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Károly Ferenczy, « Modernité hongroise », Petit palais, 12 juin 2026

Károly Ferenczy, « Les Archers » (1911, détail). Photo : Rozenn Douerin.

Au lendemain de la mort de David Hockney, nous voici devant l’une des deux expositions du Petit palais. La première s’intéresse au portrait et « fait dialoguer » des œuvres patrimoniales avec des machins ayant la particularité d’avoir été exécutés par des femmes bien en cour au ministère de la Culture et plus si affinités (ces machines qui font confluer les hashtags à subventions ou commandes publiques type Claire Tabouret). La seconde – qui nous intéresse, elle – plonge dans l’œuvre quasi inconnue ici d’un peintre hongrois et stimule diablement, en dépit d’un parcours plombé par la banalité sans vergogne de la présentation fomentée par Annick Lemoine, patronne d’Orsay et de l’Orangerie. La dame, forcément bien en cour elle aussi, a trouvé une tripartition d’une inventivité presque insultante pour le visiteur tant elle est nulle.

  • « Un artiste en devenir »,
  • « Un artiste accompli » et
  • « Dernières expérimentations »

scandent la visite et scandalisent le visiteur. J’espère que tout le budget n’est pas passé dans ce trait de génie, lors d’une résidence en brainstorming à l’île Maurice aux frais de la Francophonie ! Sinon, j’ai d’autres suggestions pour de prochaines expositions, parmi lesquelles

  • « Permanences, mutations et pérennité d’un œuvre »,
  • « Naissance d’un peintre, accomplissement d’un artiste, postérité d’un.e homme »,
  • « Un génie qui s’assume précocement, un talent qui se dépasse en détricotant les genres, un pinceau qui fait apothéose de sa déconstruction »

(me contacter pour plus de propositions).

 

Károly Ferenczy, « Matinée ensoleillée » (1905, détail). Photo : Rozenn Douerin.

 

L’exposition « Modernité hongroise », titre aussi affligeant que la structure du parcours, permet de découvrir un peintre star en son pays mais à peu près inconnu en France. Elle va poser d’intéressantes questions au fil de la visite – précisons que, ce vendredi presque soir, il y a très peu de monde dans le musée, ce qui est peu flatteur pour feu le peintre, certes, mais aussi un plaisir rare et presque incommensurable pour le badaud parisien.
La première de ces questions est celle de la lumière. La présentation alterne des tableaux sombres à peine éclairés dont, avouons-le, on ne peut distinguer que quelques masses, guère plus, et des tableaux d’une luminosité impressionnante (une série de salles décline le projet de « peindre au soleil » jusqu’à l’éblouissement).
La deuxième question est celle de la polymorphie de la patte stylistique. À une même période, Károly Ferenczy, devenu peintre « sur le tard » (il revendique avoir assumé son premier tableau à vingt-sept ans), peut claquer des tableaux très différents,

  • l’un s’efforçant au réalisme,
  • l’autre se risquant à un espace impressionniste,
  • un autre encore préférant le flou au détail.

Notons que, hélas, la maladresse d’une présentation décidément ratée, mélangeant ex abrupto aux œuvres de Ferenczy des tableaux complémentaires signés par d’autres peintres, ne facilite pas la méditation du promeneur à ce sujet.
La troisième question, assez liée, est celle de la structure thématique, des paysages pouvant se mêler à une section sur les portraits et réciproquement. Pour le non-spécialiste, tout se passe comme si les sachants avaient voulu imposer une partition rigide que les faits contredisaient, et qu’ils avaient dû se résoudre à boucher des trous avec

  • des créations d’autres artistes,
  • des œuvres secondaires voire tertiaires de Károly Ferenczy (vagues esquisses ou études pour des affiches), ou
  • des tableaux aux thématiques ou aux genres différents de ce qu’annonçait la section – balaud.

 

Károly Ferenczy, « Chant d’oiseau » [sans oiseau] (1893, détail). Photo : Rozenn Douerin.

Si, en dépit de cadres éblouissants, coupables imprécisions et astuces pataudes décontenancent, elles n’obèrent pas totalement, loin de là, l’intérêt de la découverte,

  • plaisante – c’est un compliment –,
  • parfois saisissante,
  • souvent admirative

devant ce que l’on imagine avoir été un combat entre un savoir-faire patent (les drapés, la matière, les compositions) et la quête d’une voie personnelle, spécifique, reconnaissable qui, par chance pour nous, n’aboutira pas.

  • Ni la fascination pour la nature,
  • ni les détours par la religion ou la mythologie,
  • ni la fréquentation des problématiques du portrait ou des paysages domestiques,

ne permettent réellement de définir la « patte Károly Ferenczy ». Le combat prévaut sur la certitude. C’est palpitant. En effet, plus qu’à une évolution chronologique banale d’un chanteur à pinceau découvrant sa voix petit à petit, on se laisse saisir par son exploration avide de genres et d’embardées différents.

  • Autoportraits criant la difficulté de l’artiste à cerner la jointure entre artisanat et art,
  • maîtrise technique qu’il déploie et observe en peignant telle apprentie consœur et en évoquant avec gourmandise l’ambiguïté créatrice de la palette, thème récurrent du travail exposé à Paris,
  • échappatoires symboliques à travers
    • la forêt,
    • les cieux ou
    • les figures bibliques tutélaires,
  • référence à des topoi locaux comme ces tziganes et bohémiennes, habillés ou nues,
  • fusion des genres voire des époques comme quand Jésus enseigne à un étrange aréopage
    • d’enfants,
    • de chevaliers en armure et
    • d’homme à chapeau haut de forme,
  • exploration presque homoérotique du corps des garçons – fraîchement sortis ou non de l’eau – et des hommes, parfois lutteurs, où le sexe (et non le séant) est souvent masqué, fors le Christ gisant, voire
  • connexion à des communautés ou des ensembles d’artistes où le peintre semble vouloir trouver une place, entrée dans une logique de sérialité tentant par exemple de cerner de quatre façons différentes un même patio,

rien ne semble lui permettre de fixer sa propre identité d’artiste avec la force de l’évidence.

 

Károly Ferenczy, « Jeunes garçons se baignant l’été » (1902, détail). Photo : Rozenn Douerin.

 

La fin de l’exposition, quoique pas la plus passionnante immédiatement, paraît acter la déchirure.

  • Ici, des corps nus et des tissus froissés ;
  • çà, des portraits familiaux ou amicaux qui ressassent un artisanat éblouissant qui tourne presque à vide à force de renoncer à une narration ou à une radicalité ;
  • là, des espaces considérés comme matières picturales n’ayant plus besoin de mise en perspective.

Il y a

  • de l’émotion dans cet abandon,
  • de l’énergie dans cette brisure, et
  • de la morale douce-amère dans cette acceptation ne s’être peut-être pas totalement trouvé… sans jamais avoir abandonné.

En dépit d’une structuration de l’exposition plutôt lamentable (et d’un état moyen de conservation des tableaux globalement inquiétant), le visiteur ne peut que se goberger et de la découverte de tableaux essentiellement empruntés aux grandes collections de Budapest, et de cette étrange et insoupçonnable errance mentale d’un grand peintre qui, selon toute probabilité, est mort sans avoir réussi à percer le secret de son talent.

Persister, c’est vivre un peu plus fort

Le concert du jour !

Ils y croient. Ils croient que ça vaut le coup. Le coup de chanter l’autre qui, lui-même a chanté lui-même et l’autre sans, toujours, les distinguer dans le miroir qu’est la chanson. Bref.
Jann Halexander et Pascal Bertonneau s’aventurent de l’autre côté du périph’ pour prolonger la grande chanson en exaltant certains aspects du catalogue de Catherine Ribeiro pour l’un, de François Béranger pour l’autre. Bertonneau opte pour un premier degré assumé, sans forfanterie ni facétie : la chanson de Béranger, rien qu’elle. Halexander fait un pas de biais en enlaçant quelques-unes de ses œuvres à celles de madame Ribeiro en personne.

 

 

L’un choisit d’être à nu ou presque : seuls le titilleront les dix doigts de son pianiste. L’autre dégaine un trio qui le connaît bien, et réciproquement :

  • Sébastyén Defiolle sera à la gratte électrisante,
  • Claudio Zaretti sera à la sèche groovy,
  • je ploum-ploumerai.

Et ça se passera dans un « tiers-lieu » (haha, classe ou bien ?) de Massy (91) ce 5 juin à 19 h 30.


Rendez-vous Station l’Atlante au 16, bis rue Ampère de Massy. On peut réserver avantageusement ici.

Sempervirente !

Le concert du jour !

Comme le chante Michèle Bernard des Communardes, on la prenait volontiers pour

  • une virago post-hippie,
  • une pasionaria rouge,
  • une hystérique extrême-gauchiste à la voix vociférante.

C’est si pratique de mettre en boîte une nana qui veut ouvrir les cages, l’insolente ! Pratique, mais inoffensif car Catherine Ribeiro n’a jamais été l’ombre de la caricature machiste et droitière que certains connauds ont dressée d’elle, pas plus qu’elle n’est devenue, aujourd’hui, un lointain souvenir de la chanson des années 1970 dont les snobs aimeraient goûter la poussière vintage. Catherine Ribeiro est actuelle et était multiple :

  • femme engagée contre les injustices, oui,
  • poète aimant rugir et bondir, heureusement, mais aussi
  • être sensible sachant être
    • amoureuse
      • lucide,
      • exaltée ou
      • blessée,
    • bricoleuse de formes musicales libres, et
    • inventrice de possibles capables de porter ses auditeurs.

 

 

C’est cette Catherine kaléidoscopique qui a touché Jann Halexander, lequel a eu la chance de croiser la chanteuse à la fin de sa vie, de vive voix et de vive main ; et c’est en hommage à cette capacité de la dame rouge à sortir des gonds où certains eussent souhaité la cantonner qu’il proposera une nouvelle version de son tour de chant autour du répertoire ribeirique en y mêlant ses propres chansons en écho… et en ouvrant la porte pour trois fredonneries à Pascal Bertonneau, interprète de François Béranger.
Aux guitares sèche et électrique, Sébastyén « Le fêlé » Defiolle et Claudio « Il professore » Zaretti. Au clavier, votre serviteur.


Rendez-vous ce mercredi 3 juin, à 19 h, dans la salle de spectacle et de débats de l’antre anar qu’est la librairie Publico (145, rue Amelot | Paris 11).
Entrée libre, forcément libre, sortie aussi même si l’on peut glisser des billets de 200 € dans la sébile en sortant.

It’s tiiiiiiiiiime!

L’affiche de l’événement (détail)

Aujourd’hui. 19 h. 52, rue des Dames dans le dix-septième arrondissement de Paris. Interviouve, échange avec le public puis coquetèle-dédicaces. Avec vous serait un plus positif pour fêter le lancement parisien de ce livre qui secoue.

Petits papiers – 19

Cerises parisiennes. Extra, mais quand même. Dans un espace appelé « bon marché ». Mais on en est là ! Photo : Rozenn Douerin.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. À commencer par la sociologie version influenceuse en maillot.

 

Quand tu écris sans ciller un article sur un mec qui explique que « le vin est avant tout fait pour être bu » alors qu’il a stocké 40 000 bouteilles dans son palace.

 

Je pose ça là.

 

Quand tu penses : « Mais c’est super cher et pas très, très gentil ! »

 

Les déclarations des vedettes françaises sur le point d’être écrasées au premier tour après qu’on leur aura roulé dessus.

 

Quel beau pays que le nôtre !

 

Parfois, les sportifs, c’est comme n’importe qui : parler, vaudrait mieux pas. Même pour remplir L’Équipe.

 

L’incise et la grammaire sont des arts et des artisanats. N’importe qui ne devrait pas être autorisé à s’y essayer. Surtout s’ils sont gratte-papiers au Figaro.

 

L’admirable engagement d’un festival, sept ans après, et d’un chanteur engagé auprès des associations par solidarité avec une cause. La sienne, mais bon, c’est pas plus dégueulasse que les associations qui se laissent acheter par celui qui ressemble de plus en plus à un sous-DSK. Qui chante. Mal. En plus.

 

Si défoncer une église n’est pas un acte antichrétien, en quoi consisterait l’incendie d’une synagogue ou d’une mosquée ? C’est pas pour moi, c’est pour un ami.

 

Tout s’achète. Les papes comme les Ferrari. L’important, c’est de ne pas avoir honte.

 

Les temps sont durs, soit, et les p’tits poissons font la gueule. N’empêche, parfois, c’est bien de se dire que quand la hausse du SMIC de 2 % est une catastrophe qui va tuer ce qu’il reste de l’emploi en France (pas grand-chose, donc, mais quand même)…

 

… augmenter un mec qui va gagner 8 millions d’euros au lieu de 5 millions l’an dernier, ça, y a bon. Pour info, l’augmentation du SMIC représente environ 35 €. 3 millions de hausse, c’est 85714 augmentations de hausse smiquistique. 8 millions, c’est 461 SMIC annuels.

 

Bref, c’était pour dire rien, pensez ! Et pourtant, c’est à suivre. Dingue, non ?

Toujours aware

Capture d’écran

Oui, c’est carrément plus que gênant.

  • D’entendre que cette interviouve est présentée par un « site d’articles français et patriotes », ça met mal à l’aise.
  • De voir que l’esclave à la capillarité vulgaire, madame Céline Alonzo, tire la langue à la caméra, ça dissone.
  • De découvrir que le jingle liminaire reproduit des sons de sinistre mémoire, ça daube de l’intellect.
  • De voir que l’interviouveur chante vestimentairement les éloges incongrus de la vodka, ça messied.

Mais admettons. Admettons que seule l’extrême-droite veuille lire un livre dont le titre est plutôt censé affrioler la gauche. Admettons qu’aucun journaliste non affilié à un milliardaire (ça va être difficile) ou à une institution nationale ne souhaite inviter l’auteur du livre qui renverse le cocotier policier pour sauver l’institution qu’abrite l’arbre.
Alors, oui, peut-être faut-il accepter cette gênance pour parler de sujets essentiels. A priori, l’auteur est prêt pour des invitations plus institutionnelles, genre France Inter, radio officielle du régime, mais, très curieusement, on a compris que c’était pas le projet.

 

 

Donc va pour Sud Radio. Ça permet de causer

  • du business de la drogue,
  • de la pantomime ministérielle,
  • de la légalisation du cannabis, cette blague,
  • de la performance,
  • du management par la peur,
  • du remplacement de la vitamine C par le rail de coke,
  • du bidonnage en général,
  • de propagande,
  • du Sida,
  • des produits de substitution,
  • des zones de droit différent,
  • du fait social total,
  • des quartiers de riches gardés par des Rambo,
  • du communautarisme,
  • de l’UPNI,
  • de la protection de la personne,
  • de l’habillage ou du déshabillage de Pierre et de Paul,
  • de la police de proximité,
  • de la courtisanerie,
  • du cours Julien donc du foot à Marseille,
  • de la gesticulation,
  • de la répression grand-guignolesque,
  • de l’obligation de « faire chiffre »,
  • de l’année zéro de la police,
  • du cassage de job, avec un « j » et non un « z », t’es fou,
  • de l’alourdissement kafkaïen de la procédure pénale pour les enquêteurs,
  • de la violence quotidienne,
  • de la volonté d’être surprotégé,
  • du spectacle vendeur du fait-divers,
  • de L’Illustration,
  • de la permissivité éducationnelle,
  • du sentiment d’impunité,
  • d’admonestations (ce qui n’est pas fréquent aujourd’hui),
  • de Scarface,
  • de démissions policières,
  • de reconversion privée,
  • de M. Fauvergue,
  • de François Mitterrand et
  • de la mortelle municipalisation de la police nationale.

Pour en discuter avec l’auteur, menacé donc légitimé par des caciques, rendez-vous ce jeudi à la librairie Au bonheur des livres | 52 rue des Dames | Paris 17.

« Clarinet with a French Flair » (Cascavelle) – 1/5

Première de pochette

… avec un « French flair » mais en anglais : le programme étonnant – et débordant le titre, puisque René Gerber, compositeur suisse iconique, qui plus est chez Cascavelle, trouve sa place dans la set-list – se couvre commercialement ou pense se couvrir ainsi en se parant d’anglophonie derrière un visuel qui ne se pique pas d’être aguichant. Étrange option anglophone, mais pas de quoi nous faire bouder notre joie d’entendre pêle-mêle

  • Claude Debussy,
  • Camille Saint-Saëns,
  • Maurice Ravel arrangé,
  • Louis Cahuzac que nous n’avions jamais ouï,
  • André Messager version concours,
  • Olivier Messiaen,
  • René Gerber, donc, et
  • Jean Françaix.

Mazette, quel beau menu ! Certes, l’éditeur le reconnaît : sur la quatrième de pochette, à l’exception de René Gerber, il s’est cagué dessus rapport aux dates des compositeurs, mais celui qui n’a jamais fauté la première pierre lui lancera une erreur, ou l’inverse. Donc, merci d’avoir mangé le chapeau, and let the music play!
Le parcours proposé par le clarinettiste Luigi Magistrelli, artiste sponsorisé par Buffet, et la pianiste Claudia Bracco, pourvue d’un Steinway pour l’enregistrement,  a été capté par le clarinettiste en personne dans un auditorium du conservatoire milanais. Il s’ouvre par la redoutable rhapsodie de Claude Debussy.
Classique du répertoire de l’instrument en si bémol, l’œuvre a été composée fin 1909. Elle sera arrangée un peu plus tard par le compositeur afin de transformer le piano en orchestre. En attendant, la pianiste orchestrale se retrouve avec six bémols à l’armature, sans compter les doubles altérations et les accidents supplémentaires. Bon courage, ma mignonne ! Pourtant, l’affaire commence

  • « rêveusement lent »,
  • pianissimo,
  • doux et expressif.

L’énigmaticité feutrée du prélude fantasque joue habilement avec les irrégularités rythmiques d’un piano partagé entre contretemps binaires et pulsation ternaire. Le liant de la clarinette se nourrit

  • d’une sonorité chaude,
  • d’un souci du phrasé et
  • d’une volonté de nuancer

qui séduisent l’oreille en assumant manière de fragilité spontanée que la réverbération sonore, peut-être excessive, amplifie en semblant la vouloir masquer.

  • Les modulations,
  • le plaisir du surgissement quand les triples croches fracassent le silence, et
  • l’art du rebond « en serrant »

célèbrent le plaisir rhapsodique de l’imprévisible, et les interprètes l’assument avec talent puisqu’ils ne cessent d’avancer en dépit des sursauts de la partition.

 

 

  • Les variabilités de mesure, entre fluidité et cahots,
  • la capacité des deux musiciens à dialoguer plutôt qu’à superposer leurs parties, et
  • la vigueur des mutations thymiques admirablement soutenues par l’accompagnatrice

ébaubissent l’auditeur.

  • La souplesse du discours,
  • la liberté du clarinettiste,
  • la maestria de la pianiste pour assouplir un tempo tournoyant dont elle doit guider les évolutions

saisissent, même si le montage est parfois un tantinet bricolé (4’28, par exemple). La partition inflammable jouit d’une restitution attentive

  • aux attaques,
  • aux legato et
  • à l’esprit ondulant – presque fantasque – de l’œuvre.

Résultat ?

  • La versatilité de la clarinette,
  • la précision du piano et
  • l’émulsion qui se crée entre les deux protagonistes

sont tout à fait séduisantes. Voilà bien une entrée en matière intrigante. À suivre !


Pour écouter le disque gratuitement, c’est .
Pour l’acheter moins gratuitement, c’est par exemple , mais pas le même « là », bien sûr.

Douceur de la violence

Capture d’écran
  • Pourquoi la police est-elle si souvent mise en cause dans des affaires de violence dont les citoyens sont les victimes ?
  • Quelles techniques pour survivre aux constatations dégueulasses et aux équarrissages humains qu’on appelle autopsies ?
  • Comment les hommes politiques, quel que soit leur sexe, instrumentalisent-ils cette institution pour se passer sur eux-mêmes la brosse à reluire ?
  • Jusqu’à quand promouvra-t-on la police municipale comme sous-produit du néolibéralisme considérant que l’État n’a plus à assurer uniment la sécurité des citoyens, celle-ci doit désormais être remise dans les mains des élus low cost ?
  • Que faire dans une France dévorée par les trafics où la police ne peut effectuer que quelques pantalonnades pour complaire les ministres et les médias ?

Jean-Pierre Colombiès, jadis inspecteur de police puis commandant, témoigne franco de port de cette douceur de la violence étatique.

 

 

Pour

  • retrouver ses diatribes solidement étayées, l’on peut lire son livre fraîchement paru en l’allant quérir chez votre libraire ou ici ;
  • le découvrir en chair et en os et échanger avec lui sur Paris, une seule date est prévue pour le moment : le jeudi 28 mai, à 19 h, à la librairie Au bonheur des livres.

Au plaisir de vous y croiser !

« Opéra mal-bouffe », Théâtre des 2 rives (Charenton), 20 mai 2026

Le frigogidaire de la tentation au théâtre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

L’ennui, quand un spectacle commence avec un bon quart d’heure de retard, c’est pas le retard, c’est les gens. En l’espèce un troupeau de vieux croutons de la pire espèce. À leur tête, une sardine moisie qui essaye de conserver la place qu’elle s’est choisie quand celui à qui elle a été attribuée arrive (– Vous pouvez pas vous mettre ailleurs ? / – Non). Autour d’elle, un aréopage d’imbéciles pontifiants nous offrant un florilège d’âneries saupoudrées de bruits de bouche, du type :

  • « Je suis allé au musée Chagall de Nice, il y a de très grandes toiles mais c’est pas le niveau des gens qui peignaient avec des petits points, je sais plus comment ça s’appelle »,
  • « les petits rats du cours de danse, c’est magnifique, pas comme ce qu’on voit à Bastille où je n’irais pour rien au monde »,
  • « mon médecin m’a prescrit du G Boost cérébral parce que j’ai encore toute ma tête mais plus tout à fait »,
  • « je ne sais pas si le compositeur va dire un mot, comme dirait Jean-François Copé, d’ailleurs je regrette qu’on ne le voie plus beaucoup dans le poste mais bon, il a eu son heure de gloire, un peu comme le général »,
  • « je t’assure que si, Gisèle, tu vas avoir 83 ans dans deux jours, simplement tu ne t’en souviens pas, mais c’est normal, à ton âge »,
  • « je sais pas si ça va être si bien que ça car c’est quand même beaucoup moins complet qu’Anne Roumanoff », etc.

Alors que le compositeur a rejoint le public et que les lumières s’éteignent, je file chercher une autre place pour ne pas écharper les dondons qui mâchent leur pastilles très fort tout en partageant des commentaires à voix haute pouvant dériver côté mâle décati vers : « C’est bien qu’il y ait des petites filles sur scène, surtout que certaines ne sont plus si petites, j’aime bien. » Enfin, Yann Stoffel, remplaçant au pied levé de Louis Dechambre, entre en scène et se met au piano. On va pouvoir passer à table.

L’histoire

Le livret de Nicolas Slawny narre la vie des Gernais-Davone (Delphine Cadet et Nicolas Bercet), industriels dans l’agroalimentaire, dont la vie est partagée entre deux passions : refourguer de la merde à becqueter aux clients et, pour leur part, manger très sainement, trop peut-être. Problème : leur fille Végana (Isabelle Savigny) est tombée amoureuse de M. Viandard (Charles Mesrine), ci-devant kébabier de son état.
Effarés, les parents décident de couler la boutique du commerçant pour en dégoûter leur fille mais, patatras, ils apprennent que, en réalité, Végana n’est pas leur fille… alors que M. Viandard est leur fils. Tout finit par un festin de malbouffe aux plaisirs de laquelle chacun cède jusqu’à la faim.

 

Orlando Bass au théâtre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

Le spectacle

Composé par Orlando Bass et créé en 2024, cet opéra bouffon associe quatre solistes, un comédien (la sage-femme par qui la révélation arrive est jouée par le livrettiste, tant il est vrai qu’un opéra mis en scène sans interversion de genre ne serait pas vraiment un opéra) et un orchestre sous forme de piano. D’emblée, on est saisi par une musique qui optimise l’usage de l’instrument, tour à tour

  • explosif,
  • percussif et
  • agile.

Le redoutable pianiste qu’est Orlando Bass a confié une partition puissante et virtuosissime à Yann Stoffel, qui ne tarde pas à montrer qu’il sait aussi bien

  • raconter une histoire
  • qu’envelopper le chant,
  • le commenter et
  • provoquer l’évolution du scénario par
    • un accent,
    • une nuance ou
    • un silence joliment troussé.

L’opéra est divisé en scènes habilement complémentaires :

  • passages instrumentaux,
  • moments choraux (ici interprétés par la chorale du conservatoire dirigée par Thomas Bonn) et
  • alternances de soli et d’ensembles de solistes emperruqués (Nicolas Bercet perdra rapidement son postiche).

Première scène chantée, le chœur des obèses glorifie le kébab à toutes les sauces en oscillant entre chant et voix parlée, préparant le triomphe des empereurs de la malbouffe, incarnés par la soprano Delphine Cadet et le baryton Nicolas Bercet. Cyniques et intellectuellement limités, leurs personnages, pour qui « tout baigne dans l’huile » tant ils s’éclatent dans « le caque quarante », semblent les inspirer et porter leur chant. On goûte

  • la clarté des timbres,
  • la qualité de la projection,
  • le plaisir de l’expressivité grand-guignolesque très incarnée, et, fort appréciable,
  • le souci de pro-non-cer car, ce soir, pas de sous-titres pour expliciter les airs.

Elle est méchante à souhait, lui est passionné par le pognon comme il se doit. Le compositeur les gâte en leur ciselant des tirades

  • tantôt lyriques,
  • tantôt parlées,
  • tantôt fondées sur des notes répétées pour scander les collagènes, protides, glucides et lipides qui font fructifier le « gros capital ».

 

Delphine Cadet (Mme Davone) au théâtre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

 

Derrière une écriture riche mais accessible, Orlando Bass paraît interroger le matériau même qu’il malaxe, transformant le chant lyrique en une multitude de possibles qui renforcent la narration et donnent de la musicalité au propos, par-delà la pantalonnade drolatique.

  • La multiplicité rythmique,
  • l’association entre simplicité et complexité, et
  • les trouvailles harmoniques qui brouillent la frontière entre évidence presque pop et dissonances stimulantes

séduisent, captent l’écoute et conservent l’attention entière des spectateurs de bout en bout. Le compositeur est habile. Il sait user des sortilèges de l’écriture contemporaine et des parodies témoignant d’un savoir-faire époustouflant (grand airs véristes, musical à l’américaine, comédie musicale bien franchouillarde). Toutefois, ce qui séduit dans son travail est qu’il évite toute tentation rhapsodique. Il ne colle pas un genre après l’autre. À chaque instant, sa patte est reconnaissable, et l’imitation qui fait sourire (tels l’air de la rencontre chanté par Isabelle Savigny, excellente vocalement malgré son personnage de niaiseuse, l’air du plan pour Delphine Cadet, rayonnante, l’air du foie offert à Charles Mesrine, convainquant) est toujours épicée par un orlandobassisme

  • (modulation inattendue,
  • harmonisation spécifique,
  • mutation thymique…).

Ainsi l’opéra associe-t-il, en sus de quelques instrumentaux,

  • des passages narratifs,
  • des airs qui « font lyrique »,
  • des comptines à la gloire de la malbouffe,
  • des chœurs fièrement habités par les jeunes chanteurs,
  • des quasi chansons et
  • des segments proches du lied,

le tout tuilé par un piano savamment polymorphe. Dans un monde binaire où, au choix, on ingurgite de la merde ou l’on file dans sa chambre après avoir ingurgité son quinoa au gingembre en ne sortant point de chez soi sans son nutritionniste, le choc du « coup de foudre dans un food truck, ce truc de fou », secoue

  • le récit,
  • la décence et
  • la musique,

convoquant même une voix de supermarché pour louer les promotions de Carchan ou d’Aufour. On apprécie la réalisation tant musicale que scénique qui se joue d’un budget sans doute très serré (costumes remplacés par des cartons…) sans renoncer à la volonté dramatique et à l’exigence opératique sans lesquelles le spectacle serait sympathique au lieu d’être, comme ce soir-là, saisissant. C’est drôle comme convenu, oui, mais c’est aussi assez astucieux pour oublier les leçons de moraline que l’on pouvait craindre en lisant le pitch ; et c’est surtout porté par le combo gagnant alliant

  • partition pétaradante,
  • solistes épatants et
  • pianiste exceptionnel.

 

Nicolas Bercet (M. Gernais), à gauche, et, au centre, parmi les choristes, Charles Mesrine et sa perruque au théâtre des 2 rives (Charenton), le 20 mars 2026 Photo : Bertrand Ferrier.

 

Résultat ?

  • On jubile pendant la scène de la tentation,
  • on se goberge d’un « merde » éclatant,
  • on savoure l’intermezzo de la gourmandise,
  • on applaudit le chœur des additifs,
  • on est envolé par le quatuor de la malbouffe, bref,
  • on avale les soixante-dix minutes de l’œuvre avec joie en oubliant presque la virtuosité des artistes et l’excellence de l’agencement des différents dispositifs au long de l’opéra.

Un moment

  • délicieux,
  • piquant et
  • roboratif,

dont on regrette juste les derniers clusters que Yann Stoffel claque avec les mains alors que, stipule la partition, il eût pu les fracasser « éventuellement avec les fesses ». Diable, la délicatesse perdra-t-elle la musique savante ?

Petits papiers – 18

Je crois qu’il est inutile de légender cette découpure de presse, sauf peut-être pour constater qu’il est inutile de la légender.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde. À commencer par de bonnes nouvelles du journalisme sportif, même quand il semble avoir un peu forcé sur le rosé.

 

Autre bonne nouvelle : les lobbies des pollueurs qui nous empoisonnent inventent le cancer sans risque.

 

Tiens, un saint homme a commis 200 infractions sous les caméras avant qu’on ne le chope. C’est beau, non, un talent pareil ?

 

La culture, version coquetèle.

 

La bravoure de Mbappé est admirable dans sa capacité à profiter de ses souffrances pour aller en villégiature avec sa nénette pendant que ses coéquipiers galèrent. Ce nonobstant, le courage de certains rugbymen ne saurait être passé sous silence, je crois.

 

Bon, au cas où il y aurait des Français parmi les lecteurs de la présente notule, je voudrais leur rappeler leur préférence couplistique. Pour moi, c’était pas inutile, alors, si j’peux aider d’autres qui auraient oublié qu’ils préfèrent des couples afin qu’ils pensent ce qui doit être pensé, à votr’ service m’sieursdames !

 

Le journalisme sportif, niveau faut vraiment que j’arrête le rosé. « Les présents » ? « Semblent troubler » ? « [Cassandre Beaugrand] se dirigea au départ » ? Aïe. Incontestablement, aïe.

 

Paris, cette fameuse ville des Alpes idéale pour les Jeux olympiques d’hiver.

 

Si je peux aider les réalisateurs en galère, et pas que parce que, quand tu signes une déclaration de haine, ben, tu peux en subir les conséquences, je voudrais rappeler aux chercheurs de sous-sous la bonne parole qui permet de trouver des financements pour ses séries…

 

… et, pas d’inquiétude, la phrase n’était pas finie.

 

En plus, c’est pas vrai, le personnage n’était pas du tout aussi tolérant ou aware que cela. Mais, au moins, la bonne parole est passée. À suivre !