Pierre Réach joue huit ultimes sonates de Beethoven (Anima) – 2/12

Pierre Réach – Intégrale Beethoven, volume 4 – Première de couverture

Malin comme un singe, Pierre Réach entame le quatrième volume de son intégrale avec une sonate qui, pardon pour elle, ne paye guère de mine.

  • Sans titre infusé par un éditeur en quête de sexytude (ce n’était que la troisième de Louis de Bétove, comme stipuleraient les débiles qui, encore aujourd’hui, évoquent avec dévotion Jean-Sébastien Bach),
  • sans réputation grandiloquente,
  • sans originalité formelle,

l’œuvre claque pourtant deux premiers mouvements originaux et punchy. Ses deux derniers épisodes seront-ils à la hauteur ? (Bah, je sais, mais, parfois, le teasing est joyeusement léger, parfois, c’est moyen et, pour cette notule, je l’admets, tout laisse à supputer que l’on était dans la mauvaise moyenne.)
Le troisième mouvement, allegro, est un scherzo où la légèreté du toucher de Pierre Réach fait merveille. Dans une posture tonale indécise, la tune ose

  • le pétillement,
  • l’irritation et même
  • la fureur.

 

 

Le trio double l’énergie ternaire, la mesure à 3/4 passant officieusement à 9/8. En presque clair : y a toujours trois temps, mais y a trois croches par temps au lieu de deux dans la logique du 3/4, ce qui veut dire que les saucisses s’agitent plus et le swing tinte davantage.

  • L’aisance digitale de l’interprète,
  • son sens de la respiration,
  • son art de l’articulation,
  • sa science de la pédalisation

saisissent l’esgourde de l’écoutant et ne la lâchent plus. Le grondement de la coda conduit à un allegro assai toujours ternaire (en 6/8, cette fois). Pierre Réach l’attaque avec une forme d’ébriété – lui que nous n’avons jamais connu que sobre – tant

  • ses accords volent sur le clavier,
  • ses doubles croches s’amusent,
  • ses nuances éclairent avec un naturel confondant,
  • ses contrastes semblent sourdre du texte et non de la volonté de l’interprète.

 

 

Sans doute à force de fréquenter une œuvre sourd-il non pas une familiarité mais une forme de liberté intérieure qui donne de l’air à la poussière, de l’aisance au respect, du naturel aux foucades du compositeur.

On est saisi par la fluidité que trouve Pierre Réach dans le tortueux.

  • Il ne suave pas le rugueux, il le rend perceptible.
  • Il ne lisse pas le rocailleux, il astuce un chemin.
  • Il n’aplanit pas le pentu, il le rend désirable.

Il y a

  • du naturel dans sa restitution,
  • du vivant dans cette exécution,
  • de l’envie dans cette restitution.

Loin d’une proposition engoncée dans une idée componctueuse de l’Intégrale Des Sonates De Beethoven,

  • ça va de l’avant,
  • ça a de l’allant, bref,
  • ça groove et on headbangue volontiers sur ces octaves qui pulsent (à notre échelle, headbanguer est un compliment physique adressé à l’interprète et, éventuellement, au compositeur).

Une proposition

  • virtuose,
  • musicale et
  • pensée

qui donne hâte de vous retrouver pour raconter la sonate opus 10 n°2. À suivre !


Pour écouter gratuitement l’intégralité de ce quatrième volume, c’est ici.
Pour retrouver le grand entretien que Pierre Réach nous a accordé en 2022, c’est .

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