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Le blog de Bertrand Ferrier, page 303

Thomas Fersen, ThĂ©Ă¢tre de l’Œuvre, 23 mars 2017

Thomas Fersen. Photo exclusive pour www.bertrandferrier.fr : Rozenn Douerin.

Étonnant chemin que celui de Thomas Fersen, parti de la pop Ă©raillĂ©e et d’une photo de Robert Doisneau pour construire petit Ă  petit son personnage de chanteur caractĂ©risĂ© par : un physique (tignasse entre Jacques Higelin et Jean Dubois), un univers (brocante foutraque et sporadiquement bretonnisante), une voix (raucisĂ©e par « ces bars un peu glauques » oĂ¹ sa lĂ©gende le reprĂ©sente en train de chanter) et, depuis quelque temps dĂ©jĂ , des « disques concepts » (tournant, cette fois, autour de la ruralitĂ© pour la thĂ©matique et du quatuor Ă  cordes pour l’accompagnement). L’olibrius y ajoute des petits sketchs versifiĂ©s – nous n’avions pu aller Ă  son unique date parisienne, au thĂ©Ă¢tre Antoine, oĂ¹ il leur consacrait un spectacle entier ; en dĂ©pit d’un prix cossu de 38 € pour un placement libre, nous n’avons pas ratĂ©, au thĂ©Ă¢tre de l’Å’uvre, la troisième reprĂ©sentation capitale du spectacle tirĂ© d’Un coup de queue (j’ai pas fini) de vache (Believe). Thomas Fersen non plus ne s’est pas ratĂ©, ouf.

L’Ă©crin du thĂ©Ă¢tre Antoine par Rozenn Douerin

RĂ©volution, c’est le mot-clef du rĂ©cital. En trois acceptions, s’il vous plaĂ®t.

Rozenn Douerin profile Thomas Fersen en esssclusivité pour www.bertrandferrier.fr

RĂ©volution au sens de changement radical, premièrement… et certes pas que parce que « Je fumais dans le pieu » devient « Je fumais de la beuh » : après les mĂ©diocres arrangements du prĂ©cĂ©dent album, l’artiste s’entoure cette fois d’un quatuor Ă  cordes et d’un guitariste-chanteur dont l’utilitĂ©, disons-le, n’est pas flagrante. D’emblĂ©e, on apprĂ©cie de voir des accompagnateurs Ă  l’écoute de l’artiste. Excellents musiciens, ils l’enveloppent d’un Ă©crin sonore agrĂ©able Ă  dĂ©faut dâ€™Ăªtre toujours très inventif – les arrangements de Joseph Racaille savent privilĂ©gier la discrĂ©tion au show-off afin de laisser la vedette Ă , prĂ©cisĂ©ment, la vedette. Dès lors, Thomas Fersen peut dĂ©rouler un florilège de son nouvel album, incluant presque toutes nos chansons prĂ©fĂ©rĂ©es (« Un coup de queue de vache », « Encore cassé », « Tu n’as pas les oreillons », « La cabane de mon cochon ») mais aussi des chansons plus retenues comme « Les petits sabots » ou le dispensable « Testament » de Fred Fortin, concentrĂ©es dans le dĂ©but du spectacle. Avec l’exigence subjective de l’auditeur, on peut nĂ©anmoins regretter au milieu de ces titres l’absence de « As-tu choisi ? », sobre chanson fort bien troussĂ©e qui s’est faufilĂ©e dans la dernière galette.

Le décor évolutif du nouveau tour de chant de Thomas Fersen. Photo pour www.bertrandferrier.fr : Rozenn Douerin.

RĂ©volution au sens d’évolution accĂ©lĂ©rĂ©e, deuxièmement : les chansons sont articulĂ©es, de façon plus ou moins logique, autour de facĂ©ties rimĂ©es que l’artiste Ă©grène avec finesse et gourmandise. Cette facette-ci (ha, ha) de son talent prend de plus en plus de place dans les spectacles du chanteur, peut-Ăªtre parce que la voix souffre mais pas que, car jamais cette dĂ©lectable manie ne paraĂ®t envahissante ou prĂ©texte Ă  Ă©vacuer la partie chantĂ©e. La diversification est menĂ©e avec art et s’insère fort bien dans la construction du spectacle. En prime, elle rĂ©duit Ă  nĂ©ant l’inquiĂ©tude de voir la vedette s’embourber dans les eaux sympa mais vite lassantes des « karaokĂ©s pour instit’ », oĂ¹ une section rythmique de base permet aux spectateurs BCBG de chanter les tubes du zozo – c’était, Ă  notre sens, le cas en 2013, et nous l’avions regrettĂ©. Pour Ă©viter que les amateurs de nostalgie ne partent trop déçus, Thomas Fersen prend soin d’offrir, dans le dernier tiers de son spectacle, deux de ses titres gold comme « La chauve-souris » et « Monsieur ». Certes, les pièces rapportĂ©es ne sont pas indispensables Ă  l’économie du tour de chant, mais elles rĂ©jouissent les fans restĂ©s bloquĂ©s sur ce qui reste sans doute le meilleur disque de l’artiste, 4. Cette « obligation » Ă©vacuĂ©e, le spectacle se clĂ´t sur « La pachanga » et « Big bang » en bis, titres du dernier disque, rĂ©ellement interprĂ©tĂ©s par leur auteur.

Chut fersénique clichéisé pour www.bertrandferrier.fr : Rozenn Douerin

Voilà le troisièmement de la révolution : celle du tour complet, du retour paradoxal… à la nouveauté. Et voici aussi ce qui séduit chez Thomas Fersen : sans aller jusqu’à la radicalité d’une Anne Sylvestre qui tenait à chanter tous les titres de son dernier disque quand une tournée suivait, l’interprète se concentre sur ses nouvelles chansons et ose un renouvellement, cette année parfaitement séduisant. En conclusion, un concert assumé avec élégance et humour. Ici, l’intelligence pétille ; et la musique des mots rejoint le plaisir des ritournelles-que-l’on retient. C’est cohérent, original, drôle-mais-pas-seulement et finement troussé : respect, Mr Fersen !

Un extrait de Thomas Fersen par Rozenn Douerin

ThĂ©Ă¢tre de l’Œuvre. 28 mars – 1er avril, 19 h. 35 €.

Mister Jo(ke), 16 mars 2017

RĂ©invitĂ© Ă  partager quelques instants la scène du cabaret organisĂ© par Orbor au Mister Jo Club, j’ai acceptĂ© d’y participer seul mais avec ÉlĂ©gance. Tout moi.

Messages privés

Souvent, je reçois des messages d’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©s sur Facebook, accompagnĂ© de photos de filles en ou sans petite tenue. Pour tous ceux qui voient la vie en gris, Ă  travers des barreaux et une vitre sale, peux pas m’empĂªcher de  partager les plus meilleurs.

  • « Je brĂ»lais au moment oĂ¹ quand quelqu’un me accompagner avec chaleur roucoulait baratin Ă  l’air libre ou fermĂ© Ă©quivaut tĂ¢tonner me plonger dans mon corps, chasse au souffle m’a conduit vers le haut de la luxure, mais qui est cette personne. »
  • « Donc la beautĂ© de ces jours, s’il y a une vie solitaire compagnon, je ne peut pas comme ça, personne ne veut me consoler quand je suis seul. »
  • « Il y aura poursuite sans fin vous me rendre fou et quand l’option est le foie vers le bas …? Quoi qu’il en soit pris … ce jour est très important pour moi Vous Ăªtes la rĂ©ponse. »
  • « Je suis venu ici avec une intention sĂ©rieuse de trouver mon homme, vraiment mon peuple, mon ami, mon amant, mon mari, mon ami – quelqu’un qui le fera vraiment moi et qui sait, que les mots love, traitement et contemplation, ne perdent pas leur sens pure dans la vie en ce moment et c’est encore ici sont des femmes, qui peuvent Ăªtre la valeur de lâ€™Ă¢me et de personnalitĂ© plus, de richesse ou de prospĂ©ritĂ©. Je suis sĂ©rieux au sujet ici et j’aimerais rencontrer un homme qui traitera avec respect et aura la bonne volontĂ© et sincère. Échangeons de tendresse, de soins et d’amour. »
  • « Nous aimons tout ce qui est de bonnes nouvelles attirent normal. Nous avons besoin chaque jour pour notre plaisir et bonne fortune. Attendons. »
  • « Bonjour garçon. Sexy et cornĂ©e. J’aime la fantaisie, vous ne pouviez pas rĂªver de cornĂ©e. Je suis toujours excitĂ©e, je suis jeune, mais dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©, vous bĂ©nĂ©ficierez. Entrez et nous allons avoir du plaisir. Je vais montrer mon corps sexy et courbĂ©e. »
  • « S’il y a un Ă©vĂ©nement ce soir? Si non, me accompagner pour ce soir dans le lit! J’attends Ă  l’hĂ´tel pour la nuit! »
  • « Bonjour cher Avez-vous une tĂªte avec des pensĂ©es Ă©rotiques? Venez Ă  moi, je vais vous parler de tous mes fantasmes sales! N’attendez plus, parce que vous me manquez pour venir et d’aventure chaud. »
  • « Je vais vous faire fou avec mes vĂªtements et regarder tout le temps! Comme pour partager ce que je dois et vous rendre heureux. »
  • « Homme intelligent avec un bon sens de l’humour peut mon attention. Si vous Ăªtes l’un de ceux que je veux absolument me rendre visite. Et je vais vous satisfaire ici. »
  • « Beau jeune corps serrĂ©. Regardant un mec sexy pour baiser ma chatte serrĂ©e. Je veux jouer bientĂ´t. »
  • « Si vous ne voulez pas me ajouter Snapchat vous? Il pourrait Ăªtre amusant si plus tard, nous envoyons des photos et des vidĂ©os hot hot que possible. »
  • « Sexy et sinueuse. I love fantasmes coquins, Ă  partir de laquelle vous ne pouvez mĂªme pas rĂªver. Je suis toujours excitĂ©e, jeune mais dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©, vous pouvez faire un profit. Venez nous allons avoir du plaisir;) Je vais montrer que vous aimez mon corps. »
  • « Ma femme solitaire Ă  la recherche d’un homme qui cherche Ă  Ăªtre un ami de se confier Ă , si je suis chanceux, je vais vous inviter Ă  dormir avec moi et prĂªt Ă  faire quelques jeux lit romantique. »
  • « Bonjour! Je suis une fille sexy, je voulais faire des choses avec vous. comme une date samedi soir, et parler de ce qui est sur votre pikran terminons notre discussion dans ma chambre .kapan autre. ne laissez pas vous regrettez. »
  • « Je suis ici Ă  cause de vous, ouvert et toujours voulu savoir sur le monde du sexe, et je me rĂ©jouis de vous entendre, et je vais vous montrer les seins et vaginale rouge doux pour vous, me trouver. »
  • « Hallo darling Avez-vous envie d’une aventure estivale? Est venu Ă  moi et nous a donnĂ© une chance. J’ai beaucoup d’expĂ©rience et je voudrais partager avec vous. »
  • « Bonjour mon cher! Quelque amusement drĂ´le spĂ©cial que vous voulez avoir? Donc, voyons-moi et profiter de mon spectacle est chaud, je veux vous s’il vous plaĂ®t. J’aime tout ce qu’il. »
  • « Celui qui n’ose pas saisir l’épine devrait jamais envie de la rose. »
  • « Salut les gars, je suis une crĂ©ature de belles jeunes filles. votre rĂªve. Je tiens Ă  indiquer certains will host, qui que vous vous sentiez excitation, j’ai-comme si j’ai ce qui est Ă  cĂ´tĂ© de vous ! »
  • « Hey Single: Je cherche un homme wh0 pourrait faire ma chatte se mouiller. »
  • « DĂ©mangeaisons vaginales pour Ăªtre toujours en contact grand cou, est venu me voir, et faire votre jeu de relations sexuelles avec un brutal, il est parce que je suis ici pour vous. »
  • « Salut comment tout est, est-il de vous qui veulent Ă©changer des idĂ©es avec moi, si vous embrassez ma chatte, et je vais prendre votre grand cou, si vous Ăªtes d’accord avec cela, est immĂ©diatement venu et nous rencontrons ici maintenant. »
  • « Ont peu de vagin est difficile de trouver un grand cou, si vous aimez le vagin le peu que je l’ai, vous toucher avec votre grand cou, je suis sĂ©rieux et toujours en attente pour vous. »
  • « Vous voulez un peu de mon style d’enseignement??? Vous venez sur un talk-show. »
  • « Ma femme aux cheveux bruns qui parle de sexe Je vais vous montrer comme ma grosse poitrine qui semble sexy et va certainement exciter votre imagination Je ne suis pas coquine, je l’aime J’ai vraiment aimĂ© Homme chaud. »
  • « Si vous Ăªtes intĂ©ressĂ© par mon corps chaud, je vais vous montrer un peu plus que moi. Ceci est vraiment cool avec un corps sexy, du sein et le visage assez croustillant.»
  • « Beau foin, si vous voulez voir mon corps sexy est très excitant, je veux aussi voir comment sexy vous laissez-nous partager ici sexy beau. »
  • « Seul dans une pièce ne veut pas dire, quand puis-je atteint un sommet un couple Ă  la recherche d’une date. »
  • « Pas d’amour ici babe? Me rend fou, et je vais vous laisser voir. »
  • « Le pouvoir suprĂªme des plaisirs amour instinct mental et spirituel du sexe et des inondations faveur, Ă´ puissant est venu me accompagner Ă  respirer dans la beautĂ© de tout ce qui libre de me contacter. »
  • « Je tordent de douleur et de vous satisfaire. »
  • « Hommes comme elle savent ce qu’ils veulent et sauvages sexuels pervers ! Visitez moi et me regarder dans la torture et votre fantasme Ă©trangers vous diront BABES attendant souhait de remplir votre DICH ! »
  • « Hallo,,, je suis seul seul dans une pièce sans un homme veut le sexe, mĂªme si j’Ă©tais si extraordinaire, vous accompagner tante maintenant ?? Je vais montrer gros seins corps sexy avant tante attendre ici.»
  • « Je suis si excitĂ©e, après m’avoir regardĂ©, bon, quand vous avez fini, montrez-moi votre bite. »
  • « Hey beau mec, je peux te rendre fou avec ma langue chaude. Aimez-vous la belle courbe des femmes avec de gros seins? Vous Ăªtes au bon endroit, parce que je veux vous battre mon cul et mes gros seins chaud. »
  • « Hey mec, je suis prĂªt Ă  vous rendre très heureux aussi beaucoup avec le temps et la dĂ©pendance. »
  • « Je suppose que je suis une fille qui est vraiment chaude avec passion pour le jeu. La nĂ©cessitĂ© d’avoir des relations sexuelles, je veux avoir des relations sexuelles avec un mec qui pĂ©nis gros !! »
  • « Y at-il des hommes qui pourraient sah mon dĂ©sir cher ..? »
  • « Salut comment sont tous, pour Ăªtre honnĂªte, je suis Ă  la recherche d’un mĂ¢le accro au sexe, et je suis toujours la nuit pour boire un verre de vin.»
  • « Ayons ce soir cher amusant. suivre le lien que je suis ici maintenant. »
  • « J’aimerais Ăªtre votre secret de salope! Kik moi les gars pour nus et sext! »
  • « Fucking, j’étais ennuyĂ© et exité…. Maintenant je veux vous lĂ©cherR banane slimy. »
  • « Vous cherchez des enfants futiles pour s’amuser avec moi ? »
  • « FatiguĂ© et de croisière Ă  travers le site et vous avez pensĂ© que vous regardĂ© amusant cause vous Ăªtes près de moi, me vĂ©rifier, faites-moi savoir si vous aimez mon chiffre. envie d’un chat. »

Et voilĂ .
Mais je veux pas me vanter.

Ça arrive aujourd’hui

Trilogie improvisée, 3

Troisième improvisation captĂ©e par Vincent Hildebrandt, qui explore les charmes du plenum, feat. des anches pas toutes parfaitement justes ce soir-lĂ … des anches, quoi !

Comme un lundi matin

Ce moment oĂ¹ tu dois te remettre aux travaux, et oĂ¹ ton cerveau te crie : « Ça va, un moment, je trouve pu l’interrupteur… »

Trilogie de mi-mars, 3 : vivent les ambitieux !

Trilogie de mi-mars, 2 : vivent les djeunses !

Trilogie de mi-mars, 1 : vive saint Patrick !

Yves Henry, Institut Goethe, 14 mars 2017

Photo : Rozenn Douerin

Trois en un – c’est la promesse du récital exceptionnel d’Yves Henry, pianiste virtuose et prof dans les plus grands conservatoires français.
D’abord, il s’agira d’un rĂ©cital pĂ©dagogique. Pourvu d’un Pleyel de 1839 et du grand piano de concert BlĂ¼thner de l’institut Goethe, l’interprète propose un rĂ©cital idĂ©alement agencĂ© – si idĂ©alement, mĂªme que le texte dit par le prof aurait peut-Ăªtre parfois gagnĂ© Ă  Ăªtre raccourci, tant la dĂ©monstration en musique se suffit presque Ă  elle-mĂªme. Le concert  commence au Pleyel pour Schubert, Chopin et Schumann ; la transition se fait sur le « Widmung » schumannien revisitĂ© par Liszt, intelligemment jouĂ© sur les deux pianos ; et le rĂ©cital proprement dit s’achève, avant les bis (qui alterneront sur les deux instruments), sur le grand BlĂ¼thner, rĂ©servĂ© Ă  Liszt, Borodine, Rachmaninov et Dukas.
Ensuite, il s’agira d’un rĂ©cital de virtuose connaisseur. Connaisseur, l’homme Ă  la blanche crinière l’est tant qu’il est sans cesse invitĂ© Ă  toucher des claviers romantiques ayant appartenu aux compositeurs vedettes d’antan – circonstances pour lesquelles il a engrangĂ© un rĂ©pertoire riche et spectaculaire. Virtuose, Yves Henry n’a pas mĂªme besoin des Å“uvres les plus injouables au programme ce soir pour prouver qu’il l’est. Dès l’impromptu D899, qui ouvre le show sur un Pleyel Ă  la fois concentrĂ© et chaleureux, il fait entendre distinctement et avec distinction les fameux trois plans du pianiste poète : la basse, le mĂ©dium des contre-chants ou de l’harmonie, les aigus du thème ou des arpèges d’enrichissement. Gourmand de tubes (dont la « Grande valse brillante » op. 18 de Mr FrĂ©dĂ©ric C.), il n’a pas peur de pièces plus intimistes telles que le « Warum » schumannien qu’apprĂ©ciait tant Liszt et dont il rend Ă  merveille la force d’interrogation existentielle. MĂªme pour qui est un peu fatiguĂ© par l’obsession historiographique rĂ©gnant sur une partie de la musicologie, donc pour qui est surtout las des dĂ©bordements exsudant de cet apport, la finesse du pĂ©dagogue Henry associĂ©e aux moyens superlatifs du musicien Yves convainc pleinement. La première partie du concert, qui s’achève sur la nĂ©cessitĂ© de trouver des innovations techniques susceptibles de permettre les folies lisztiennes, envoĂ»te l’oreille dès que l’auditeur s’est adaptĂ© au son spĂ©cifique qui lui est offert. La seconde partie est un feu d’artifice oĂ¹ Yves Henry avoue presque qu’il a trois bras au bout desquels une dizaine de doigts dĂ©sarticulĂ©s s’agitent. La promesse virtuose est tenue, incluant notamment deux prĂ©ludes de Rachmaninov, pas forcĂ©ment les plus ardus mais clairement pas les pièces les plus accessibles du rĂ©pertoire pianistique, surtout quand il s’agit de faire de la musique avec ces partitions redoutables.
Enfin, il s’agira d’un rĂ©cital de transcriptions. Dans la notice de Orchestral Piano Works, son tout nouveau disque (Soupir Ă©ditions, distribuĂ© par Socadisc et qui souffre de quelques scories de montage, comme sur la fin de la « Valse » ravĂ©lienne, Ă  10’43 et 10’46, par exemple) oĂ¹ se glisse avec humour une prĂ©-transcription en la personne de la Pavane de Maurice Ravel, Yves Henry explique comment cette passion lui est venue, et quelles astuces d’interprĂ©tation il met en Å“uvre pour que le piano « sonne comme un orchestre ». Sur la scène de l’institut Goethe, il dĂ©ploie trois grandes transcriptions : celle qui n’en est pas une (la « Paraphrase » sur Rigoletto que concocta Liszt), et celles qu’il a lui-mĂªme mitonnĂ©es – les cinq danses polovtsiennes issues du Prince Igor d’Alexander Borodine, ainsi que rien moins que L’Apprenti sorcier de Paul Dukas et, dĂ©sormais, Walt Disney. Le rĂ©sultat est impressionnant et rĂ©jouissant tant ces hits sont difficultueux Ă  jouer et ancrĂ©s dans la mĂ©moire de presque chacun. Or, pour Yves Henry, la difficultĂ© n’est pas une difficultĂ©, c’est un fait. Cette indiffĂ©rence Ă  l’impossible est Ă  la fois son gĂ©nie technique et, sporadiquement, sa faiblesse. En effet, le dĂ©ploiement constant de ces moyens surhumains, mĂªme encadrĂ© par un projet pĂ©dagogique et musical stimulant, peut, Ă  terme, Ă©clipser la musique. Non que le pianiste, soucieux de nuancer et de respirer, oublie le propos sous une dĂ©bauche de notes qu’il Ă©talerait comme on Ă©tale ses lettres au Scrabble, selon l’expression du musicologue Patrick Bruel ; juste que l’attention de l’auditeur Ă©baubi par une avalanche de notes et une surenchère d’effets Ă  dĂ©corner les taureaux – cette attention, donc, risque de se laisser absorber par la dextĂ©ritĂ© au dĂ©triment de la poĂ©sie.
Est-ce Ă  dire que la performance masque l’art ? La dialectique est connue, le reproche proche et re-proche de la mauvaise foi. Toutefois, il semble que l’artiste lui-mĂªme anticipe sur cette rĂ©crimination de mauvais coucheur en proposant, en dernier encore, une pièce « très facile » (la Berceuse op. 57 de Chopin, pas si facile que ça, oh non), comme s’il s’agissait de se dĂ©barrasser de la virtuositĂ© Ă©bouriffante pour revenir Ă  une musique plus intimiste, Ă©grenĂ©e sur le Pleyel. Dès lors, le bĂ©mol que nous esquissions pour ce rĂ©cital qui n’en manquait pas (les bĂ©mols pullulaient dans les Å“uvres choisies !) pointe, en rĂ©alitĂ©, l’originalitĂ© du projet, dont tĂ©moigne, dans une dichotomie visuelle plus symbolique que pragmatique, la prĂ©sence de deux instruments – l’un issu de l’intimitĂ© des salons, l’autre conçu pour l’extimitĂ© extravertie des concerts pyrotechniques. Fin capitaine de soirĂ©e, le pianiste navigue de l’un Ă  l’autre. Entre savoir-jouer, connaissance de l’instrument, talent d’interprĂ©tation et science de la transcription, Yves Henry a rĂ©ellement proposĂ©, ce 14 mars au soir, un rĂ©cital irrĂ©el, singulier et sidĂ©rant. C’était chouette d’y pouvoir assister, bien que, comme tous les concerts organisĂ©s par François SegrĂ© pour Socadisc et l’institut Goethe, la manifestation eĂ»t affichĂ© complet.

Autant dire qu’il faut s’y prendre dès maintenant pour rĂ©server en vue du concert du 4 avril, proposant un ensemble de « trios avec piano » de TchaĂ¯kovski, Brahms et Rachmaninov. Le programme est plus que très extrĂªmement prometteur, d’autant que, cerise sur le clafoutis, un p’tit coup convivial est offert aux auditeurs après… coup.
En rĂ©sumĂ©, les rĂ©citals Socadisc forment une sĂ©rie de concerts passionnante, accessible car organisĂ©e par le distributeur qui propose les disques de l’artiste Ă  la sortie, et recommandable en tout point (qualitĂ© des interprètes, intĂ©rĂªt des programmes d’une durĂ©e parfaite – y compris quand le rĂ©cital promis pour une heure dure une heure vingt tant Yves Henry sait Ăªtre gĂ©nĂ©reux, gentillesse de l’accueil des autochtones de l’institut Goethe, et modicitĂ© des prix – mĂªme si, sur ce point, je dois admettre mon statut de gros connard de privilĂ©giĂ© de merde, puisque je suis invitĂ©… et Ă©conomise donc entre 5 et 10 €). L’Ă©ducation de certains spectateurs – contre les bavardages fussent-ils pĂ©dants, les bruitages papiĂ©ristiques ou l’usage très agaçant de l’iPhone, par exemple – serait un plus, mais au parfait costume, nul n’est tenue, je sais que cette blague n’est pas Ă©vidente mais je la laisse quand mĂªme, bref.