
Hormis l’interprète, tout, dans ce disque, est posthume : la treizième sonate et les quatre impromptus. Rien de funèbre dans la sonate, toutefois, puisque le narratif officiel soupçonne Franz Schubert d’avoir eu des vues sur sa dédicataire, la « charmante » Josephine von Koller, pianiste et chanteuse à ses heures, qui apporterait sa fraîcheur à la musique de celui qui, la mort aux trousses, écrivait plus vite que son ombre.
L’allegro moderato qui décapsule la sonate pèse autant que les deux autres mouvements réunis (mouvements que nous écouterons dans une prochaine notule). Le tube en La s’ouvre sur un thème lumineux égrené par un Fazioli que Sébastien Noly semble capter de très près – trop, à notre goût car la restitution paraît assourdir le son en survalorisant les résonances basses. Dommage car Irakly Avaliani pose tout de suite sa patte sur le golden hit :
- délicatesse polymorphe du toucher,
- précision à la fois souple et rigoureuse du phrasé,
- association consubstantielle entre netteté de l’énoncé et justesse de la pédalisation.
Le balancement ternaire du deuxième thème, habilement écrit en duo avec des formules binaires, fait son petit effet. La reprise permet de mieux goûter
- les notes ou accords répétés,
- la finesse des nuances et
- l’habileté des modulations.
Dans la seconde partie, séduisent notamment
- le réjouissant surgissement de la tension octaviée,
- les voltes thymiques,
- l’astucieuse association des contraires
- (binaire / ternaire,
- majeur / mineur,
- métronomie / agogique),
même si nous retrouvons notre propre oxymoron : on a beau adorer Schubert, certaines reprises semblent parfois fort superfétatoires voire contre-indiquées à l’appréciation de la musique. Reste le plaisir d’écouter deux fois plus longtemps Irakly Avaliani donc son art
- de l’attaque,
- des mutations d’intensité et
- de l’expressivité idiomatique, toujours soucieuse du langage propre au compositeur qu’il joue.
La coda suspend la sonate sans emphase, nous donnant rendez-vous pour un andante et un allegro que nous écouterons ce tout tantôt ou presque.
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