Nicolas Horvath et Yuri Revich jouent Philip Glass, salle Gaveau, 14 juin 2026 – 3/3

Nicolas Horvath et Yuri Revich, salle Gaveau (Paris 8), le 14 juin 2026. Photo : Rozenn Douerin.

Ce dimanche 14 juin, après la pause fraîcheur, les spectateurs de la salle Gaveau reviennent écouter Nicolas Horvath et Yuri Revich – musicien que nos fidèles lecteurs ont pu croiser ici et . Les deux compères ont décidé de claquer une version du concerto pour violon de Philip Glass où le piano se substitue à l’orchestre. Un storytelling enveloppe l’œuvre, composée peu après la mort du papa du compositeur. Retravaillé après sa création pour se structurer en trois mouvements vif – lent – vif, le concerto dégaine la panoplie classique et glassique (je tente) donc accorde un grand rôle aux

  • accents,
  • décalages (binaire contre ternaire) et
  • glissements d’intensité.

La réduction pour piano permet de mieux apprécier les pivotements de dispositifs :

  • accompagnement et soliste (souvent le violon, parfois le pianochestre),
  • solo d’orchestre,
  • dialogue entre les deux entités.

Le violon fait son possible pour nous ébaubir – trop, peut-être, en dépit de la sobriété de l’interprète qui ne s’aboute pas à la volonté du compositeur de l’inciter à en faire des caisses marquant son univers.

  • Bariolages banals,
  • intervalles changeants,
  • discours brisé et
  • harmoniques suraiguës convenues

peinent à ébaubir l’auditoire non pré-convaincu, pas parce que c’est mal propulsé (même si, du fond en haut de la salle, le son du violon peine à s’épanouir, on est à Gaveau…) mais parce que la partition paraît réciter des gammes stylistiques censées « faire Glass » donc laisser peu d’espace à

  • la musique,
  • l’esthétique,
  • l’art,

à quelque chose qui respire un peu autre chose que nos usines avec ou sans cheminée, donc au devoir de faire comme si.
Le deuxième mouvement ne séduit guère plus, euphémisme. La mélancolie, aussi conventionnelle que stagnante, finit par se laisser pimper par le pianorchestre, chargé de booster les bouts de phrase confiées au violon.

  • Les contrechants,
  • l’itération censée être hypnotisante,
  • la langueur du thème

devraient benoîtement nous happer. Comme les spectateurs des balcons qui s’enfuient et contrairement aux fans qui sont à deux doigts de pleurer d’émotion sincère, nous attendons avec hâte la résolution de la chose tant nous avons l’impression d’entendre la musique poisseuse et médiocre – comme il sied – d’un « Faites entrer l’accusé » évoquant un crime commis un petit matin de novembre en Picardie. Un jeudi, sans doute. Quand il pleut. Forcément, on est en Picardie. Bref.

 

Anthony Roth Costanzo et Philip Glass à l’opéra Garnier (Paris 9), le 10 avril 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

Le troisième mouvement  propulse un pianorchestre rythmique qui jouit

  • de ses stagnations motoriques roboratives,
  • du funk de ses emportements,
  • de l’orgasme des boucles et des contretemps, et
  • de son souci de dialogue avec Sire Violon Solo.

L’émulation renaît.

  • L’un stimule l’autre,
  • l’autre défie l’un,
  • les deux se frictionnent fructueusement,

et la coda finale suspend le monde à hauteur de violon. En bis véritable, le troisième mouvement est redonné avec fougue et esprit.

  • Une interprétation magistrale,
  • des spectateurs ébouriffés d’enthousiasme (le triomphe offert aux artistes est tonitruant),
  • un programme puissant même si le concerto, passion de Nicolas Horvath, ne nous paraît pas à la hauteur de sa réputation, peut-être parce que nous ne sommes pas assez glassomaniaque :

quel concert dominical, mes aïeux !

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