
Ester Pineda consacre la première partie de ses Évocations ibériques à l’écriture espagnole baroquo-classique. Elle extirpe donc d’un certain oubli Sebastián de Albero (1722-1756), qui ne peut pas avoir été qu’un mauvais bougre puisqu’il a sévi comme organiste, et à la chapelle royale de Madrid s’il-vous-plaît.
L’interprète choisit la pièce la plus basique qui puisse être : une sonate en Ut, la deuxième de son recueil principal. Do, c’est vraiment la tonalité de base : pas d’altération, éventuellement quelques accidents. On attendra quelques siècles avant de s’imposer des farces comme les tonalités de la bémol mineur ou de Sol bémol. Ô temps béni de l’harmonie !
L’allegro ternaire revendique sinon une urgence, du moins une envie voire une énergie. Il y a
- des appogiatures fondues dans le mouvement (donc des contretemps),
- des trilles impatientées,
- des sautes d’octaves réjouissantes en questions-réponses.
Rien d’hispanisant mais, justement, sans doute une volonté de la pianiste de sortir le stéréotype hispanico-ibérique
- des castagnettes,
- de la pompe du soleil et
- des massacres de taureaux
pour l’inscrire dans une histoire musicale plus occidentale que nationalement excentrée.
- Les ajouts opportuns d’ornementation aux reprises,
- les variations d’accents,
- l’art de glisser les modulations de tonalité et de mode
contribuent à l’intérêt guilleret de cette découverte.
Organiste itou, ce qui dit beaucoup de bien de lui, José de Larrañaga (1728-1806) était un moine basque dont un florilège a été édité et adapté par Antonio Ruiz-Pipó – certes, en soi, c’est pas une information super intéressante, mais ça le devient un peu plus quand on sait que l’arrangeur est aussi le gars qui a composé le bis, dédié à l’interprète, qui conclura le disque – résultat, la partition n’est pas trouvable en liberté sur Internet ce qui, pour un mec mort il y a 220 ans, est un rien dommage. D’emblée, Ester Pineda envoie du peps d’emblée :
- netteté de l’articulation,
- tonicité du bariolage,
- différenciation des registres (basses sacrément funky, aigus joliment émoustillants).
L’interprète galbe
- nuances,
- tenues et
- attaques.
En dépit d’un propos peu saisissant, l’écoute permet de savourer
- des unissons gourmands,
- des répétitions étincelantes et
- des trilles toujours fringantes.
De quoi se préparer avec gourmandise à sauter dans l’évocation ibérique plus typique que nous apprécierons avec deux pièces d’Isaac Albéniz dans une prochaine notule. À suivre !
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