Fruits de la vigne – Mee Godard – Beaujolais Villages 2023

Photo : Bertrand Ferrier

Les amateurs de gamay se réjouissent : ce cépage souvent traité avec mépris par de grosses entreprises de vinasse se voit parfois traité avec respect par des domaines plus confidentiels. Or, aujourd’hui, on envoie du pâté avec une quille estimée en sortie de cave à 17 €, ce qui est cossu, et disponible pour une margeounette supplémentaire chez certaines caves parisiennes bien achalandées, dont Mes accords mets vins – ce lien n’est pas sponsorisé, ce que je trouve fort regrettable, bref.
Il s’agit d’un beaujolais d’appellation morgon enveloppé du storytelling le plus nul du monde puisque, à deux-trois mots près, il pourrait s’appliquer à n’importe quel château. Dans ce monde bousculé, arrêtons-nous cependant pour jouir du balabala grotesque de communicants sans aucun respect pour la spécificité du client bref, sans la moindre vergogne ; et, avec eux, chantons, extatiques, les poncifs du genre.

  • Ha, le « terroir d’exception », ha !
  • Ha, la « quête incessante de l’excellence », ha !
  • Ha, la « vision claire » et la « sensibilité unique de la vigneronne », ha !

Bref, pour une bonne rigolade, cliquez ici. Ce nonobstant, et hop, revenons à l’essence-ciel (le site du domaine m’a inspiré, j’ai même pensé écrire encore plus n’importe quoi que d’habitude afin d’être au niveau, mais je craignis que nul ne vît la différence). Autrement dit, quid du liquide ? Sa robe

  • est claire (en deux mots),
  • tire sur le monochrome griotte et
  • allie légèreté propice aux reflets et concentration au fond du puits.

Son nez refuse d’éclabousser l’odorat. Il préfère

  • l’élégance d’une discrétion assumée,
  • les ondulations d’une fraîcheur herbacée et
  • les échos fruités où tintinnabule une fraise mutine – voilà, je commence à être au webniveau, je crois.

La bouche est la première bonne surprise de la dégustation. Impossible de ne pas saluer

  • la franchise de la première intention,
  • la riche complexité du retour et
  • l’étonnante longueur en bouche qui équilibre et bonifie le breuvage.

Confrontée à une bavette d’aloyau joyeusement acoquinée à l’ail, la tisane dévoile la seconde bonne surprise de la séance. Elle se révèle

  • douce mais résistante,
  • singulière mais complémentaire, et
  • dotée d’une personnalité propre mais apte à chanter en duo.

L’association fonctionne bien, alors qu’elle n’était pas évidente et alors que le vin pouvait supporter encore quelques années de garde. Mais voilà : il arrive que les surprises soient aussi simples que quand « on boit un verre de vieux ciel » et « trinque avec le petit dieu des fourmis » pendant que, devant nous, « un arbre dort dans ses branches sans délacer ses souliers » (Serge Pey, Mathématique générale de l’infini, Gallimard, « Poésie », 2018, p. 225). Force reste à Bacchus !

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