Les habituĂ©s hyperattentifs cligneront d’un sourcil or something : n’a-t-on point parcouru ce qui suit il y a quelque trente-cinq jours, peu ou prou(t) ? Si fait. Ce post fait partie de ceux que l’autoproclamĂ© « membre de la famille » d’Elsa Gelly a supprimĂ© en hackant mon site – performance de cochon qu’il essaye de renouveler depuis que nous en avons repris le contrĂ´le. L’Ă©quipe de Jann Halexander ayant gardĂ© trace de cette notule, la revoici, pied-de-nez rĂ©solu contre la censure des lĂ¢ches… et hommage Ă un beau concert, aussi.
Jann Halexander chante encore… mais quel Ă¢ge ça lui fait-il ? NĂ© au Gabon, Ă Libreville, d’une mère pianissse et d’un père ministre plĂ©nipotentiaire (ha-ha, ça rigole plus), l’homme qui se prĂ©sente comme acteur-rĂ©alisateur-chanteur-Ă©crivain, fascinĂ© par Anne Sylvestre et Mylène Farmer, propulse une chanson plutĂ´t pop-poĂ©tique qu’Ă texte, si on entend par « chanson Ă texte » un fredonnement avec mobile, crime et chute. Le 8 octobre, il terminait sa sĂ©rie de spectacles sur le format « Affidavit », avec guitarissse et deux chorissses en sus du chanteur-pianissse. Nous y Ă©tions, et nous en fĂ»mes bien heureux.
Car le spectacle, sur une structure ABA (entrĂ©e par salle, spectacle sur scène, sortie par salle, c’est mieux que l’inverse), prĂ©sente une facette sĂ©duisante du gaillard. Ses chansons varient, bien fol est qui s’y fie. TantĂ´t soukouss, tantĂ´t rythmiquement brassessiques, tantĂ´t mĂ©lodiquement sylvestriennes, tantĂ´t marquĂ©es par cette structure classique de la descente d’un ton Ă quatre reprises (Am/G/F/E, par ex.), tantĂ´t intimiste, tantĂ´t latines, tantĂ´t introspectives, tantĂ´t gĂ©nĂ©ralistes, elles s’inspirent de thèmes connus souvent revivifiĂ©s – la famille, l’amour, le rapport aux origines – et puisent dans des genres divers, lorgnant Ă l’occasion vers la cruditĂ© voire la cruautĂ© vampirico-sexuelle de Marie-Paule Belle sans jamais s’en approcher, parce que c’est son choix. Jann Halexander a beau Ăªtre un pseudo, ce n’est ni un mème, ni un fake.
En effet, le zozo a un univers qui lui est propre et va très au-delĂ de ce que YouTube valorise de lui – LGBT, antiracisme mĂ©tissĂ©, post-leprestisme… Son auto-ironie lucide et ses inspirations multiples le conduisent Ă butiner dans des genres d’ordinaire cloisonnĂ©s, et cela participe pleinement de la sĂ©duction qui saisit le spectateur Ă la fin du spectacle. Certes, un critique pourra pointer, du haut de sa toute-puissante prĂ©tention, telle ou telle option artistique qui ne lui paraĂ®t pas optimale : la rythmique de la guitarissse – incroyablement peu charismatique, quoi qu’elle daigne enfin lĂ¢cher un sourire sur la fin – a beau s’appuyer sur seize ans (n’est-ce pas trop ?) de conservatoire Ă Fontainebleau, sa mollesse sans fantaisie paraĂ®t ne rien apporter Ă l’accompagnement, qui moins est quand elle double les accords du piano – la blague sur « elle peut jouer ça pendant 24 h » Ă©voquant la dĂ©jĂ ancienne facĂ©tie de Thomas Fersen, ravi de prolonger l’intro de son gratteur parce que, après tout, cet esclave est payĂ© pour ça ; l’apport original des choristes, au plaisir communicatif et valorisĂ©s individuellement avec pertinence, dĂ©cevra les gourmands qui penseraient « pourquoi pas plus d’harmonisations Ă plusieurs voix ? » ; l’ajout de textes indispensables au chanteur dès qu’il se pose au piano semble allĂ©ger çà et lĂ la qualitĂ© de l’interprĂ©tation, l’artissse feignant vaguement d’Ăªtre dans le par-cÅ“ur tout en coulant des regards vitaux vers son prompteur acoustique ; le savoir-jouer du chanteur fait regretter qu’il ne se lĂ¢che pas davantage lorsqu’il est au piano, notamment en solo instrumental, etc.

N’empĂªche. MĂªme pour ces zzzurluberlus qui en veulent toujours plus Ă leur goĂ»t – individus dont, admettons-le, il est possible que nous fassions partie de temps en temps –, reste la joie d’une soirĂ©e parfaitement adaptĂ©e Ă son Ă©crin, en dĂ©pit de chaises qui ont l’air de vouloir vous expulser après quelques minutes de cohabitation, et en dĂ©pit du laĂ¯us mignon mais dispensable de la patronne du lieu sur le thème « dĂ©fendez les artissses en venat voir du spectacle vivant… chez moi ». Reste le plaisir d’un rĂ©pertoire roboratif, puissant et intelligemment agencĂ© (la chanson sur le serpent norvĂ©gien est idĂ©alement placĂ©e pour faire son effet), chantĂ© avec cÅ“ur et avec ce rien de retenue pleine de dĂ©sillusion qui paraĂ®t constitutive du mec en dĂ©pit de son masque plein d’assurance. Et reste l’occasion de dĂ©couvrir sous son meilleur jour artistique une personnalitĂ© singulière jusque dans sa façon de chanter, avec un souffle long et une intonation parfois sciemment fausse – personnalitĂ© que l’on peut, en toute honnĂªtetĂ©, conseiller aux lecteurs du prĂ©sent post d’aller applaudir lors d’un prochain passage scĂ©nique.
MĂªme quand on va le voir alors que l’on est fatiguĂ©, usĂ©, Ă bout, Jann Halexander sait sĂ©duire son auditoire, fanatique de son travail ou nĂ©ophyte curieux. Ce soir-lĂ , pour moi, c’Ă©tait pas gagnĂ©. C’est gagnĂ©. Respect.












