« Clarinet with a French Flair » (Cascavelle) – 6/7

Première de pochette

Le dernier volet de notre fenêtre sur la clarinette alla francese selon Luigi Magistrelli s’ouvre, en réalité, sur deux compositions suisses puisque signées René Gerber, que nous avons eu souventes fois l’occasion d’évoquer sur ce support ainsi que dans un ample article sur la catalogue du musicien intitulé « 233 nuances de René Gerber (ou presque) » in : Jean-Jacques Perrenoud (dir.), René Gerber, compositeur, homme de l’art (Château & Attinger, 2020). Même si ce n’est pas très French, c’est un joli cousinage qui a du sens pour un label où l’essentiel de l’œuvre de René Gerber a été discographiée.
Il s’agit de deux compositions pour clarinette seule écrites en 1970. La première, la plus ambitieuse, s’intitule Six variations sur un thème romantique. Le thème, moderato, en do mineur, se fonde sur une structure ABA’ :

  • descente diatonique (Ut – Si bémol – La bémol),
  • volutes aspirant à l’aigu,
  • retour de la formule liminaire enrichie de doubles croches et de rythme pointé.

Luigi Magistrelli en propose une lecture audacieuse, associant

  • la solennité de A,
  • l’élan presque précipité de B, et
  • l’urgence quasi bancale de A’.

La première variation permet de profiter

  • de la sonorité chaude des médiums,
  • de l’attention au phrasé et
  • du souci de nuancer

dont fait montre l’interprète. Dans la deuxième variation, majeure, alternant doubles – sextolets de doubles – doubles par quatre, on goûte

  • les différents détachés proposés par Luigi Magistrelli,
  • son désir d’incarner librement le texte via une juste agogique, et
  • son art de faire rebondir les notes répétées.

La troisième variation, moderato molto, revient au mode mineur en enquillant des triolets que perturbent des changements de mesure (4/4, 3/4, 2/4, 4/4). S’y dégustent

  • l’inclination de René Gerber pour la modulation éphémère,
  • la précision des phrasés du clarinettiste et
  • sa technique superlative qui lui permet de souffler des pianissimi impressionnants.

Retour au majeur pour la quatrième variation, un allegretto qui s’ouvre presque sur la citation de l’incipit du célèbre « Choral du veilleur » de Johann Sebastian Bach (le motif réapparaîtra vers la fin du segment). Le compositeur s’empresse de la fondre dans un style guilleret où se mêlent

  • doubles pour lancer la dynamique,
  • appogiatures pour impulser le groove,
  • points d’orgue pour créer un suspense narratif inattendu et
  • notes répétées pour que les oreilles de l’auditeur rebondissent avec la clarinette.

 

 

Si l’on reste encore surpris par le choix de Luigi Magistrelli de laisser fluctuer certains sons tenus (2’45), on embarque avec lui pour la cinquième variation, mineure, au goût de lamento.

  • Le mode,
  • l’usage du registre grave et
  • le tempo moderato

contrastent malicieusement avec la variation primesautière qui l’a précédée.

  • Ritendi,
  • changement de mesure et
  • respirations

respectent l’esprit à la fois grave et, un temps, cantabile, qui sourd de ce segment. Comme de juste, la dernière variation est une synthèse de ce qui précède, rendant compte des frictions entre les variations. Elle est à la fois en mode mineur, et « en mode brillant », comme diraient les djeunses s’ils écoutaient plus René qu’Aya.

  • Les doubles croches,
  • le large spectre de registres convoqués et
  • le souffle de l’interprète qui lui permet de déployer les traits sans les saucissonner

gomment largement un montage toujours aussi rustique (patch à 4′) pour donner à savourer une musique

  • simple (c’est pas une insulte),
  • efficace (non plus) et
  • astucieuse (en réalité, y a pas d’insulte, dans cette notule, donc restons enthousiastes et nonobstant paisibles).

En complément du programme suisse et en écho à l’autre œuvre de concours d’André Messager jouée un peu plus tôt, Luigi Magistrelli propose un « Morceau de lecture à vue » de René Gerber. Dans le cadre d’un disque studio, nous sommes résolument sceptique quant à l’intérêt d’inclure un tel exercice visant à jauger la capacité d’un candidat à se dépatouiller avec une partition au premier regard, mais supputons que c’est une manière de rendre hommage à René Gerber en estimant que, même contraint par un genre codifié, il continue de produire du René Gerber. L’allegro scherzando en Si bémol

  • sautille,
  • module et
  • joue avec les grands écarts de notes, souvent délicats en première intention.

Luigi Magistrelli en propose une lecture propre et énergisante… qui nous pousse à préserver le suspense et à garder la recension du « Thème et variations » de Jean Françaix qui clôt le disque pour une prochaine notule. Ce n’était pas prévu, mais faut-il toujours tout prévoir dans la vie en général et les notules culturelles en particulier ? Vous avez quatre heures. Ou plus. Ou moins. Vous êtes libres, en fait. Au moins sur ce plan !


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Pour l’acheter moins gratuitement, c’est par exemple là, mais pas le même « là », bien sûr.

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