premier violon, Michel Tirabosco s’amuse des diffĂ©rentes formes d’attaque et s’enivre de trilles imitĂ©es par le konzertmeister. Puis l’ambiance s’anime Ă  nouveau, façon danse populaire fofolle, prolongeant le dialogue sous le regard de la harpe.
Cordes et timbales rĂ©pondent Ă  cet appel festif. Le grand orchestre se joint au dialogue avant que les cuivres n’inquiètent, portĂ©s par un ouragan de cordes. Ă€ leur tour, les bois houlent, et toc, du vague verbe « je houle, tu houles, il ou elle houle, que nous houlassions, houlez ! ». Ainsi prĂ©parent-ils une sardane hirsute. Le trio flĂ»te de Pan – premier violon – harpe réémerge. La fĂªte reprend jusqu’Ă  un finale fort amusant. En bref, cette Å“uvre pĂ©tillante, remarquablement Ă©crite, est accessible Ă  toutes oreilles et palpitante de bout en bout. Aux ignorants de notre trempe, elle fait connaĂ®tre avec pertinence le savoir-faire de David Chappuis et l’amplitude de sons de Michel Tirabosco.

Le compositeur suivant est Allardyce Mallon. Plus Écossais que Suisse, il est nĂ©anmoins adoubĂ© par la ConfĂ©dĂ©ration musicale grĂ¢ce Ă  ses diplĂ´mes genevois, ses engagements au Grand thĂ©Ă¢tre de Genève et sa participation Ă  la mythique « FĂªte des Vignerons 1999 » Ă©voquĂ©e tantĂ´t, autour de Julien-François Zbinden qui signe un article dans ce livret. Alba Song fait Ă©merger la flĂ»te d’un brouillard orchestral autour d’une quasi pĂ©dale de Fa qui saturera quasi les 6’41 de l’Å“uvre. En dĂ©pit de la maĂ®trise de l’Ă©criture orchestrale, nous devons admettre que la pauvretĂ© harmonique revendiquĂ©e peine Ă  nous captiver pleinement sur l’ensemble de la plage. Ă” snobisme, quand tu nous tiens !
Une pièce pour flĂ»te seule intitulĂ©e Solo, Ă©crite par Michel Tirabosco pour Michel Tirabosco, enregistrĂ©e Ă  Genève un peu plus tard, conclut ce rĂ©cital. La prise de son très proche, non signĂ©e, contrairement aux prĂ©cĂ©dentes frappĂ©es du coin d’Olivier Buttex, ne nous fait rien rater des respirations de l’artiste, comme pour mieux renvoyer Ă  l’idĂ©e de ce qu’est la rĂ©alitĂ© de la solitude : la respiration. L’Ă©noncĂ© liminaire du thème ondule jusqu’Ă  l’excitation qui s’empare de la flĂ»te Ă  2’34. VoilĂ  que l’antique instrument se prend Ă  sautiller, Ă  rebondir, Ă  glisser et Ă  oser le trois pour deux dans un tempo souple. La percussion de l’attaque (3’54) s’associe au souffle long (4’40) et Ă  l’articulation d’un large spectre, du mĂ©dium Ă  l’aigu. Puis le swing secoue Ă  nouveau la composition (5’30) et lutte contre la tentation du son suspendu, entre suraigu et mĂ©dium, invitant Ă  une exploration stimulante des possibles d’un instrument modernisĂ©.


En conclusion, ce disque ne manquera pas de captiver les curieux que la musique tonale n’effraie pas. L’Ă©criture sans snobisme de David Chappuis fascine notamment par la science des couleurs orchestrales que dĂ©ploie le compositeur ; et l’on sait grĂ© Ă  Michel Tirabosco d’ouvrir le propos de ce rĂ©cital ambitieux. Il dĂ©passe le cadre annoncĂ© en ne se cantonnant ni aux compositeurs suisses, ni Ă  la musique orchestrale ? Bigre, admettons que l’on a connu des gugusses qui renversaient les tables de manière bien moins appĂ©tissante pour les esgourdes.


Pour Ă©couter le disque en intĂ©gralitĂ©, c’est ici.
Pour acheter le disque, c’est lĂ .

42

Debussy de la Lorette en Cornouailles par Brigitte Mercadier (aperçu)

Pas encore un dentier, déjà 42 ans. Tic-tac, tic-tac, by.bm.

Michel Hostettler & more, « D’Alpes Ă  lac », Harmonia Helvetica


Et si la Suisse Ă©tait l’avenir de la musique du vingtième siècle ? C’est ce que laisse entendre ce disque captivant. Pourtant, tout en regrettant que la musique helvĂ©tique soit sous-Ă©valuĂ©e « par ceux qui ne la connaissent pas », Jacques Tchamkerten, auteur du livret, dĂ©crit Michel Hostettler comme « l’un des trois compositeurs auxquels on doit la partition de la FĂªte des Vignerons de 1999 ». Certes, des sources locales nous confirment l’importance de l’Ă©vĂ©nement, mais ce titre de gloire reste fort confinĂ© aux frontières de la ConfĂ©dĂ©ration. Étrange, car le projet du disque, faire « dĂ©couvrir des compositeurs suisses », n’est pas rĂ©servĂ© aux seuls neutres de l’Europe et Ă  ceux qui suivent dĂ©jĂ  le travail de Harmonia Helvetica, association Ă  but non lucratif qui promeut les compositeurs garantis de chez eux. Leur intrigante nouvelle production, endossĂ©e par Gallo, reprend un concert donnĂ© le 2 dĂ©cembre 2017 (et peut-Ăªtre quelques prises alternatives), en associant harpe, mezzo et piano ; et elle remplit sa promesse – faite aux incultes – de dĂ©couvertes.
Le disque s’ouvre par deux petites pièces pour harpe de Michel Hostettler, « parrain » de la « manifestation » qui incluait le susdit concert. « Le lutin rĂªveur », Ă©crit en ABA, alterne entre le sautillement dĂ©gingandĂ© du personnage-titre et la libertĂ© que favorise la jolie rĂ©sonance de l’instrument de Marie-Luce Raposo-Challet, bien captĂ©e par le Studio ClamaSon. « La petite danseuse » arabesque, ploum, Ă  souhait. Écriture programmatique, belles harmonies, bonne exploitation des spĂ©cificitĂ©s de la harpe : c’est charmant. Dommage que l’envie d’offrir un panorama large de compositeurs – aucune femme dans le lot, mais on sait combien les compositrices « du sexe » captivent les mĂªmes fomenteurs, en un mot, de disques, d’oĂ¹ l’ironie supposĂ©e de la remarque – rĂ©duise autant la part du septuagĂ©naire Ă  ces prĂ©ludes anecdotiques. Cependant, on le retrouve pour un remix armĂ©nien du rĂ©pertoire de Komitas, permettant Ă  la mezzo de se faufiler dans le concert via le « Chant de la perdrix », dit « Kakvi yerk », après la section pour harpe seule. Si c’est joli Ă  souhait, avouons que l’on peine Ă  comprendre l’intĂ©rĂªt de cet intermède dans un disque centrĂ© sur la production helvĂ©tique.
Julien-François Zbinden, jazzman nĂ© en 1917, voit incarnĂ©es trois Esquisses japonaises Ă  la harpe. L’instrument est utilisĂ© tant en monodie qu’en arpèges brusques, octaves, accords, harmoniques. L’apparente instabilitĂ© rythmique renforce l’intĂ©rĂªt de l’Ă©coute suscitĂ© par la variĂ©tĂ© de climats et de sonoritĂ©s… malgrĂ© un petit bruit que l’on eĂ»t pu gommer en fin de bande (4’44 : c’est pour laisser croire que ce qui est critiquĂ© ici est toujours Ă©coutĂ© de bout en bout avec la plus rigoureuse attention). La Deuxième esquisse ravit par un balancement Ă©lĂ©gant qui ne manque pourtant pas de personnalitĂ© et de vie – dilatations et accĂ©lĂ©rations, crescendi et suspensions animent la partition. Les mĂªmes outils instrumentaux sont utilisĂ©s dans un dĂ©sordre organisĂ© qui n’oublie pas de rappeler le thème liminaire en fin de bal. Plus solennelle s’annonce la Troisième esquisse, avant que, Ă  nouveau, un swing dĂ©gingandĂ© ne suggère un ternaire parfois contestĂ© par des gling-gling-glings, des passages librement mesurĂ©s, des respirations (3’30) ou des breaks (1’50) suspendant le tempo normal. Par l’intensitĂ© de son interprĂ©tation, la harpiste rend raison de la vitalitĂ© et de l’Ă©motivitĂ© de la pièce, dont tĂ©moigne la coda en suspens.
Gustave Doret (1866-1943) fut lui aussi adoubĂ© par la FĂªte des vignerons et « connu comme l’un des bardes de la Romandie » bien que, dans l’Hexagone, on le voie parfois comme le chef qui crĂ©a le PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune de Claude Debussy. Sur un poème de Charles Baudelaire, « Recueillement » s’ouvre sur une note fort moche accompagnant la difficile synĂ©rèse « sois sage », sans doute signe d’un authentique enregistrement en direct, comme, par ex., piste 8 Ă  0’22 ou piste 26, 2’04 – oui ben voilĂ , on veut toujours laisser imaginer que l’on Ă©coute sottement quoique hyperprĂ©cisĂ©ment, ou l’inverse, pour ce que ça change. Le compositeur exploite les arpèges d’une harmonisation sĂ©rieuse qui habille joliment une mĂ©lodie invitant plus volontiers les aigus et mĂ©diums que les graves de la mezzo.
Plus que sur les rares imperfections du direct (synchronisation sporadiquement imparfaite, accord du piano sonnant Ă©trange çà et lĂ ), on retient la dĂ©couverte d’un mĂ©lodiste dont la « Chanson du petit homme » donne un aspect plus guilleret alors mĂªme que le texte de RenĂ© Morax stipule : « Le pauvre petit homme, il faudrait qu’on lui donne une miette de pain. » En tant qu’inculte, on pense Ă  feu Calvin Russell et au « little man » qui cherchait « an eating place in town »… sauf que lĂ , « you don’t get bread with a one meat ball ». Absolument, citer Calvin ici Ă©tait improbable, mais bref, bref, bref. Le troisième et dernier lied, sur un texte de Pierre Quillard, permet Ă  Catherine Pillonel Bacchetta, enseignante au conservatoire de Lausanne, de signaler qu’elle n’est pas « un mendiant de l’amour ». La solennitĂ© sobre de l’accompagnement, sa capacitĂ© Ă  mimer simplement la mer et l’effort d’intensitĂ© de la mezzo soulèvent l’intĂ©rĂªt, mĂªme si l’on ne peut prĂ©tendre avoir tout compris (piste 9, 2’08). De la jolie musique, assurĂ©ment.


Émile Jacques-Dalcroze
(1865-1950) se glisse dans la set-list grĂ¢ce Ă  ses six Skizzen op. 10 pour piano. La virtuositĂ© lĂ©gère d’Adalberto Mario Riva est parfaite pour faire sautiller « Kobolde ». « Träumerei » laisse rĂªvasser le piano en suspendant l’Ă©motion après l’avoir esquissĂ©e. « Schmetterlinge » fait danser les papillons avec la lĂ©gèretĂ© et la quasi irrĂ©gularitĂ© qui va bien. La « SĂ©rĂ©nade » voit son motif liminaire circuler de la main gauche Ă  la main droite et vampiriser la pièce avec un sens du dĂ©veloppement concis qui sĂ©duit. Le « Canon » associe un motif descendant Ă  un segment plus Ă©lĂ©giaque qui peine Ă  ne pas dĂ©gringoler tristement Ă  son tour… avant d’Ăªtre sauvĂ© par un accord majeur Ă  la toute fin. Le « Capriccio » ne manque certes pas d’allant, avec ce souci du compositeur de ne certes pas cantonner la main gauche au rĂ´le de ploum-ploumeuse. C’est fort intĂ©ressant et tout aussi bien enlevĂ© par un interprète Ă  son affaire.
Les trois lieder d’Othmar Schoeck (1886-1957) pĂ¢tiront, pour les non-germanophones, de l’absence de texte – alors que, en rĂ©duisant telle biographie d’artiste aisĂ©ment trouvable sur le Net, l’on eĂ»t mieux contribuĂ© Ă  une Ă©coute un peu plus informĂ©e. Belles Ă©critures, nĂ©anmoins, et choix pertinemment contrastĂ©s, tant dans l’esprit que dans les registres (graves, pas aisĂ©s Ă  dĂ©gainer, d’« Abendwolken »), effets sciemment inesthĂ©tiques (vibratos lyriques, quasi Sprechgesang et graves Ă  effet du riche « Die drei Zigeuner », 1’46). Tel raclement (piste 8, 0’15) rappelle la fragilitĂ© des voix, mĂªme maĂ®trisĂ©es… quand elles ne sont pas protĂ©gĂ©es par de multiples sĂ©ances studio ! Il y aurait quelque sottise Ă  voir dans ces scories sporadiques un dĂ©faut rĂ©dhibitoire tant ce catalogue ne manque ni de variĂ©tĂ©, ni de charmes, ni d’engagement, ni d’intĂ©rĂªt gĂ©nĂ©ral – mais il y aurait aussi quelque malhonnĂªtetĂ© Ă  ne point mentionner aux lecteurs la possibilitĂ© de sursauts.
Prenant la suite de cette belle sĂ©lection, les feuillets d’album (Albumblätter, op. 34, 1878) de Hans Huber (1852-1921) bĂ©nĂ©ficient du jeu sensible d’Adalberto Maria Riva en dĂ©pit d’un piano qui, Ă  en croire notre système de restitution, peine Ă  rendre toutes les nuances de toucher de l’instrumentiste. L’Andante est ravissant, ce qui est tout sauf une insulte. L’Assai lento, connotĂ© marche funèbre et plus longue pièce du lot, de loin, oscille entre un thème macabre et une main droite qui tente rĂ©gulièrement de s’Ă©chapper de la noire fatalitĂ© portĂ©e par la senestre. L’Allegro impetuoso est moins impĂ©tueux que tiraillĂ© entre une capacitĂ© d’emportement et un savoir-vivre contenant l’Ă©motion dans les limites du raisonnable. Le Moderato, joue sur le contraste entre aigus et graves que la main gauche arbitre dans les mĂ©diums, entre deux grondements profonds. Le Presto, qui nous donne l’occasion de prĂ©ciser notre critique contre le piano (le si bĂ©mol qui ouvre la pièce et la martèle : voilĂ  un exemple de note qui, dans notre casque, sonne de façon vilaine), termine ce parcours moins sur la virtuositĂ© extravertie subodorĂ©e par le tempo que sur la capacitĂ© de l’artiste Ă  saisir, en une minute, l’Ă©motion soudaine ici exprimĂ©e. VoilĂ  donc une musique fort bien Ă©crite pour l’instrument, savamment maĂ®trisĂ©e et parfaitement introduite ici pour donner envie d’en connaĂ®tre davantage sur les compositions de ce Suisse.


Afin de finir sur un duo piano – voix, le disque enchaĂ®ne avec deux pièces de Rudolf Ganz (1877-1972, comme chacun sait), ses KlavierstĂ¼cke opus 14 pour piano. Les « Jeux de vagues » (bah, faute de VF, j’ai dĂ©cidĂ© de m’inventer ma traduction) ouvrent cette danse. C’est quasi chopinien en plus moderne : un ravissement, rendu avec Ă©lĂ©gance et justesse par le pianiste. Le menuet, virtuose et facĂ©tieux, s’articule en plusieurs temps. Après un premier tiers insouciant, une partie mineure rassemble quelques nuages sur un continuum d’accords menaçants. Le retour de l’insouciance majeure ponctuĂ©e de virulence et de fusĂ©es rejette cette tentation de la noirceur sans pour autant sombrer dans la joie extravertie. Encore une très belle dĂ©couverte jouĂ©e avec facilitĂ© technique et sensibilitĂ© musicale.
L’affaire se termine avec le retour de Julien-François Zbinden, associĂ© aux textes de Henri Naef. Cette suite intitulĂ©e DĂ©tresse en Paradis (1946) Ă©tait, Ă  l’origine, destinĂ©e au tĂ©nor du mythique Hugues CuĂ©nod, qui crĂ©a la pièce avec le compositeur au piano. « Eden » traduit, par la virulence de l’accompagnement et le spectre large de la mezzo, entre furie et narratrice, ce moment oĂ¹ « JĂ©hovah prescrivait l’ignorance ». PrĂ©cisons, malgrĂ© notre gourmandise et nos applaudissements initiaux, que la prise de son, comme pour les prĂ©cĂ©dentes interventions de Catherine Pillonel Bacchetta, peine

  • Ă  restituer le texte,
  • Ă  crĂ©er une unitĂ© entre voix et piano, et
  • Ă  ne pas donner une impression de saturation lors des fortissimi vocaux.

« Notre-Dame des Sept Douleurs » rĂ©serve le texte aux amateurs de sirupositĂ©, et hop, du genre : « La Vierge est lĂ , contre le mur, tandis que meurent entre ses mains les colchiques mĂ©lancoliques. » C’est ni bien, ni mal, mais c’est comme la harissa : faut aimer. Reste une très, très belle musique, riche et valorisĂ©e par l’accompagnement sensible d’Adalberto Maria Riva.  La supplication inquiète de « Sire… » rĂªve de la « paix profonde » qui est censĂ©e nous habiter Ă  l’heure de la mort. Cette longue plainte quasi faurĂ©enne hĂ©site entre la prière et la barcarolle – le compositeur mĂ©rite dĂ©cidĂ©ment tous les Ă©loges. Le « Sourire » exprime l’espoir du suppliant d’Ăªtre accueilli, lui-mĂªme, auprès du Seigneur, « les bras chargĂ©s de ceux que j’aime ». Avec son style et sa technique, Catherine Pillonel Bacchetta met beaucoup de sensibilitĂ© dans cette supplique ante mortem.
En conclusion, voilĂ  un disque captivant tant il rĂ©vèle, par-delĂ  les supposĂ©es scories propres Ă  un projet plus volontariste que largement financĂ©, des compositeurs mĂ©connus dont les pièces choisies laissent entendre une musique vingtièmiste plus que digne d’intĂ©rĂªt et d’enthousiasme. En dĂ©pit d’un titre destinĂ© aux initiĂ©s, on note de l’ambition, des pièces palpitantes et une Ă©vident richesse musicale : un catalogue qui appelle des approfondissements et, d’ores et dĂ©jĂ , moult auditeurs curieux.

Lucien Durosoir, « Dejanira » et plus, Cascavelle


Il a Ă©tĂ© violoniste Ă  la fois virtuose et incapable de se plier aux fourches caudines du CNSM ; il a adorĂ© sa mère, fondĂ© un ensemble de cordes dans les tranchĂ©es de la Grande guerre, et composĂ© bon nombre de pièces que sa famille s’escrime Ă  faire jouer depuis sa mort Ă  77 ans pile poil, en 1955 : Lucien Durosoir continue d’Ăªtre ce compositeur inconnu qu’il est intrigant de dĂ©couvrir. Cascavelle propose une compilation de quatre opus enregistrĂ©s en 2017 et 2018. En voici quelques aspects.



1.
Dejanira

ViolĂ©e par un centaure, assassine de son cheum, suicidĂ©e par pendaison : la vie cauchemardesque de DĂ©janire ne respire pas la petite pĂ¢querette qui frĂ©mit dans le sous-bois printanier. C’est pourtant autour de ce personnage des Trachiniennes de Sophocle que Lucien Durosoir va broder, en 1923, l’Ă©tude symphonique placĂ©e en ouverture de ce florilège.
Dès le lamento originel, l’orchestre est d’abord traitĂ© en bloc dont çà et lĂ  Ă©mergent quelques vents. L’Ă©criture, touffue, est soutenue par des percussions sporadiques… et orientĂ©e par une prise de son compacte, signĂ©e Sergey Sokolov. DĂ©fiant la torpeur apparente de cet espace en rĂ©alitĂ© grouillant, une fanfare secoue par moments le corps des cordes. Le Taurida International Orchestra, placĂ© sous la direction de Mikhail Golikov, tĂ¢che alors de de remplir une triple mission :

  • donner cohĂ©rence au propos paradoxalement solide et dĂ©cousu,
  • rendre la profusion des notes sans la dissoudre dans le brouhaha des Ă©bats instrumentaux, et
  • dessiner les lignes de perspective nĂ©cessaires pour guider l’auditeur, Ă  l’aide de certains pupitres ou de crescendi bien rĂ©alisĂ©s, dans ce brouillard dense.

Dejanira ne s’entend pas, elle s’Ă©coute, ce qui est plus intĂ©ressant. Comme pour contribuer Ă  une narration hypothĂ©tique, quelques ruptures zèbrent la partition, vite cautĂ©risĂ©es par le collectif orchestral en dĂ©pit de vaines tentatives de leadership. Le dialogue entre les pupitres est abrasĂ© par quelques rĂ©plications de motifs promptes Ă  s’Ă©vanouir. Le compositeur paraĂ®t avoir souhaitĂ© traiter l’orchestre comme un organisme clos sur lui-mĂªme, presque enfermĂ©. Aussi ses soubresauts grognons ressemblent-ils autant Ă  une forme de vie, avec ses diastoles et systoles, qu’Ă  une anticipation des tragĂ©dies – celle de DĂ©janire comme celle de notre finitude, dont les accents et la rigueur sombre de l’orchestre aideront sceptiques et optimistes Ă  Ă©prouver l’imminence. Avivant l’intĂ©rĂªt, le dernier tiers de l’Å“uvre ne nĂ©glige pas les charmes de l’accĂ©lĂ©ration du tempo ni ceux de la variation de timbres (clarinette, cordes, flĂ»tes, cuivres, hautbois, cor anglais), comme si la course vers l’abĂ®me Ă©tait plus savoureuse – breaks relançant le discours – ou plus apaisante – tapis de cordes colorĂ©s par le cor aigu au finale – que la certitude rĂ©signĂ©e de notre mort.



2.

Adagio pour cordes

La deuxième pièce, gravĂ©e par les Solistes de chambre de Salzbourg sous la direction de Lavard Skou-Larsen et les micros de Moritz Bergfeld, ne siĂ©ra point davantage aux amateurs de youplaboum. La gravitĂ© de la contrebasse ouvre un cortège aux relents funèbres. Le mĂªme pupitre est bientĂ´t renvoyĂ© Ă  ses pizzicati et Ă  ses tenues puissants, glas tristes habillant la mĂ©lopĂ©e du violoncelle commentĂ©e par les cordes plus aiguĂ«s. Violons et altos s’emparent du deuxième tiers avant d’Ăªtre rejoints par leurs collègue graves. Des lignes brisĂ©es se font Ă©cho sans vraiment se rĂ©pondre.
Le discours est si ensuquĂ© dans sa mĂ©lancolie qu’il ne saurait Ăªtre question de mĂ©lodie. La dĂ©ploration guide les notes qui frottent volontiers, Ă©voquant avec une nonchalance lasse une harmonie parfois susceptible d’Ă©voquer Chostakovitch. Ici, ni les suraigus, ni l’ultragrave n’offrent de point de fuite au compositeur. Le bref Allegretto « non troppo » se dissout vite dans la gravitĂ© alanguie du propos, poursuivie jusqu’Ă  la mort. En somme, cette musique exigeante refuse la sĂ©duction immĂ©diate, prĂ©fĂ©rant imprĂ©gner l’auditeur par un ressassement triste dont le creusement orchestral ne manque pas de profondeur.

3.
Poème pour violon, alto et orchestre

AdaptĂ© d’une version de chambre, ce Poème s’ouvre sur une ondulation gĂ©nĂ©rale, presque griegienne version ouverture de la Première suite de Peer Gynt. Incapables de dialoguer entre eux, les pupitres et les solistes vont se faire Ă©cho, formant une rumeur dĂ©cousue Ă  force d’Ăªtre dĂ©formĂ©e et ressassĂ©e. L’impression de confusion se juxtapose joliment avec l’Ă©lĂ©gante sĂ©rĂ©nitĂ© qui habille la partition. Pourtant, les trompettes, intervenant sur un tremblement de cordes, semblent proches de fracasser cette quiĂ©tude piapiatante. Les cordes remettent l’orchestre sur ses rails initiaux ; la confusion revient, en alternance avec des tentatives d’envolĂ©es lyriques vite diffractĂ©es. Le discours est alors charpentĂ© par :

  • des motifs rĂ©currents, circulant de pupitres en pupitres ;
  • des unissons aux cordes, tuttistes ou solistes ;
  • et les ondulations de la flĂ»te.

Il rĂ©ussit ainsi le tour de force qui consiste Ă  associer une profusion aux apparences indisciplinĂ©es et une certaine lisibilitĂ©, que le groove quasi perpĂ©tuel des contrebasses contribue Ă  rendre intrigant. Le dernier tiers, clairement marquĂ© par un break orchestral, libère l’alto d’Alexander Diaghilev qui semble sourdinĂ©, tadaaam, et se pare ainsi d’une sonoritĂ© Ă©tonnamment proche du saxophone (8’26). Le rejoint le violon d’Anton Starodubtsev, vibrant et Ă©motif Ă  dĂ©faut d’Ăªtre toujours d’une justesse immaculĂ©e (8’34). Des effets d’Ă©cho animent les commentaires orchestraux, ponctuĂ©s par les pizz des contrebasses et le grondement des timbales. La stabilitĂ© harmonique signale la coda oĂ¹ s’Ă©panouit la pĂ©roraison les deux solistes jusqu’Ă  l’accord qui clĂ´t la pièce la plus immĂ©diatement sĂ©duisante du disque… Ă  ce stade.

4.
Suite pour flûte et petit orchestre

Å’uvre testamentaire ? En tout cas, « dernière Å“uvre pour orchestre » stipule Georgie Durosoir. Le Prologue, d’abord guidĂ© par la clarinette basse, paraĂ®t s’Ă©veiller sous la battue du chef, jusqu’Ă  lentrĂ©e en scène de la soliste Varvara Vorobeva. L’indiffĂ©rence de l’orchestre Ă  son encontre crĂ©e de sĂ©duisants dĂ©calages, que nourrit une grande libertĂ© rythmique et que prolongent des Ă©chos entre vents. La flĂ»te mĂ¢chonne sans cesse son motif-phare, clairement dĂ©calquĂ© du Syrinx de Claude Debussy. Avec l’orchestre, la soliste tombe d’accord pour ne pas Ăªtre d’accord – un accord scelle cette communautĂ© de vue, ouvrant la voie au Divertissement.
Ce deuxième mouvement dĂ©tonne dans le prĂ©sent florilège car il sautille, virevolte et voit d’abord un orchestre accompagnant la soliste sans volontĂ© d’imposer son propre propos. Pour autant, le discours se trouble bientĂ´t : les trompettes cristallisent cette inquiĂ©tude sous-jacente. La flĂ»te reprend alors, plus paisible, ses Ă©bats trillĂ©s (sur le volet, bien sĂ»r). NĂ©anmoins, l’Ă©nergie contradictoire de l’orchestre cuivrĂ© refait surface. Les envolĂ©es et baguenaudages de la flĂ»te subvertissent ces Ă -coups via une coda Ă©chevelĂ©e jusqu’au sursuraigu.

Le Chant Ă©lĂ©giaque, plus long mouvement de cette petite suite, s’ouvre sur une trompette soliste dialoguant avec l’orchestre. Pas impressionnĂ©e, la flĂ»te lui rĂ©pond, tandis que des solistes s’en mĂªlent. Sans doute la prise de son manque-t-elle d’un soupçon d’Ă©quitĂ© pour rendre raison de l’Ă©criture orchestrale de Lucien Durosoir dans sa globalitĂ©, certains pupitres paraissant momentanĂ©ment survalorisĂ©s, ce qui nuit Ă  l’Ă©quilibre. Cette tentative de surligner les Ă©changes ne rend pas service Ă  un compositeur rouĂ©… qui est aussi, viscĂ©ralement, violoniste, ainsi que le trahit joyeusement son souci de jouer sur maintes sortes d’attaques coll’arco.
Une belle Ă©motion sourd de ces Ă©changes entre tuttistes et soliste, dĂ©baroulant sur le bref et curieux Épilogue, dont l’ouverture sollicite grandement les trompettes. Puis la flĂ»te reprend la barre sous le regard rythmĂ© des contrebasses. La rĂ©pĂ©tition du schĂ©ma signale l’arrivĂ©e de la coda brusquement apaisĂ©e… autant que cet oxymoron puisse prĂ©tendre avoir quelque sens.


En conclusion, un disque-dĂ©couverte qui exige de l’auditeur une attention attentive, seule susceptible d’exciter l’oreille Ă  percevoir l’ambition de cette proposition dont la richesse dĂ©passe la simple distraction. Sans doute le signe d’une Å“uvre qui vaut réécoute – on a connu pire projet.


Pour Ă©couter l’intĂ©gralitĂ© du disque, c’est ici.
Pour acheter les titres un par un, c’est lĂ .
Pour acheter le disque, pas de références sur Fnac, Amazon ou çà, alors je sais pas.

Le « Projet 44 » tend sa sébile

Modèles : Debussy de la Lorette en Cornouailles et Bertrand Ferrier. Photo : Kuhuru.com.

Le projet « 44 », c’est :

  • 8 ans de bourlingue de scènes en bistros, et rĂ©ciproquement ;
  • + de 100 concerts avec piano ou guitare Ă  fredonner des chansons maison avec du texte dedans (et de la musique aussi) ;
  • + de 200 chansons fredonnĂ©es en solo ou en trio, en « vedette » ou en partageant la scène avec Bernard Joyet, Francesca Solleville, Jean Dubois, Claudio Zaretti, BarthĂ©lĂ©my Saurel, Jann Halexander, Michel BĂ¼hler ;
  • 1 proposition du label Lalouline pour enregistrer 44 chansons avec du texte dedans (et de la musique).

Le projet « 44 » consiste à :

  • enregistrer 4 albums de 11 chansons en 5 jours dans un studio idoine, devant les micros d’un ingĂ© son spĂ©cialisĂ© dans la chanson ;
  • proposer ces albums en streaming par l’intermĂ©diaire du label Lalouline ;
  • rĂ©aliser un bel objet-disque avec livret de 24 p., rassemblant, sur deux CD, les 44 chansons ;
  • diffuser ces chansons et en profiter pour en chanter de nouvelles sur scène !

Le projet « 44 » réunira quatre albums en deux disques :

  • chansons Ă  l’ancienne ;
  • chansons gĂ©ographiques ;
  • chansons amoureuses ; et
  • chansons dans le miroir.

Le projet « 44 », c’est aussi des potins.

  • Les chansons seront enregistrĂ©es « dans les conditions du direct » en piano-voix, avec l’apport ponctuel du jazzman virtuose Pierre-Marie Bonafos.
  • Un premier tour de chauffe, en version guitare-voix, rassemble 44 chansons selon le mĂªme dĂ©coupage Ă  la ComĂ©die Dalayrac (Paris 2), du 16 avril au 7 mai 2019 (rens. ici).
  • Le dalmatien qui porte le disque avec ses 44 taches (env.) s’appelle Debussy de la Lorette en Cornouailles.
  • La photo de l’album a Ă©tĂ© capturĂ©e par l’Ă©quipe de Kuhuru.com. Les autres photos sont de Bertrand Ferrier, sauf celles qui ne sont pas de lui, ça va de soi.

Soutenir le projet 44 : c’est ici.

Céline Faucher, « Qui a peur de Pauline Julien ? », El Clan Destino, 8 avril 2019

Photo : Bertrand Ferrier

Il faut venir au Clan Destino pour le lieu, le patron, les empanadas paraĂ®t-il (« mais aujourd’hui, c’est lundi, j’en ai pas fait »), la pratique au moins sporadique de l’entrĂ©e libre qui accessibilise – si, si – la culture et, Ă©ventuellement, la programmation. Le soir oĂ¹ nous dĂ©couvrons cette salle aussi excentrĂ©e qu’excentrique, nous sommes pourtant venu avant tout pour entendre le rĂ©pertoire de Pauline Julien chantĂ© par une QuĂ©bĂ©coise, en l’espèce CĂ©line Faucher, la chouchoute des Salons d’Ima Rose. Actuellement en tournĂ©e dans l’Hexagone, elle a dĂ©barquĂ© avec trois spectacles :

  • « FĂ©minine(s) », une collection de chansons propulsĂ©es par des femmes, qui a enthousiasmĂ© Jean Dubois ;
  • « Gens du QuĂ©bec » qui la conduira Ă  Aubenas le 11 avril ; et
  • « Qui a peur de Pauline Julien ? », qui vivait sa dernière parisienne le 8 avril.

Or, ce qui nous attend n’est pas un rĂ©cital comme un autre, plutĂ´t une excursion pĂ©dagogique, sorte de confĂ©rence chantĂ©e qui explore chronologiquement les vingt premières annĂ©es de chanson de feue l’ex-comĂ©dienne. Peut-Ăªtre les limites chronologiques et le projet didactique auraient-ils gagnĂ© Ă  Ăªtre spĂ©cifiĂ©es d’emblĂ©e ? L’artiste choisit de commencer a capella avec du LĂ©o FerrĂ© dans le texte (« Dans tes bras, c’est bien plus beau / quand il y a la mer et les chevaux »). Patrick Laviosa, son pianiste, la rejoint pour la cĂ©lèbre « Chanson de Bilbao » Ă©crite par Boris Vian pour Yves Montand. Prolongeant le « on a honte de la musique pour son fric » qui anime le dernier couplet, l’interprète enchaĂ®ne sur la « Chanson du capitalisme » brechtienne, puis gaule le noyer en puisant dans « Une noix » cĂ©lĂ©brĂ©e par Charles Trenet. On regrette alors une amplification insuffisante qui bride tant le plaisir de l’auditeur que l’expression du pianiste, intelligemment soucieux de ne pas couvrir sa commanditaire.

Décor du Clan Destino (aperçu). Photo : Rozenn Douerin.

Feu le pompeux Charles Aznavour intervient ensuite en clamant : « Je ne peux pas rentrer chez moi / car mon passĂ© y est dĂ©jĂ . » Signe de la diversitĂ© du rĂ©pertoire, l’excellente « Chanson du pharmacien » de FĂ©lix Leclerc efface notre ire devant celui qui Ă©tait devenu une impatientante caricature de momie. Elle apporte son Ă©nergie noire que tempère « La marquise Coton », dont l’interprĂ©tation par RenĂ©e Claude reste la rĂ©fĂ©rence. CĂ©line Faucher, elle, n’a rien d’une RenĂ©e Claude ou d’une Catherine Sauvage… ou d’une Pauline Julien. Elle ne cherche certes pas Ă  imiter ces diseuses en voulant imprimer sa marque sur ce qu’elle chante. AppuyĂ©e sur une voix et une diction solides, elle prĂ©fère se mettre au service des chansons, de manière quasi neutre, effaçant, avec humilitĂ©, l’interprĂ©tation personnalisĂ©e derrière la fredonnerie interprĂ©tĂ©e.
Faute de pĂ©dagogie sur le projet du rĂ©cital, on s’Ă©tonne que, après sept chansons, on en soit toujours Ă  l’exploration du premier vinyle de Pauline Julien, mais  le rare « Ton nom [ou non] est de bronze et dentelle » de Claude Gauthier nous rassĂ©rène… avant que son contraire, le tube des « Feuilles mortes » version Serge Gainsbourg, chantĂ© Ă  deux voix avec Patrick Laviosa, reprenne le chemin des tubes. La dĂ©ploration façon Gilbert BĂ©caud se prolonge avec « Quand l’amour est mort (on ne voit plus rien) », et avec l’avertissement de Jacques Brel qui fĂªte ses quatre-vingt-dix ans puisque, on le sait : « On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout ». Les redoutables harmonisations descendantes peuvent sembler ce soir perfectibles – spĂ©cificitĂ© du spectacle vivant ou de l’oreille imparfaite de l’auditeur, ouf.

Photo : Rozenn Douerin

Il faut attendre la douzième chanson (« Mon mari est parti » d’Anne Sylvestre) pour s’aventurer dans le deuxième disque, rĂ©solument fĂ©minin, de Pauline Julien. L’admiration de l’interprète pour l’interprète, ha-ha ou presque, la conduit Ă  d’amoureuses approximations (« connaĂ®trions-nous LĂ©o FerrĂ© sans Pauline Julien ? », sĂ©rieux, en France, carrĂ©ment). Rien qui ne l’empĂªche de faufiler « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », accolĂ© au « J’entends, j’entends » par lequel Jean Ferrat, entre autres, a contribuĂ©, lui aussi, Ă  populariser Louis Aragon moyennant un rĂ©munĂ©rateur soutien du PC. La première partie du spectacle se clĂ´t avec une inclination quĂ©bĂ©coise : « Le rendez-vous » de Gilles Vigneault et Claude LĂ©veillĂ©e (avec son refrain si typique en A, E/G#, G, A) et le tube « Jack Monoloy » si vigneaultique, dont les deux complices rendent avec plaisir les ruptures de rythme et le dynamisme.
Après cette seizième chanson, la pause, qui surprend le patron (« Je ne savais pas qu’il y avait un entracte »), se dissout sur l’air du « CinĂ©matographe » puis du « Ne vous mariez pas » de Boris Vian. Autant dire que CĂ©line Faucher a choisi d’accĂ©lĂ©rer le tempo, ce qui est très apprĂ©ciable au moment de deviner ce qui se passe « Dans la tĂªte des hommes » selon Raymond LĂ©vesque. Le rĂ©pertoire de cet auteur-compositeur est l’opportunitĂ© pour l’interprète d’esquisser la crise d’octobre 1970 Ă  travers « Bozo-les-culottes », bien que la chanson remonte Ă  1966. La chanteuse paraĂ®t osciller entre sa spontanĂ©itĂ© joyeuse et son dĂ©sir de suivre les notes jetĂ©es sur son cahier – au point de perdre aussi, Ă  plusieurs reprises, son pianiste qui ne sait Ă  quelle chanson se vouer. Pas de quoi empĂªcher les deux acolytes d’interprĂ©ter « L’homme de ma vie » de ClĂ©mence Desrochers (« Si nous devenons bons amis, je t’amènerai le dimanche […] rencontrer l’homme de ma vie »), avant de filer vers Georges Dor et sa « Chanson difficile ».

Piano, ombre et lumière au Clan Destino. Tableau : Bertrand Ferrier.

C’est un double tube qui marque le dernier tiers-temps du concert. Premier tube des chanteurs avec du texte dedans, « La Manic » dont on garde en tĂªte de mĂ©moire l’interprĂ©tation de Jean-Marie Vivier. Un utile apartĂ© historique explique alors le titre du spectacle, en Ă©voquant l’article « Who’s afraid of Pauline Julien? » suite au tollĂ© suscitĂ© en 1979 par l’interprĂ©tation, en anglais, crime, de « La Manic » par la chanteuse, en Ontario. Point de tollĂ©, en revanche, pour le second tube de la soirĂ©e, « Suzanne », traduit et condensĂ© par Gilbert Langevin, qui tuile l’arrivĂ©e dans les annĂ©es 1970, cette Ă©poque utopique oĂ¹ l’on rĂªvait, ou feignait de rĂªver, Ă  un « monde oĂ¹ il n’y aurait plus d’Ă©tranger » mĂªme pour celle qui, chante-t-elle, est « nĂ©e Ă  Trois-Rivières ».
Fin du spectacle Ă©volutif et co-construit avec Jean-Paul LiĂ©geois : « Une sorcière comme les autres » d’Anne Sylvestre, manière de boucler avec lĂ©gèretĂ© le cycle 1951-1971 couvert par ce rĂ©pertoire en construction, curieux, variĂ©, engagĂ© sans niaiserie, volontaire sans fanatisme, fĂ©ministe et ouvert sans Å“illères, bref, plaisant-mais-pas-que.

Photo : Bertrand Ferrier

En conclusion, CĂ©line Faucher s’adresse aux amateurs (mĂªme si le public est essentiellement fĂ©minin, ce soir, mais la connerie inclusive jamais ne nous a effleurĂ© – s’il avait fallu lĂ©cher le fion du consensus, sans doute eĂ»t-on trouvĂ© des projets plus excitants ou rentables) d’authentique. Pas l’authentique quĂ©bĂ©cois pour Hexagonal, avec accent surdimensionnĂ©, chemise Ă  carreaux et cabane Ă  sucre Ă  tous les Ă©tages. Non, l’authentique de CĂ©line Faucher est celui de l’interprète, qui n’est pas un inter-prĂªtre : il n’est pas au centre de ce qu’il n’a pas Ă©crit. Juste un mĂ©diateur, un valorisateur, un passeur. Dès lors, mĂªme si le live suscite quelques dĂ©calages, la prestation du jour s’appuie sur quatre qualitĂ©s :

  • la construction d’un rĂ©cital pĂ©dagogique ;
  • des textes globalement sus sur le bout des rognures ;
  • un souci de sobriĂ©tĂ© qui sied Ă  l’interprĂ©tation de celle qui fut, surtout, une interprète ;
  • une sporadique spontanĂ©itĂ© fort bienvenue, dont tĂ©moigne la relation avec le pianiste.

Ceux qui aiment les personnalitĂ©s plus affirmĂ©es ou plus radicales pourront rester sur leur faim tant l’artiste tient Ă  demeurer en retrait devant celle qu’elle incarne – on est loin d’une Mama BĂ©a chantant FerrĂ© ou Ă  une Sauvage bouffant ses covers avec une fringale communicative, pour suggĂ©rer un extrĂªme opposĂ©. Ceux qui s’attendent Ă  un rĂ©cital « Pauline Julien » tout court seront dĂ©sarçonnĂ©s devant le principe respectueux et rigide de la chronologie… et la dĂ©coupe en deux mi-temps du rĂ©pertoire, dont une partie ne sera pas valorisĂ©e. Cela ne les empĂªchera pas d’admettre les qualitĂ©s du projet prĂ©sentĂ© ce soir-lĂ , parussent-elles trop sages et sĂ©rieuses tant pour rendre raison des emballements de Pauline Julien que pour enthousiasmer ces fines bouches. Remettre le rĂ©pertoire de Pauline Julien aux esgourdes du jouer, et faire de son spectacle une question de goĂ»t, comme l’interprĂ©tation viscĂ©rale et totalement personnalisĂ©e de Pauline Julien par Jann Halexander proposait un autre versant : sera-ce pas un excellent prĂ©texte pour aller Ă©couter, en direct, des artistes capables de nous dĂ©sarçonner et de dĂ©centrer notre attente tout en propulsant, Ă  leur main, un rĂ©pertoire aussi passionnant que chargĂ© d’histoires ?

No flash, please

Le fameux regard-qui-ne-regarde-presque-pas-car-je-dors. Photo : Bertrand Ferrier.

Komm, Bach!, épisode 60

Repasse tes Bach d’abord. Photo : Bertrand Ferrier.

C’est le danger de l’attente enthousiaste : plus facile Ă  dĂ©cevoir qu’Ă  satisfaire voire Ă  surpasser. Danger contrecarrĂ© par Jean-Luc Thellin lors de son concert pour le festival Komm, Bach!.
Le concert s’ouvrait sur l’impressionnant diptyque BWV 542, oĂ¹ l’imagination libre de la fantaisie dialogue avec la rigueur inventive de la fugue. L’interprète privilĂ©gie la simplicitĂ© de la registration afin de mieux valoriser la caractĂ©risation de chaque moment. Pas un instant d’ennui dans ce monument du rĂ©pertoire… et, premier des trois cadeaux pour le programmateur qui rĂ©clame des tubes, le « Choral du veilleur » (BWV 646) enchaĂ®nait – magistral, tonique et limpide.
La fugue en sol mineur (BWV 578) permettait, avec vigueur, de changer le rythme du concert tout en charmant l’oreille grĂ¢ce Ă  une technique impressionnante, que l’artiste saupoudre de cette musicalitĂ© qui rĂ©side dans les petits rien qui font des petits tout, tels que sont articulations, pulsations, respirations.

Les mains du bas en répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

Les trois chorals haranguant JĂ©sus de venir sauver les paĂ¯ens (BWV 659 Ă  661) pouvaient surprendre, puisqu’ils correspondent Ă  des prières protestantes propres au temps de l’Avent. Trois arguments pour calmer cet hypothĂ©tique Ă©tonnement non sans fondement.

  • D’abord, il serait sot de rĂ©duire l’espĂ©rance de la venue du Christ Ă  la seule pĂ©riode de NoĂ«l – la fĂªte des Rameaux qui approche ne nous rappelle-t-elle pas cette pulsion humaine avide de Messie ?
  • Ensuite, la musique parle au cÅ“ur de l’homme par-delĂ  la spĂ©cificitĂ© de la circonstance – ne peut-on apprĂ©cier une chanson d’amour ou un requiem en dehors de leurs vocation fonctionnelle, partant conjoncturelle ?
  • Enfin, l’articulation des trois chorals proposĂ©e par l’enchaĂ®nement des opus sidère tant par l’inventivitĂ© du compositeur que par l’aisance de l’interprète, y compris dans le redoutable trio et dans la fracassante troisième version.

Jamais démonstratif, Jean-Luc Thellin déroule la partition avec, à la fois, la sérénité de celui qui en connaît parfaitement les secrets, et la ferveur de celui qui, débarrassé des soucis techniques, en goûte tant les richesses que le privilège de les pouvoir partager aux hommes de bonne volonté.

L’artiste en mode autocombinateur. Photo : Rozenn Douerin.

Les prĂ©lude et fugue en rĂ© mineur BWV 539 valent itou leur pesant d’Ă©loges :

  • les doigts bien sĂ»r, et c’est dĂ©jĂ  pas rien ;
  • le sens des couleurs ;
  • la maĂ®trise du discours, dans ses ruptures, ses variations et sa continuitĂ© ; et
  • l’art de ne mĂ©priser ni le brio ni la profondeur.

C’est confondant de justesse, bien que l’orgue local ne prĂ©sente pas toutes les caractĂ©ristiques indispensables Ă  l’interprĂ©tation de certaines pièces – la « Fugue en sol mineur » manquait Ă©videmment d’anches au pĂ©dalier ou d’un troisième clavier, mais le musicien a tenu Ă  remplir son contrat en faisant plus que son possible pour qu’elle sonne.
L’affaire se termine presque sur la BWV 565, THE fameuse « Toccata et fugue », deuxième cadeau au programmateur tubophile. Quelle version ! Le texte sonne presque improvisĂ© dans la toccata, ce qui est extrĂªmement bon signe, sans perdre pour autant en vivacitĂ©, en sursauts, en tĂ©nacitĂ©, en bondissements, en vertiges ; la fugue finit d’Ă©blouir, sereine et Ă©nergique, riche et joyeuse quoique mineure, solide et ouverte sur la coda qui lui sert de caisse de rĂ©sonance. Une exĂ©cution nette, sans bavure, dont le succès a obligĂ© le virtuose Ă  offrir deux bis très contrastĂ©s… incluant une toccata dorienne, troisième cadeau pour le fanatique de tubes, apte Ă  dĂ©coiffer les bÅ“ufs les plus cornus de la Terre.

Rare photo de Jean-Luc Thellin quasi souriant, claquée par Rozenn Douerin.

Faut l’dire, sinon c’est pas juste : Jean-Luc Thellin est l’un des mes importants donneurs d’ordres. Ceux qui en concluent que cette chronique est un exemple de lèche-culisme Ă©hontĂ© peuvent, d’abord, s’aller faire lanlère – j’comprends mais j’m’en tampiponne ; ensuite, solliciter le tĂ©moignage des spectateurs venus ce samedi soir applaudir une pĂ©pite de l’orgue belgo-français ; enfin, acquĂ©rir le premier volume de l’intĂ©grale de l’Å“uvre d’orgue de Johann Sebastian Bach par l’artiste : un jalon majeur dans la discographie rĂ©cente, mĂªme si le mec est, hic et nunc, moins mĂ©diatisĂ© que ses concurrents. Une Ă©coute plus tard, je suppute que les doutes seront levĂ©s.
Pour ceux qui nous font crĂ©dit de l’honnĂªtetĂ© voire du bien-fondĂ© de notre enthousiasme, rendez-vous le samedi 18 mai pour le concert orgue et hautbois qui se profile. Quasi on vous attend dĂ©jĂ .