Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 7/12

Première de couverture

Dernier disque du dernier volume de l’intégrale des sonates pour piano de Ludwig van Beethoven, c’est parti !
Voici la onzième sonate, l’opus 22, une tétralogie en Si bémol qui se décapsule sur un allegro con brio. C’est un LvB tout feu tout flamme qui embrase le clavier. De mélodie, guère, mais des accords parfaits

  • martelés,
  • égrenés,
  • arpégés,
  • émiettés,

qu’ils relèvent de la tonalité principale ou de ses mutations (bientôt, le Fa se substitue au Si bémol). Dans cette atmosphère plus martiale que poétique, la musicalité se niche dans la variété

  • d’attaques,
  • de nuances et
  • de phrasés.

Elle interroge aussi la capacité de l’interprète à faire sienne une esthétique de l’émiettement, les vagues de notes s’épuisant vite sur la grève de l’inspiration, forçant le compositeur à presque mettre en scène ces flux et reflux de la créativité, entre

  • jaillissements soudains,
  • brisures et
  • introspection préparant le prochain geyser de doubles croches.

 

 

Pierre Réach opte pour la reprise – il l’évite parfois. Ici, le replay a du sens en cela qu’il valorise à la fois

  • la compacité du propos,
  • sa multiplicité contrastée et
  • l’écart entre le dynamisme de l’énoncé et le caractère très tenu de l’inspiration mélodique.

En réalité, Beethoven se moque bien d’écrire un earworm. Il semble beaucoup plus soucieux d’en découdre avec manière d’énergie intérieure, dévorante et débordante, qui donne l’impression de lui échapper aussi bien quand elle sort de la sonate pour envahir le clavier que quand elle se rétracte et ouvre la voie

  • au silence,
  • au pianissimo (ah! cet art du decrescendo !) ou
  • à ce minimalisme harmonique que sont l’unisson et ses octaves.

Donc

  • ça gronde,
  • ça monte,
  • ça jaillit,
  • ça module,
  • ça court d’arpèges brisés en basses entêtées

jusqu’à épuisement du carburant brûlé dans une dernière salve de gammes énoncées avec force octaves et sforzendi.

 

 

L’adagio con molt’ espressione qui suit est forcément d’une autre eau.

  • Tempo apaisé,
  • balancement ternaire rythmé par les accords simples de la main gauche (entre Eb et Bb7/D sur les quatre premières mesures : rien de secouant !),
  • structure nette distinguant le lead à dextre et le ploum-ploum à senestre,

tout paraît calme et enfin propice à la mélodie. Pourtant, le compositeur s’y soustrait en déconstruisant cette attente par

  • un chromatisme envahissant,
  • une ornementation abondante qui peine à masquer un certain piétinement, et
  • un recours aux accords parfaits égrenés fort banalement.

Bref, rien de mignard. Pas d’air à siffloter. Pas d’envolée immédiatement saisissante. Pas de lyrisme pour faire frissonner l’auditeur. Beethoven ne renie pas le procédé qu’il a mis en place dans le premier mouvement : interroger des motifs minimaux

  • (un accord,
  • un rythme,
  • une microcellule de quelques notes)

comme pour gratter le vernis et découvrir ce qui se cache derrière. À l’interprète d’habiller ce vide plein de sons. Pierre Réach l’auréole

  • d’une pédalisation maîtrisée,
  • d’un toucher résolument pluriel et
  • d’une palette de nuances diaprant la sobriété en la parant de reflets inattendus et saisissants.

Chemin faisant,

  • d’audacieuses modulations parfois brutales (ainsi du surgissement inattendu du Sol et de son dézingage immédiat autour de 3’10),
  • la surexploitation du chromatisme, ainsi que
  • la propension
    • à l’épuisement des motifs,
    • à l’itération de segments ou de formules reconnaissables, et
    • à leur déguisement sous des chapelets de triples croches

sertissent la recherche dans un écrin riche de sa pauvreté. De quoi nourrir la curiosité pour les deux derniers mouvements que nous découvrirons dans une prochaine notule. À suivre !


Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
Pour retrouver le grand entretien que Pierre Réach nous a accordé en 2022, c’est .

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