Pat Metheny, Le grand Rex, 22 juin 2026 – 1

Première du disque, notre appareil photo ayant été confisqué à l’entrée (mais pas les autres photophones, bref)

C’est le grand soir. Après un rendez-vous raté à la Philharmonie pour cause de Covid annulant les concerts et sauvant la République, je vais enfin entendre le mec qu’un prof de musique un peu dingue (il y a prescription, on peut nommer Philippe Di Maria, qui projetait à ses petits cons d’élèves – j’en étais – et du Metheny et du Raoul Petite, entre autres) m’a fait découvrir et qui m’a accompagné depuis ce choc de la découverte que, parlant de Léo Ferré, le chanteur François Marzynski, alors adolescent, a parfaitement résumé en disant : « Je comprends rien à ce qu’il dit, mais nom de Zeus, qu’est-ce que ça a l’air important ! »
Voilà peut-être le génie du gars : jazzman jusqu’au bout des chaussettes, il s’adresse à tous, mais pas en se putifiant, fût-ce avec talent. Il explore. Il tente. Il ne montre rien, ne démontre pas, inutile.

  • En acoustique avec contrebasse,
  • en trio,
  • en grosse formation,
  • en musique de film,

il trace sa route. Sa créativité – mot qui va souvent revenir dans les histoires à venir, autant être prévenu – fait fi des chapelles. Ce gars a un étonnant mojo. Et il arrive pour l’étape parisienne de son impressionnante tournée européenne avec de l’envie et un nouveau groupe, au premier rang duquel Chris Fishman (valeureux artisan chargé de sécher les larmes des fans de feu l’artiste Lyle Mays) aux claviers, et l’exceptionnel Joe Dyson à la batterie.
Après une entrée façon fanfare des musiciens, le son envoie du pâté survolté issu du dernier album : « In on it ».

 

 

L’exposition du thème s’éventaille, et hop, sur

  • la digitalité virtuose,
  • les octaves en irisation,
  • les glissendi,
  • la clarté d’une ligne quasi continue et
  • quelques boucles qui vont bien,

le tout porté par une contrebasse savante et intuitive, et par une pulsation des cymbales qui fait la job. Le solo de Chris Fishman sur sons vintage, histoire de prolonger le décor auditif, épouse la complexité harmonique du titre mais peine à l’outrepasser par une intuition complémentaire. Heureusement, Joe Dyson le complémente par des interventions fractionnées particulièrement punchy.
Pat Metheny offre alors un prélude solo à l’un de ses tubes, « Bright Size Life ». Son solo incroyable

  • mâchonne le thème,
  • le répudie,
  • le régurgite,
  • l’éloigne,
  • l’auréole,
  • l’évoque à travers d’autres rythmes,
  • s’enflamme à coup d’accords obstinés.

On a beau savoir qu’il a dû soloïser un milliard de fois sur le machin, on est saisi par

  • sa spontanéité apparente,
  • son intelligence du son et
  • sa musicalité.

L’excellent contrebassiste (Jermaine Paul, nous souffle-t-on) prend le relais pour jouer

  • le contretemps,
  • le changement de registres, et
  • le groove de la célérité.

 

 

La version live de « Don’t look down » insiste moins sur l’impulsion qui embrasait la version studio, peut-être afin de favoriser la fructueuse tension entre fluidité et ruptures, chère à Patrick.  La guitare s’élève du ternaire pour créer un balancement planant qui feuillette au fil du temps les plis et replis du thème. C’est la fête

  • des petites saucisses qui courent,
  • de l’harmonie qui s’enrichit sans cesse, et
  • de l’inventivité (j’ai pas encore répété « créativité »).

Le solo de piano assume les flux et reflux de l’inspiration propres à l’improvisation sincère. On goûte dans cette proposition

  • la promenade dans les registres medium et aigus,
  • la maîtrise savante des règles et
  • l’alternance de tonicité et des doigts déliés…

sans pour autant que, as far as we’re concerned, l’admiration technique ne se transforme en incrédulité musicale. En revanche, gros big up à la capacité du groupe à rythmer cet hymne complexe sous son apparence de simplicité, en dépit des miaulements fort superfétatoires de Leonard Patton, aussi inutile comme percussionniste – son apport au groove est et restera nul – que comme vocaliste à

  • la justesse,
  • l’intonation et
  • l’intuition

faiblardes au regard des musiciens monstrueux qui l’entourent. Pat Metheny profite d’une nouvelle guitare pour propulser ses chers sons vintage – le violon échantillonné d’Ornette Coleman, nous glisse un « connaisseur » (en anglais dans le texte) – avec la triplette gagnante :

  • sons plus longs donc plus malléables,
  • ligne plus entêtée,
  • triomphe d’un suraigu euphorisé.

Le titre bénéficie d’un retour au calme que diapre une coda suspendue. Magistral.

 


 

À suivre.

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