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Le blog de Bertrand Ferrier, page 315

Ça te Barbara

Ta gueule– Bertrand Ferrier, ce mardi, vous vous apprĂªtez Ă  rĂ©pĂ©ter avec Fabrice Dupray, baryton au ChÅ“ur de la Philharmonie de Paris, trompettissse virtuose, prof en conservartoire et…
– Certes, ça va, calme-toi…
– Comment vous prĂ©parez-vous ?
– Je suis essstrĂªmement serein, et je n’hĂ©siterai pas Ă  lui rĂ©clamer qui un cafĂ©, qui un rhum prĂ©parĂ©. Y a un minimum de respect, quand mĂªme. Quant Ă  le « on entend bien qu’vous avez pas enregistrĂ© Ă  Abbey Road » et mes interludes en 4/4 contre le 3/4 pour Ă©voquer le temps perdu, si c’est la question…
– Non. En dehors de votre taux d’alcoolĂ©mie, avez-vous vraiment travaillĂ©, notamment les passages qui, lors de la dernière rĂ©pĂ©tition…
– En mĂªme temps, j’ai pas vraiment Ă  te rĂ©pondre, gros con.
– Je n’ai pas d’autre question, Votre Honneur.

Sad sadisme

Univers impitoyrableVoilĂ  Ă  quoi ressemble le sadisme entre organissses : laisser, près de la console, en Ă©vidence un paquet de Bim’s (comme des Pim’s mais en faux). Vide. Le jour oĂ¹ tu invites un remplaçant Ă  sĂ©vir. Comme par zazar. Entre eux, les organissses sont vraiment sans pitiĂ©.

Pom pom pom

Vincent GenvrinPremière rĂ©pĂ©tition Ă  Saint-AndrĂ©-de-l’Europe pour Vincent Genvrin. Ça envoie.Affiche concerts Vincent Genvrin et Pascal Marsault

Hard day’s life (and I’ve been working, etc.)

DĂ©gust foie gras 2016– Bertrand Ferrier, rude journĂ©e que ce samedi…
– Tout Ă  fait. Dans le dĂ©sordre : messe, rĂ©pĂ©tition du concert du 25 novembre avec Vincent Genvrin Ă  l’orgue et Samuel Campet comme co-assistant… et dĂ©gustation de diffĂ©rents vins pour accompagner diffĂ©rents foies gras chez Thierry Welschinger.
– Nous n’avons pas d’autre question, Votre Honneur.

L’art de la f(r)acture

20161118_1409521Après avoir restaurĂ© l’orgue sans consulter le titulaire (ni son adjoint), après l’avoir inaugurĂ© sans en avertir le titulaire (ni son adjoint), après avoir inaugurĂ© une plaque en hommage Ă  Yannick Daguerre sans en avertir personne, après avoir fait physiquement pression sur l’adjoint du titulaire pour qu’il arrĂªte de se mĂªler de ce qui le regarde, la mairie diligente des travaux complĂ©mentaires… sans qu’elle ou le facteur, pensez, daigne en avertir le titulaire (ou son adjoint). On ne peut que saluer la classe et le savoir-vivre de gens qui, tout en rĂ©clamant des gros sous Ă  leurs concitoyens pour cette opĂ©ration bĂ¢clĂ©e et boiteuse, commandent des travaux sans un Ă©tat des lieux prĂ©cis, sans appel d’offres, sans devis dĂ©taillĂ©, sans rĂ©ception par les affectataires par dĂ©lĂ©gation, sans concertation ni considĂ©ration pour ceux qui ont le plus grand usage de l’instrument. Comme dirait Isolde en fin de monologue : attristant.
(Je voulais mettre « affligeant », mais la blagounette ne fonctionnait plus, alors bon.)

Naoum Khoury bientĂ´t en concert

Affiche concert-03 - 18-novembre-v3… et Ă  une heure du matin, on dĂ©bat de ma traduction de l’arabe littĂ©raire de « Ya mali Sham ». Je prĂ©fère Ăªtre clair : ces maronites prĂ©parent un concert de ouf, mais c’est logique – ce sont des malades mentaux. Quand je pense que je suis mĂªme pas oriental, c’est bizarre que je me laisse embringuĂ© dans cette secte, mais bon.

Bettina Aust, Institut Goethe, 15 novembre 2016

Bettina et Robert Aust. Photo : Rozenn Douerin.
Bettina et Robert Aust. Photo : Rozenn Douerin.

Quel joli projet de concert, dans le quartier chic et froid de l’avenue d’IĂ©na oĂ¹ se love l’Institut Goethe de Paris ! Robert et Bettina Aust, frère et sÅ“ur de leur Ă©tat, proposent d’accompagner leur disque Genuin par un « dernier rĂ©cital » français, après une tournĂ©e promotionnelle en Allemagne.
Le show, dĂ©licatement introduit en français par la miss, s’ouvre sur le rare duo pour clarinette et piano op. 15 de Norbert BurgmĂ¼ller (1810-1836). Ces trois mouvements lent-vite-lent enchaĂ®nĂ©s sont mimis tout pleins et mettent en appĂ©tit pour la grande Sonate op. 120 n.1 de Johannes Brahms, un must du rĂ©pertoire pour clarinette, un peu comme le concerto de Carl Maria von Weber. HĂ©las, Ă©ventuellement soucieux de ne pas dĂ©plaire Ă  un public Ă¢gĂ© peut-Ăªtre venu pour boire du « Bordeaux supĂ©rieur » gentiment offert par les organisateurs après la prestation (mais très dĂ©cevant : si besoin d’un contact pour un vin beaucoup plus convaincant Ă  tarif prĂ©fĂ©rentiel, me contacter, faut bien vivre), les concertistes se contentent des deux derniers mouvements. Un peu comme si on commençait une chanson par le troisième couplet : le concept est sympa, mais c’est dommage, non ?
Digitalement, Robert Aust assure avec sĂ©rĂ©nitĂ©. Jamais en difficultĂ©, malgrĂ© un piano BĂ¼nther ouvert au maximum dont on n’est pas sĂ»r qu’il soit le plus soyeux que l’on ait jamais entendu, il joue sa partition avec rigueur et prĂ©cision. De son cĂ´tĂ©, car les deux sont si habituĂ©s l’un Ă  l’autre qu’ils ne surjouent pas la complicitĂ©, Bettina propulse un son chaleureux avec des attaques soyeuses, ni « trop » nettes, ni baveuses. Le rĂ©sultat est plutĂ´t prĂ©cieux, mĂªme si on aimerait voir au moins la soliste se lĂ¢cher davantage.
Après que s’est carapatĂ©e sans vergogne la tourneuse de page (quel spectateur invitĂ© ne s’est pas offusquĂ© devant l’inconduite du petit personnel ? bon, quand mĂªme !), la cĂ©lèbre Fantaisie pour clarinette seule en sera peut-Ăªtre l’occasion. SignĂ©e par Jörg Widmann alors qu’il n’avait que vingt ans, elle tient particulièrement Ă  la clarinettiste car elle a travaillĂ© sur cette partition avec le « komponist » – ce qu’elle n’a pu faire, admet-elle avec un humour pince-sans-rire, ni avec Brahms, ni avec Schumann. Franchise et clartĂ© caractĂ©risent son jeu, qui brille particulièrement dans les moments rapides et acrobatiques seyant Ă  cette pièce plus propice Ă  tester les capacitĂ©s de l’instrumentiste qu’Ă  mettre en valeur la richesse mĂ©lodique et chaleureuse de l’instrument. Pourtant, c’est sur une pièce de concours, le Tema con variazoni de Jean Françaix, que s’achève le rĂ©cital. Comme l’exige le genre, Robert Aust n’est alors qu’un valeureux faire-valoir, et la soliste se montre assurĂ©e techniquement, au point de tenter de faire de la musique avec cette composition fonctionnelle, ainsi qu’elle l’explique en prĂ©ambule, quoique fort agrĂ©able.Paris en novembreEn rĂ©alitĂ©, il faut attendre, en bis, le deuxième mouvement de la Sonate de Leonard Bernstein pour entendre un vrai dialogue entre piano et clarinette. Avec un regret consĂ©quent : que les deux zozos ne nous aient pas proposĂ© une Å“uvre aussi riche en intĂ©grale (10’, c’était jouable) au cours du concert, assortie de l’intĂ©grale du Brahms. Si cette insolente stratĂ©gie marketing visait Ă  susciter l’achat de leur disque, c’est finaud… mais, Ă  l’heure des Paul Meyer et du gang Moragues, pour citer parmi d’autres quelques grrrrands dans la place, c’est un peu frustrant car on ne fait, parfois, que deviner le charme de Bettina Aust derrière son savoir-jouer remarquable.
En rĂ©sumĂ©, un très agrĂ©able moment entre gens de bonne compagnie, prĂ©sentĂ© avec chaleur et francophonie, c’est rare ! Pour jauger de l’intĂ©grale capacitĂ© des artistes du soir, sans doute faudra-t-il recourir Ă  l’écoute de leur enregistrement, disponible ici, oĂ¹ sont gravĂ©es l’intĂ©grale du Brahms et du Bernstein… ou attendre un prochain rĂ©cital parisien. Malin.

La nature est mon amie (presque)

La fĂ©e Sana 3Mon voisin n’est pas milliardaire, enfin, je crois pas. En revanche, il Ă©crit des livres pour les jeunes et leurs parents conscious. Convaincu que notre environnement polluĂ© est une donnĂ©e contre laquelle nul ne peut lutter mais chacun peut s’adapter, il propose un manuel de survie pour parents soucieux de participer Ă  la prĂ©servation de la santĂ© de leurs enfants. Son engagement, volontiers bio et sain, se dĂ©cline en quatre points :

  • profession (après un mastère environnement Ă  l’École des mines, ce jeune ingĂ©nieur et dĂ©jĂ  double papa multiculturel est devenu chef de projet Ă  l’INERIS, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques) ;
  • exemplaritĂ© (il s’attache Ă  vivre selon les principes qu’il dĂ©veloppe) ;
  • cyberdiffusion (il tient un blog associant articles et podcasts centrĂ© sur le lien entre la santĂ© des enfants et son lien avec les environnements) ; et
  • Ă©dition.

Dans ce cadre, il a lancĂ© une sĂ©rie avec l’illustrateur iamo’i’s, intitulĂ©e « Les bons conseils de la fĂ©e Sana ». Deux perspectives : lutter contre la pollution et s’ouvrir aux bĂ©nĂ©fices de la nature. Un avertissement : « Je ne suis pas mĂ©decin. En revanche, je veux 1) compiler des Ă©tudes, 2) partager des retours d’expĂ©rience, et 3) tĂ©moigner de ce que je vis avec ma famille. » Rien, donc, de sectaire ou d’illuminĂ©, mais un engagement sincère et permanent que le nommĂ© Guillaume tĂ¢che de pĂ©dagogiser Ă  destination de tous les parents curieux et de leur progĂ©niture.
Aussi ses albums s’articulent-ils autour de deux axes, après une mini-prĂ©face d’une autoritĂ© (Denis Zmirou-Navier, caĂ¯d des risques environnementaux en France ouvre le troisième tome) :

  • d’abord, une histoire simple, qui met en scène des problĂ©matiques très concrètes (quels poissons choisir ? faut-il ouvrir les fenĂªtres mĂªme quand on habite dans une ville très polluĂ©e ? est-il bon d’avoir toujours les mains propres ? etc.), avec l’intervention de la « fĂ©e Sana » qui, n’en dĂ©plaise aux mauvais esprits, est lĂ  uniquement pour Ă©largir le dĂ©bat en apportant des donnĂ©es savantes mais intelligibles par l’enfant ;
  • ensuite des annexes, joliment intitulĂ©es « Antisèche pour parents », incluant bibliographie, Ă©lĂ©ments de langage explicitant, bibliographie et renseignements divers. Un petit espace interactif permettant Ă  l’enfant de dessiner utile fait le lien entre les deux pĂ´les.

L’initiative est Ă©volutive : l’auteur et l’illustrateur ont fait le choix, après les deux premiers tomes, de mener une consultation ambitieuse associant lecteurs primaires (parents), lecteurs secondaires (enfants), prescripteurs (libraires, mĂ©diathĂ©caires) et techniciens (Ă©diteurs). L’objectif n’est pas de repositionner le produit, mais de l’optimiser afin qu’il porte encore mieux le message nĂ©o-hygiĂ©niste ici appelĂ© « bonnes pratiques »… lesquelles sont parfois très Ă©loignĂ©es de ce que l’on pourrait imaginer Ăªtre de bonnes pratiques.
Le projet reste ouvert Ă  beaucoup d’Ă©volutions (publication sur un papier recyclĂ© dès que le succès le permettra ? relecture professionnelle pour Ă©viter que les « tĂ¢ches » de boue ne fassent sursauter le psychorigide traquant la fote d’orthographe ? composition justifiĂ©e plutĂ´t qu’en drapeau afin de fluidifier la lecture ? etc.). En l’Ă©tat, on ne peut que saluer une initiative singulière, personnelle, engagĂ©e et joyeuse, une sorte de « Il Ă©tait une fois la vie » conjuguĂ©e au futur sain. Chaque tome rĂ©serve son lot de rĂ©vĂ©lations au curieux. Le troisième, sans doute le plus abouti et le plus provocateur (pourquoi c’est bien de se salir dans la nature ? pourquoi – sinon les insectes – du moins certains microbes sont-ils nos amis ?), vient de sortir. DĂ©couvrez-le avant que le quatrième, annoncĂ© sur le thème de l’alimentation, ne vous happe !

Soum-soum, Les chanteurs Ă  guitare 5, 11 novembre 2016

Deux spectateurs historiques et hystériques, lors d'une chanson de Barthélémy Saurel. Photo : Rozenn Douerin.
Deux spectateurs historiques et hystĂ©riques, lors d’une chanson de BarthĂ©lĂ©my Saurel. Photo : Rozenn Douerin.

C’est chouette, le vendredi, quand on peut aller se gratter le ventre au Soum-Soum (Paris 2), Ă  deux pas et demi de l’OpĂ©ra-Comique. Parfois, on est hyper Ă  fond dans l’actualitĂ©, comme quand je murmure « American Movie »…

Parfois, on est dans l’autobiographie façon Malpolis, comme quand LoĂ¯c Pujol avoue : « J’ai assassinĂ© ma femme ».

Ă€ quoi je n’ai pu que rĂ©torquer : « Ça m’aurait plu ».

AussitĂ´t, choquĂ©, BarthĂ©lĂ©my Saurel en profite pour glisser une chanson qu’il menace de faire durer « 2 h 30 ».

Ni une, ni deux, LoĂ¯c Pujol se Karpatt et prĂ©fère lutiner la partie maraĂ®chère de « MĂ©lisande ».

Sans vouloir le moins du monde Ăªtre mĂ©prisant, j’ai essspliquĂ© que, des histoires de fesses de cet acabit, sans « e », on ferait aussi bien de « S’asseoir dessus ».

BarthĂ©lĂ©my Saurel a bottĂ© en touche, prĂ©fĂ©rant reprendre le contrĂ´le du micro par peur des dĂ©rapages probables « Au train oĂ¹ vont les choses ».

LoĂ¯c Pujol au Soum-Soum, le 11 novembre 2016. Photo : Rozenn Douerin.
LoĂ¯c Pujol au Soum-Soum, le 11 novembre 2016. Photo : Rozenn Douerin.

Se sentant inquiĂ©tĂ©, LoĂ¯c Pujol a prĂ©fĂ©rĂ© se cacher derrière les Fatals Picards pour continuer son autobiographie gĂ©nĂ©alogique en rĂ©vĂ©lant : « Mon père Ă©tait tellement de gauche… »

Ambiance creuse, longueurs et vide : c’Ă©tait le moment de sortir un tube. J’ai admis que nous Ă©tions en train de vivre une « JournĂ©e de merde ».

Prenant la mouche, qui ne lui avait pourtant rien demandĂ©, BarthĂ©lĂ©my Saurel a renchĂ©ri : c’est pas la journĂ©e, qui est de merde, mais le siècle avec toutes ses p’tites religions donc ses « Sectes dĂ©modĂ©es ».

ChagrinĂ© par tant de haine, LoĂ¯c Pujol a cherchĂ© un cĂ¢lin en Tryo. Soucieux de s’opposer Ă  ma demande rĂ©currente (« sers-moi »), il a demandĂ© Ă  la cantonade, qui n’est pas une fouteboleuse : « Serre-moi ».

J’ai compris que c’Ă©tait l’heure de fermer le ban ; mais, comme je n’avais pas de ban sous la main (ni dessus, d’ailleurs), j’ai chantĂ© « À guichets fermĂ©s ».

L’occasion pour BarthĂ©lĂ©my de chercher un peu de ch(i)aleur en nous parlant de sa « Dernière volonté » dans un guichet fermĂ© en forme de four Ă  pizza.

Avis aux gourmands de chanson intelligente et pĂ©tillante, dans l’ambiance sympa du Soum-Soum : c’est tous les vendredis, de 18 h 30 Ă  19 h 45. Vous chantez et vous grattez le ventre ? Venez avec votre guitare, profitez de la super sono et des lumières idĂ©ales, chantez votre tune sans temps mort, Ă©coutez les collègues, et gagnez une conso gratuite ! Vous Ăªtes curieux de rĂ©entendre l’excellent BarthĂ©lĂ©my Saurel, LoĂ¯c Pujol, le remarquable covĂ©riste (comme il fait des reprises, j’avais mis « repreneur », mais heureusement il fait des covers, c’est hyperplus mystĂ©rieux)… et ceux qui voudront se risquer sur scène ? Il vous en coĂ»tera cinq euros… conso comprise. Entre scène semi-ouverte et spectacle qualitatif, un beau moment de chansons Ă  rĂ©ussir ou, au moins, Ă  ne pas rater.

François Rollin, L’EuropĂ©en, 10 novembre 2016

Demi-dĂ©cor François RollinAdmettons-le : pour les ancĂªtres type vieux trentenaires, au moins, François Rollin risque fort dâ€™Ăªtre assimilĂ© Ă  ce renĂ©gat de roi Loth d’Orcanie, cousu sur mesure pour lui par Alexandre Astier. C’est pourtant le costume du Professeur qu’il remet depuis le 10 novembre au thĂ©Ă¢tre L’EuropĂ©en, idĂ©al pour ce one-man-show intelligent, drĂ´le et, par petites touches bienvenues, poĂ©tique.
Le principe : dans un dĂ©cor binaire (bureau et coffre Ă  jardin, second coffre Ă  cour) appuyĂ© par des prompteurs papier, rappelant un dispositif chĂ©ri par DieudonnĂ© dit le Honni, le professeur Rollin reçoit du courrier de lecteurs aussi passionnĂ©s de connaĂ®tre sa bibliographie prĂ©fĂ©rĂ©e quant Ă  la chasse Ă  la perdrix (ou aux perdrix), que de savoir s’ils sont homophobes ou moches, voire s’ils ne pourraient pas gratter un conseil culinaire. Le professeur leur rĂ©pond – ou pas, c’est selon – avec mauvaise foi, condescendance, agressivitĂ©, affection, ironie, sympathie, blablabla. De cette variĂ©tĂ© de postures sourdent de nombreuses sources de rire : logique absurde, presque british type Monty Python ; reprise de la gestuelle, de l’idiolecte et des manières des universitaires componctueux, façon Luc Charreyron ; dĂ©calage entre le contenu de l’épistole et la rĂ©action du prof – de l’enthousiasme amoureux Ă  l’ire dieudonnique ; oscillation entre running gags et effets de rupture ; confrontation de facĂ©ties pour tous et du plaisir pour connaisseurs d’intertextes issus de prĂ©cĂ©dents spectacles ; changement de rythmes montrant l’efficacitĂ© comique du dĂ©règlement bergsonien – que le professeur mentionne avec difficultĂ© – liĂ© Ă  cette fameuse mĂ©canique plaquĂ©e sur du vivant ; blagounettes spĂ©culaires (« et lĂ , je me donne une contenance en demandant : alors, qu’est-ce qu’il y a, maintenant ? ») pour assumer crĂ¢nement la nĂ©cessitĂ©, en ce soir de première, de s’habituer Ă  son nouveau spectacle – ce qui ring a bell, bien entendu, avec son personnage auto-ironique du roi Loth ; etc.

François Rollin bulle. (Photo : Rozenn Douerin)
Le Professeur Rollin bulle. (Photo : Rozenn Douerin)

Tout cela serait dĂ©jĂ  bel et bon et mĂªme excellent, que l’on connaisse ou non Kaamelott, mais les auteurs (Rollin himself, JoĂ«l Dragutin et Vincent Dedienne) en rajoutent une couche en proposant, en guise d’interludes irrĂ©guliers, des mĂ©ditations sur « pourquoi souhaiter rire » et « comment retrouver le goĂ»t de rire ». Ce ne sont pas les passages les plus drĂ´les du spectacle, peut-Ăªtre pas non plus les plus convaincants, et cependant cette idĂ©e de casser la logique du « catalogue de questions » est essentielle pour transformer ce qui, sans cela, ne serait qu’une succession savoureuse de chroniques nĂ©o-vialattiques et non un spectacle plein. La synthèse de ces intermèdes, qui conclut le spectacle en l’ouvrant Ă  autre chose que de la drĂ´lerie, est une trouvaille de très bon aloi, qui relie avec brio l’humour aux autres formes d’expression dramatique dont il est trop souvent sĂ©parĂ©. (Oui, je pourrais Ăªtre plus explicite, mais ce serait spoiler les futurs spectateurs, alors non. En plus, je fais c’que j’veux, ici, non mais.)

François Rollin et ses bretelles. (Photo : Rozenn Douerin.)
François Rollin et ses bretelles. (Photo : Rozenn Douerin.)

En conclusion, mĂªme si l’on regrette un prix cossu (30 € la place, quand mĂªme) voire une sonorisation Ă©trange (de façon incomprĂ©hensible, seul le bureau est sonorisĂ©), et mĂªme si l’on se dĂ©ceptionne, et pourquoi pas, que, pour la première au moins, la vedette renonce Ă  venir rencontrer ses fans (ce n’est pas une obligation, il est vrai), Le Professeur se re-rebiffe est un spectacle drĂ´le-mais-pas-que, rĂ©jouissant, intelligent et superbement incarnĂ© par un acteur portant des bretelles, ce qui n’est pas nĂ©gligeable. En dĂ©pit de l’Ă©tonnement de voir cette salle provisoirement Ă  moitiĂ© vide – aucun doute que le buzz va remplir rapidement ce « petit » thĂ©Ă¢tre –, j’aurais mĂªme pu me contenter de citer le pitch : « Le mot pitch est le verlan de tchip, la moitiĂ© par consĂ©quent du chant du pouillot vĂ©loce (famille des Phylloscopidae), oiseau connu pour faire tchip tchip. Tout est dit. Ajouter quoi que ce soit serait une perte de temps. » Dont tact, petit canaillou.