
Entouré de Cécile Bourcier (violon), Miguel Filipe (vibraphone, percussions et, hélas, voix) et Christophe Cravero (piano), dans une mise en scène de Samuel Achache et sur des arrangements de Florent Hubert, Thomas Fersen traînait tantôt sa silhouette sur la scène de La Scala Paris pour y narrer les aventures mexicaines d’un grand dadais dégingandé. Avec, soudain, une question…
À quoi servent des musiciens
S’ils ne jouent pas leur instrument ?
À accrocher (et c’est fort bien)
En rythme et rigoureusement
Cravates, chapeau et lunettes
Sur l’escogriffe de service
Qui ressemble à une vedette.
L’homme n’est pas fait que de vices.
Celui-ci aime à écouter
En forêt les cris des aras ;
Et puis, va, tant qu’à visiter,
Il explore, abandonné là,
Le fantôme d’un vieil hôtel
(Moins pour le lieu, nous semble-t-il
Que pour employer « haridelles »).
Dans la piscine, un crocodile
Ne paraît point être en plastique.
Le héros s’en méfie à temps
Pour éviter à ce loustic
De roter en le dégustant.
Après quoi, ça s’agite un brin.
On prend un micro, on le jette.
Dans un strip-tease presque coquin,
Tout en enlevant ses lunettes,
On se déplume des cravates
Et on fait ce que fait tout homme
Quand il fantasme et qu’il se tâte :
On rêve de Cuba, de rhum
Et de filles conséquemment.
Chorégraphier la pachanga,
Tous aiment ça, hormis qui ment.
Comme un légionnaire bon gars,
Ça sent le sable chaud, ici,
Les mojitos, les souvenirs
D’Hemingway ou de ses sosies.
Après, laissant là les nadirs
Qui nous enfoncent dans les landes
Des échecs et des dépressions,
On passe une, deux, trois guirlandes
De fleurs, on boit une pression
(Au moins pour la rime), et c’est marre.
Dans une Chevrolet pour douze
Qui ressemble à un corbillard,
On chante et on entend le blues
Joyeux des papillons jolis.
Ce qui doit arriver arrive :
On croise un mollet, on y lit
L’âme de l’amour. On dérive
Entre très, très peu d’espagnol
Et un petit peu d’italien.
C’est comme dièses et bémols,
Les langues, ça ne sert à rien
Sinon à se parler d’amour
Tandis que, pour créer du lien,
Le faire nous suffit toujours.
Quand le reptile devient mule
Et que le beau chat est botté,
On prend quelques pas de recul
Pour se juger, un brin flatté,
Digne d’un grand esprit de France.
N’a-t-on pas eu onze en philo
Quand on a passé le bac ? Chance
Que ce si lumineux halo
Laissé derrière nous par les
Exploits qu’on a su accomplir !
Las, pour notre flasque dadais,
L’hésitation est bien le pire
Des sujets de dissertation
Quand, au fond, le cœur du débat,
Est – allons, allons, simplifions :
J’y va-t-y ou j’y va-t-y pas ?
Le paradis au clair de lune
Alterne avec des moments noirs
Comme on se finit à la prune
Quand on est dans les territoires
Et qu’il n’y a trop rien à faire
À part, si, se saouler d’ennui.
Alors va pour le jus d’enfer
Qui fait un peu baisser la nuit
Comme un cachet de dépressif.
Il faut abandonner Cuba.
Tant pis s’il s’agit d’un poncif :
La vie, c’est des hauts et des bas.
Quand on s’ennuie, tout se dégrade.
On laisse pendre ses bretelles.
On ouvre les cadeaux en rade.
On se souvient qu’on est mortel
En allant au zoo local
Voir un jaguar qui dépérit.
Bref, quand le cafard est total,
Autant revenir à Paris.
Faut-il ressusciter un mort ?
Ranimer du canard confit ?
C’est que s’est cassé un ressort.
Aussi, pour réparer la vie,
De maman mange-t-on les frites,
Les tartines qu’elle a beurrées,
La poire qu’elle pèle – et, vite,
On se consterne, on est navré.
Et, là, on s’imagine un double
Pour vivre une autre vie en prime.
Quand ta vie ne vaut pas un rouble,
Fonce et t’en remets à Didyme.
Va pour Thomas, va pour la gloire
Et pour les Louis’ qui vont avec.
Quand t’es paresseux comme un loir,
Mieux vaut avoir quelques kopecks
Car « la vie semble plus facile
Quand on est quelqu’un de connu.
Reste à prier sainte Cécile. »
Il semble qu’elle ait entendu.
Pour trouver une autre recension versifiée, c’est ici ;
pour se souvenir d’un concert fersénien de 2013, c’est là
alors que sur ce là là, on se pourra souvenir d’un concert de 2017.