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Le blog de Bertrand Ferrier, page 244

Rester incrédule et suintant de hhhaine

Photo : Bertrand Ferrier

Moi quand, au matin, je fixe le réveil et que, ce nonobstant, il continue de sonner.

Pascaliens espaces infinis


La photo n’est pas bonne, mais on peut y voir le dĂ©sarroi en personne ou le soulagement d’un soir.
En fait, tu sais que tu es organiste quand tu arrives en courant pour jouer la messe, inquiet d’Ăªtre peu en avance, mais, en fĂªte, quand tu entres dans l’antre, tu dĂ©couvres ça. Alors, en un sens, ça va.

Le zinzin, c’est moi


Le respect et l’humour ne sont que convention. Par exemple, moi, Ăªtre un zinzineur de trente secondes, en fonction des patrons, ça peut m’aller sans souci – lĂ , par exemple, c’est rigolo, c’est prĂ©cis, ça donne mĂªme place Ă  l’orgue alors que c’est le remplaçant qui ploum-ploume, c’est donc une marque de confiance traduite avec amitiĂ© : bizarrement, ça passe. Comme quoi, ben, le respect et l’humour ne sont que blablabla, et pourtant ça compte sa mère. Va-t’en comprendre.

L’Élixir d’amour, OpĂ©ra Bastille, 30 octobre 2018

Vittorio Grigolo (Nemorino) et Lisette Oropesa (Adina), des bottes, des lampes et des chaises. Photo : Bertrand Ferrier.

La plus longue pub de luxe pour la picole bordelaise est de retour Ă  Bastille. Ă€ l’occasion de sa quarante-quatrième reprĂ©sentation dans la mise en scène de Laurent Pelly, nous l’allĂ¢mes applaudir. Voici ce que nous en pensĂ¢mes.

Photo : Bertrand Ferrier

L’histoire

Adina (Lisette Oropesa) est la riche du coin. Nemorino (Vittorio Grigolo) la voudrait bien Ă©pouser, mais la coquine prĂ©fère se gausser de lui. Pis, elle se propose d’épouser un militaire de passage, Belcore (Étienne Dupuis). Pour retourner la situation, Nemorino s’en remet Ă  l’élixir du docteur Dulcamara (Gabriele Viviani), idĂ©al pour les cors aux pieds comme pour les sĂ©ductions en berne. En rĂ©alitĂ©, il s’agit d’un mĂ©chant vin de Bordeaux. Pour s’en offrir une bonne rasade, le loser dĂ©cide de s’engager dans la troupe de son rival. La potion marche du feu de Dieu : toutes les filles courent après le mec censĂ© Ăªtre bourré… en fait parce que, rĂ©vèle Giannetta (Adriana Gonzalez), il vient d’hĂ©riter d’un gros paquet de pognon – ha, les femmes ! MĂªme Adina finit par racheter son engagement auprès de Belcore et par Ă©pouser son soupirant. Quelqu’un connaĂ®t-il une meilleure critique Å“nologique ?

Vittorio Grigolo (Nemorino) et un peu de paille. Photo : Bertrand Ferrier.

Le spectacle

Tout se joue autour ou sur des bottes de paille signĂ©es, et pourquoi pas, Chantal Thomas. Tout, c’est-Ă -dire pas grand-chose. Laurent Pelly se contente de faire entrer des gens, un chien parfois et, souvent, des engins, motorisĂ©s (tracteur, camion de foire, Solex) ou non (vĂ©los), derrière un rideau de pub Ă  la gloire du charlatan, entre cinĂ©ma d’antan et journaux Ă  l’ancienne. Autant dire que, en dĂ©pit d’une musique enquillant les airs, l’on s’ennuie sec, sec, sec, personne dans la rĂ©gie ne semblant s’inquiĂ©ter de faire pĂ©tiller un tant soit peu ce « melodramma giocoso » qui n’est peut-Ăªtre pas ce que Gaetano Donizetti a Ă©crit de plus passionnant – ce qui serait une raison de plus pour se secouer les saucisses afin de le parer d’un charme supplĂ©mentaire justifiant une mise en scène.

Lisette Oropesa (Adina). Photo : Bertrand Ferrier.

Le plateau

Le tapis orchestral est lustrĂ©, sans prise de risques, par Giacomo Sagripanti. La partition manque peut-Ăªtre de sequins pour permettre aux artistes de briller Ă  pleins feux. Ce nonobstant, musiciens comme chanteurs, chacun travaille du mieux qu’il peut. Lisette Oropesa, dans une tenue alla Barbara Hannigan, donc très inutilement Ă©chancrĂ©e par le costume de Laurent Pelly (ben tiens), minaude comme il sied, laissant supposer que, malgrĂ© les envolĂ©es de la fin du second acte, ses airs ne sont qu’une brillante promenade de santĂ© – et comme aucune direction d’acteurs digne de ce nom n’enrichit son rĂ´le, ben, elle fait le job : elle chante. Vittorio Grigolo est cantonnĂ© Ă  un personnage de nunuche larmoyant, ce dont il s’acquitte avec une aisance tout aussi fascinante, avant d’exploser, en bon Italien, lors des saluts. IdĂ©al pour renforcer, malgrĂ© lui, l’ire des spectateurs contre une mise en scène peu soucieuse de valoriser l’expressivitĂ© des chanteurs et l’espièglerie de ce zozo en particulier.
Étienne Dupuis, seul Français parmi les solistes, campe un Belcore fat et faraud comme un militaire. Ă€ l’instar de Gabriele Viviani (Dulcamara), il nous semble parfois un peu court dans le registre grave, mais il exĂ©cute sa tĂ¢che avec la fermetĂ© satisfaite que l’on attend de lui. La Giannetta d’Adriana Gonzalez, petit rĂ´le mis en valeur Ă  la fin, n’a pas grand-chose de la jeune paysanne requise par la partition ; sa relation avec l’assemblĂ©e des femmes n’en reste pas moins correcte. Les seuls Ă  paraĂ®tre s’amuser sont les choristes de l’OpĂ©ra, toujours ravis d’incarner leurs rĂ´les tant en groupe qu’individuellement. Ă€ eux seuls, ils redonnent vie de ci de lĂ  Ă  une Å“uvre dont, en l’espèce, la mise en scène manque de sapiditĂ© et de pĂ©tillance, pour ainsi dire, comme, deux jours après son ouverture, un crĂ©mant mal rebouchĂ©.

La conclusion

En bref, est proposĂ©e une interprĂ©tation Ă  la fois honnĂªte et dĂ©cevante. HonnĂªte, car chanteurs et musiciens font leur possible ; dĂ©cevante, car la platitude du rĂ©sultat, le manque d’enjeux dramatiques, l’absence d’inventivitĂ© et de jubilation ne contribuent pas Ă  passionner les spectateurs. Ceux-ci ont dĂ©jĂ  dĂ» voir en masse cette production très moyenne, si l’on en croit les nombreux sièges restĂ©s, une fois de plus, vides.

Il n’y a pas qu’un jour Ferrier

Libres, un max…

… y en a mĂªme qui disent qu’ils les ont vu voler… Photo : Bertrand Ferrier.

J’voudrais parler d’ma vie, c’est rare mais bon. On aura besoin d’un peu plus que d’un moment ; toutefois, la lecture Ă©tant libre, optionnelle et sans contrĂ´le de bonne comprĂ©hension Ă  la fin, plongeons-nous dans un Ă©pisode tout frais, tout pas beau.

1.
Le contexte

Il m’arrive durant mon existence de critique sporadique que des attachĂ©s de presse me contactent pour m’envoyer des disques Ă  chroniquer. Je rĂ©ponds toujours : « Avec plaisir, mais je vous prĂ©viens que j’Ă©cris ce qu’il me semble, prĂ©tentieusement, pertinent d’Ă©crire, y compris quand ce ne sont pas des Ă©loges sucrĂ©s. » Je ne reviens pas sur le snobisme Ă©goĂ¯ste du critique – les nouveaux curieux et les curieux oublieux pourront voleter çà pour retrouver le post traitant du sujet.
Or, rebondissement en cette veille de Toussaint. J’ai mis en ligne Ă  minuit un article louangeur – un critère d’apprĂ©ciation : Ă  c’t’ heure oĂ¹ j’Ă©cris, il n’a recueilli que des cÅ“urs sur son relais Facebook, fait rarissime. L’un des cybercorrespondants, compositeur rouĂ©, a mĂªme admis que « ça donne envie d’Ă©couter » ce qui, avouons-le, Ă©tait le but.

2.
Les faits

L’attachĂ©e de presse du disque chroniquĂ© m’appelle vers 10 h du matin (non, je ne dormais pas, hĂ©las, je rĂ©pĂ©tais), doublant son appel d’un courriel offusquĂ©. Dans la conclusion de l’article, la dame a relevĂ© un point qui la chagrine, euphĂ©misme puisqu’elle souhaite la suppression d’abord de la sentence qu’elle dĂ©sapprouve, bientĂ´t de l’article en entier. De quoi s’agit-il ? Le disque de Philippe Chamouard ayant Ă©tĂ© enregistrĂ© essentiellement avec l’orchestre de Plovdiv, j’avais griffonnĂ© cette phrase :

Saluons le courage d’un label soucieux de poursuivre la publication symphonique d’un compositeur français – certes sans préciser les conditions de rémunération des musiciens bulgares, que l’on imagine hélas désastreuses.

La seconde partie de la phrase est donc très claire : « Sans prĂ©ciser », « On imagine ». Comme attaque personnelle et information revendiquĂ©e, on fit plus sec. Pourtant, cette incise a motivĂ© en chaĂ®ne plusieurs appels courroucĂ©s, bien que j’eusse prĂ©cisĂ© que j’Ă©tais en rĂ©pĂ©tition toute la journĂ©e et ne pouvais donc Ă©changer verbalement dans l’immĂ©diat (« Nouvelle gĂ©nĂ©ration qui n’ose plus parler », me flatte nĂ©anmoins la dame dans un Ă©nième message pour le moins virulent, Ă  21 h 54 – nan, pas nouvelle gĂ©nĂ©ration, juste gens qui bossent et qui, le soir, ont mieux Ă  inventer, voire rien, que de s’embrouiller oralement sur des polĂ©miques idiotes qui leur font perdre leur temps). De plus, le contenu des messages paraissait me confondre avec un influenceur aux ordres de la marque, ce que, allĂ©luia, je ne suis pas. Le plus significatif des courriels tonnait ainsi : « Merci de retirer cette phrases!!! Elle ne correspond absolument pas Ă  la rĂ©alitĂ© !!! D’oĂ¹ sort cette information? » Ă€ la pause de midi, j’ai synthĂ©tisĂ© mon propos. Voici, infra, mon courriel, reproduit tel qu’envoyĂ©, donc avec ses maladresses de rĂ©ponse rapide.

JournĂ©e très chargĂ©e en rĂ©pĂ©titions, donc peu propice pour dialogue – j’en quitte une, d’oĂ¹ le dĂ©lai de rĂ©ponse [de deux heures], et j’en retrouve une autre promptement.
Le bout de phrase que vous citez vise Ă  souligner que beaucoup de musiciens d’orchestre de l’Est sont, Ă  l’aune française, sous-payĂ©s. Il est de notoriĂ©tĂ© publique que cela permet d’enregistrer des pièces Ă  des tarifs dĂ©fiant toute concurrence hexagonale donc, parfois, de les enregistrer tout court. L’extrait qui vous chiffonne ne participe donc pas de la dĂ©nonciation d’une production spĂ©cifique, comme vous semblez le craindre, mais rĂ©cuse, au passage, un système qui, certes, contribue Ă  la rĂ©munĂ©ration de talentueux instrumentistes sis en Europe de l’Est, certes permet Ă  des Å“uvres d’exister en dehors des grands circuits de distribution, mais contribue Ă©galement – en mĂªme temps, aurait stipulĂ© notre PrĂ©sident – Ă  l’existence d’une Europe – musicale, mais pas que : sociale aussi – Ă  plusieurs vitesses, quelque conformes Ă  la lĂ©gislation locale aient Ă©tĂ© les contrats (mais voyez un exemple : le violoncelle solo n’est pas citĂ©, ou alors si discrètement que je n’ai pas vu son nom – imagineriez-vous semblable oubli dans un contexte moins oriental ?). J’ajoute que la dĂ©localisation de la musique symphonique Ă  l’Est n’aide pas non plus Ă  dĂ©velopper les orchestres hexagonaux – comme ceux qui ont contribuĂ© Ă  l’exposition d’autres symphonies de Philippe Chamouard. Il ne s’agit donc pas d’une embardĂ©e contre IndĂ©SENS!, label pour lequel je crois avoir marquĂ© mon intĂ©rĂªt du mieux que j’ai pu, mais bien d’une rĂ©flexion Ă  la fois connexe et habitĂ©e par une certaine conscience politique.
Bien entendu, si vous souhaitez rĂ©diger une rĂ©ponse et pointer l’erreur que j’ai pu commettre en imaginant que l’on n’allait pas en Bulgarie que pour la spĂ©cificitĂ© de la curiositĂ© orchestrale – au sens : l’orchestre est curieux de pièces moins frĂ©quentĂ©es par chez nous – mais aussi pour des raisons Ă©conomiques, je ne manquerai pas de la mettre en ligne très rapidement, en bonne et due place. 

D’autres appels irritĂ©s ont nĂ©anmoins plu sur mon rĂ©pondeur, jusqu’Ă  ce courriel presque amusant :

Vous allez recevoir dans les jours à venir deux CD de nos labels. Les labels ne souhaitent pas que vous écrivez un article. Merci de me les renvoyer. Je vous rembourse les timbres.

À 14 h 15, un nouveau SMS envoyé par courriel (si, si), tonnait :

Bertrand, il faut retirer l’article tout de suite de Facebook [oĂ¹ il n’est pas] et de votre blog SVP !

3.
Le bilan

Alors, soyons prĂ©cis. J’adore recevoir du courrier (0’58), surtout des cadeaux – mĂªme si tout cadeau de ce type mĂ©rite remerciement, en l’espèce une chronique mobilisant quatre Ă  cinq heures de travail a minima. Mais me croit-on si fĂ©tichiste, lĂ¢che et veule au point que je cède Ă  un chantage grotesque entonnĂ© sur l’air du « sois gentil et t’auras des disques, ou alors », tiens, oui, ou alors quoi ? Au contraire, partant de cet Ă©cart d’apprĂ©ciation et admettant que je pusse me leurrer, je trouvais fort belle l’occasion donnĂ©e Ă  un producteur d’exposer, pour ce cas prĂ©cis, ses contraintes, sa pratique, ses engagements sociaux, sa logique, etc. Ce type d’Ă©change s’est articulĂ© dans d’autres cas avec des artistes de haute volĂ©e.
Las, peut-Ăªtre, cette fois-ci, première hypothèse, l’autre cĂ´tĂ© du disque a-t-il jugĂ© le prĂ©sent site trop peu important pour perdre son temps avec lui – et pourquoi pas ? Peut-Ăªtre aussi, deuxième hypothèse, complĂ©mentaire, les interrogations soulevĂ©es ont-elles touchĂ© un point rĂ©ellement sensible d’une certaine Ă©conomie du disque orchestral. Peut-Ăªtre enfin, troisième hypothèse, les menaces d’ester en justice pour des « informations opposables » Ă©taient-elles censĂ©es m’effrayer d’emblĂ©e. Or, il m’est arrivĂ© de rectifier une notule suite Ă  une erreur ; ici, il n’y a pas d’erreur, il y a une question large sur l’impact de la dĂ©localisation dans l’industrie de la musique.
J’ai donc proposĂ© de laisser un « droit de rĂ©ponse », comme je l’ai fait, dans certains cas, Ă  un interlocuteur qui souhaitait apporter un autre Ă©clairage. Le plus poussĂ© fut celui accordĂ© Ă  Éric Roux, patron de la Scientologie en France, qui avait rĂ©agi Ă  un entretien avec Cyprien Katsaris qui lui-mĂªme constituait un droit de rĂ©ponse approfondi ! Lorsque l’on ne partage pas les mĂªmes opinions mais que chacun s’exprime avec dignitĂ©, pas en commençant par rĂ©clamer la destruction d’un document sous des menaces Ă  peine voilĂ©es de procès, l’intĂ©rĂªt de l’Ă©change me semble y gagner un chouĂ¯a. En l’occurrence, il est dommage que l’occasion d’Ă©couter l’autre versant de l’affaire ait Ă©tĂ© Ă©cartĂ©e (voir la rĂ©ponse fournie en fin d’article).

4.
La conclusion

C’est promis, d’autres critiques dĂ©barouleront bientĂ´t sur ce site. Ébaubies, louangeuses, impressionnĂ©es, mitigĂ©es, furibondes, sceptiques, les six parfois pour le mĂªme prix gratuit, mais toujours debout et le plus honnĂªtement possible, avec mes compĂ©tences et mes naĂ¯vetĂ©s, mes critères partiaux et mon souci de rendre compte – car j’ai la clĂ©, j’ai l’phono, j’ai l’sourire et, parfois, j’ai quelques choses Ă  vous dire.
J’ai.
Moi.
Enfin, moi et d’autres, quand ils acceptent mon invitation et ont des tĂ©moignages saisissants, profonds, inattendus, pourquoi pas dissonants Ă  partager avec un p’tit site et ses lecteurs. Quant Ă  moi, malgrĂ© les menaces, provocations, messages comminatoires et enfantillages (« Merci de me renvoyer les CD, mĂªme en port dû ») fĂªtant mon retour du travail, j’ai deux convictions. D’une part, par ces temps de froide pluie, laissons pisser le mĂ©rinos ; d’autre part, tout cela passera, et nous n’avons qu’une vie. En attendant les suites, un seul mot d’ordre – les uns avec les autres, musique !


Update : le 31 octobre, Ă  20 h 30, j’ai reçu un Ă©nième courriel issu d’un « mail de Philippe Chamouard ». Le bref extrait, qui nous a Ă©tĂ© fourni sans contexte, disait – nous ne retouchons rien : « Oui, en effet, c’est scandaleux car l’orchestre Ă  lui mĂªme fixe le budget global, que je nĂ i pas discutĂ© ni nĂ©gociĂ©. » J’ai rĂ©pondu Ă  l’intermĂ©diaire que je publierai cette rĂ©ponse mĂªme si, « à mon sens, elle ne rĂ©pond pas vraiment Ă  la question ». Partant, bouclons l’affaire :

  • non, je ne retirerai pas la notule qui suscite cette folle (j’ai pas fini) envie de censure ;
  • non, je ne renverrai pas les disques chroniquĂ©s – d’autant qu’ils ont montĂ© un ComitĂ© Sud-CGT-FO sous prĂ©texte qu’ils sont bien ici, avec leurs nouveaux potes, et que reprendre, c’est voler ;
  • non, je ne rĂ©pondrai plus aux vitupĂ©rations citĂ©es et Ă  venir, notamment afin de ne pas me laisser entrer en tentation de malsĂ©ance inspirĂ©e par tant de rodomontades et d’injonctions Ă  mon sens peu adaptĂ©s ;
  • et tant pis pour les disques que je ne dĂ©couvrirai pas, nous trouverons d’autres sujets de posts facĂ©tieux, yalllllah !

Philippe Chamouard, Le Vagabond des nuages, IndéSENS!


Des compositeurs français pouvant se vanter de faire entendre leur quatrième symphonie (parmi dix !) sur le marchĂ© discographique autochtone, il n’y en a pas des millions – d’autant que, en sus de la cinquième prĂ©cĂ©demment parue chez IndĂ©SENS!, nombre d’autres symphonies persistent chez Hortus, après que le label a abandonnĂ© l’aventure. On ignore quels dieux taoĂ¯stes bĂ©nissent Philippe Chamouard, mais c’est du sĂ©rieux ! Quand, en plus, le compositeur en question ne revendique aucun grand prix incontestable de conservatoire prestigieux, l’affaire intrigue. Aussi acceptons-nous, en homme incroyablement gĂ©nĂ©reux, d’y jeter une oreille curieuse, sans le snobisme susceptible de faire sourire celui qui, lisant le CV de l’orchestre bulgare, constate que sa plus grande fiertĂ© est d’avoir vu une de ses membresses intĂ©grer un grantorchestre – me rappelle quand, Ă  Jules-Ferry, on nous montrait lors d’une rĂ©union destinĂ©e aux naĂ¯fs hypokhĂ¢gneux, « un admissible » au cĂ´tĂ© de Delphine, la plus jeune bachelière de France, Niçoise expatriĂ©e, bref.
La symphonie « Le Vagabond des nuages », dont le titre fait craindre un temps la proximitĂ© avec la voleuse – mais Ă©pouse sacĂ©mique opportune – si grassement payĂ©e pour pondre, en dĂ©pit de sa crasse incompĂ©tence qui fait encore rire les musiciens crĂ©ateurs du bousin en prĂ©sence de Sa Cochonnerie première Manu El Blancoss, le Messager des Ă©toiles (rien Ă  voir, sinon le goĂ»t pour la tonalitĂ©, ouf), s’ouvre sur un premier mouvement titulĂ© « Le monde de poussière ». La prise de son d’Ivayki Yanev sĂ©duit par sa capacitĂ© immersive (mĂªme sans grande technologie, on se sent englobĂ© dans le flux) et Ă©tonne par sa prĂ©cision trop prĂ©cise (cliquetis des bois). Le langage musical est furieusement tonal, ce qui n’est pas une critique mais une indication. Entre caisse claire martiale mais lĂ©gère, cordes envoĂ»tantes et flĂ»te exagĂ©rant son vibrato, l’atmosphère rĂ©solument cinĂ©matographique aspire Ă  figurer, Ă  l’instar des « murs de poussière » cabrĂ©liques, le nuage d’ignorance et de sottise qui enveloppe les hommes, leur « agitation incessante », leur « fragilité » et leur caractère consubstantiellement « éphĂ©mère », le tout autour de la tonalitĂ©, basique, d’ut. La solennitĂ© simple n’exclut pas l’éclatement du nuage (piste 1, 4’). Les brefs moments de tension se dissipent pour mieux faire sentir le grondement de l’agitation, ponctuĂ© par une timbale sobre et prĂ©cise. Un snob dĂ©noncera Ă  bon droit la simplicitĂ© d’un langage revendiquant le sens de l’efficacitĂ© ; un auditeur honnĂªte se rĂ©jouira de suivre avec plaisir un film sans visuel. Tous devraient reconnaĂ®tre la pertinence du compositeur, qui n’hĂ©site pas Ă  faire brièvement swinguer son orchestre (8’10) façon big band d’universitĂ© amĂ©ricaine, avant que le nuage ne retombe, comme il nous ensevelira tous sous nos basses prĂ©occupations matĂ©rielles, selon la conviction taoĂ¯ste dĂ©fendue par Philippe Chamouard.
Le deuxième mouvement est plus dramatique. Forcément, il se titule « La porte étroite » et se réfère au chameau de saint Luc. Après un tutti réduit à des cuivres puis à des cordes, effet wagnérien s’il en est (piste 2, 0’06), le compositeur décrit le désarroi de « celui qui se présente devant la porte étroite et s’aperçoit qu’elle se referme ». De brefs soli de basson ou de violoncelle, dialoguant avec hautbois, clarinette et flûte, sont autant de constats d’échec : ça passe pô. De tutti en envolées lyriques, le compositeur offre à l’orchestre, personnage malléable, la possibilité d’exprimer désarrois et espoirs, tensions et épuisements, en les marquant du sceau rythmique des cordes.
Du coup, faute d’ouverture, l’homme s’ouvre Ă  la pensĂ©e soufi, celle du troisième mouvement titulĂ© « Le regard intĂ©rieur ». Les contrebasses se concentrent sur leur tenue obsĂ©dante. La dĂ©ploration se dĂ©veloppe sans prendre son essor – mais assez prĂ©cise pour que l’on sursaute lors de l’attaque terriblement fausse du mi-rĂ© sur piste 3, 3’07. Elle cherche dix solutions, en un mot ou en deux, dans le collectif orchestral ou dans les soli des premiers nommĂ©s, violon inclus. Pourtant, le regard intĂ©rieur a beau s’animer des doubles croches des cordes, il s’épuise Ă  scruter l’indicible, « l’inaccessible Ă©toile » de Jacques Brel, frappant sans cesse contre le cÅ“ur battu des timbales, qui absorbe cette quĂªte et la dĂ©samorce : le regard intĂ©rieur n’est rien d’autre que l’introspection, souvent vaine, d’un individu perdu dans son ego.
Une cloche signale la venue, sans apostrophe, des taoĂ¯stes du quatrième mouvement,  baguenaudant dans la montagne pour « étudier les propriĂ©tĂ©s des plantes, celles du thĂ© en particulier ». Un solo orientalisant de flĂ»te, toujours aussi vibratoire, symbolise ces « anachorètes », nom classe des ermites provisoires. Il faut passer outre cette signification que sceptiques jugeront, sans doute Ă  juste titre, rĂ©ductrice donc agaçante – un peu comme ces crĂ©tins de la radio israĂ©lienne qui s’excusent quand ils diffusent du Wagner : le compositeur indique des ressorts d’écriture, mais cela ne rĂ©duit pas sa composition aux seuls adeptes de sa spiritualitĂ©, de mĂªme que l’on peut saluer le mĂ©tier d’Alain Krotenberg sans Ăªtre franmac. Comparaison d’autant moins gratuite que celui qui n’entend pas Tristan Ă  piste 4, 4’12, mĂ©rite fĂ©licitations pour sa concentration exclusive sur l’œuvre qu’il Ă©coute. Des Ă -plats orchestraux traduisent la contemplation Ă  peine troublĂ©s par quelques notes de trompette. La partition refuse le spectaculaire, comme en tĂ©moigne le fragile solo entre le hautbois et le violon soliste. Les propositions se dĂ©litent dans le tapis des cordes qu’ornementent flĂ»te, sorte de cor anglais et manière de contrebasson.


Prend la suite un petit concerto pour violoncelle, intitulĂ© Madrigal d’étĂ© « puisqu’il fut créé en juillet 2017 », juillet, c’est l’Ă©tĂ©, rien Ă  redire. Ce nonobstant, il y a de l’oxymoron dans l’air puisque « madrigal » originait (pourquoi pas ?) l’a capella. Curieusement le ou la soliste violoncelleiste n’a droit Ă  aucune mention spĂ©cifique, si nous avons bien lu. C’est d’autant plus navrant que le rĂ©sultat est tout Ă  fait charmant, et l’on Ă©prouve curieusement la nĂ©cessitĂ© de prĂ©ciser que cette remarque n’a rien de pĂ©joratif, avec ce qu’il faut de dissonance sporadique assumĂ©e (plage 5, 4’42 – oui, ce sont de vraies rĂ©fĂ©rences, pas des trucs au pif), dĂ©montrant un sĂ©rieux savoir-faire. Les fade-off qui nous semblent un peu maladroits (7’35, mais il y en a moult) sont anodins : voilĂ  de la belle musique jouĂ©e avec probitĂ©, si trop de vibrato pour notre goĂ»t sans doute fasciste, mais qui peine Ă  nous bouleverser en dĂ©pit de notre bonne volontĂ©, donc Ă  convaincre qu’elle surperforme celle d’autres excellents compositeurs français moins produits – pensons au tout aussi tonal Serge Ollive.
Le disque s’achève curieusement, mais cette curiositĂ© est une joie, sur un Salve Regina qu’interprète a capella, pardonnez du peu, le Madrigal de Paris dirigĂ© par Pierre Calmelet. L’occasion d’admirer le mĂ©tier du compositeur : le musicien sait comment en demander trop mais pas trop Ă  ses exĂ©cutants, comment valoriser une dissonance (1’58, 2’38…) grĂ¢ce aux basses en grande forme quand les pupitres aigus semblent parfois avoir du mal Ă  remettre le moteur en route (« O clemens » et 10’07, cruel), comment dĂ©tacher une mĂ©lodie – accord plein en bas et ligne supĂ©rieure flottante, comment relancer le discours (4’40), assurant toujours un respect du texte fondamental et ce que Yes aurait appelĂ© une « magnification », etc.
En conclusion, trois points. Un, saluons le courage d’un label soucieux de poursuivre la publication symphonique d’un compositeur français – certes sans prĂ©ciser les conditions de rĂ©munĂ©ration des musiciens bulgares, que l’on imagine hĂ©las dĂ©sastreuses. Deux, dĂ©nonçons le livret encore une fois tellement perfectible (malgrĂ© l’arnaque, appuyĂ©e par cette ordure de Pharaon Ier de la PensĂ©e complexe, de « l’entreprise individuelle », le correcteur devait Ăªtre payĂ© aux conditions françaises : est-ce la raison de cette faille ?). Le compositeur est Ă©voquĂ© après la notice sur le madrigal… et avant la notice sur le Salve Regina, ce qui n’a aucun sens ; les fautes orthotypo pullulent (le numĂ©ro des siècles doit Ăªtre inscrit en petites capitales, le « e » en exposant, pas Ă  la va-comme-je-te-pousse comme p. 6), etc. Quel dommage ! Trois, applaudissons le savoir-composer de Philippe Chamouard (qui a droit, sur le livret, Ă  aussi peu de place que Pierre Calmelet, alors que son importance dans le prĂ©sent enregistrement mĂ©ritait davantage). Donc, quoi que le rĂ©sultat ne rĂ©ussisse pas Ă  nous submerger d’Ă©motion, insensible que nous sommes, incitons les lecteurs Ă  la dĂ©couverte, si une musique pimpante, bien Ă©crite et vaillamment exĂ©cutĂ©e, les attire. PassionnĂ©s de pouĂ«t, de jdiboujdiboujboĂ¯ng et de boulèzeries Ă©lectroacousmatologisticiennes, passez votre chemin, de grĂ¢ce !

Soutiens le regard…


… et non regard de soutien. PlutĂ´t : « Bon, tu es nul, ta rĂ©pĂ©tition est pourrie, je fais rien que m’ennuyer avec dix mille fausses notes dans les esgourdes. On y va ? » C’est lucide, c’est sincère, mais ce pas-comique de rĂ©pĂ©tition est un chouĂ¯a dĂ©sagrĂ©able, surtout pendant une rĂ©pĂ©tition hyperpourrie, en effet. That’s the so called man’s best friend for you, anyway.

Saint-Bernard de la Chapelle, 28 octobre 2018


Alors, bon, ce qu’est-ce que je vais dire, ça va peut-Ăªtre pas beaucoup plaire aux sots, mais je vais l’dire quand mĂªme car on va pas se mentir. GrĂ¢ce Ă  Bruno Beaufils de GuĂ©rigny, Ă©crivain et rganiss ayant enregistrĂ© pour quelques grands labels, remplaçant dans quelques-unes des plus belles Ă©glises parisiennes et artiste Komm, Bach!, j’ai pu me substituer Ă  l’une des p’tites titulaires qui monte, qui monte, qui monte dans la capitale. Du coup, la nuit prĂ©cĂ©dant l’Ă©vĂ©nement, j’me suis r’levĂ© pour prĂ©parer les objectifs de l’appareil photo que l’on me prĂªte, ce que j’avais prĂ©vu de faire long de temps avant mais bon, j’ai pas Ă  me justifier, ça va bien aller.


Suite Ă  cette prĂ©paration très pro, j’ai bien sĂ»r oubliĂ© l’appareil photo, ce qui Ă©vite aux zyeuteurs de ce site d’admirer des photo hyper symboliques mais moches siglĂ©es « Photo : Bertrand Ferrier ». I mean, y a un minimum de dignitĂ©. J’Ă©tais surtout lĂ  pour accompagner la liturgie, donc le « Happy Birthday, Josette » en Eb improvisĂ© par les fanatiques de la vedette locale, avec applauses en sortie, en tapotant sur l’un des CavaillĂ©-Coll massifs de la capitale. Ce qui Ă©tait d’autant plus joyeux que l’accueil et le dĂ©saccueil, dans cette paroisse, sont fort chaleureux.

Et puis, jouer une belle bĂªte – y compris en solo pour l’offertoire, ce qui devient rare dans la liturgie catholique – mĂªme quand elle souffre, c’est chouette. Vivement l’hypothĂ©tique prochaine. [Inch’Allalalalah, cette foi(s), j’oublie pas mon appareil si on me le prĂªte toujours.]

Professsssionnel


Quand l’organiste va remplacer une collègue (mĂªme un collègue, d’ailleurs), il y va pour bosser, pas pour se faire des amis. Mais, bien sĂ»r, avec certains gardiens de sacristie, il y a des exceptions.