
Quel joli projet de concert, dans le quartier chic et froid de l’avenue d’IĂ©na oĂ¹ se love l’Institut Goethe de Paris ! Robert et Bettina Aust, frère et sÅ“ur de leur Ă©tat, proposent d’accompagner leur disque Genuin par un « dernier rĂ©cital » français, après une tournĂ©e promotionnelle en Allemagne.
Le show, dĂ©licatement introduit en français par la miss, s’ouvre sur le rare duo pour clarinette et piano op. 15 de Norbert BurgmĂ¼ller (1810-1836). Ces trois mouvements lent-vite-lent enchaĂ®nĂ©s sont mimis tout pleins et mettent en appĂ©tit pour la grande Sonate op. 120 n.1 de Johannes Brahms, un must du rĂ©pertoire pour clarinette, un peu comme le concerto de Carl Maria von Weber. HĂ©las, Ă©ventuellement soucieux de ne pas dĂ©plaire Ă un public Ă¢gĂ© peut-Ăªtre venu pour boire du « Bordeaux supĂ©rieur » gentiment offert par les organisateurs après la prestation (mais très dĂ©cevant : si besoin d’un contact pour un vin beaucoup plus convaincant Ă tarif prĂ©fĂ©rentiel, me contacter, faut bien vivre), les concertistes se contentent des deux derniers mouvements. Un peu comme si on commençait une chanson par le troisième couplet : le concept est sympa, mais c’est dommage, non ?
Digitalement, Robert Aust assure avec sĂ©rĂ©nitĂ©. Jamais en difficultĂ©, malgrĂ© un piano BĂ¼nther ouvert au maximum dont on n’est pas sĂ»r qu’il soit le plus soyeux que l’on ait jamais entendu, il joue sa partition avec rigueur et prĂ©cision. De son cĂ´tĂ©, car les deux sont si habituĂ©s l’un Ă l’autre qu’ils ne surjouent pas la complicitĂ©, Bettina propulse un son chaleureux avec des attaques soyeuses, ni « trop » nettes, ni baveuses. Le rĂ©sultat est plutĂ´t prĂ©cieux, mĂªme si on aimerait voir au moins la soliste se lĂ¢cher davantage.
Après que s’est carapatĂ©e sans vergogne la tourneuse de page (quel spectateur invitĂ© ne s’est pas offusquĂ© devant l’inconduite du petit personnel ? bon, quand mĂªme !), la cĂ©lèbre Fantaisie pour clarinette seule en sera peut-Ăªtre l’occasion. SignĂ©e par Jörg Widmann alors qu’il n’avait que vingt ans, elle tient particulièrement Ă la clarinettiste car elle a travaillĂ© sur cette partition avec le « komponist » – ce qu’elle n’a pu faire, admet-elle avec un humour pince-sans-rire, ni avec Brahms, ni avec Schumann. Franchise et clartĂ© caractĂ©risent son jeu, qui brille particulièrement dans les moments rapides et acrobatiques seyant Ă cette pièce plus propice Ă tester les capacitĂ©s de l’instrumentiste qu’Ă mettre en valeur la richesse mĂ©lodique et chaleureuse de l’instrument. Pourtant, c’est sur une pièce de concours, le Tema con variazoni de Jean Françaix, que s’achève le rĂ©cital. Comme l’exige le genre, Robert Aust n’est alors qu’un valeureux faire-valoir, et la soliste se montre assurĂ©e techniquement, au point de tenter de faire de la musique avec cette composition fonctionnelle, ainsi qu’elle l’explique en prĂ©ambule, quoique fort agrĂ©able.
En rĂ©alitĂ©, il faut attendre, en bis, le deuxième mouvement de la Sonate de Leonard Bernstein pour entendre un vrai dialogue entre piano et clarinette. Avec un regret consĂ©quent : que les deux zozos ne nous aient pas proposĂ© une Å“uvre aussi riche en intĂ©grale (10’, c’était jouable) au cours du concert, assortie de l’intĂ©grale du Brahms. Si cette insolente stratĂ©gie marketing visait Ă susciter l’achat de leur disque, c’est finaud… mais, Ă l’heure des Paul Meyer et du gang Moragues, pour citer parmi d’autres quelques grrrrands dans la place, c’est un peu frustrant car on ne fait, parfois, que deviner le charme de Bettina Aust derrière son savoir-jouer remarquable.
En rĂ©sumĂ©, un très agrĂ©able moment entre gens de bonne compagnie, prĂ©sentĂ© avec chaleur et francophonie, c’est rare ! Pour jauger de l’intĂ©grale capacitĂ© des artistes du soir, sans doute faudra-t-il recourir Ă l’écoute de leur enregistrement, disponible ici, oĂ¹ sont gravĂ©es l’intĂ©grale du Brahms et du Bernstein… ou attendre un prochain rĂ©cital parisien. Malin.















