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Le blog de Bertrand Ferrier, page 240

Laissez-moi dormir…


… quand je suis en papillote. C’est pourtant pas difficile : laissez- moi dormir ! Et, peut-Ăªtre, je danserai pour vous, mesdames.

Julie Fuchs, Abbaye de Royaumont, 30 novembre 2018

Photo super originale, mais bon : Bertrand Ferrier

L’avantage d’Ăªtre conviĂ© Ă  des Ă©vĂ©nements chic et choc comme Les entretiens de Royaumont, c’est par exemple de zoner le soir autour de l’abbaye – avouons que cela a quelque peu ce que les architectes animaliers appellent « de la gueule ».

Photo : Bertrand Ferrier

Mais l’autre avantage, c’est aussi d’Ăªtre invitĂ© Ă  assister Ă  un concert de la soprano Julie Fuchs, feat. Karolos Zouganelis au Fazioli, le tout dans un lieu qui est Ă  your average grange ce que la reine Elisabeth est Ă  l’ancĂªtre de base. Du coup, notre critique est forcĂ©ment biaisĂ©e : dans une atmosphère si spĂ©ciale, nous voulons retenir le meilleur de cette heure de musique.

Photo : Bertrand Ferrier

(En revanche, comme nous aimons bien les plans biscornus, celui-ci aura six branches. Et pourquoi pas, nom d’un p’tit cochon tout rond ? En sus du contexte exceptionnel, nous avons synthĂ©tisĂ© six raisons de nous rĂ©jouir d’assister Ă  ce rĂ©cital, donc les voici, na.)

Julie Fuchs. Photo : Bertrand Ferrier.

Premièrement, sĂ©duit l’audace qui conduit Ă  mĂªler les rĂ©pertoires, rĂ©unissant ainsi des mĂ©lodies dĂ©licates (Hahn, Debussy, Poulenc), de grands hits du rĂ©pertoire puccinien (« Quando me vo’ », « O moi bambino caro ») et la musique d’opĂ©rette ou de musical, poussant la chanteuse Ă  passer sans frĂ©mir du français Ă  l’italien avant de fricoter avec l’anglais d’outre-Atlantique.
Deuxièmement, c’est liĂ©, on applaudit le choix judicieux de ces pièces variĂ©es, prĂ©sentĂ©es avec cÅ“ur pour un public mĂªlĂ© Ă  dĂ©faut de se prĂ©tendre en tout point mĂ©lomane.
Troisièmement, emballe un sens de l’incarnation qui fait fi des p’tites sautes de texte et défie les aléas d’aigus parfois plus ou moins précis ou d’un vibrato à la générosité çà ou là surprenante – jugera, sentencieux, tel snob que nous sommes quand ça nous chante, ha ha.
Quatrièmement, saisissent un charisme magnĂ©tique et une spontanĂ©itĂ© travaillĂ©e qui irradient et unifient les rĂ©pertoires abordĂ©s en donnant son plein sens au rĂ©cital oĂ¹, avec peu d’effets, la vedette doit entraĂ®ner l’auditoire dans ses mondes.

Karolos Zouganelis. Photo : Bertrand Ferrier.

Cinquièmement, convainc un souci d’intégrer dans la musique Karolos Zouganelis, pianiste délicat, qui rend bien à la cantatrice ses attentions par une complicité artistique jamais surjouée.
Sixièmement, happe un dĂ©sir de rendre Ă  chaque musique sa spĂ©cificité : le temps hors-temps des mĂ©lodies, le drame Ă  fleur de peau des golden hits de l’opĂ©ra vĂ©riste (ou presque assimilĂ©), et la facĂ©tie coquine des chansons qu’elle restitue avec un talent fou. Si l’artiste lit ces lignes, sans doute rugira-t-elle derechef ; bien qu’elle ait eu souci, comme dans l’album, Yes!, de ne pas s’en tenir Ă  l’opĂ©rette, c’est pourtant dans ce rĂ©pertoire qu’elle nous sĂ©duit le plus en associant la maĂ®trise vocale de l’artiste lyrique qui-n’a-pas-besoin-d’en-faire-des-caisses Ă  la gouaille d’une Marie-Paule Belle que l’on retrouve dans « Yes » de Maurice Yvain, Pierre Soulaine et RenĂ© Pujol, ou dans « J’ai deux amants », le standard d’AndrĂ© Messager et Sacha Guitry.

Jérôme Chartier, grand manitou des « Entretiens ». Photo : Bertrand Ferrier.

Bref, joyeuse fut cette escapade Ă  Royaumont, sous l’Ă©gide de JĂ©rĂ´me Chartier, Ă  l’instar de l’heure en compagnie d’un pianiste remarquable et de la charmante soprano-maman française la plus cĂ©lèbre du plateau hexagonal… qui annonce, avis aux impatients, un nouveau disque et une tournĂ©e pour 2019.

Saint-AndrĂ© de l’Europe, 1er dĂ©cembre 2018

Photo : Bertrand Ferrier

Dire que l’on attendait ce moment serait un euphĂ©misme. Pourtant, ce n’est pas un aboutissement. Juste un special day, mais quel special day! GrĂ¢ce Ă  la gentillesse du maestro Cyprien Katsaris, Ă  l’enthousiasme de la virevoltante Esther Assuied et Ă  la bienveillance de l’Association des amis de l’orgue de Saint-AndrĂ© emmenĂ©e par Odile Rocher, nous avons pu manigancer un concert orgue et piano. De loin, ça ne paraĂ®t rien ; de près, pour une première, c’est un travail hĂ©naurme, avec double retour vidĂ©o, « simple » retour son, nĂ©gociations de rĂ©pĂ©tition spĂ©cifiques, organisation complexe pour intĂ©grer le piano, et bien sĂ»r gestion des alĂ©as tantĂ´t humains (multiples concerts des artistes), religieux (sensibilitĂ©s autochtones) ou politiques (mouvement des gilets jaunes).

Esther Assuied IRL avant le concert. Photo volée : Bertrand Ferrier

Tout le cĂ´tĂ© glamour ou presque, nous l’avons montrĂ© lors du montage ou de l’avant-dernière rĂ©pĂ©tition. Il est donc temps de se faufiler backstage avec le joyeux foutoir qui prĂ©cĂ©dait le concert. Le plus important : qu’Esther ait une banane une demi-heure avant le concert (c’est l’Ă©cole Christophe Mantoux), ce qui ne l’empĂªche pas de croquer la pomme ; et que Cyprien, malgrĂ© le stress de sa venue, ait le temps de se poser pour siroter quelques gorgĂ©es de jus de cerise bio.

Photo : Bertrand Ferrier

Certes, les blocages du mĂ©tro par des autoritĂ©s frileuses ont conduit de nombreux spectateurs Ă  renoncer Ă  leur venue ; mais la chaleur des applaudissements, l’Ă©motion des spectateurs devant l’union formidable de deux instruments et instrumentistes d’exception, l’amabilitĂ© de l’assistance malgrĂ© la farce de L’Officiel, qui aurait annoncĂ© un concert gratuit, et en dĂ©pit de notre retard dĂ» aux perturbations jaunes, tout cela poussa Cyprien Katsaris, en grande forme, Ă  proposer un nouveau concert d’une quinzaine de minutes aux derniers spectateurs hĂ©sitant Ă  quitter l’Ă©glise, autour de pièces de Forqueray. Comme ça, au milieu de nous.

Cyprien Katasris après le concert, à Saint-André comme à la maison. Photo : Bertrand Ferrier.

Oui, on attendait ce moment, partagĂ© avec cathos, athĂ©es, anticlĂ©ricaux, juifs, scientologues, NSP (ne se prononcent pas) et sans doute autres ; subsĂ©quemment, comme dirait le philosophe Ă  la tĂªte d’Indochine, ce fut un putain de moment. Merci Ă  tous, et rendez-vous le 15 dĂ©cembre pour un autre Ă©vĂ©nement – le premier concert dans la capitale de Pauline Chabert depuis la parution de son disque flattant les noĂ«ls de Balbastre !

L’intermède de l’abbaye

Photo : Bertrand Ferrier

PlutĂ´t qu’une expĂ©rience client, hashtag prĂ©fĂ©rĂ© des refourgueurs de fèces, le 30 novembre Ă©tait le jour de l’expĂ©rience fournisseur. Avec Esther Assuied, nous Ă©tions embarquĂ©s pour « inspirer » les centaines de participants aux Entretiens de Royaumont grĂ¢ce Ă  « cinq Ă  six minutes » d’orgue Ă  quatre mains. Ce pour quoi il convient de se munir d’un badge dans une pièce qui Ă©voquera pour partie la bibliothèque de Sven aux lecteurs d’Immemoria.

L’important Ă©tait de se repĂ©rer parmi les vedettes invitĂ©es presque comme toi. Pour jouer juste après qu’Édith Cresson a Ă©tĂ© interviouvĂ©e, il faut bien avoir Ă©tĂ© mĂªlĂ© alphabĂ©tiquement Ă  des vedettes. Ça donne une touch de crĂ©dibilitĂ©. Enfin, la plus belle crĂ©dibilitĂ© envisageable – Ă  l’impossible, nul n’est tenu.

Photo : Bertrand Ferrier

ÉpuisĂ©s par l’imposture de Bertrand Ferrier, dehors, les arbres abandonnent toute raison et se jettent Ă  l’eau sans que j’aie besoin de les toucher. Je les trouve un peu emphatiques, mais bon. Tant pis pour eux.

Photo : Bertrand Ferrier

Quant Ă  moi, j’ai un tout p’tit peu de travail sur la planche. Ben oui, je ne suis pas lĂ  que pour faire de zoulis photogrammes. Enfin, je crois pas. Mais, attention, je peux me tromper. Pas systĂ©matiquement, hĂ©las – ça m’aurait donnĂ© un style, peut-Ăªtre.

Photo : Bertrand Ferrier

En rĂ©alitĂ©, je ne suis pas venu seul pour inspirer. Outre Esther Assuied, dont chacun sait dans quelle estime, comme moult, je tiens son talent, j’avais rĂ©quisitionnĂ© mesdames les orgues du coin, entrevues tantĂ´t grĂ¢ce Ă  ValĂ©rie Capliez et sa fidèle acolyte. De quoi faire pour feindre la compĂ©tence.

Six minutes plus tard, tout Ă©tait accompli. C’Ă©tait chouette. Il Ă©tait temps de cingler vers Saint-AndrĂ© de l’Europe pour prĂ©parer la rĂ©pĂ©tition du concert orgue et piano… avant de revenir Ă  l’abbaye le soir mĂªme afin, notamment d’applaudir Julie Fuchs. Ă€ suivre, donc.

Cyprien Katsaris meets Esther Assuied

Piano de Noël. Photo : Bertrand Ferrier

On y est.
Vendredi, c’Ă©tait l’avant-dernière rĂ©pĂ©tition. Pour les zicoss comme pour le so-called technicien.

Photo : Bertrand Ferrier

Histoire que chacun s’aperçoive des yeux et des oreilles dans l’intimitĂ© de l’Ă©glise.

Photo moche : Bertrand Ferrier.

Donc, juste une avant-dernière mise au point.

Photo : Bertrand Ferrier

Avec ce cĂ´tĂ© Polnareff – pianiste qui Ă©tudia au CNSMDP itou – de Cyprien Katsaris, reconnaissable Ă  la partie touffistique de sa tĂªtalitĂ©, ainsi qu’Ă  ses lunettes.

Cyprien Polnareff. Photo : Bertrand Ferrier.

Bref, ce samedi a, paradoxalement, commencé par le dernier accord.

William Attig par photophone pourri. Photo pourrie, donc : Bertrand Ferrier.

Avant la dernière rĂ©pĂ©tition, il est temps de mettre un point final au programme avant d’attendre le public – inch’Allalalalalah vous – dès 19 h 30. Ouverture des portes Ă  19 h 45. Vivement que.

En route pour l’abbaye

L’orgue de Royaumont 1. Photo : Bertrand Ferrier.

Des hasards, des figures. Des figures, des hasards.
Sans noir dĂ©sir, te voilĂ  invitĂ© Ă  ploum-ploumer « à deux organistes » sur le singulier CavaillĂ©-Coll de l’abbaye de Royaumont, en compagnie de la grrrrande « jeune talent » Esther Assuied. Après un premier dĂ©frichage in situ, today is the day. JĂ©rĂ´me Chartier, el’ patron comme qu’on l’appelle de par nous autres, nous a fixĂ© un objectif : « Inspirer ceux qui vous entendront. » On a le matos, mais toi, public, t’es lĂ  ou bien ? J’entends rien ! T’ES LĂ€, PUTAIN DE PUBLIC ?
(Oups, on m’avait pourtant dit que c’Ă©taient des gens hyperclasse, eux. Je crois que j’ai trop mis le fire.)

L’orgue de Royaumont 2. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Premier contact de l’espace

LĂ  oĂ¹ bientĂ´t un piano. Photo : Bertrand Ferrier.

Soit, d’une part, une jeune claviĂ©riste de l’autre monde. Genre Ă©corchĂ©e vive incapable de surjouer mais surdouĂ©e qui bosse comme une tarĂ©e, rĂ©putĂ©e ingĂ©rable alors que superpro et plus rigoureuse que n’importe quel rigoureux, enfin musicienne capable d’illuminer la moindre partition quand elle tombe en amour avec elle (ou qu’elle doit se la taper). Soit, d’autre part, une star du piano qui accepte de se produire Ă  l’occasion de la troisième Ă©dition du festival Komm, Bach!. Sentons, je vous prie, le groove qui se met Ă  battre le funky beat or somethin’.

Le Cyprien Assuied de l’orgue et la Esther Katsaris du piano. Photo : Bertrand Ferrier.

Le plus important est que nous n’affichons pas de jeunes talents au fronton du festival juste pour faire mimi tout plein. Nous les balançons plein Ă©cran. Sans pitiĂ©. Beaucoup plus grands que les supposĂ©es vedettes du moment. Magie de Hollywood made in Paris.

Photo : Bertrand Ferrier

Car, oui, Ă  Saint-AndrĂ©, nous accueillons des vedettes. Pas en les suppliant. Pas en leur donnant l’occasion d’une super couverture mĂ©diatique pour faire pleurer Michel Drucker. Juste en discutant avec elles au hasard d’une formule qui se prenait pour de l’humour. Et elles ne viennent pas faire leur vedette. Elles viennent faire the truc qui fucking compte : du son, du feeling et de la zizik.

Au boulot sans public mais pour lui. Photo : Bertrand Ferrier.

Après, c’est vrai, tu invites pas la star pour qu’elle dĂ©dicace des ballons Ă  des gamins avant de se barrer en limousine puis en jet payĂ© par son club. Faut qu’elles bossent. HĂ©, ça n’empĂªche pas de profiter de leurs anecdotes et d’Ăªtre leur porte-voix et de faire des photos, j’ai pĂ´ dit ça. Mais on est dĂ©jĂ  dans un autre concept. Pas mieux, pas pire, mein Herr. Mais pas pire, that’s a fact.

Les chaises, des Notre Père en moult langues europĂ©ennes, l’autel, des fleurs, la Vierge, un piano, pas de raton laveur mais Cyprien Katsaris. Photo : Bertrand Ferrier.

Par le fait mĂªme du consĂ©quemment, voici l’essentiel : espĂ©rer que les deux hurluberlus, histrions et, je n’ai pas peur de le stipuler avec spĂ©cificitĂ©, zozos, convoquĂ©s pour le concert de ce samedi, se connectent sur la mĂªme vibe. Nan, en musicien, on naĂ®t d’accord : pas espĂ©rer. Juste voir ce que. T’y peux rien, après tout.

Bertrand, shut up, thanx, we’re working on it. Photo : Bertrand Ferrier.

Le respect de l’une – peut-Ăªtre pour les audaces, les improbabilitĂ©s, la personnalitĂ© anticonformiste, la bonhommie faussement tranquille autant que pour les doigts, le palmarès et le vĂ©cu – et l’honnĂªtetĂ© de l’autre reconnaissant le talent de la p’tite garçonne, lui faisant toute confiance musicale et n’hĂ©sitant jamais Ă  parler vrai, ont fait que l’espoir, comme d’habitude, Ă©tait vain : en rĂ©pète comme dans la vie, le bon feeling suffit, no matter why.

Bertrand, told you we’re working on it. Photo : Bertrand Ferrier.

OK, le bon feeling et le boulot. Bref, en scluzzzivitĂ©, un extrait de la rĂ©pĂ©tition dont le meilleur est autant pendant qu’Ă  la fin. Si tu trouves pas l’hyperlien Ă  suivre wow malgrĂ© l’enregistreur de mĂ¢rde, surtout pour un premier essai, vas-tu donc bien te faire lanlère. Si tu veux voir dans quel camp tu es, teste, c’est ici. Et si ça te frĂ©tille, bienvenue samedi, on t’attend, et on feint pas, les milliers de commensaux Komm, Bach! savent que l’on n’est pas sympa pour le chiffre d’affaires : on est juste heureux de partager de la musique jouĂ©e par des extraterrestres.

Ensemble 4.1, Institut Goethe, 27 novembre 2018

Presque Christoph Knitt. Photo : Josée Novicz.

C’est l’histoire de petits presque-jeunes allemands qui galèrent pour conquĂ©rir l’Hexagone. Ils s’appellent quasi Ă©nigmatiquement les 4.1, pour quatre musiciens Ă  vent et un pianiste. Ils donnaient leur premier concert hexagonal ce 27 novembre Ă  l’Institut Goethe, en costume et baskets. Nous y folĂ¢trĂ¢mes.
Trois pièces au programme. La première est le Quintette en Mi bĂ©mol de Ludwig van B. Dans l’acoustique sèche de l’auditorium, la prĂ©cision millimĂ©trĂ©e des musiciens happe d’emblĂ©e l’auditeur. Pourtant, pour la petite histoire, Sebastian Schindler, le corniste, est sur la liste du quintette depuis quelques jours seulement et la rĂ©vĂ©lation de la « grave maladie » dĂ©veloppĂ©e par le titulaire tutĂ©laire. Les tensions bien menĂ©es, les accents en commun, la synchronisation sĂ©vère n’en animent pas moins le Grave puis l’Allegro ma non troppo liminaire, qui pèse Ă  lui seul la moitiĂ© de la composition (partant, un quart d’heure). L’Andante cantabile permet d’apprĂ©cier un piano cristallin en dĂ©pit des spĂ©cificitĂ©s du BlĂ¼thner local. Cela indique d’une part que l’Institut a bien pris en compte les difficultĂ©s de justesse soulignĂ©es tantĂ´t et explicables par un changement de tempĂ©rature non anticipĂ© ; d’autre part, cela indique la maĂ®trise technique de Thomas Hoppe, accompagnateur de Tabea Zimmermannn, Itzak Perlman ou Joshua Bell – mĂªme si affirmer qu’il « est considĂ©rĂ© comme l’un des meilleurs pianistes de sa gĂ©nĂ©ration » peut, sur le seul fondement du « est considĂ©ré », prĂªter Ă  sourire. On note le souci qu’a le quintette de restituer le texte musical : comme le grave Ă©tait grave, l’allegro allègre mais pas trop, l’andante chante comme le stipule le titre du mouvement. Le Rondo « allegretto ma non troppo » permettra derechef d’apprĂ©cier le travail d’ensemble qui Ă©claire avec art les diffĂ©rentes astuces utilisĂ©es par LVB pour que sa partoche vibre : soli, ensembles, unissons, accents, variations d’intensitĂ©, etc.

Jörg Schneider (hautbois) et Alexander GlĂ¼cksmann (clarinette). Photo : JosĂ©e Novicz.

Après cette première demi-heure, advient le Jerusalem Mix du compositeur « israĂ©lo-amĂ©ricain » Avner Dorman. Pièce iconique de 4.1, cette proposition en six mouvements vise, selon l’exposĂ© en français de Jörg Schneider, Ă  illustrer des Ă©clats de vie dans la capitale israĂ©lienne. Sur cette base narrative, se dĂ©ploie une musique nĂ©otonale très accessible – dira-t-on : très amĂ©ricaine ? – ce qui n’est pas, allĂ©luia, pĂ©joratif. On y retrouve du swing de bon aloi pour branler du chef, de la variĂ©tĂ© de climats pour ne se point ennuyer, de la musique descriptive pour coller aux titres Ă  programme (« Mur des lamentations », « Marche nuptiale », « Explosion », « Appel Ă  la prière islamique »…) un soupçon de modernitĂ© très tempĂ©rĂ©e (cordes du piano frappĂ©es ou percutĂ©es façon cymbalum, souffle sans son pour dĂ©crire la vie après le blast), des diversitĂ©s d’usage de l’ensemble (piano, puis rajout de clarinette et basson, puis dĂ©veloppement vers le tutti, etc.). Tout cela est aussi savamment Ă©crit qu’exĂ©cutĂ© avec esprit, mĂªme si un esprit snob pointerait la sagesse très corsetĂ©e du propos, cependant que l’auditeur curieux se rĂ©jouirait d’une musique oĂ¹ le savoir-Ă©crire ne s’envase pas dans des dissonances ennuyeuses ni ne se noie dans de pseudo-audaces surannĂ©es.
Une brève pause plus tard, demi-heure de musique attend les interprètes Ă  travers le Quintette en Si bĂ©mol de Walter Gieseking – une interprĂ©tation indicative est disponible sur YouTube, une esquisse de partition est feuilletable ici. La pièce tripolaire s’appuie en première intention sur un Allegro moderato (10′). Comme le laissait prĂ©voir le dĂ©but du concert, les deux mots sont respectĂ©s Ă  la lettre : c’est allègre et c’est modĂ©rĂ©. Non que la virtuositĂ© inquiète ces laurĂ©ats de concours internationaux, mais bien qu’ils privilĂ©gient la musique sur l’esbroufe et la dĂ©monstration technique extravertie. Il en faut, nĂ©anmoins, de la technique, pour tenir le souffle, pour jouer ensemble, pour se recaler l’air de rien quand de minidĂ©crochages rappellent le plaisir du risque live, pour faire musiquer des guirlandes de notes quand on pianote la partition Ă©crite par un pianiste, bref, pour donner sens Ă  un quintette Ă©crit avec science et bon goĂ»t, mais sans les extravagances qui permettent aux bons interprètes de passer pour des gĂ©nies Ă©bouriffants. Ici, le piano peut se poser, attendre l’Ă©veil susciter par le cor, accueillir ses invitĂ©s, se dĂ©tendre, laisser les vents conciliabuler en bavardant puis soutenir des unissons, et ainsi de suite. Cette absence de heurts, cette phobie du show-off vibrent itou dans l’Andante (9′) qui suit. Au bloc piano-cor qui ouvre les dĂ©bats succède l’apport des instruments exclus. Le discours redistribue peu Ă  peu les cartes sans s’Ă©carter, pfff, du plaisir des unissons. 4.1 habite la composition et l’habille de tensions qu’il veille Ă  restituer de façon fort convaincante. Le Vivace molto scherzando (10′) conclusif sollicite le cor pour sonner le rĂ©veil dans ce mouvement clairement dessinĂ© sur une forme ABA. Symbole de l’entente entre les artistes, une minichorĂ©graphie salue le retour du thème festif dont la cĂ©lĂ©ritĂ© syncopĂ©e sied Ă  ravir aux instrumentistes du soir.

Photo : Josée Novicz

En conclusion, mĂªme si l’on aurait peut-Ăªtre apprĂ©ciĂ© d’entendre aussi 4.1 dans une composition leur donnant l’occasion d’exprimer avec plus de spontanĂ©itĂ© les joyeux petits pĂ©tillements qui les secouent Ă  l’Ă©vidence, l’association entre des timbres singuliers et une envie commune de donner force et profondeur aux notes donc Ă  l’esprit des Å“uvres retient et flatte l’attention de l’auditeur. Au long du concert, ces artistes souriants (et certes pas que pendant la Bagatelle offerte en bis), concentrĂ©s, musiciens au moins autant que techniciens, sĂ©duisent et laissent espĂ©rer une plus large exposition du quintette dans l’Hexagone et pas que. Pour les amateurs de la sĂ©rie Classique en suites, signalons que le prochain concert mettra au piano Gaspard Dehaene pour un programme Schubert, Liszt et Bruneau-Boulmier. Rendez-vous avenue d’IĂ©na le 22 janvier !

RĂªver, d’ailleurs


C’Ă©tait ailleurs, ailleurs. Et j’y ploum-ploumais, toc.

Comme un lundi