
L’étape parisienne de la tournée européenne de Pat Metheny (faut suivre) n’a fait l’impasse – et c’est heureux – ni sur de nouveaux titres, ni sur des classiques, comme ce « Better Days ahead », pour lequel percussionniste et contrebassiste désertent la scène. L’ambiance carioca de l’original disparaît, pas la richesse d’impulsions que sous-tend le thème. Le solo du maestro se concentre autour de l’association entre
- virtuosité digitale,
- plaisir de l’itération qui fait headbanguer et
- sursauts revitalisant le groove.
Le clavier qui joue la basse à gauche propose une paraphrase assez plate et pourtant savoureuse car habilement suivie et soutenue par Pat Metheny et Joe Dyson derrière ses fûts. Le titre permet de se goberger d’une tendance de Pat à se laisser aller aux préludes distincts du thème et aux codas profuses, ce qui n’est certes pas pour nous déplaire.
Le deuxième titre en trio, « Timeline », n’est plus vraiment de Michael Brecker depuis que Pat Metheny et ses compères l’ont inscrit à leur répertoire – un concert de 2019 en porte trace, déjà en trio mais avec James Francies à l’orgue Hammond et Marcus Gilmore à la batterie. Le principe fonctionne toujours fort bien, et le solo de Pat Metheny s’y insère avec brio. Le gratteux semble s’étonner, gourmand,
- d’intervalles,
- de liberté de chant,
- de dérivations subites dévalées à toute vitesse, ainsi que
- de reprises et de modifications qui ouvrent de nouveaux chemins de traverse.
Chris Fishman jongle avec trois ingrédients :
- les accords tenus qui planent sur le Rex,
- les accords saccadés et
- les promptes volutes.
Rien d’ébaubissant outre mesure, mais un beau travail. De trop brèves escarmouches solo de la batterie ponctuent et enrichissent la reprise du thème sans remettre en cause la régularité du tempo et des pêches. Joli !
« Make a new world », excellent mid-tempo du dernier disque, rappelle que la tranquillité de la battue n’empêche ni les cahots surprenants ni les sursauts rythmiques
- (accents,
- contretemps et
- suspensions).
Le solo de Pat Metheny joue de la tension entre
- une énergie sempervirens,
- la douceur du substrat thématique et
- le surgissement de trouvailles
- (insistances,
- changements de registres et
- dérapages harmoniques contrôlés).
Le solo du piano
- prend le temps du crescendo,
- se désiste en faveur du clavier aux sonorités vintage et
- cherche à s’envoler entre fusées digitales et attaques plus ou moins développées.
Le groupe revient au complet pour clapper sur « The first circle » avec, comme armes supplémentaires, une guitare type électro-acoustique pour Pat Metheny et le mystérieux clavier augmenté qui déclenche le tintement des lamelles métalliques. Bien que ce soit un ultraclassique, on reste sous le charme
- de la richesse du thème,
- de l’originalité du traitement jazzistique
- (claps,
- sonorités,
- construction) et
- de la maîtrise collective dans la restitution de ce gros morceau du répertoire methenyque.
Tant pis si le solo de piano séduit d’abord en refusant les formules préfabriquées pour se chercher avec franchise… mais sans véritablement éblouir, à l’arrivée, par une créativité spectaculaire. Disons que la prise de risque valait l’écoute !
À suivre…