Pat Metheny, Le grand Rex, 22 juin 2026 – 3

Première du disque, notre appareil photo ayant été confisqué à l’entrée (mais pas les autres photophones, bref)

Un guitariste n’est pas obligé d’en faire des caisses pour séduire son public. Son personnage peut attirer, mais c’est surtout sa musique qui. Au grand Rex, après quelques mots de Pat Metheny, guitar heroe du jour (parmi ces mots : « Merci beaucoup », en français dans le texte), murmurés au bout de quelque trois quarts d’heure de gling et de glang, se glisse « Urban and western » in a bluesy way avec basse électrique pour arrondir les traits. Le solo du compositeur s’amuse à

  • subvertir le rythme topique,
  • secouer les évidences qu’il énonce,
  • irriter l’inventivité avec des boucles explosives, et
  • irradier sa guitare avec des envolées qui font escarbiller cet âtre.

Le solo d’orgue Hammond by Chris Fishman sur une basse de piano se dope à

  • des crescendi incendiaires,
  • des notes répétées et
  • des montées harmoniques

signalant le souci du musicien de ne pas s’en tenir à un schéma d’improvisation unique.

 

 

Originellement fomentée avec John Scofield, « The red one » envoie le bois côté groove. Joe Dyson à la batterie induit contretemps et anticipations de la meilleure eau. Le solo de Jermaine Paul à la contrebasse fomente

  • impulsions,
  • ruptures et
  • enrichissements
    • (découplages rythmiques,
    • intervalles saisissants et
    • exploration des différents registres).

Après cet accès d’adrénaline, Pat Metheny s’asseoit pour un solo. C’est

  • condensé,
  • sobre,
  • presque plus classique que jazz.

Et c’est beau :

  • ça médite sans chougner,
  • ça nostalgise sans mélancoliser,
  • ça suggère sans sous-titrer.

Hélas, Leonard Patton vient tout gâcher en miaulant les paroles stupides de « Más allá », chanson extraite de First circle, avec des trouvailles du type :

  • « Comment te parler sans parler ? » (ben tais-toi en t’exprimant dans le silence du non-dit),
  • « Quelles rues me verront marcher seul ? » (demande à Jean-Jacques, il marche seul dans les rues de Lisbonne ou quelque chose),
  • « Je ne sais pas si je sais arriver mais je sais partir » (n’hésite pas, vraiment),

argh.

  • Voix insupportable de mignardise,
  • faiblesse musicale d’une chansonnette pataude,
  • texte piètrement benêt :

quelle déception d’entendre ça ce soir !

 

 

Heureusement, succède à cette erreur de set-list un sommet du répertoire : « Phase Dance », proposée en version guitare-piano – on aurait préféré guitare-contrebasse ou guitare-batterie, mais bon…

  • Efficacité du thème,
  • solo de guitare ajoutant de la fougue au swing,
  • solo de piano percussif quoique un peu sage :

on prend ! Le titre suivant envoie tambourin et grosse caisse. Solo du drummiste. Retour de Pat Metheny en mode jazz psyché pour le combo « Round Trip / Broadway Blues », hommage à Ornette Coleman, originellement capté sur Bright Size Life.

  • Basses surproduites (volontairement, pour une fois, l’équilibre sonore n’étant pas le fort de la soirée),
  • saturation décidée,
  • rupture sonore et
  • brio technique

irradient le public, à la fois surpris et surpris d’être surpris (si). Formidable, à ce stade du concert ! Tous les compères reviennent (les lamelles cliquetantes itou) pour « Zenith Blue », dernier titre de la set-list principale. Choix audacieux car thème

  • saccadé,
  • disjoint,
  • complexe.

Après une mise en place impeccable, le solo de Pat Metheny festonne avec ses chères sonorités vintage autour

  • de notes-pivots,
  • d’harmonies qui font récit,
  • de changements de débit imprévisibles et
  • du bénéfice que l’imaginaire peut tirer des chuintements étranges que le zozo sait tirer de sa guitare.

Le solo de Chris Fishman joue sur

  • la célérité,
  • les accords heurtés qui rythment le discours et
  • des moments de respiration qui permettent de déflagrer d’autant mieux ensuite.

Cette liberté-là nous plaît bien… mais c’est la fin du concert. À suivre ?

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