
Ce mercredi, à 20 h, en l’église Saint-Marcel (Paris 13), nouvelle édition du projet « Et si l’on danse ? » dans sa grande version : avec orgue et piano et saxophone. Pourtant, danser dans une église, qui plus est en temps de Carême, sera-ce pas un blasphème ?
1.
Le concept
Imaginer cela serait contredire toute l’Écriture ou presque ! Le livre de Samuel, en son sixième chapitre, l’affirme définitivement. L’on se souvient de ces versets où David fête la bénédiction de sa maison en « tournoyant de toutes ses forces devant le Seigneur », à peine « ceint d’un éphod de lin ». À Mical, descendante de son rival, qui s’offusquait après qu’il a exhibé sa nudité, il a rétorqué que, en dansant devant l’Éternel, il avait brillé aux yeux des servantes ; et, est-il précisé, « Mical, fille de Saül, n’eut point d’enfants jusqu’au jour de sa mort », na. Ainsi ce passage vétérotestamentaire incite-t-il à danser pour saluer la vie, rendre grâce et acclamer son Dieu, même quand les ennemis agonisent encore et que les animaux sacrifiés se vident de leur sang…
Point de sang ni de nudité à craindre ou espérer, ce jour, mais une musique qui interroge ce possible : que se passe-t-il si l’on danse, pour prier Dieu ou parce que l’on sent que quelque chose de plus diffus, presque ineffable, nous habite, et que l’on souhaite l’exprimer au-delà ou en deçà des mots ? Que se passe-t-il si l’on danse sur des musiques officiellement appelées « danses » et exigeant des pas réglés par la convention afin d’unir les danseurs en général et les humains en particulier ? Que se passe-t-il si l’on danse en son cœur en entendant des musiques sacrées ou profanes qui semblent intimer au corps ou à l’âme l’ordre de se mouvoir, avec urgence ou recueillement ? Et que se passe-t-il si l’on danse vraiment, en chorégraphiant une musique joyeuse, fantasque ou évanescente ?
Face à un monde habité par des ombres inquiétantes, ce récital ne cherche pas à apporter des réponses définitives mais à poser ce genre de questions. Ouvrir des possibles, surprendre pour réveiller, réjouir pour transcender, c’est presque dissiper l’inquiétude de Madeleine Delbrêl, écrivant à Dieu que
nous oublions la musique de votre esprit et faisons de notre vie un exercice de gymnastique. Nous oublions que, dans vos bras, [la musique de votre esprit] se danse, que votre Sainte Volonté est d’une inconcevable fantaisie, et qu’il n’est de monotonie et d’ennui que pour les vieilles âmes qui font tapisserie dans le bal joyeux de votre amour.
(« Bal de l’obéissance », in : Nous autres, gens des rues, Le Seuil [1966], « Livre de vie », 1995, p. 82)
En avant pour la danse et la joie et l’amour, avec ce nouvel extrait inédit de la première du projet à Marseille !
[embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=KOMEwpLCXPM[/embedyt]
2.
Le programme
Première partie | 33’
Orgue et saxophone
Franz Schubert (1797-1828)
Deutscher mit zwei Ländler [Première danse allemande et deux trios] D 618 (1818)
Arr. : Pierre-Marie Bonafos | 6’
Pat Metheny (né en 1954)
Farmer’s Trust [La confiance de l’agriculteur] (1983) | 4’
Michel Corrette (1707-1795)
Magnificat du 5ème ton (1750) | Arr. : Pierre-Marie Bonafos et Bertrand Ferrier | 15’
Plein jeu [ouverture du bal]
Duo [menuet]
Basse de trompette [danse villageoise]
Musette
Tambourin
Grand jeu [méli-mélo final]
Maurice Faillenot (1920-2010)
Danse fantasque (2000) | 4’
Pierre-Marie Bonafos (né en 1957)
Bourdon en Do | 4’
Seconde partie | 32’
Piano et saxophone
Tylman Susato (1510-1570)
Suite de danseryes | Arr. : Pierre-Marie Bonafos | 8’
Antônio Carlos Jobim (1927-1994)
Luiza (1981) | Arr. et improvisation : Pierre-Marie Bonafos | 4’
Jean Langlais (1907-1991)
Suite de sept danses tirées des Pièces pour trompette et orgue ou piano (1987) | 20’
Ronde (n°1)
Tarentelle (n°2)
Bourrée (n°3)
Valse intranquille (n°4)
Gigue lente et son interlude (n° 6)
Farandole enfantine (n°7)
Cavalcade (n°8)
3.
L’affiche

































