
Bon, avouons-le tout rond : on est un peu gêné aux entournures d’aller dans le musée éphémère de Bernard Arnault.
- Son business,
- son management,
- son mépris tant de l’intérêt général que des clampins que nous sommes
n’est pas de nature à nous inspirer une inclination sans partage à son endroit. Néanmoins, l’avantage
- des riches exilés fiscaux maîtrisant l’optimisation – autrement dit l’arnaque financière et fiscale,
- des exploiteurs sans scrupule et
- des, disons, filous patentés capables de graisser la patte à la justice pour s’en sortir blanc bleu quand ils sont pris la patte dans une confiture bien dégueulasse,
c’est qu’ils ont des relations. Donc qu’ils sont capables d’appeler leurs copains, et pas, doit-on le préciser ? pour se faire un kebab porte de Vanves, ce que nous déconseillons, d’ailleurs, d’expérience : c’est vraiment pas bon. Non, eux, s’ils décrochent leur bigophone en or massif en consultant leur répertoire qui pèse bonbon à Genève, c’est pour que leurs soces raboulent leurs tableaux afin de fomenter une exposition maousse costaud. La preuve avec l’événement incroyable qu’est « Gustave Fayet, collectionneur-créateur », visible jusqu’au 8 mars. Le résultat s’en ressent. Il est
- clinquant,
- hénaurme et
- maladroit.
Clinquant, il l’est grâce à l’accumulation de tableaux suivant le fil rouge de la collection de Gustave Fayet, un mec qui vivait soit
- dans un hôtel particulier du septième,
- dans un château ou
- dans une abbaye qu’il a les moyens de retaper de fond en comble.
Dire qu’il a collectionné les plus grosses stars de la peinture de son époque est à la fois vrai et faux. Vrai, car il a détenu à foison et sans exhaustivité
- des Renoir,
- des Matisse,
- des Pissarro,
- des Gauguin,
- des Redon et
- des Van Gogh, dont le tableau habilement monté en épingle parce qu’il n’a « plus été montré en France depuis 1937 » (mais comme son propriétaire est un pote de Nanard, ça passe).
Faux car Gustave Fayet était moins un collectionneur qui avait du goût qu’un spéculateur qui avait du pif. Il possédait des œuvres
- qu’on lui donnait,
- qu’il commandait ou
- qu’il achetait
puis les échangeait ou les vendait. Un gros travail semble avoir été mené pour déterminer les centaines d’œuvres qu’il a détenues, parfois à vie, souvent pour quelques mois maximum. Par ailleurs, le type se piquait d’être artiste et businessman de son art. Comme le mari d’Eva Gonzalès, croisée tantôt ici et là, créait des produits dérivés en s’appuyant sur le travail de son épouse, Gustave Fayet peignait et développait des papiers peints où s’exprimait son goût complexe pour la symétrie (et le fric).
Le visiteur de l’exposition temporaire de la fondation Louis Vuitton, lourdement chargée en gardiens (cela se peut comprendre, vue la valeur des machins présentés sur les cimaises, mais c’est parfois lourdingue quand on veut admirer un tableau situé dans un angle) et en alarmes-détecteurs de mouvements rendant la visite auditivement pénible, doit donc s’attendre à un mélange d’éblouissement devant la quantité de toiles de maîtres assemblée et d’indigestion rendant difficilement sapide la déambulation. En effet, une exposition temporaire, monothématique ou non, est d’ordinaire problématisée. Ici, la seule règle (pas toujours respectée) est que ce qui est présenté doit avoir été possédé par Gustave Fayet ou être en lien avec lui. L’on peut ainsi découvrir que l’abus
- de beau,
- de remarquable et
- de dingodingue,
surtout quand, pour les riches, l’art n’est souvent qu’une affaire obscène d’exhibition voire de purification de la thune, et cette exposition le démontre, peut nuire à la capacité d’émerveillement d’un visiteur en lui donnant ce que nous appellerons, en ces termes choisis propres à nous autres PAS spécialistes experts ès beaux-arts, un sentiment de chpoufi-chpoufa. Lequel sentiment n’était peut-être pas étranger au gus, puisqu’il n’a jamais eu simultanément tous les tableaux ici présentés.
Comment une émotion aussi inconvenante à l’aune des chefs-d’œuvre (mais pas que) exposés est-elle possible ? À mon avis, c’est l’une des questions qui seront abordées dans une prochaine notule.
À suivre !