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Le blog de Bertrand Ferrier, page 303

Trilogie de mi-mars, 2 : vivent les djeunses !

Trilogie de mi-mars, 1 : vive saint Patrick !

Yves Henry, Institut Goethe, 14 mars 2017

Photo : Rozenn Douerin

Trois en un – c’est la promesse du récital exceptionnel d’Yves Henry, pianiste virtuose et prof dans les plus grands conservatoires français.
D’abord, il s’agira d’un rĂ©cital pĂ©dagogique. Pourvu d’un Pleyel de 1839 et du grand piano de concert BlĂ¼thner de l’institut Goethe, l’interprète propose un rĂ©cital idĂ©alement agencĂ© – si idĂ©alement, mĂªme que le texte dit par le prof aurait peut-Ăªtre parfois gagnĂ© Ă  Ăªtre raccourci, tant la dĂ©monstration en musique se suffit presque Ă  elle-mĂªme. Le concert  commence au Pleyel pour Schubert, Chopin et Schumann ; la transition se fait sur le « Widmung » schumannien revisitĂ© par Liszt, intelligemment jouĂ© sur les deux pianos ; et le rĂ©cital proprement dit s’achève, avant les bis (qui alterneront sur les deux instruments), sur le grand BlĂ¼thner, rĂ©servĂ© Ă  Liszt, Borodine, Rachmaninov et Dukas.
Ensuite, il s’agira d’un rĂ©cital de virtuose connaisseur. Connaisseur, l’homme Ă  la blanche crinière l’est tant qu’il est sans cesse invitĂ© Ă  toucher des claviers romantiques ayant appartenu aux compositeurs vedettes d’antan – circonstances pour lesquelles il a engrangĂ© un rĂ©pertoire riche et spectaculaire. Virtuose, Yves Henry n’a pas mĂªme besoin des Å“uvres les plus injouables au programme ce soir pour prouver qu’il l’est. Dès l’impromptu D899, qui ouvre le show sur un Pleyel Ă  la fois concentrĂ© et chaleureux, il fait entendre distinctement et avec distinction les fameux trois plans du pianiste poète : la basse, le mĂ©dium des contre-chants ou de l’harmonie, les aigus du thème ou des arpèges d’enrichissement. Gourmand de tubes (dont la « Grande valse brillante » op. 18 de Mr FrĂ©dĂ©ric C.), il n’a pas peur de pièces plus intimistes telles que le « Warum » schumannien qu’apprĂ©ciait tant Liszt et dont il rend Ă  merveille la force d’interrogation existentielle. MĂªme pour qui est un peu fatiguĂ© par l’obsession historiographique rĂ©gnant sur une partie de la musicologie, donc pour qui est surtout las des dĂ©bordements exsudant de cet apport, la finesse du pĂ©dagogue Henry associĂ©e aux moyens superlatifs du musicien Yves convainc pleinement. La première partie du concert, qui s’achève sur la nĂ©cessitĂ© de trouver des innovations techniques susceptibles de permettre les folies lisztiennes, envoĂ»te l’oreille dès que l’auditeur s’est adaptĂ© au son spĂ©cifique qui lui est offert. La seconde partie est un feu d’artifice oĂ¹ Yves Henry avoue presque qu’il a trois bras au bout desquels une dizaine de doigts dĂ©sarticulĂ©s s’agitent. La promesse virtuose est tenue, incluant notamment deux prĂ©ludes de Rachmaninov, pas forcĂ©ment les plus ardus mais clairement pas les pièces les plus accessibles du rĂ©pertoire pianistique, surtout quand il s’agit de faire de la musique avec ces partitions redoutables.
Enfin, il s’agira d’un rĂ©cital de transcriptions. Dans la notice de Orchestral Piano Works, son tout nouveau disque (Soupir Ă©ditions, distribuĂ© par Socadisc et qui souffre de quelques scories de montage, comme sur la fin de la « Valse » ravĂ©lienne, Ă  10’43 et 10’46, par exemple) oĂ¹ se glisse avec humour une prĂ©-transcription en la personne de la Pavane de Maurice Ravel, Yves Henry explique comment cette passion lui est venue, et quelles astuces d’interprĂ©tation il met en Å“uvre pour que le piano « sonne comme un orchestre ». Sur la scène de l’institut Goethe, il dĂ©ploie trois grandes transcriptions : celle qui n’en est pas une (la « Paraphrase » sur Rigoletto que concocta Liszt), et celles qu’il a lui-mĂªme mitonnĂ©es – les cinq danses polovtsiennes issues du Prince Igor d’Alexander Borodine, ainsi que rien moins que L’Apprenti sorcier de Paul Dukas et, dĂ©sormais, Walt Disney. Le rĂ©sultat est impressionnant et rĂ©jouissant tant ces hits sont difficultueux Ă  jouer et ancrĂ©s dans la mĂ©moire de presque chacun. Or, pour Yves Henry, la difficultĂ© n’est pas une difficultĂ©, c’est un fait. Cette indiffĂ©rence Ă  l’impossible est Ă  la fois son gĂ©nie technique et, sporadiquement, sa faiblesse. En effet, le dĂ©ploiement constant de ces moyens surhumains, mĂªme encadrĂ© par un projet pĂ©dagogique et musical stimulant, peut, Ă  terme, Ă©clipser la musique. Non que le pianiste, soucieux de nuancer et de respirer, oublie le propos sous une dĂ©bauche de notes qu’il Ă©talerait comme on Ă©tale ses lettres au Scrabble, selon l’expression du musicologue Patrick Bruel ; juste que l’attention de l’auditeur Ă©baubi par une avalanche de notes et une surenchère d’effets Ă  dĂ©corner les taureaux – cette attention, donc, risque de se laisser absorber par la dextĂ©ritĂ© au dĂ©triment de la poĂ©sie.
Est-ce Ă  dire que la performance masque l’art ? La dialectique est connue, le reproche proche et re-proche de la mauvaise foi. Toutefois, il semble que l’artiste lui-mĂªme anticipe sur cette rĂ©crimination de mauvais coucheur en proposant, en dernier encore, une pièce « très facile » (la Berceuse op. 57 de Chopin, pas si facile que ça, oh non), comme s’il s’agissait de se dĂ©barrasser de la virtuositĂ© Ă©bouriffante pour revenir Ă  une musique plus intimiste, Ă©grenĂ©e sur le Pleyel. Dès lors, le bĂ©mol que nous esquissions pour ce rĂ©cital qui n’en manquait pas (les bĂ©mols pullulaient dans les Å“uvres choisies !) pointe, en rĂ©alitĂ©, l’originalitĂ© du projet, dont tĂ©moigne, dans une dichotomie visuelle plus symbolique que pragmatique, la prĂ©sence de deux instruments – l’un issu de l’intimitĂ© des salons, l’autre conçu pour l’extimitĂ© extravertie des concerts pyrotechniques. Fin capitaine de soirĂ©e, le pianiste navigue de l’un Ă  l’autre. Entre savoir-jouer, connaissance de l’instrument, talent d’interprĂ©tation et science de la transcription, Yves Henry a rĂ©ellement proposĂ©, ce 14 mars au soir, un rĂ©cital irrĂ©el, singulier et sidĂ©rant. C’était chouette d’y pouvoir assister, bien que, comme tous les concerts organisĂ©s par François SegrĂ© pour Socadisc et l’institut Goethe, la manifestation eĂ»t affichĂ© complet.

Autant dire qu’il faut s’y prendre dès maintenant pour rĂ©server en vue du concert du 4 avril, proposant un ensemble de « trios avec piano » de TchaĂ¯kovski, Brahms et Rachmaninov. Le programme est plus que très extrĂªmement prometteur, d’autant que, cerise sur le clafoutis, un p’tit coup convivial est offert aux auditeurs après… coup.
En rĂ©sumĂ©, les rĂ©citals Socadisc forment une sĂ©rie de concerts passionnante, accessible car organisĂ©e par le distributeur qui propose les disques de l’artiste Ă  la sortie, et recommandable en tout point (qualitĂ© des interprètes, intĂ©rĂªt des programmes d’une durĂ©e parfaite – y compris quand le rĂ©cital promis pour une heure dure une heure vingt tant Yves Henry sait Ăªtre gĂ©nĂ©reux, gentillesse de l’accueil des autochtones de l’institut Goethe, et modicitĂ© des prix – mĂªme si, sur ce point, je dois admettre mon statut de gros connard de privilĂ©giĂ© de merde, puisque je suis invitĂ©… et Ă©conomise donc entre 5 et 10 €). L’Ă©ducation de certains spectateurs – contre les bavardages fussent-ils pĂ©dants, les bruitages papiĂ©ristiques ou l’usage très agaçant de l’iPhone, par exemple – serait un plus, mais au parfait costume, nul n’est tenue, je sais que cette blague n’est pas Ă©vidente mais je la laisse quand mĂªme, bref.

Gling glang glong

… et ce dilemme d’organisateur, en fin de quĂªte-après-un concert-Ă -entrĂ©e-libre : je donne ce reliquat, l’artiste me prend pour un pingre mĂ©prisant ; je donne pas, je l’arnaque de plusieurs centimes (moins vingt pour cent). Argh.

Mister Jo, première


C’Ă©tait mois de mars, un jeudi 9 au soir. Orbor lançait son cabaret, titulĂ© « Mister Joke », avec Lermite et succès. Stand-uppers, comĂ©diens, improvisateurs et chansonneurs remplirent promptement la salle du sous-sol pour applaudir les autres et chercher quelques brava pour soi-mĂªme parce que charitĂ© bien ordonnĂ©e, blablabla. Implacable, j’y infiltrai des Ă©lĂ©ments-clefs de mon programme politique contre la Glotte sèche.

Et comme, dans cette ambiance joyeusement foutriquette, certains semblaient perdre la tĂªte tout en prenant leur pied, j’ai poursuivi dans la veine de la chanson anatomique en explorant cette fois d’autres parties du corps humain. En l’espèce, Le nez de ton cul.

Prochain Ă©pisode, qui promet d’Ăªtre tout aussi illuminĂ© : ce jeudi 16 mars. Rens. sur l’hyperlien du dĂ©but.

Une nuance de Gris


Ce moment oĂ¹, en sortant de l’Ă©glise après un enterrement, tu pourrais sentir comme une certaine incitation Ă  la dĂ©pression. Alors, tu lèves les yeux au ciel. Not a good idea.

Trilogie improvisée, 2

On aime, on n’aime pas, mais on fait pas « bof », disait ce grand critique qu’Ă©tait Supernana from Skyrock.
Merci, donc, Vincent, pour cette vidĂ©o attentive et flatteuse. Et merci, donc aussi, aux curieux bienveillants qui viendraient taquiner de l’oreille, voire des oreilles, l’octavin, la doublette et la soubasse de 16.
PrĂ©cĂ©dente fĂªte disponible ici. Prochain et dernier Ă©pisode dans sept jours, hop-lĂ  !

Fellag, ThĂ©Ă¢tre du Rond-Point, 10 mars 2017

Fellag se prend la tĂªte. Photo : Rozenn Douerin.

Avec Bled runner, Fellag faufile une compilation de ses sketchs prĂ©fĂ©rĂ©s. Depuis fin fĂ©vrier jusqu’au 9 avril, il comble le ThĂ©Ă¢tre du Rond-Point six jours par semaine, dans une salle mixant AlgĂ©riens d’origine et ces gens qu’une cochonnerie de premier ministre appelle des « Blancos ». Fils de pied-noir, et pourquoi pas, nous allĂ¢mes goĂ»ter Ă  ce mĂ©tissage pour une fois intelligent.
Afin d’axer ce florilège, Fellag, Ahmed Madani et son metteur en scène, Marianne Épin (compagne de la vedette, nous dit la chronique people mais le dossier de presse la prĂ©sente comme sa complice, donc le dĂ©tail ne nous regarde pas), choisissent un dĂ©roulĂ© chronologique qui zoume sur l’enfance algĂ©rienne de l’artiste-personnage.
Le projet : conter avec humour, ironie et causticité, la vie d’un p’tit Mohamed, dit Mouloud, né en 1950 en Algérie. Loin de la vulgarité communautariste des habituels one-man-shows, Fellag joint aux échos autobiographiques un art consommé du comédien et une acidité pétillante d’auteur qui font mouche quelles que soient les autobiographies des spectateurs (Algériens émigrés, hexagonaux souchiens, fils de sales et méchants fils de colonisateurs, curieux impartiaux, etc.).
Le spectacle s’articule autour d’une sĂ©rie de tableaux allant de quelque dix minutes Ă  quelques dizaines de secondes, et son efficacitĂ© naĂ®t pour partie de ces contrastes rythmiques. Si les lumières de Christophe Sechet ne sont pas Ă  la hauteur (pourquoi ces significations diverses des noirs ?), si les vidĂ©os de Quentin Vigier restent d’anecdotiques excuses Ă  la mĂ©diocritĂ© du dĂ©cor, si l’apparition de Mitterrand au lieu de Chirac illustre curieusement les attentats de 1995 (fin du règne : 17 mai, dĂ©but des attentats : 25 juillet), si la diction prĂ©cipitĂ©e du dĂ©but entraĂ®ne de nombreux bĂ©gaiements, un manque de puissance et quelques dĂ©rapages bĂ©nins qui se rarĂ©fient par la suite (comme si le brillant acteur voulait rappeler qu’il est humain), si l’excellent gag costumier de la danse des femmes sĂ©duit… puis déçoit a posteriori parce qu’il n’a pas de successeurs aussi fouillĂ©s dans la suite du spectacle (pour 38 € le billet de base, plus cher que le moindre billet d’opĂ©ra, le financier qui galère en nous estime que c’est in fine un peu lĂ©ger), Fellag rĂ©ussit pourtant Ă  sĂ©duire. En utilisant des formes d’humour ultra-variĂ©es (situations, dĂ©calages, parophonies, Ă©nigmaticitĂ©, rĂ©pĂ©tition, exotismes assumĂ©s, audaces autorisĂ©es Ă  un AlgĂ©rien, complicitĂ© avec les arabophones n’oubliant jamais les seuls francophones, mauvaise foi exacerbĂ©e…), en s’appuyant sur son art du jeu et du rythme, l’artiste clownesque-mais-pas-que Ă©blouit par sa capacitĂ© Ă  incarner, Ă©crire et surpasser son apparent stress liminaire afin de proposer un spectacle qui sait Ăªtre Ă  la fois corrosif sans Ăªtre jamais excluant – la traduction systĂ©matique des formules arabophones n’est pas que pratique : elle est signifiante en cela qu’elle crĂ©e une union entre le lĂ -bas et l’ici, quels que soient les auditeurs.

Fellag souriant. Photo : Rozenn Douerin.

En dire plus serait sans doute en partie dĂ©samorcer le plaisir du spectateur. Nous pouvons juste garantir l’euphorie intranquille que suscite ce numĂ©ro multiple, Ă  la fois fort drĂ´le, intelligent et percutant, qui dit avec finesse les ambiguĂ¯tĂ©s de la relation algĂ©ro-française – lesquelles ne sauraient Ăªtre subsumĂ©es par les lĂ¢ches repentances des pantins si couards qui naviguent dans les hautes sphères politiques et veulent mĂªme devenir pacha Ă  la place d’un pacha tout aussi pleutre (comme la couleur). L’illustre la grossièretĂ© des AlgĂ©riennes postĂ©es devant nous : vulgaires, arnaquant leurs frères, bruyantes, lĂ¢chant Ă  haute voix des commentaires stupides, inintĂ©ressants ou redondants, tripotant leur portable visuellement fort ennuyeux malgrĂ© les demandes du thĂ©Ă¢tre (qui n’a pas osĂ© intervenir, par peur suppute-t-on) et de l’artiste, habile, sont-elles juste des femmes mal Ă©levĂ©es ou des spĂ©cimens de cette FrançalgĂ©rie non digĂ©rĂ©e, assez cultivĂ©e pour venir dans un thĂ©Ă¢tre des Champs-ÉlysĂ©es et assez sĂ»re de son communautarisme pour mĂ©priser les autres spectateurs sans risque de verte remontrance ? Ă€ l’évidence, la puissance spĂ©culaire du thĂ©Ă¢tre Ă©tait Ă  l’œuvre ce vendredi soir, entre scène et salle. Preuve, s’il le fallait, que Fellag est un très remarquable auteur-acteur.
PS : avant d’acheter votre billet, glissez un regard vers le site de Carrefour oĂ¹ se vendent des billets authentiques avec, parfois, des rabais de 50%.

Fellag manuel. Photo : Rozenn Douerin.

Does it ring a bell to anyone?


ArrivĂ©e des nouvelles cloches Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe. Objectif : remplacer les cochonneries de hauts-parleurs encore en fonction. Voici donc, juste après dĂ©ballage, les petites nouvelles…


… les moins petites nouvelles…


… la vedette…


… le marquage…


… et la signature du campaniste.


Bref, tout ou presque est prĂªt pour la bĂ©nĂ©diction.


Pour les gourmands, rendez-vous ce samedi 11 mars, à 18 h, pour une brève cérémonie exceptionnelle qui aura lieu 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg / Paris 8 / M° : Place de Clichy.

Dr Jekyll has a new enemy

… and my guitar and I will be part of the gang.