Yves Henry, musée Jacquemart-André (Paris 8), 15 février 2026 – 1/3

Yves Henry au musée Jacquemart-André (Paris 8), le 15 février 2026. Photo : Rozenn Douerin.


Ce soir-là, dans le cadre intimiste du musée Jacquemart-André, Yves Henry, le grand pianiste français spécialiste de Frédéric Chopin, a choisi d’emmener en promenade son auditoire à travers les années Nohant. Le crapahutage commence en 1841, avec une une brève étude posthume en fa mineur. En dépit d’un piano qui n’est sans doute pas le plus coloré des instruments de Paris, l’interprète

  • se frise les moustaches devant un chromatisme aguichant,
  • rend avec clarté l’entrelacs harmonique de la pièce et
  • maîtrise le temps en libérant çà le flux du texte qu’il suspend ensuite là.

Le prélude opus 45 en ut dièse mineur date de la même année. Il s’arc-boute autour d’une tension entre

  • un discours qui semble attiré par la lumière,
  • une tonalité obstinément mineure et
  • un énoncé dont Yves Henry assure une parfaite intelligibilité
    • (faible pédalisation,
    • délicat étagement des voix,
    • précision du phrasé).

Le tout débouche sur une fin sans fin – après tout, c’est un prélude – mais non sans saveur. Quelle sérénité se dégage et de ces premières œuvres et de cette interprétation sachant être savante sans être insensible ! À l’admiration technique s’adjoint l’émotion artistique, alors même qu’il était attendu beaucoup d’un pianiste pour qui tout Chopin est aussi familier que pour les clampins que nous sommes, les ribines d’une ville natale.
Même si Yves Henry le pédagogue fait la job en présentant intelligemment et intelligiblement ce qu’il va jouer, nous ne sommes pas très convaincu de la nécessité d’expliquer aux gens ce qu’ils vont écouter et ce qu’ils doivent y goûter. Faire confiance à la musique pour parler d’elle-même est une mode oubliée de nombreux récitals alors qu’elle ne paraît pas si pire à envisager, parfois. La ballade n°4 op. 52 en fa mineur est ainsi présentée comme le « sommet de l’art de Chopin ». Venant d’un sachant de l’aune d’Yves Henry, on veut bien, mais ne pourrait-on tenir les mêmes propos de maints cols en parcourant la montagne Frédéric ?
Quand l’homme se met au piano, le critique ferme bien son clapet. L’interprète joue la carte de la plurivocité, et hop.

  • Ouverture éclairée,
  • évidence du thème,
  • labyrinthe des humeurs et
  • imprévisibilité apparente du cœur ou de l’inspiration :

tout saisit. Voilà l’art d’Yves Henry :

  • la clarté est émotion,
  • la suspension est narration,
  • la virtuosité est confession,
  • le souffle est mystère,
  • le contraste est musique.

Magistral et lumineux. À suivre !


Pour retrouver toutes nos chroniques sur Yves Henry, cliquer ici.
Pour retrouver notre chronique sur 
Les Années Nohant, c’est çà.
Pour retrouver notre entretien avec l’artiste sur les valses de Chopin, c’est .

Blog