Blog

Le blog de Bertrand Ferrier, page 303

Fellag, ThĂ©Ă¢tre du Rond-Point, 10 mars 2017

Fellag se prend la tĂªte. Photo : Rozenn Douerin.

Avec Bled runner, Fellag faufile une compilation de ses sketchs prĂ©fĂ©rĂ©s. Depuis fin fĂ©vrier jusqu’au 9 avril, il comble le ThĂ©Ă¢tre du Rond-Point six jours par semaine, dans une salle mixant AlgĂ©riens d’origine et ces gens qu’une cochonnerie de premier ministre appelle des « Blancos ». Fils de pied-noir, et pourquoi pas, nous allĂ¢mes goĂ»ter Ă  ce mĂ©tissage pour une fois intelligent.
Afin d’axer ce florilège, Fellag, Ahmed Madani et son metteur en scène, Marianne Épin (compagne de la vedette, nous dit la chronique people mais le dossier de presse la prĂ©sente comme sa complice, donc le dĂ©tail ne nous regarde pas), choisissent un dĂ©roulĂ© chronologique qui zoume sur l’enfance algĂ©rienne de l’artiste-personnage.
Le projet : conter avec humour, ironie et causticité, la vie d’un p’tit Mohamed, dit Mouloud, né en 1950 en Algérie. Loin de la vulgarité communautariste des habituels one-man-shows, Fellag joint aux échos autobiographiques un art consommé du comédien et une acidité pétillante d’auteur qui font mouche quelles que soient les autobiographies des spectateurs (Algériens émigrés, hexagonaux souchiens, fils de sales et méchants fils de colonisateurs, curieux impartiaux, etc.).
Le spectacle s’articule autour d’une sĂ©rie de tableaux allant de quelque dix minutes Ă  quelques dizaines de secondes, et son efficacitĂ© naĂ®t pour partie de ces contrastes rythmiques. Si les lumières de Christophe Sechet ne sont pas Ă  la hauteur (pourquoi ces significations diverses des noirs ?), si les vidĂ©os de Quentin Vigier restent d’anecdotiques excuses Ă  la mĂ©diocritĂ© du dĂ©cor, si l’apparition de Mitterrand au lieu de Chirac illustre curieusement les attentats de 1995 (fin du règne : 17 mai, dĂ©but des attentats : 25 juillet), si la diction prĂ©cipitĂ©e du dĂ©but entraĂ®ne de nombreux bĂ©gaiements, un manque de puissance et quelques dĂ©rapages bĂ©nins qui se rarĂ©fient par la suite (comme si le brillant acteur voulait rappeler qu’il est humain), si l’excellent gag costumier de la danse des femmes sĂ©duit… puis déçoit a posteriori parce qu’il n’a pas de successeurs aussi fouillĂ©s dans la suite du spectacle (pour 38 € le billet de base, plus cher que le moindre billet d’opĂ©ra, le financier qui galère en nous estime que c’est in fine un peu lĂ©ger), Fellag rĂ©ussit pourtant Ă  sĂ©duire. En utilisant des formes d’humour ultra-variĂ©es (situations, dĂ©calages, parophonies, Ă©nigmaticitĂ©, rĂ©pĂ©tition, exotismes assumĂ©s, audaces autorisĂ©es Ă  un AlgĂ©rien, complicitĂ© avec les arabophones n’oubliant jamais les seuls francophones, mauvaise foi exacerbĂ©e…), en s’appuyant sur son art du jeu et du rythme, l’artiste clownesque-mais-pas-que Ă©blouit par sa capacitĂ© Ă  incarner, Ă©crire et surpasser son apparent stress liminaire afin de proposer un spectacle qui sait Ăªtre Ă  la fois corrosif sans Ăªtre jamais excluant – la traduction systĂ©matique des formules arabophones n’est pas que pratique : elle est signifiante en cela qu’elle crĂ©e une union entre le lĂ -bas et l’ici, quels que soient les auditeurs.

Fellag souriant. Photo : Rozenn Douerin.

En dire plus serait sans doute en partie dĂ©samorcer le plaisir du spectateur. Nous pouvons juste garantir l’euphorie intranquille que suscite ce numĂ©ro multiple, Ă  la fois fort drĂ´le, intelligent et percutant, qui dit avec finesse les ambiguĂ¯tĂ©s de la relation algĂ©ro-française – lesquelles ne sauraient Ăªtre subsumĂ©es par les lĂ¢ches repentances des pantins si couards qui naviguent dans les hautes sphères politiques et veulent mĂªme devenir pacha Ă  la place d’un pacha tout aussi pleutre (comme la couleur). L’illustre la grossièretĂ© des AlgĂ©riennes postĂ©es devant nous : vulgaires, arnaquant leurs frères, bruyantes, lĂ¢chant Ă  haute voix des commentaires stupides, inintĂ©ressants ou redondants, tripotant leur portable visuellement fort ennuyeux malgrĂ© les demandes du thĂ©Ă¢tre (qui n’a pas osĂ© intervenir, par peur suppute-t-on) et de l’artiste, habile, sont-elles juste des femmes mal Ă©levĂ©es ou des spĂ©cimens de cette FrançalgĂ©rie non digĂ©rĂ©e, assez cultivĂ©e pour venir dans un thĂ©Ă¢tre des Champs-ÉlysĂ©es et assez sĂ»re de son communautarisme pour mĂ©priser les autres spectateurs sans risque de verte remontrance ? Ă€ l’évidence, la puissance spĂ©culaire du thĂ©Ă¢tre Ă©tait Ă  l’œuvre ce vendredi soir, entre scène et salle. Preuve, s’il le fallait, que Fellag est un très remarquable auteur-acteur.
PS : avant d’acheter votre billet, glissez un regard vers le site de Carrefour oĂ¹ se vendent des billets authentiques avec, parfois, des rabais de 50%.

Fellag manuel. Photo : Rozenn Douerin.

Does it ring a bell to anyone?


ArrivĂ©e des nouvelles cloches Ă  Saint-AndrĂ© de l’Europe. Objectif : remplacer les cochonneries de hauts-parleurs encore en fonction. Voici donc, juste après dĂ©ballage, les petites nouvelles…


… les moins petites nouvelles…


… la vedette…


… le marquage…


… et la signature du campaniste.


Bref, tout ou presque est prĂªt pour la bĂ©nĂ©diction.


Pour les gourmands, rendez-vous ce samedi 11 mars, à 18 h, pour une brève cérémonie exceptionnelle qui aura lieu 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg / Paris 8 / M° : Place de Clichy.

Dr Jekyll has a new enemy

… and my guitar and I will be part of the gang.

Pourquoi les concerts chez l’habitant, c’est chaud

– Alors, pourquoi c’est chaud, les concerts chez les gens ?
– Parce que, parfois, chez les yenssses, y a des nanimo.
– Et t’aimes pas ?
– Ben, au contraire. C’est ça, la bouille.
– Comprends pas.


– Tu vois, le problème, c’est pas que c’est moche ou quoi. C’est surtout pas que y a pas Ă  boire ou que les yenssses te disent « mais vous ne buvez pas d’alcool avant de vous produire, je suppute », non, non, non. Mais c’est que y a des nanimo.
– Comprends toujours pas. Comprends mĂªme moins. Tu prĂ©fèrerais qu’y ait pas de… de nanimo, comme tu dis ?
– T’es fou ? Bien sĂ»r que non ! Quand y a pas de nanimo, c’est archidaubĂ© de l’entre-fesses !
– Alors ?
– Ben, quand y a des nanimo, t’as beau avoir rĂ©pĂ©tĂ© comme une touffe pour Ă©bouriffer des yenssses, tu prĂ©fèrerais jouer avec les nanimo plutĂ´t que pour les yenssses. C’est ça, le truc.
– Sinon, t’as les urgences sikatrik. Y a pas de honte Ă  ça, tu sais ?

Ssssécurité, ssssécurité

Qui dit nouvelle cloche, dit garde du corps. Trop de fans de metal in the air.

Trilogie improvisée, 1

Bertrand Ferrier Improvisation I - L'orgue du Saint-André-de-l'Europe Paris VIIIVoir sur YouTube

Première des trois improvisations luxueusement captées par Vincent Hildebrandt. Ce coup-ci, on ne rigole pas à toutes les mesures, mais on peut apprécier fonds, anches et ondulants de cet orgue Delmotte restauré par la Manufacture Yves Fossaert.
Prochain épisode, complètement différent, dans une semaine.

Une ligne de gling, une ligne de glang

TantĂ´t, l’occasion me fut glissĂ©e d’aller partager une scène dans un atelier d’artiste (Paris 18), avec Claudio Zaretti, Antoine Pagnon, Orbor, Lermite et DĂ©borah Bilger. En gros, hein.

L’occasion de propulser des bouffĂ©es de poĂ©sie Ă  la barbe et au Nez de ton cul.

L’occasion, surtout, d’appeler Ă  plus de solidaritĂ© citoyenne afin de collaborer au grand projet de ces annĂ©es : Tuer mon voisin.

Avant de l’envisager, un projet : l’hydratation contre la Glotte sèche.

Le tout pour préserver les relations sociales en général et celles liant Le cordonnier et la princesse en particulier.

Quitte Ă  ce que la critique Elsa se rĂ©fugie, attentive, Ă  l’ombre d’une chaise.

Les voici donc…

Tous ceux qui les ont ouĂ¯s nous demandent si on est sĂ»r qu’ils viendront dans ce trou perdu qu’est Saint-AndrĂ©, Ă  trois minutes de la place de Clichy et Ă  dix minutes de la gare Saint-Lazare. En gĂ©nĂ©ral, on rĂ©pond que ces oufs ont rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois sur zone, qu’ils ont prĂ©parĂ© un programme magnifique et qu’ils attendent leurs fans sur zone, avec Ă©glizchofĂ©, grantĂ©cran, entrĂ©gratwitt, orgressstaurĂ©, enfin, le grokif en somme, mais ça ne doit pas vous faire peur. Normalman, donc, les zozossronlo.

L’homme joue toujours de l’orgue

Les organistes Serge Schoonbroodt et Mark Steffens m’ont invitĂ© Ă  conclure leur grande Ă©mission sur l’orgue en dialoguant joyeusement autour du livre et des organissses. VoilĂ  l’travail, et le lien pour acheter ou racheter le livre, parce qu’il faut bien vivre parfois (j’en entrevois la nĂ©cessitĂ©). Attention : les deux hurluberlus ont choisi de conclure l’Ă©mission sur une musique qui en choquera plus d’un… j’espère.

Projet pour Abel Chemoul

Un jour, je me lèverai et il fera beau. Mais quand ? mystère.