Blog

Paul Géraldy

Petits papiers – 8

Photo d’humour pour musicologues fans de hardcore – d’accord, c’est pointu. Voici la set-list de Split : deux tonalités, et basta. Et pourtant, super concert (https://www.bertrandferrier.fr/kibosh-mascara-split-point-ephemere-19-fevrier-2026/). Comme quoi, le sol bémol mineur ou le Fa dièse majeur, restez chez vous ! Photo : Bertrand Ferrier.

En attendant un prochain post, quelques nouvelles du monde à base sinon de popopopo, du moins de signalisation, de Kate Middleton, de Bentley, de deuil maternel, de Jane Birkin, de sodomie capitaliste, de racisme religieux, de zoologie et de vie version sérieux. Je ne crois pas m’être gaussé de vous. Démonstration.

 

*

 

On ne pourra pas sauver tout le monde. Démonstration.

 

Le monde est plein de mystères (presque) palpitants. Démonstration.

 

Grâce à sa presse d’investigation, la France est une démocratie solide. Démonstration.

 

La mort des ascendants, parfois, ça coûte cher. Démonstration.

 

Tu connais ce moment, oh, tu connais ce moment où tu as découvert des poèmes bien troussés d’un écrivain de jadis réputé ringard et que tu veux approfondir la question… mais la dernière ligne du pitch te fait renoncer et gerber à la fois. Démonstration.

 

Certaines entreprises sont soucieuses du bien-être de leurs employés, mais en général voire en société, rarement des clampins qui font leur fortune. Démonstration.

 

Parfois, les musulmans noirs font flipper parce qu’ils sont noirs et musulmans. Démonstration.

 

« Les zoos permettent aux animaux sauvages de vivre plus vieux. Mais s’ils vieillissent, on les tue. » C’est pourquoi il faut exterminer ces entreprises de mort. Démonstration. (Tout sur l’arnaque dégueulasse des zoos dans un bouquin auquel j’ai prêté une main ou deux à retrouver ici.)

 

Les hommes sont souvent de plus en plus cons. Heureusement, les femmes ne lâchent pas l’affaire. Démonstration.

 

À suivre !

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 4/10

Quatrième de couverture

N’eût été le dernier vers, « Inquiétude », le pénultième texte de Paul Géraldy musiqué par Lucie Vellère eût fait rugir nos chères féministes : le narrateur ne réclame-t-il pas à sa narratrice solaire d’être moins éblouissante pour être plus aimable… et, surtout, tranquilliser son amant ?

  • Le piano de Justine Eckhaut clapote avec virtuosité ;
  • la voix de Coline Dutilleul fait preuve du machisme nécessaire dans l’autorité et dans la séduction ;
  • la compositrice séduit par
    • la bipolarité de sa miniature,
    • les harmonies séduisantes dont elle a le secret, et
    • la suspension finale, parfaite.

« Défaite » reconnaît

  • la faiblesse de l’homme devant la capacité de la femme à encaisser les bouderies,
  • la chougnerie du mâle quand il souffre (« j’ai beaucoup trop de chagrin quand j’en ai », si c’est pas de la punchline, ça !), et
  • ce regret typique du mec quand il a été sincère et craint que sa colombe d’amour n’en profite.

Débutant a capella, le lamento lamentable joue

  • l’épure,
  • le contraste,
  • le silence comme dialogue entre dit et non-dit.

Ce qui pourrait être kitsch se révèle, grâce à des interprètes habitées,

  • superbe,
  • habile et
  • prenant.

 

 

S’ensuivent « Trois petits poèmes » de Marie Brunfaut, à commencer par « Verger », dont la narratrice, nue, est vêtue de feuilles et des fruits d’un arbre dont la symbolique sexuelle a déflagré sur l’humanité depuis la genèse.

  • Piano gracieux,
  • voix sensible,
  • partition captivante sur un miniformat :

la chose est joliment envoyée. « Désespoir » évoque

  • la lune impitoyable,
  • l’ennui ombrageux et
  • la nuit presque morte.

Presque jazzy, la partition dessine un trouble sombre qu’éclairent

  • une voix envoûtante,
  • un piano tantôt plume, tantôt terrien, et
  • cette façon de ne pas finir le travail qui donne toujours envie de découvrir la suite (le teasing n’a pas attendu les séries pour exister…).

« Le temps fuit » conclut que, puisque le temps s’efface sans cesse, il est probablement possible de danser éternellement. Pour le tester, la compositrice condense son propos en trente-trois secondes. Attention, ce sera prompt… Sur un accompagnement sautillant, Coline Dutilleul pétille avec malice, et sa pianiste n’est point en reste. Formidable !

 

 

Deux mélodies avec quatuor concluent provisoirement la séquence. La « Vieille chanson du dixième siècle » est un poème mongol attribué à Adolphe Thalasso, éloge du miel qui risque d’être tranchant si on le lèche sur un couteau et mordant si la chose dépasse le baiser d’une femme. (Je ne sais pas pourquoi les gens font résumer leurs vies par des IA alors que je crois que, en matière de synthèse, je me pose là.)

  • Un texte facétieux,
  • un accompagnement entre soyeux des cordes et
  • punch des pizzicati :

évidemment de quoi se réjouir d’être triste en trouvant l’aventure trop courte ! La « Berceuse » de Francis Carco reste volontiers énigmatique : le texte mêle

  • du vent,
  • de l’eau molle et
  • une exquise blessure qui tue.

Si, c’est énigmatique. Volontiers, même.

  • Introduction musicale profonde,
  • balancement ternaire intrigant,
  • prosodie habile,
  • prise de son apparemment anonyme mais impeccable :

mazette, quels plaisirs que ces microdécouvertes que complèteront tantôt un quatuor à cordes ambitieux, dont nous écouterons les deux premiers mouvements à l’occasion d’une prochaine notule !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple là.

Lucie Vellère, Florilège (Musique en Wallonie) – 3/10

Première de couverture

Depuis quelques chroniques, nous voilà fort séduit par la musique de Lucie Veillère. En attendant d’esgourder son œuvre pour piano, exposée dans un second disque, nous continuons l’exploration de ses mélodies à travers deux cycles. Premier ensemble de miniatures, Toi et moi a été composé en 1921 sur des textes de Paul Géraldy. C’est aussi l’occasion de lire un poète que nous ne connaissions que par l’hommage amusé de Ricet Barrier dans « Stanislas » (« C’était en hiver et, déjà, tombait la nuit; / quand elle arriva, je lisais Paul Géraldy »), sans doute la seule chanson de l’univers citant l’écrivain !
La première mélodie s’appuie sur « Dualisme », éloge féministe de l’importance des adjectifs possessifs et des roses dans le couple. Faux parlando, la partition offre un terrain de jeu idéal à

  • une Coline Dutilleul très expressive,
  • une Justine Eckhaut dotée de la souplesse et de l’adaptabilité indispensables à l’accompagnement, et
  • une compositrice inspirée par le double défi impossible qui consiste à « s’aimer tout à fait bien » et à parvenir à l’exprimer.

« Méditation » tente de percer un autre mystère : pourquoi aime-t-on ? Là encore, l’écrivain a une réponse : par les « petits mots » que l’on échange – non sans humour, Paul Géraldy pose que, comme, au fond, on s’aime soi-même, « si quelqu’un vous aime, on l’aime / par conformité de goût ». La compositrice nimbe les quatre quatrains

  • d’harmonies suggestives,
  • d’atmosphères intérieures,
  • de ductilité prosodique

particulièrement séduisantes.

 

 

« Expansion » passe à l’action et laisse le narrateur crier son amour, finalement résumé à une exclamation : « Toi ! » Coline Dutilleul ébaubit par

  • sa voix chaude,
  • son sens de l’incarnation et
  • sa technique parfaitement tournée vers le sens du texte.

Son accompagnatrice soutient avec une clarté impressionnante ses mutations thymiques, entre

  • exaltation insatisfaisante,
  • rage d’aimer et
  • flammes d’amour butant contre les limites du verbe.

« Post-scriptum » creuse la question du mot juste, de l’écriture et de la lecture à travers une déclaration dont l’auteur craint qu’elle ne touche pas car inopportune – on pense à la peur amoureuse qu’avait Michel Bühler du téléphone (ma voix « arrive-t-elle au bon moment / et n’es-tu pas trop occupée ? / par quelque autre de tes amants / ou par le linge à tremper ? »). Sur une ligne discrète du piano, la voix

  • se glisse,
  • s’élève
  • hésite,
  • se tait et
  • resurgit,

soulignant l’habileté d’une écriture qui, précisément, prend en compte l’écrit pour le musiquer, plutôt que de partir d’une musique guindée a priori en vue d’y intégrer du texte.

 

 

Une fois de plus, Lucie Vellère stupéfie par sa capacité à

  • saisir le trouble,
  • suspendre le son,
  • laisser l’interrogation diffracter l’évidence, bref, à
  • donner de la sapidité au vivant.

C’est

  • prenant,
  • élégant,
  • impressionnant d’inattendu.

Et là, concrètement, je crois que j’ai déjà bien assez griffonné pour aujourd’hui. On reportera le solde de ce compte-rendu dans une prochaine notule ; et si l’on doit rédiger onze ou douze chroniques au lieu des dix annoncées, ben, on va s’gêner, tu penses !


Pour écouter gratuitement et intégralement le double disque, c’est ici.
Pour l’acheter moins gratuitement mais avec un livret profus, c’est par exemple là.