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Les livres des autres page 3

Monique Jeudy-Ballini, « Peintres de l’ombre » (Mimésis) – 1/6

Première de couverture (détail)

Derrière une couverture très vilaine, de face comme de dos, se cache un livre fort intéressant payé par le CNRS aux éditions Mimésis. Peintres de l’ombre. Les faussaires à l’œuvre est paru tout récemment et se propose de décortiquer le mécanisme qui préside à la création de faux. Ceux-ci sont essentiels au marché de l’art top niveau. Ainsi estime-t-on que 90% des prestations graphiques de Salvador Dali sont des faux ! Plus généralement, depuis le quinzième siècle, a émergé en Europe la pratique volontariste de la falsification comme

  • continuité post mortem donc éternisant un artiste (et finançant tant le faussaire que ses descendants, les deux pouvant être les mêmes),
  • hommage car ajoutant au catalogue une œuvre digne d’un maître, ou
  • imitation jugée parfaite  donc pouvant remplacer un tableau du peintre contrefait.

Presque rien de caché : « Les contrats passés entre les ateliers de peintres tels que Joardens et Rubens stimulaient très clairement le degré d’intervention du maître dans l’exécution de l’œuvre. »

  • Le recul de l’anonymat à l’époque romantique, puis
  • la marchandisation de la culture et
  • la valorisation progressive de la notion de génie artistique au-delà du savoir-faire artisanal

induisent l’avènement progressif mais généralisé d’un art du faux qui culminera au vingtième siècle avant de connaître de nouveaux développements ces dernières années. Or, si le faux fascine, c’est que sa transgression renverse la foi dans la singularité de l’artiste, consubstantielle à la notion occidentale moderne d’art. Il montre que « rien n’est assez singulier pour apparaître irremplaçable ». Plus encore, le principe de « substituabilité d’un maître » (id est, par exemple, le fait qu’un clampin puisse créer un Rubens) interroge le « rapport différentiel à la délectation esthétique ». En clair ou presque, je peux kiffer un Renoir parce que c’est un Renoir… même si ce n’est pas un Renoir.
En effet, un chef-d’œuvre peut se révéler être un faux ; ce nonobstant, ce faux n’est-il pas pour autant une superbe peinture ? David Stein, faussaire patenté, s’est ainsi emporté quand la qualité de ses faux Chagall ou de ses faux Picasso a été stigmatisée, arguant que tel tableau de sa main « n’était pas très bon, mais il ressemblait bien à un Chagall pas très bon ». Autrement dit, vrai n’est pas forcément magnifique, ni mauvais irrémédiablement faux.
Pourtant, la sacralisation d’un tableau de vedette s’est incrémentée dans notre mentalité. Elle ruisselle y compris sur des productions de médiocre qualité grâce aux « interactions associant les divers acteurs du monde de l’art », featuring experts, critiques, juristes, commissaires-priseurs, historiens de l’art, conservateurs, mécènes et collectionneurs. Tout ce petit monde, au sens lodgien du terme, jonglant avec les millions pendant que le peuple vérifie le prix des tomates a intérêt à perpétuer une ontologie du vrai, même médiocre… et à développer une industrie du faux adoubé comme vrai. De la sorte, néanmoins, il laisse entendre que « c’est le monde de l’art plutôt que l’artiste lui-même qui réalise l’œuvre » et la rend géniale. Dans cette mesure démesurée, l’on regrette que Monique Jeudy-Ballini n’émaille pas ses observations d’une incidence politique, analysant l’extension du business du fake à l’aune d’un néolibéralisme galopant imposant peu à peu le fric comme juge de paix et des hommes et de l’art.
En revanche, l’auteur montre fort bien pourquoi le faux peut être satisfaisant et significatif, comme quand « le Faussaire espagnol » (personnage probablement faux lui-même) réinvestit à la mode de son époque des tableaux connus, par exemple en substituant à l’imaginaire religieux un goût certain pour la galanterie. Même si l’auteur ne le mentionne pas explicitement, ces « traces de réinterprétation » résonnent avec l’idée de modernité d’une œuvre ainsi que l’entendent les metteurs en scène dépourvus de talent donc férus de Regietheater, acte pseudo artistique produisant une critique de l’œuvre matricielle « à travers des traces de réinterprétation trahissant notamment des différences d’historicité ».
Surtout, cette tendance au remix rappelle que, à l’instar de l’art qu’il imite, le faux procède essentiellement d’une posture mercantile, et les modifications proposées par « certaines copies » ont donc pour visée de « renforcer l’attractivité commerciale » d’une toile, par exemple en ajoutant des patineurs sur un paysage lacustre et hivernal. En somme, le faux s’inscrit dans un large éventail de possibles dont trois variantes apparaissent comme essentielles :

  • le faux comme copie à l’identique,
  • le faux comme modernisant à la marge une œuvre de maître dupliquée, et
  • le faux comme inventant une œuvre à la manière d’une star du business du beau et du wow.

D’autres variantes existent, telle celle du « vrai faux » entendu comme une œuvre authentique présentant des « traits atypiques » voire des « défauts » de réalisation qui ne paraissent pas dignes d’un maître. Néanmoins, ces faux-là sont révélateurs d’une foi constitutive de la délectation esthétique. Selon Monique Jeudy-Ballini,

 

si la qualité d’une maîtrise technique s’apprécie sur un continuum de degrés plus ou moins élevés, le génie, à l’inverse, renverrait sans nuance et pour ainsi dire ontologiquement à une propriété démarcative (sic) dont un être se trouverait doté sans l’avoir cherché.

 

Dans cette perspective, le faux est un miroir que l’art nous tendrait pour comprendre notre fascination. À confirmer donc à suivre dans une prochaine notule (vraie) !

It’s tiiiiiiiiiime!

L’affiche de l’événement (détail)

Aujourd’hui. 19 h. 52, rue des Dames dans le dix-septième arrondissement de Paris. Interviouve, échange avec le public puis coquetèle-dédicaces. Avec vous serait un plus positif pour fêter le lancement parisien de ce livre qui secoue.

Toujours aware

Capture d’écran

Oui, c’est carrément plus que gênant.

  • D’entendre que cette interviouve est présentée par un « site d’articles français et patriotes », ça met mal à l’aise.
  • De voir que l’esclave à la capillarité vulgaire, madame Céline Alonzo, tire la langue à la caméra, ça dissone.
  • De découvrir que le jingle liminaire reproduit des sons de sinistre mémoire, ça daube de l’intellect.
  • De voir que l’interviouveur chante vestimentairement les éloges incongrus de la vodka, ça messied.

Mais admettons. Admettons que seule l’extrême-droite veuille lire un livre dont le titre est plutôt censé affrioler la gauche. Admettons qu’aucun journaliste non affilié à un milliardaire (ça va être difficile) ou à une institution nationale ne souhaite inviter l’auteur du livre qui renverse le cocotier policier pour sauver l’institution qu’abrite l’arbre.
Alors, oui, peut-être faut-il accepter cette gênance pour parler de sujets essentiels. A priori, l’auteur est prêt pour des invitations plus institutionnelles, genre France Inter, radio officielle du régime, mais, très curieusement, on a compris que c’était pas le projet.

 

 

Donc va pour Sud Radio. Ça permet de causer

  • du business de la drogue,
  • de la pantomime ministérielle,
  • de la légalisation du cannabis, cette blague,
  • de la performance,
  • du management par la peur,
  • du remplacement de la vitamine C par le rail de coke,
  • du bidonnage en général,
  • de propagande,
  • du Sida,
  • des produits de substitution,
  • des zones de droit différent,
  • du fait social total,
  • des quartiers de riches gardés par des Rambo,
  • du communautarisme,
  • de l’UPNI,
  • de la protection de la personne,
  • de l’habillage ou du déshabillage de Pierre et de Paul,
  • de la police de proximité,
  • de la courtisanerie,
  • du cours Julien donc du foot à Marseille,
  • de la gesticulation,
  • de la répression grand-guignolesque,
  • de l’obligation de « faire chiffre »,
  • de l’année zéro de la police,
  • du cassage de job, avec un « j » et non un « z », t’es fou,
  • de l’alourdissement kafkaïen de la procédure pénale pour les enquêteurs,
  • de la violence quotidienne,
  • de la volonté d’être surprotégé,
  • du spectacle vendeur du fait-divers,
  • de L’Illustration,
  • de la permissivité éducationnelle,
  • du sentiment d’impunité,
  • d’admonestations (ce qui n’est pas fréquent aujourd’hui),
  • de Scarface,
  • de démissions policières,
  • de reconversion privée,
  • de M. Fauvergue,
  • de François Mitterrand et
  • de la mortelle municipalisation de la police nationale.

Pour en discuter avec l’auteur, menacé donc légitimé par des caciques, rendez-vous ce jeudi à la librairie Au bonheur des livres | 52 rue des Dames | Paris 17.

Douceur de la violence

Capture d’écran
  • Pourquoi la police est-elle si souvent mise en cause dans des affaires de violence dont les citoyens sont les victimes ?
  • Quelles techniques pour survivre aux constatations dégueulasses et aux équarrissages humains qu’on appelle autopsies ?
  • Comment les hommes politiques, quel que soit leur sexe, instrumentalisent-ils cette institution pour se passer sur eux-mêmes la brosse à reluire ?
  • Jusqu’à quand promouvra-t-on la police municipale comme sous-produit du néolibéralisme considérant que l’État n’a plus à assurer uniment la sécurité des citoyens, celle-ci doit désormais être remise dans les mains des élus low cost ?
  • Que faire dans une France dévorée par les trafics où la police ne peut effectuer que quelques pantalonnades pour complaire les ministres et les médias ?

Jean-Pierre Colombiès, jadis inspecteur de police puis commandant, témoigne franco de port de cette douceur de la violence étatique.

 

 

Pour

  • retrouver ses diatribes solidement étayées, l’on peut lire son livre fraîchement paru en l’allant quérir chez votre libraire ou ici ;
  • le découvrir en chair et en os et échanger avec lui sur Paris, une seule date est prévue pour le moment : le jeudi 28 mai, à 19 h, à la librairie Au bonheur des livres.

Au plaisir de vous y croiser !

Comprendre les forces du désordre

Capture d’écran

Dans son nouveau livre, Jean-Pierre Colombiès sort la sulfateuse. L’inspecteur devenu commandant honoraire ne décolère pas de voir sa chère police s’embourber dans une mascarade à tous les étages dont témoignent

  • les opérations XXL contre le trafic de drogue, grotesques, vaines,  et coûteuses mises en scène à la gloire d’un ministre de l’Intérieur qui ment à la population en laissant croire, par exemple, que mobiliser cent flics dont le RAID et la BRI à Nantes pour choper « deux kilos de drogue » (dont du cannabis de faible valeur) et interpeler « six personnes » (plus probablement des choufs que des caïds), ça va régler le problème ;
  • les décisions stratégiques pour piloter l’institution, toutes encore plus dangereuses que stupides ;
  • l’abandon d’une large partie de la population à des conditions de vie et de sécurité indignes ;
  • les réseaux internes et externes qui conduisent à la promotion non pas des meilleurs éléments mais des personnels les mieux introduits, pour ainsi dire ;
  • les fautes professionnelles qui dérapent parfois en crimes et mettent en danger tant la population que la réputation même donc la capacité d’action de l’institution ;
  • la tentation de céder aux pressions politiques pour se mettre corps et âme au service des gouvernants et non plus au service des citoyens ;
  • les manipulations qui conduisent à perdre le sens du métier en le remplaçant par l’art d’une embrouille délétère dont les victimes sont toujours les Français dits, avec ce mépris de l’élite autoproclamée, « de base » ;
  • le grand remplacement de l’autorité régalienne par une multitude d’acteurs locaux et low cost du juteux marché de la sécurité, des policiers municipaux aux vigiles, effaçant ainsi à la fois la substantifique moelle de l’État et l’égalité censée être garantie à l’ensemble de ses habitants sur l’ensemble du territoire ; etc.

 

 

Avec sa faconde de Marseillais que ses années parisiennes ont à peine mâtinée de diplomatie narquoise in extremis, Jean-Pierre Colombiès évoque quelques-uns des ces aspects dans sa toute nouvelle interviouve.
Pour retrouver ses diatribes solidement étayées, l’on peut lire son livre fraîchement paru en l’allant quérir chez votre libraire ou ici. Pour le découvrir en chair et en os et échanger avec lui sur Paris, une seule date est prévue pour le moment : le jeudi 28 mai, à 19 h, à la librairie Au bonheur des livres. Au plaisir de vous y croiser !

 

Du plaisir amer d’avoir raison

Capture d’écran

Jean-Pierre Colombiès est un franc-tireur qui, comme le veut sa fonction, tire franchement. Mais, si ses balles sont réelles, elles

  • sont faites d’encre et de mots,
  • ne visent pas à préserver un business ou un territoire mais
  • aspirent à proposer des pistes solides, sérieuses et efficaces afin de sauver le soldat Ryan qu’est la France face à l’hyperpuissance des narcotrafiquants (entre autres).

Dans une nouvelle intervention fracassante, le commandant de police honoraire, qui a notamment sévi aux stups à Marseille et à Paris,

  • pointe l’hypocrisie des déclarations ministérielles devant les drames des fusillades qui se multiplient,
  • dénonce l’accumulation de mesures cosmétiques qui feraient rire si c’était leur intention – et si le contexte n’était pas aussi macabre et dramatique – tant elles sont
    • maladroites,
    • sous-dimensionnées,
    • ou les deux mon capitaine, et
  • pose
    • des explications à cette situation,
    • des démontages de carabistouilles ainsi que
    • des réflexions nourries par son expérience policière et par le prisme dont il a hérité

avec un objectif : limiter l’emprise croissante de cette plaie béante qu’est le marché de la drogue, dorénavant au cœur de notre société. Autant d’éléments qu’il développe plus longuement et pourtant sans davantage de longueurs dans La Face obscure de la police (Max Milo), le livre que je l’ai aidé à peaufiner et qui est disponible chez votre libraire chéri ou chez des Grands Méchants comme celui-ci. Les Franciliens intrigués pourront

  • se procurer l’ouvrage,
  • interroger l’auteur,
  • discuter avec lui et
  • acheter un exemplaire à un vrai libraire de quartier

lors du lancement parisien de l’ouvrage, le jeudi 28 mai à 19 h à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17), jouxtant quasiment le métro Rome. En attendant, les amateurs de punchlines peuvent se goberger en replayant, et hop, son inneterviouve à partir de 48 minutes environ ici.

Notre part d’ombre

Première de couverture (détail)

Censée assurer la sécurité de notre petit monde, la police brille par sa face obscure à double titre. D’une part parce qu’elle baigne dans certains des bas-fonds sordides de nos âmes, corps et actes et que, à force de clapoter dans ce marigot, elle se retrouve souvent contaminée ; d’autre part parce qu’elle ajoute plus que fréquemment des couches de ténèbres au noir Soulages de notre vie en cohabitation.
À l’heure du triomphe de Master Poulet, il fallait bien un ancien commandant de cette institution, qui a aimé son métier avec passion, pour dénoncer de l’intérieur, dans La Face obscure de la police qui vient de paraître chez Max Milo, les travers de la grande Boutique en claquant des questions qui fâchent comme :

  • pourquoi la lutte contre le narcotrafic est-elle devenue une mascarade ?
  • pourquoi la police est-elle davantage au service du pouvoir que de la population ?
  • pourquoi de nombreux agents dérapent-ils dans l’exercice de leur fonction ?
  • jusqu’à quel point la franc-maçonnerie tient-elle l’institution ?
  • les syndicats font-ils plus de mal que de bien aux fonctionnaires ?
  • à qui profite le remplacement de la police d’État par ses succédanés piteux et dangereux que sont la police municipale et les entreprises de sécurité privée ?

L’ancien des stups qui a sévi à Marseille et à Paris, lui-même ex-franc-maçon et syndicaliste, répond d’une plume alerte à ces questions et à bien d’autres. En associant expériences vécues, événements tout frais et analyse rigoureuse, il

  • décrit les conséquences délétères de ces moments où la police est incitée à faire du chiffre en interpelant à l’aveugle ;
  • révèle l’influence des réseaux, prompts à promouvoir des incompétents et à protéger des agents déviants ;
  • dénonce la détérioration des conditions de travail des policiers et leur impact direct sur la vie publique ;
  • montre pourquoi les forces de l’ordre ont pris l’habitude de casser du citoyen ; bref, il
  • illustre, exemples précis à l’appui, comment le néolibéralisme macronien – mais pas que – a largement transformé une institution vouée à une mission noble en un pantin politique souvent réduit à jouer des scènes guignolesques pour nourrir les médias, promouvoir des notabilités aux bas instincts et nuire aux citoyens de mille et une façons.

Cette histoire, racontée avec une truculence lucide par un Jean-Pierre Colombiès dépité par la tournure des événements mais croyant toujours à la possibilité d’un sursaut, ça claque et c’est disponible chez votre libraire ou, par exemple, ici. Pour les Franciliens, une rencontre avec l’auteur est prévue le 28 mai à 19 h à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Au plaisir de vous y retrouver !

Isaure, librairie Au bonheur des livres (Paris 17), 20 novembre 2025

Isaure et Thierry Durnerin le 20 novembre 2025 à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo moche : Bertrand Ferrier.

Souvenir plus qu’archive : le 20 novembre 2025, il y a donc près d’un siècle, Isaure fêtait la réédition en poche de ses Mémoires d’une femme de ménage (Le Seuil, « Points »). Le livre

  • est initialement paru chez Grasset, où il a obtenu un succès considérable,
  • est parti ensuite se promener en Allemagne pour un autre joli succès… et
  • a abouti en poche au Seuil avec, désormais, deux couvertures différentes.

En effet, grâce au succès de la série autour de « la femme de ménage », Le Seuil a choisi de relancer cet essai à la fois

  • autobiographique et sociologique,
  • secouant et drôle,
  • dissonant et intimement tourné vers les autres.

 

Isaure, Thierry Durnerin et des lecteurs, le 20 novembre 2025 à la librairie Au bonheur des livres (Paris 17). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Dans le cadre chaleureux de la librairie Au bonheur des livres, l’auteur a répondu aux questions de Thierry Durnerin, le patron du bouge qui a réussi en moins de trois ans à transformer son antre en lieu prisé du quartier des Batignolles ; puis le public venu remplir l’espace disponible a pu échanger avec

  • l’écrivain,
  • la femme et
  • l’ex-p’tite bonne tout terrain.

Bien qu’elle se revendique maladivement timide, Isaure a raconté

  • son expérience professionnelle étonnamment variée,
  • sa vision extérieure de l’intérieur – si, si – en tant qu’image (parfois trompeuse) de nous-mêmes, et
  • les conséquences personnelles de ce bout de vie passé à rendre propre et beau chez les autres.

 

Échange avec le public de la librairie Au bonheur des livres (Paris 17), en présence notamment de Guillaume Vatan, réalisateur, Charlotte Grenat, chanteuse, et Guillaume Karr, auteur. Photo : Thierry Durnerin.

 

Le livre est toujours disponible en librairie ou chez les vendeurs digitaux tel le grand méchant Amazon. Au bonheur des livres organise très souvent des rencontres mais, évidemment, nous attirons l’attention de nos lecteurs sur celle qui aura lieu le jeudi 28 mai, à 19 h : Jean-Pierre Colombiès sera dans la place pour La Face obscure de la police, qui paraîtra chez Max Milo le 5 mai.
Ancien des stups à Marseille puis à Paris, investi dans la lutte contre l’atteinte aux personnes et aux biens, ce flic blanchi sous le harnais profite d’avoir quitté la Boutique, son service accompli, pour promener son regard

  • lucide,
  • acéré et
  • volontiers piquant

sur l’évolution parfois inquiétante d’une institution en butte, notamment, à l’impéritie – pour partie calculée – des gouvernements.

 

On en reparlera !

Arnaud Locquet, « La Méditation était presque parfaite » (Quadrants)

Présentation du premier livre d’Arnaud Locquet

La première réussite éditoriale d’Arnaud Locquet ouvre la serrure qui porte bien des questions [j’ai résisté autant que j’ai pu mais, vacance oblige, un jour, Ferrier a craqué devant le lacanisme le plus dévoyé]. Notamment une :

  • entendre baiser ou s’engueuler (for that matters) ses voisins,
  • tenter de se mettre à la place de quelqu’un que l’on n’aime pas (Donald Trump, forcément Donald Trump) ou
  • pointer son doigt sur son visage,

cela aide-t-il à moins mal vivre une rupture amoureuse et une difficile quête de débouchés en BD dès lors que l’on se met à méditer grâce à une « app conseillée par [un certain] Gui », un certain Gui nous ayant offert cet ouvrage ? Arnaud Locquet tente de nous emmener dans son intrigante enquête en racontant son expérience de méditateur d’abord sur courant alternatif puis intimement convaincu voire prosélyte auprès de ses téléamis. Tel est le sujet de La Méditation était presque parfaite (Quadrants [Soleil], « La médecine autrement », 96 p., 17,5 €). Entre expérience personnelle et doubles pages informatives, l’auteur-illustrateur essaye de sérier les

  • questions,
  • stéréotypes et
  • confusions.

Selon lui,

  • non, il n’est pas nécessaire d’être irey pour ressentir les bienfaits de la méditation ;
  • non, le renfort d’une religion, d’un « mouvement spirituel » ou d’un gourou entre Mathieu Ricard et Christophe André n’est pas obligatoire ;
  • non, « se faire frapper sur un point de shiatsu » par le « maître » d’un « ordre », pour intrigant que ce soit, n’est pas indispensable.

En revanche,

  • oui, le méditant demeure susceptible de s’escagasser pour des motifs futiles (mais clairement escagassants) même s’il médite et médite encore ;
  • oui, il peut rester curieux de se faire traiter de « petit scarabée » par un vieux qui t’incite à être présent à l’instant présent ;
  • oui, le pratiquant sera volontiers défié par des sceptiques ou des passionnés d’autres pensées alternatives comme le quantique.

Alors,

  • peut-être, Lego après l’ego, la méditation aidera-t-elle ses convaincus à sortir de leur Truman Show intérieur et des fractures familiales devenues des fractures intimes ;
  • peut-être, pour certains profils heureux, le confinement forcé ou choisi construira-t-il un retour sur soi qui deviendra ouverture sur les autres ;
  • peut-être dix minutes par jour de méditation ne sauveront-elles pas l’humanité mais aideront-elles quelques humains ce qui, reconnaissons-le, n’est pas si pire.

Le dessin est à la hauteur de l’auteur – même moi, j’ai saigné des yeux en relisant ça, mais bon, on n’a qu’à dire que c’est une licence pas poétique. Après tout, pourquoi n’y aurait-il que des licences IV ou poétiques ?

  • La modernité mangaïque du trait,
  • le multicadrage américain et
  • la liberté créative
    • (couleurs,
    • traits,
    • espace de la p. 80)

réjouissent le lecteur. Sans conteste, le livre s’adresse davantage aux adeptes de la méditation, fussent-ils non-pratiquants réguliers, qu’aux curieux ou aux indifférents, ce qui le destine à une belle audience ; mais il touche par l’interstice

  • du doute,
  • du ressenti et
  • de la conviction construite par l’expérience

qu’il dévoile. Entre certitude et remise en cause sporadique, le livre raconte certes le triomphe heureux de celui qui médite et qui met en scène les conséquences positives de sa nouvelle app

  • (BD publiée,
  • famille recomposée qui se réunit,
  • bien-être structurel),

qui sonne comme une promesse de nirvana à peine euphémisée. Cette linéarité scénaristique risquerait de paraître plus prosélyte que stimulante, mais le ton adopté est celui d’une conversion lucide à ce qui se vit comme une thérapie perpétuelle dont on peut regretter qu’Arnaud Locquet balaye en une case la dimension religieuse, visiblement jugée comme infamante. Si l’on comprend que le néophyte évite de s’attarder sur les débordements que « pleine conscience » et méditation peuvent entraîner en termes d’emprise et de manipulation psychique ou pécuniaire, qui plus est sur des personnes assumant leurs fragilités récentes ou anciennes, la proximité entre

  • religion et spiritualité,
  • croyance et habitude,
  • disjonction du monde et inscription dans une réalité

aurait peut-être été captivante à évoquer et à interroger. En effet, la posture du reborn est intéressante mais dramatiquement un rien lisse à notre goût. Trois expériences alimentent ce regret que l’auteur ait dû esquiver la spécificité de sa joie.

  • Jadis, j’ai écrit un livre excellent (au moins) qui interrogeait la médecine allopathique et les médecines « alternatives » en dialogue avec la patronne du seul centre hospitalier homéopathique de Paris, moi qui ne suis soigné quasi que par allopathie – les médecins du comité de lecture du Grand Éditeur ont in extremis interdit la publication annoncée de l’ouvrage. Nous y confrontions les convictions des uns et des autres, lesquelles ressortissaient autant de la science que de la religion ou de la mystique, c’était fort stimulant.
  • En dépit d’une pression juridique entre comique et espantante, j’ai aidé une ex-Témoin de Jéhovah à écrire un livre racontant le fondement de ses convictions de croyante et les dévoiements qu’elle a voulu dénoncer (ouvrage disponible ici).
  • J’ai aussi eu de longues discussions privées mais pas que avec un grand pianiste bouddhiste (çà) et un célèbre musicien scientologue (là).

En conséquence, pour continuer à nourrir ma réflexion, j’aurais aimé qu’Arnaud Locquet approfondît sa posture. L’ex-loser largué au fond du seau qui réussit sa vie et son œuvre grâce à la méditation, ç’aurait par exemple mérité une planche de confrontation spéculaire où Arnaud aurait fait face à Locquet. Telle quelle, la bande dessinée ne se limite pas à une promesse de bonheur pour quiconque médite, mais elle évite à dessein d’interroger ce qui ne correspondrait pas au propos, faisant parfois sonner certains passages comme un article de La Tour de garde de la méditation. Reste qu’un livre ne peut se soumettre aux

  • désirs,
  • exigences et
  • sommations

de chaque lecteur. La confrontation entre conviction réalisante et scepticisme ensuquant n’est pas le propos de ce volume sincère et animé par l’ébaubissement d’une découverte : la méditation à l’occidentale, en solo ou en groupe. Alors, oui, le fait que le livre soit intégré à une collection intitulée « La médecine autrement » peut rendre malaisante ou dissonante l’appréhension du propos qui ne se situe pas dans une problématique médicale à ce que nous avons perçu ; mais les trouvailles artistiques de l’auteur pour exprimer son ressenti, donc l’outrepasser en l’interrogeant et en cherchant à le partager moins par la raison que par l’intuition, valent de balayer une prévention à la fois légitime et hautement secondaire.

Jann Halexander revient avec « Cœur canari »

Première de couverture (détail)

On pourrait croire que l’épithète « ténébreux » a été inventée pour lui. Pas pour sa couleur de peau, il n’est que métis. Plutôt pour sa capacité à nourrir son propre mystère en le creusant. Jann Halexander, né Aurélien Makosso-Akendengue,

  • a vu le jour à Libreville,
  • a vécu au Canada, et
  • pousse ses « chansons cabaret » en France.

Un jour de 2025, il revient là où il a vécu. Au Gabon. Ne feint pas l’émotion de reconnaissance. Constate au contraire que tout a changé. N’encense pas :

  • la démocratie,
  • l’eau et
  • l’électricité

sont aléatoires, en un mot. Il regarde. En artiste. En tire un livret. En artiste. Se prépare à l’accompagner d’un single à paraître incessamment – surveillez YouTube cette semaine ! Pour lui, c’est l’occasion d’explorer le Gabon en tant que pays physique et en tant qu’espace intérieur.

  • Figure discrète de la scène LGBTQIA+,
  • bisexuel assumé,
  • père ému néanmoins en couple avec un homme,

Jann semble vouloir faire la paix avec lui-même. Avec

  • le mulâtre qu’il revendique d’être,
  • l’homosexuel qui salue les gens se foutant de ce qui se passe dans la salle à coucher du voisin,
  • l’enfant qui se souvient de Port-Gentil, et
  • l’ado qui, aimant les hommes, aimant les femmes, a détesté le pays.

Dans son récit, il nous invite à redécouvrir avec lui le pays où il est né – et ce, à travers

  • ses transports dont on imagine qu’ils sont autant véhiculatoires que sentimentaux,
  • ses regards sociétaux sur lesquels on devine le souci de discerner l’influence des dictatures successives,
  • ses cahots, que ressent l’artiste français dans sa vie et sa chair, sans prétendre pour autant être un pur Gabonais, comme le ferait un faiseur soucieux de séduire la diaspora en quête d’un porte-drapeau convenable.

Entre une « maman porcelaine » et un « papa encre de Chine », Jann Halexander

  • hésite entre l’observation et la vitupération contre les énergumènes français qui s’étonnent que la télévision publique se passionne à grands frais pour des drag-queeens (j’en fais partie),
  • milite pour « l’homo sapiens lgbticus », et
  • invente les discours intérieurs ou extérieurs des homophobes sans, reconnaissons-le, définir à quel moment on devient homophobe aux yeux d’un bisexuel.

Cette mauvaise foi qui pulse est la force du livret de Jann Halexander : l’artiste

  • s’engage sans expliciter son engagement,
  • défend la communauté homosexuelle sans prétendre que la communauté est une communauté,
  • attire l’attention sur les OVNI en Afrique – une de ses spécialités youtubesques et physiques – sans obliger le lecteur à se passionner pour la question,
  • loue la société gabonaise pour son mépris de la minceur – lui qui est un pro du régime – mais la stipendie pour son goût de l’apparence.

Les amateurs de mollesse univoque, l’opuscule les agacera. C’est son charme. Jann Halexander ne cherche ni à convaincre, ni à agréger. Avoir le cœur canari, pour lui, c’est

  • chercher à être lucide sans s’aigrir,
  • être Gabonais sans n’être que Gabonais,
  • farfouiner dans un monde bien moisi sans, par contamination, devenir nidoreux.

Les gens plus straight ont toute liberté à préférer la grenadine. Les curieux, eux, pourront fricoter ici.