Jann Halexander chez lui, en juillet 2018. Photo : Bertrand Ferrier.
La solitude, c’est un peu comme une noix. De l’extérieur, on voit bien ce que c’est ; mais on ne peut savoir ce que cache cette coquille tant qu’on ne l’a pas brisée. C’est à cette frontière de la brisure que se confronte Catherine Ribeiro. Elle décrit, dans une langue
crue et métaphorique,
directe et imagée,
sans fard et cependant astucieusement partagée entre ombres et lumières,
un mélange
de désir,
de turbulences de la « musique intérieure »,
d’affolement sexuel comme expérience d’un « regard nouveau », et de
cruauté de la perte qui conduit si près de l’être aimé, aussi bien « dans la douceur » du souvenir que « dans le néant » d’un présent tissé
d’absences,
d’abîmes et
de chagrins.
C’est l’intérieur – l’intimité, même – de cette noix que nous découvre Jann Halexander en incarnant plus qu’en interprétant « Carrefour de la solitude », l’un des derniers chef-d’œuvres – composé par Francis Campello – de la chanteuse yéyé repentie, décédée en 2004. Dans le cadre si particulier de la librairie Publico, ça donnait ce qui suit.
C’est le dernier disque studio de la Ribeiro. Trente ans après sa parution, par une coïncidence au moins aussi politique que comptable, il débaroule enfin sur les sites de streaming avant, espérons-le, de gagner à nouveau nos gramophones et autres mange-disques. Même si Catherine Ribeiro n’a jamais été qu’en partie cette pasionaria d’extrême-gauche à laquelle on l’a parfois réduite, fût-ce avec sa bénédiction occasionnelle, il n’est pas innocent de rééditer un de ses disques à l’heure où le néolibéralisme cingle les clampins avec une outrance décomplexée qui n’a désormais plus de limite. Du moins – les stéréotypes sont rarement des types avec un Walkman – est-ce ce que l’on imaginait en apprenant la nouvelle. En réalité, Fenêtre ardente n’a rien d’un disque militant réservé
aux anars nostalgiques,
aux cocos vieillissants ou
aux antimacronistes outragés en quête d’un porte-voix authentique, pas d’un connard soumis, casquette sur le cigare, qui réciterait dans les Zénith la vulgate molle d’un PS emperruqué.
Voilà le premier intérêt de cette réédition, qui semble surtout désigner une mise à disposition sur les plateformes de streaming d’un disque qui ne s’y trouvait pas (pas de remix, pas de bonus track, pas d’interview de l’artiste, de ses collaborateurs ou de ses musiciens, c’est dommage !) : remettre en cause clichés et croyances de ceux qui, comme l’auteur de ces graffitis, ont parfois assez de vapeur pour s’imaginer connaître quelques pans de la chanson française. Admettons notre très grande faute, mais soulignons que ces clichés et croyances participent du succès sourd qui continue d’accompagner le nom de Catherine Ribeiro. Depuis 1993, l’affection un rien mystique pour
son œuvre,
sa voix et
sa personnalité
reste vive chez les chansonnophiles qui ne logent ni leur cœur ni leur cerveau dans leurs chaussettes. Réinsérer un coin dans le juke-box est sans doute le deuxième intérêt de cette réédition. Et son troisième intérêt, c’est de permettre aux curieux de revenir aux sources, c’est-à-dire aux disques solo de la dame, les disques d’Alpes ayant bénéficié d’un suivi moins catastrophique. Outre le contexte politique, le contexte artistique s’y prête. Des initiatives pour raviver ces braises émergent, dont le tour de chant fomenté par l’ami Jann Halexander et autant fredonné que gueulé sur des scènes de théâtre, de péniche ou de librairie, à Paris et ailleurs. On retrouve d’ailleurs Jann et sa structure Purple Shadow Agency, avec laquelle j’ai souventes fois collaboré, dans les trublions qui ont contribué à susciter cette réédition pour le moment digitale, mais qui ne s’interdit pas à l’avenir de lorgner vers le disque physique.
Le disque claque neuf chansons aux textes écrits par l’interprète et aux musiques confiées à des compositeurs variés. À l’iconique Patrice Moullet revient le titre liminaire, « Stress et strass », où la poudrière planétaire est passée au Kärcher de la voix et de l’énigmatique poésie d’une révolte moins explicite que suggérée. L’excellent sax soprano de Xavier Cobo habite un arrangement que plomberaient, sans lui, les synthés surannés et poisseux de Michel Précastelli. Pour qui, comme l’auteur de ces lignes, se prend à aimer davantage les codas développées que les chansons elles-mêmes, ce titre est plus que sapide ! D’autant qu’il précède une demi-surprise…
En effet, on sait peu qu’Anne Sylvestre a composé pour les autres. C’est pourtant le cas pour « Racines », où les arrangements façon religieux synthétique ne brillent pas par leur subtilité. Catherine Ribeiro y pose qu’elle ne croit pas en « Dieu, l’infiniment puissant », parce qu’elle croit en l’ho-om-meuh. Jouant de la gravité de sa voix mutante comme elle jouait jadis de ses aigus, l’interprète nous happe dans le cri d’une femme qui bute et rebute sur la religion tout en se nourrissant de transcendance inspirante et aspirante, que celle-ci soit humaine, collective ou amoureuse. À ce chant non pas d’athée ou d’antithéiste tentée par l’ironie ou la rigolade, plutôt à ce chant d’ivresse ou d’espoir à être plus-que-soi-même, répond en quelque sorte « Les prédateurs », composé par Francis Campello où les guitares prennent enfin leur place. Dans sa veine associant fureur et énigmaticité bien qu’elle fasse résonner la plus explicite « Me v’là » d’Anne Sylvestre, Catherine Ribeiro signe là une chanson qui évoque tant les vampires qui lui ont sucé le sang que la « femme vautour de l’occasion » qu’elle a été. Elle est une première pierre dans le jardin d’une femme en quête de dignité après avoir été lacérée par les griffes des hommes. D’autres suivront.
« L’enfant du soleil couchant », composée par Patrice Moullet, est un des titres-phares qui éclaire le disque d’une lumière aussi douce qu’étrange, avec une connotation rock progressif qu’une partie instrumentale distille avec pertinence. Le texte entortille l’évidence de l’intelligible et la part intime, inaccessible, donc que chaque auditeur peut investir en se reconnaissant
soit dans les paroles,
soit dans les parties chantées sans texte,
soit dans les parties musicales.
(Pour l’anecdote, « Racines », « Les prédateurs » et « L’enfant du soleil couchant » ont été choisies par Jann Halexander à l’occasion de son récital autour des chansons de Catherine Ribeiro.) « Bolide » se présente sous des atours plus disco pour jouer de la fascination-répulsion qu’inspirent les accidents de la circulation ; et c’est une nouvelle chanson sur ces hommes qui fracassent les femmes.Pour l’occasion, la Ribeiro retrouve ses envolées irriguées par la provocation (« Que c’est beau, un type éclaté / dans sa lumière hallucinée ! », « une femme peut-être [?] allongée attend toujours d’être baisée ») et prolongées par des parties instrumentales où la ligne brisée l’emporte volontiers sur l’horizon mélodique. « Le Cerf-volant » développe l’imaginaire de l’enfance, du voyageur, donc de la liberté, du hasard, du désir d’être « échevelée comme un jardin ». On peut regretter que des arrangements en nappe tendent à surligner la pulsion méditative du texte, dont la liberté aurait sans doute gagné à être plus finement accompagnée, donc pulsée. Un deuxième motif instrumental, plus percussif et au potentiel orientalisant finalement peu exploré, même lors de la réexposition finale, se dissout au mitan du titre avec le retour des paroles. Celles-ci décrivent un amour de passage qu’il est difficile de laisser filer comme ce cerf-volant dont « l’enfant-diamant » dénoue le fil (on pense au « Voyageur » que chantera Mama Béa Tekielski dans Indienne, en 1998).
Après trois chansons composées par Patrice Moullet, c’est Francis Campello qui est de service pour forger la musique de « L’amour frappé », troisième épisode dans la dénonciation de la condition féminine. Dans un texte dont l’incipit fait tinter, version trash, « À table », l’un des hits de Jann Halexander, Catherine Ribeiro nous plonge dans ce moment cespéral où la famille se retrouve pour bouffer, picoler et « rafraîchir [ses] moindres pensées » puisque « le temps est la joie » même si tout change, tiens donc, dès les premiers mots échangés. Puis l’enfant, fil rouge du disque, monte se coucher, et le temps devient rabat-joie. Le prédateur fracasse sa femme à poings fermés pour « défigurer ». Sera-ce assez pour inciter la dame à saisir son gamin et à « s’en aller sans se retourner » ? Espérons-le pour elle… et pour cette poétique volontairement manichéenne où
la femme est désir,
l’enfant liberté et
l’homme profiteur sans scrupule.
En soi, la division des rôles ribeirique aurait de quoi faire soupirer si elle n’était pas partie prenante de l’engagement. La chanson n’est pas un lieu de médiation. Elle est saisissement, jaillissement, excès, et contribue à étayer les trois piliers de la vitalité selon Catherine Ribeiro, qui la poussent à la fois
dénoncer les soumissions et se placer du côté des victimes ;
revendiquer la liberté et la louer, y compris en écrivant des paroles pas toujours très claires, qui laissent donc l’interprétation pour partie libre à l’auditeur ; et
assumer la contradiction consubstantielle à la chanteuse qui, simultanément, hait l’homme-oppresseur et rêve de l’homme-matériau de désir, en partie parce qu’il est l’oppresseur à venir.
« Héros zéro », composée par Patrice Moullet, semble évoquer les damnés de la drogue dont, « seringu’s en main », on a « pourri les lendemains ». Résultat, « rouge est le sang de nos enfants » – les enfants, toujours. Les sonorités vintage de l’arrangement resituent cette problématique dans le contexte des années 1990 sans pour autant réduire la chanson à son actualité de l’époque, tant le texte tient à faire, résolument, le pas de côté qui va bien ; et, tant que l’on en jouit, qu’importe si l’on appelle ce pas de côté
poésie,
floutage ou
désincarcération d’un sens trop souvent enfermé dans un signifiant unidirectionnel, qui fait du mot un marteau enfonçant un clou et non une clef ouvrant maints possibles.
« Aria populaire n°9 » (neuf, comme la neuvième chanson de l’album qu’elle est) élimine les mots pour laisser la voix s’exprimer sur une ultime musique de Patrice Moullet, comme un dernier refus de se laisser enfermer dans une gangue.
Ni féministe victime,
ni gauchiste aveugle,
ni artiste intellichiante,
Catherine Ribeiro ouvre à sa manière – à ses manières, en vérité – une fenêtre ardente sur le monde. Le sien, le nôtre, les autres. L’ombre qui se découpe à travers le rideau où le vent s’engouffre mollement laisse imaginer que, derrière l’embrasure de ses tourments, intérieurs et extérieurs, sans lesquels il n’est pas de chanson vibrante, la dame se réjouit. Elle se réjouit qu’être femme, citoyenne, musicienne soit une chance incroyablement douloureuse et réciproquement. Trente ans plus tard, la voici qui, par la grâce de cette réédition, nous embarque dans son odyssée. C’est moins caricatural que ce que pourraient espérer les imbéciles, c’est donc plus envoûtant. En somme, ce dernier disque studio ressemble à l’obscurité de la nuit qui, sans cesse, « aime quand ça commence encore »[1].
Pour découvrir l’album, c’est par exemple ici. (Pour une écoute intégrale, éviter YouTube où il manque « L’amour frappé » et où les titres ne sont pas dans le bon ordre.)
[1]Ariane Dreyfus, Nous nous attendons précédé de Iris, c’est votre bleu [2008], Gallimard, « Poésie », 2023, p. 65.
Claudio Zaretti, guitariste rythmique du spectacle « Juste Catherine Ribeiro », le 5 novembre 2022 au théâtre du Gouvernail (Paris 19). Photo : Rozenn Douerin.
À l’occasion de la première du concert “Juste Catherine Ribeiro”, nous avons posé à Jann Halexander quelques rafales de questions. Voici la deuxième salve, articulée autour de la chanson « La vie en bref ».
Nous avons commencé par découvrir ton spectacle « Juste Catherine Ribeiro » avec une chanson d’amour de structure assez complexe et néanmoins placée en ouverture du récital. Voici, aujourd’hui, « La vie en bref », une chanson qui ressemble vraiment à une chanson, ce qui n’est pas toujours le cas dans le répertoire de Catherine Ribeiro. D’ailleurs, l’album La Déboussole, dont il est extrait, a été critiqué en 1980 parce qu’il contenait plus de titres jugés « formatés » qu’à l’accoutumée ! Avant la polémique, commençons par le texte : comment Catherine Ribeiro y résume-t-elle la vie, et comment son florilège résonne-t-il avec ton propre ressenti ? Déjà, oui, ça résonne avec mon ressenti car j’aime bien quand un artiste résume un peu sa vie dans une chanson. Je pense à « Autoportrait » de Marcel Mouloudji, où il se livre complètement. C’est magistral.
Tu t’es essayé à l’exercice, toi aussi, avec « Le Mulâtre ».
Oui. D’ailleurs, dans mon répertoire, c’est une chanson particulière puisqu’elle existe aussi bien en version chantée qu’en version parlée ; et je trouve ça sain d’avoir une chanson qui est une carte d’identité.
En évoquant une chanson qui peut aussi être présentée sans musique (on sait que, au moment où nous nous parlons, Richard Gotainer dit ses textes de chansons au Lucernaire…), tu reviens sur la question que je te posais : qu’est-ce qu’une chanson ?
C’est vrai qu’on imagine un enchaînement couplet / refrain de 3’30 ; et c’est exact que « La vie en bref » ressemble plus à cet archétype que d’autres titres de Catherine. Pour autant, ça reste du pur Ribeiro condensé en 3’30 à peine. Tout y est. Sa voix, son écriture et son dynamisme sont signés.
En effet, même si la structure est simple, le texte reste poétique, on n’est pas dans le factuel ! De même, côté musique, en apparence, tout roule : sur les paroles se greffe la musique de Francis Campello… mais c’est pas si simple non plus ! Sous ses airs enjoués, la structure de la chanson est originale : deux couplets, un refrain, un pont, un élément exogène… Cet élément exogène, c’est toi qui l’as greffé. Explique-nous ce dont il s’agit. C’est d’abord une question de principe. Je n’aime pas les hommages stricto sensu. Je ne vois pas l’intérêt de respecter à la lettre ou à la note près ce qu’un artiste a déjà fait. Quand je chante un collègue, j’y apporte forcément ma touche. Sinon, ça ne m’intéresse pas. J’essaye de faire la même chose sans faire la même chose. Catherine est complètement d’accord là-dessus. Manifestement, ses fans aussi.
Tu as eu contact avec un fan-club ?
Des admirateurs de Catherine sont venus voir la première. Ils ont aimé. Ils me l’ont dit. Certains me l’ont écrit. D’autres, qui ne connaissaient pas Jann Halexander, veulent venir lors des prochaines dates, cela fait très plaisir. Et ça tombe bien car « La vie en bref » est une chanson dont l’atmosphère est festive. C’est pas une chanson qui dit que la vie est brève ! C’est pas une chanson de désespoir, sombre ou noire. Ce que dit « La vie en bref », c’est que, quoi qu’il se passe, la vie continue. La musique de Francis Campello s’accorde avec ce projet. Il y a quelque chose de très punchy. Donc ça me fait penser à de la pop brésilienne de la fin des années 1970, début 1980. Je verrais bien ça chanté en portugais. Alors, j’ai voulu donner une forme de tonalité tropicale pour cette chanson-là.
C’est aussi une marque d’halexandérisation de Catherine Ribeiro : elle est d’origine portugaise, tu es natif d’un pays tropical, tu mélanges les deux !
Le Gabon est un pays d’Afrique équatoriale, en effet. Peut-être est-ce ce qui m’a pour partie aidé à être sensible à la chanteuse brésilienne Elis Regina.
Une star brésilienne morte à trente-six ans d’une OD de cocaïne (entre autres), en 1982…
Surtout, une artiste qui avait son propre répertoire auquel elle mêlait celui d’autres artistes, notamment lors de gigantesques shows à la télévision brésilienne. Je me souviens en particulier d’une séquence où elle reprend « María María », une chanson écrite par Fernando Brant, Milton Nascimento et Soledad Bravo, que Mercedes Sosa a popularisée en 1983 ; et elle la transforme en sorte de musical tropical. J’ai voulu m’inspirer de ça. L’occasion était trop belle pour passer à côté, dans « La vie en bref » !
« María María » est un bon exemple de chanson qui paraît simple alors que sa structure ne l’est pas tant que ça ! Toi-même, en tant qu’ACI, tu n’écris pas que des chansons couplet / refrain. À mon sens, ça n’aurait rien de passéiste ou de vergogneux ; néanmoins, il faut croire que ce ne serait pas toi. En lieu et place, tu accordes beaucoup de place à l’instrumental et au texte parlé-improvisé, par exemple. Les multiples formes de chansons investies par Catherine Ribeiro te permettent-elles aussi de prouver au public qu’une structure « pas si simple » n’est pas forcément une structure compliquée, dans la mesure où la verve, l’énergie, l’inattendu et la poésie sont de bons compagnons pour un tour de chant ? Pour ma part, je ne pense pas que je serais capable de donner un récital uniquement sur une base couplet / refrain. Je deviendrais fou ! Le show doit être complet. Le chanté, le parlé, le poétique, l’instrumental doivent se mêler ; et si on peut ajouter de la danse, on en ajoute ! et si on peut ajouter un magicien, on ajoute un magicien ! et si on peut faire des effets de lumière spectaculaires, on les fait !
Tu te revendiques d’ailleurs de la « chanson cabaret », pas de la chanson… Oh, à une certaine époque, j’ai aligné des chansons couplet / refrain, notamment à mes débuts, mais je trouvais ça contraignant. Alors j’ai sollicité des invités qui venaient réciter des poèmes ou chanter en duo avec moi. J’ai ajouté des instrumentaux. C’est vraiment important pour moi ; et c’est aussi en cela que je me retrouve complètement dans Catherine Ribeiro et Alpes. Il y a un live de 1973 où ils intègrent de très larges plages musicales, et c’est tout simplement magnifique.
Si on joue au jeu de la vie en bref, on trouve des similitudes entre la tienne et celle de Catherine Ribeiro. Ainsi, même si elle est née en France pendant la guerre, elle revendiquait être « une Portos ». Chez elle comme chez toi, revient souvent cette question de l’appartenance, du lieu d’où l’on est, où l’on vit, d’où l’on parle. Est-ce aussi dans cette question des origines – tant humaines que géographiques et artistiques – que se joue, toutes proportions gardées, une partie de la connexion qui te lie à cette artiste ? Toutes proportions gardées, oui. Clairement, oui. En fait, oui. Vraiment oui. Catherine est à la fois complètement française et complètement d’origine portugaise. Elle le dit. Elle y fait allusion. Elle cite son patronyme et son matronyme dans un de ses textes. Moi, comme elle, je fais partie des chanteurs-monde. Notre rapport au monde nous rapproche, et il nous distingue de chanteurs plus hexagonaux, pour ainsi dire. Cependant, je voudrais apporter une précision importante. Si je me sens en connexion avec Catherine et à l’aise pour la chanter, c’est pour une raison que « La vie en bref » représente bien, à l’instar du « Mulâtre » : je vois Catherine comme une collègue. Je ne l’envisage pas comme une figure tutélaire ou comme la mère que je n’aurais jamais eue. Non, non et non : c’est une collègue qui a plusieurs décennies d’avance sur moi et d’autres types d’expérience en tant qu’artiste. C’est une collègue qui, comme moi, fait partie du show-biz. Je tiens à le dire.
Votre autre point commun, sur le plan du chobizzz, c’est que, aujourd’hui, vous êtes à la marge… Peut-être. Peut-être parce que nous l’avons voulu. Peut-être parce qu’on nous y a mis. Mais tant pis ou tant mieux, peu importe : nous continuons. C’est ça, « La vie en bref ». La vie qui s’écoule. Qui continue. Catherine chante ça en 1979, et elle continue de chanter après. Dans « Le Mulâtre », je parle de ma mort. C’était en 2006, et je suis encore là. Donc, oui, Catherine et moi faisons partie du show-biz. Nous avons publié des disques. Elle a fait de petites salles et de très grandes salles. J’ai chanté dans de tout petits lieux et dans de très beaux théâtres. Nous sommes cités dans des ouvrages. Des milliers de gens nous connaissent. Elle a été une superstar.
Elle raconte même avoir refusé de chanter quinze jours à l’Olympia parce qu’elle trouvait que c’était trop… Nous avons des attitudes qui nous rapprochent, et nous faisons pleinement partie du show-biz. Peu importe que nous soyons à la marge.
Vous n’êtes pas beaucoup à avoir repris le répertoire de Catherine Ribeiro…
Oui, c’est un étonnement. Qu’aussi peu d’artistes s’y soient risqués, même de façon ponctuelle, ça me sidère. Sofia Portanet a repris « Racines » ; Vincent Dupas a repris « Jusqu’à ce que la force de t’aimer me manque » ; j’arrive. Avec un spectacle entier. Je suis dans la place. Il faut compter avec moi. Je n’ai pas peur de le dire. Tant pis pour les esprits chagrins et leurs frères les esprits chafouins. Beaucoup de gens m’ont dit que j’étais fou, que « reprendre du Ribeiro, c’est ambitieux ». Ben ça tombe bien : moi, je n’ai pas de problème avec l’ambition.
Alors voyons en musique en quoi consiste cette vie en bref de Catherine Ribeiro et Francis Campello by Jann Halexander…
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