
Voilà donc la vingt-septième sonate pour piano de Ludwig van Beethoven (« donc » parce que l’on a raconté des bribes de son abondant storytelling lors de la précédente notule). Pour ouvrir le bal, un mouvement à jouer « avec vivacité et, d’un bout à l’autre, avec sentiment et expression ». Le musicien suit docilement les instructions de sorte que, sous ses doigts, l’incipit hésite entre bondissements et élégance timide. L’auditeur se délecte des à-coups
- de nuances (sforzendi versus pianissimi),
- de tempi (« in tempo » versus ralentis), et
- de structure rythmique (ensemble de quatre versus triolets ou sextolets).
Pierre Réach les rend savoureux par son goût pour un jeu droit, soucieux de la partition et jamais tenté par la mignonnité, et hop, ce qui serait fâcheux dans une sonate de LvB.
- Des accords répétés,
- des contretemps et
- des bariolages intensifs
semblent lancer l’affaire. Fausse piste ! La narration
- se suspend à nouveau,
- menace de se dissoudre dans le silence puis
- se cabre sous l’effet
- de notes,
- d’intervalles et
- d’accords tous trois répétés.
Aussitôt, la partition change son fusil d’épaule et revient à la légèreté et à la fluidité ; mais, une fois de plus, l’atmosphère est bousculée, à présent par le retour du motif liminaire, presque féroce à force de tonicité. Il faut
- de la douceur,
- du sens du surgissement et
- de l’explosivité
pour raconter les méandres d’un mouvement volontiers
- imprévisible,
- troué,
- suspendu,
- inflammable et
- porté par un trouble que prolonge joliment un dernier retour de motif soufflé sotto voce.
Le deuxième mouvement, en Mi désormais majeur, est « à jouer sans trop de vélocité et très chantant ».
- Mélodieux mais résolu,
- léger mais parcouru de tensions,
- cohérent mais prompt à virer casaque,
ce second épisode régale par son mélange
- de grâce,
- de précipité d’idées et
- de contrastes consubstantiels au compositeur et plus que soigneusement pensés et rendus par l’interprète.
Le développement se nourrit
- de modulations,
- de facéties rythmiques et
- d’itérations
qui ne lâchent point l’oreille de l’auditeur. On essaye de ne plus s’étonner de la capacité du pianiste à associer
- rejet de l’univocité,
- respect du texte,
- intelligence musicale et, semble-t-il,
- souci de garder une cohérence narrative à travers les mutations brutales ou tuilées,
mais c’est tâche difficile. En effet, aussi à l’aise dans
- le soyeux,
- le rugueux ou
- l’étoffe bien coupée de l’allant qui ne barguigne pas,
Pierre Réach signe ici une interprétation séduisante d’une sonate étonnante et entêtante. À suivre !