Admettons-le : pour les ancĂªtres type vieux trentenaires, au moins, François Rollin risque fort dâ€™Ăªtre assimilĂ© Ă ce renĂ©gat de roi Loth d’Orcanie, cousu sur mesure pour lui par Alexandre Astier. C’est pourtant le costume du Professeur qu’il remet depuis le 10 novembre au thĂ©Ă¢tre L’EuropĂ©en, idĂ©al pour ce one-man-show intelligent, drĂ´le et, par petites touches bienvenues, poĂ©tique.
Le principe : dans un dĂ©cor binaire (bureau et coffre Ă jardin, second coffre Ă cour) appuyĂ© par des prompteurs papier, rappelant un dispositif chĂ©ri par DieudonnĂ© dit le Honni, le professeur Rollin reçoit du courrier de lecteurs aussi passionnĂ©s de connaĂ®tre sa bibliographie prĂ©fĂ©rĂ©e quant Ă la chasse Ă la perdrix (ou aux perdrix), que de savoir s’ils sont homophobes ou moches, voire s’ils ne pourraient pas gratter un conseil culinaire. Le professeur leur rĂ©pond – ou pas, c’est selon – avec mauvaise foi, condescendance, agressivitĂ©, affection, ironie, sympathie, blablabla. De cette variĂ©tĂ© de postures sourdent de nombreuses sources de rire : logique absurde, presque british type Monty Python ; reprise de la gestuelle, de l’idiolecte et des manières des universitaires componctueux, façon Luc Charreyron ; dĂ©calage entre le contenu de l’épistole et la rĂ©action du prof – de l’enthousiasme amoureux Ă l’ire dieudonnique ; oscillation entre running gags et effets de rupture ; confrontation de facĂ©ties pour tous et du plaisir pour connaisseurs d’intertextes issus de prĂ©cĂ©dents spectacles ; changement de rythmes montrant l’efficacitĂ© comique du dĂ©règlement bergsonien – que le professeur mentionne avec difficultĂ© – liĂ© Ă cette fameuse mĂ©canique plaquĂ©e sur du vivant ; blagounettes spĂ©culaires (« et lĂ , je me donne une contenance en demandant : alors, qu’est-ce qu’il y a, maintenant ? ») pour assumer crĂ¢nement la nĂ©cessitĂ©, en ce soir de première, de s’habituer Ă son nouveau spectacle – ce qui ring a bell, bien entendu, avec son personnage auto-ironique du roi Loth ; etc.

Tout cela serait dĂ©jĂ bel et bon et mĂªme excellent, que l’on connaisse ou non Kaamelott, mais les auteurs (Rollin himself, JoĂ«l Dragutin et Vincent Dedienne) en rajoutent une couche en proposant, en guise d’interludes irrĂ©guliers, des mĂ©ditations sur « pourquoi souhaiter rire » et « comment retrouver le goĂ»t de rire ». Ce ne sont pas les passages les plus drĂ´les du spectacle, peut-Ăªtre pas non plus les plus convaincants, et cependant cette idĂ©e de casser la logique du « catalogue de questions » est essentielle pour transformer ce qui, sans cela, ne serait qu’une succession savoureuse de chroniques nĂ©o-vialattiques et non un spectacle plein. La synthèse de ces intermèdes, qui conclut le spectacle en l’ouvrant Ă autre chose que de la drĂ´lerie, est une trouvaille de très bon aloi, qui relie avec brio l’humour aux autres formes d’expression dramatique dont il est trop souvent sĂ©parĂ©. (Oui, je pourrais Ăªtre plus explicite, mais ce serait spoiler les futurs spectateurs, alors non. En plus, je fais c’que j’veux, ici, non mais.)

En conclusion, mĂªme si l’on regrette un prix cossu (30 € la place, quand mĂªme) voire une sonorisation Ă©trange (de façon incomprĂ©hensible, seul le bureau est sonorisĂ©), et mĂªme si l’on se dĂ©ceptionne, et pourquoi pas, que, pour la première au moins, la vedette renonce Ă venir rencontrer ses fans (ce n’est pas une obligation, il est vrai), Le Professeur se re-rebiffe est un spectacle drĂ´le-mais-pas-que, rĂ©jouissant, intelligent et superbement incarnĂ© par un acteur portant des bretelles, ce qui n’est pas nĂ©gligeable. En dĂ©pit de l’Ă©tonnement de voir cette salle provisoirement Ă moitiĂ© vide – aucun doute que le buzz va remplir rapidement ce « petit » thĂ©Ă¢tre –, j’aurais mĂªme pu me contenter de citer le pitch : « Le mot pitch est le verlan de tchip, la moitiĂ© par consĂ©quent du chant du pouillot vĂ©loce (famille des Phylloscopidae), oiseau connu pour faire tchip tchip. Tout est dit. Ajouter quoi que ce soit serait une perte de temps. » Dont tact, petit canaillou.













