
« El pelele » d’Enrique Granados, sous-titré « escena goyesca », ne fait pas partie des Goyescas d’Enrique Granadaos, une série de six pièces réparties en deux livres, mais elle en reprend le principe synesthésique tâchant de faire résonner la peinture dans la musique. Ester Pineda y confirme sa recherche d’une interprétation libérée du clinquant, y compris dans le prélude « brillant ».
- Les notes,
- la célérité et
- l’esprit
sont là, mais tout se passe comme si l’interprète préférait se concentrer sur le texte plutôt que sur l’effet que sa dextérité produira sur l’auditeur. Rien de spectaculaire, donc, si ce n’est
- l’efficacité du staccato,
- la vigueur des
- trilles,
- mordants et
- appogiatures, et
- la justesse des choix d’agogique.
La pédalisation titille l’oreille par sa générosité. Elle semble nimber le pantin évoqué par le titre dans une atmosphère onirique fort intrigante. N’en demeurent pas moins
- l’efficacité des octaves ascendantes,
- le vrombissement des fusées montant vers les suraigus puis redescendant, et
- la netteté roborative des accords répétés.
On goûte
- les nuances, jamais criardes,
- la place accordée à la respiration qui rend vivante l’évocation, et
- la manière
- de poser ici la phrase, là l’harmonie,
- d’étager les plans sonores,
- d’introduire gracieusement une modulation, bref,
- d’associer
- lisibilité,
- caractérisation et
- cohérence dans la diversité, autant d’éléments qui constituent la musicalité spécifique de cette version.
Le programme Granados est complété par les quatre miniatures des Cartas de amor. En effet, à côté des huit « valses poétiques », le compositeur a griffonné quatre « valses intimes » surtitrées Lettres d’amour, à commencer par un « Cadencioso » (rythmé) en La. C’est mignon tout plein et agréablement contrasté entre l’élégiaque partie A confrontée à la tonique partie B.
« Suspirante » est un soupir en Mi qui joue sur le contraste entre les moments a tempo et les ralentissements de pulsation. « Dolente », plainte en la mineur, joue sur les notes additionnelles et, çà et là, des harmonies chopiniennes. « Appassionato » en ré mineur, tierce picarde exclue, se nourrit
- de la souplesse rythmique,
- des contrastes de registre et
- des chocs rythmiques.
Ce parcours dans la partie peu connue du catalogue d’Enrique Granados n’est pas sans charme ; il est même cohérent avec le refus de l’artiste de partir dans des interprétations enflammées. Toutefois et ce nonobstant, un p’tit mot dans un livret moins étique que le feuillet offert avec l’album physique aurait pu expliquer le choix de l’interprète d’offrir un voyage en terra rara plutôt qu’un parcours dans des steppes moins anecdotiques et potentiellement plus conformes au projet annoncé par le titre du disque. L’exploration reste néanmoins à suivre dans une prochaine notule !
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