
Après la sonate de Camille Saint-Saëns, le clarinettiste Luigi Magistrelli et sa pianiste Claudia Bracco optent pour un tube : l’arrangement pour cor anglais et piano, réalisé par Alfred Piguet, de la « Pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel. Résultat ?
- La sobriété du prélude est bien respectée.
- L’exposition du second thème témoigne d’un réel souci de phraser.
- La chaleur de la sonorité réjouira les amateurs d’une clarinette généreuse voire – même dans cette partition – solaire.
- La dernière exposition du thème, avec bariolage au piano, ne manque pas d’expressivité.
Certes,
- la tendance du soliste à pousser les sons tenus,
- sa méfiance devant les nuances piano tendant à limiter le spectre d’intensités finalement utilisé,
- des changements de registre parfois malmenés (le passage de la à ré à 1’35, par exemple),
- des sonorités quelquefois curieuses (le mi à 2’14),
- des ruptures de legato surprenantes (la coupure avant le la à 2’20),
- des octaviations graves qui arrivent sporadiquement au risque de fissurer l’unité de la mélodie,
- des accents pouvant paraitre saugrenus comme le ré à 3’17 (l’accent est demandé sur le mi, pas sur la fin de l’arpège en triolets), et
- des choix d’interprétation rares (la dernière note dévolue à la clarinette est généralement posée après l’arpège du piano)
sont susceptibles de titiller l’oreille de mélomanes pointilleux. Du moins ne s’agit-il pas d’une lecture lisse et calfeutrée dans une transparence ennuyeuse !
S’ensuivent les rares Variations sur un air du pays d’oc (en l’espèce « Se canto ») de Louis Cahuzac, initialement écrites pour clarinette et orchestre ou harmonie.
- Introduction solennelle et interprétée avec tact par Claudia Bracco.
- Trait du soliste et cadence troussée avec énergie et, cette fois, nuances.
- Exposition du thème joliment harmonisé et accompagné avec le soin que l’on connaît désormais à Claudia Bracco.
La première variation, « allegretto vivo e leggiero » sautille et laisse les doigts se dégourdir avec une apparente insouciance bienvenue. Une tourne thématique pour le piano plus tard, la deuxième variation « alla polacca » danse avec
- astuce,
- liberté et
- influx.
Une amusante tourne alla polacca du piano, et voici la troisième variation en mineur. L’andante presque funèbre se métisse de couleurs plus ambiguës grâce
- aux triples croches,
- aux trilles et
- aux presque incessantes suspensions de discours.
En ratiocinant, on pourrait regretter que l’abus de réverbération rende les repentirs de montage plus audibles (7’54), mais cela relève du détail, peut-être même d’une hallucination auditive. La quatrième variation, de retour en majeur et non précédée par la réexposition du thème, est une course à la virtuosité et au souffle long : le terrain de jeu idéal pour Luigi Magistrelli.
- Treizolet,
- trilles,
- sautes d’octave
sonnent comme à la parade jusqu’au finale conçu pour faire « grand effet ». Objectif atteint ! La musique n’est pas follement passionnante, mais il est joyeux de voir resurgir des pans méconnus et peu fréquentés du patrimoine clarinettologistique. De plus, le plaisir d’un exercice de doigts et de cage thoracique
- sympathique,
- bien mené et
- enlevé avec aisance
ne doit jamais être boudé sous peine d’être virtuellement considéré comme un crime contre l’humanité. Enfin, je crois : je ne suis pas juriste. Dieu m’en préserve, même si les risques sont extrêmement faibles. À suivre !
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