Bertrand Ferrier et Emmanuelle Isenmann en l’église du Val-de-Grâce, le 1er décembre 2019. Photo : Rozenn Douerin.
C’est ce que l’on n’appelait pas, alors, une punchline, et pourtant… L’art poétique de Guillevic embrasait ses miniatures, entre
suspensions,
étincelles et
éboulements
du langage. Dans ces interstices, j’avais cru bon, jadis (si, en 2019, c’est jadis), de glisser quelques notes de musique que des amis poètes de la musique avaient accepté d’endosser à l’occasion d’un concert intitulé Douze regards sur la vie d’un croyant fomenté en l’église du Val-de-Grâce grâce, justement, aux encouragements de l’organiste titulaire du lieu, le sieur Hervé Désarbre. À l’occasion du second récital que j’ai donné en ces lieux sanitaires et militaires à la fois, j’ai retrouvé quelques archives de ces regards. Voici celle qui fixe le premier regard sur
Luka au Backstage Montrouge (92), le 8 février 2024. Photo : Rozenn Douerin.
Les connaisseurs, les spécialistes et les experts du GIEC (Globalement, Il Est Certain) le savent : globalement, il est certain que Luka a fomenté le meilleur tribute à Bob Dylan de tout l’univers environ. L’ex-vedette d’une multinationale a pioché dans le répertoire hénaurme du monsieur à 300 millions de dollars avec
finesse,
gourmandise et, osons le mot,
ce supplément de vibration que donne la poésie du désir.
Le prisme ? Multiple.
Des golden hits aux chansons à texte comme « Wigwam »,
des hymnes engagées aux remix d’amourettes foirées auxquelles on ne repense pas deux fois car ça roule, ma poule,
des tubes iconiques aux standards que nul ou presque ne songerait à attribuer à Mister Z. puisque, frappée par les pétoires et les roses, la gloire file comme une pierre qui roule,
l’interprète, sans chercher à frustrer les dylanophiles de tradition ni à réduire Robert Z. au niveau MFM,
déplace le curseur,
crée un univers,
n’imite pas – fait mieux : incarne.
Ses armes sont posées sur la table, tranquilles.
Le texte sûr,
la voix idoine,
le métier scénique bien calé entre les deux oreilles,
Luka déroule son récital (en anglais dans le texte) en profitant d’une salle idéale, à la fois
parfaitement parée pour les concerts avec ingé son et light show,
vibrant d’un esprit rock et
seurfant sur un esprit alliant cabaret et pub.
Marc de Mecquenem et Diabolo au Backstage Montrouge (92), le 8 février 2024. Photo : Rozenn Douerin.
Pour mener à bien sa mission, il s’appuie sur un groupe qu’il a constitué sur mesure avec de vieilles connaissances et de nouveaux propulseurs de sons. À la batterie, Marc
impulse le beat,
sécurise le tempo,
suscite le groove et
glisse des trouvailles qui font mouche ou fichent les abeilles selon le moment
(son,
contretemps,
relance),
le tout avec la justesse du musicien qui n’est pas qu’un fracasseur de fûts pris dans son autosatisfaction ou son impression que, s’il envoie plus vite et plus fort ses baguettes sur les peaux et les bouts de ferraille, plus de zlatanas l’attendront à sa sortie de scène. À l’harmonica, Luka a dégoté une espèce de lutin d’un autre monde, définitivement célèbre pour être arrivé sur la scène de Bercy en mob à l’occasion d’un concert de Jacques Higelin (j’espère qu’une telle entrée serait désormais interdite au nom de Greta Thunberg) et pour avoir poussé les sons les plus distordus de l’espace afin d’habiller Christophe de musique à l’Olympia. Il pourrait se contenter de ce statut de star mais semble n’adorer rien d’autre que partager son art avec des projets d’une rare diversité. Muni d’une machine miracle qui lui permet de sculpter ce qui sort de ses mille instruments similaires mais pas identiques, le gars a définitivement le mojo.
Soliste inventif,
accompagnateur roué,
partenaire réactif,
il fascine l’assistance par
son sens instinctif, presque animal, de l’harmonie toujours précieuse, qu’elle soit consonante ou stridente,
sa capacité à tirer de ses grilles métalliques une extraordinaire palette de sons et
sa personnalité cosmique, mêlant les influences
lunaire (on dirait vraiment qu’il débarque d’une autre planète),
tellurique (il est capable d’envoyer le bois qui vous fouaille les entrailles et vous rappelle que vous êtes vivant, pas pour longtemps mais vivant quand même) et
solaire (il sait mieux qu’aucun collègue partager avec le public sa joie d’être sur scène, non pas en en faisant des caisses mais en faisant, juste, de la musique juste).
Paul Akkari au Backstage Montrouge (92), le 8 février 2024. Photo : Rozenn Douerin.
À la basse, Paul ressemble à un bassiste qui ne serait, pour parler rock progressif, ni Chris Squire, ni John Wetton. Discret, posé, pas du genre à se rouler par terre parce qu’il a fait un blam plus blamique qu’un autre blam (d’où le choix de la photo), il
pose la base,
associe le temps et le contretemps,
contraste ses interventions entre
partie fonctionnelle,
ajout d’artisan sachant remettre un coin dans le jukebox qui fait headbanguer et
créativité d’artiste qui sait exactement
où poser le bling,
quand ne pas jouer le blang pour que ce soit plus tonifiant et
comment placer le popopo (pardon pour ceux qui ne sont pas des spécialistes de la basse) pour maximiser l’effet souhaité.
Et puis y avait moi, mais c’est pas pareil.
Au Backstage Montrouge (92), le 8 février 2024. Photo : Rozenn Douerin.
Depuis, Luka a rappelé qu’il n’était pas qu’un chanteur de tribute, à supposer que ça existe. Bilan : deux millions de vues pour son nouveau single. Ça plane pour lui. Dans un monde
triste,
gris et
prompt à louer les nazes ou les nazis de tout bord,
Luka singing Dylan au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Cet homme, qui confond bob et canotier fleuri, nous rappelle que Bob Dylan, avant d’être un marmonneur inaudible et un prix Nobel donc un gars surcoté, était un grand songwriter, protéiforme, tonifiant, engagé, intelligent, malin et, si si, euphorisant. Après deux dates triomphales, Luka, qui vient de sortir son nouveau disque feat. son hit bluesy et sticky à souhait, Now we are one, revient chanter son Bob Dylan. Des tubes du début aux chansons honnies par les folkeux exclusivistes, en passant par les incontournables dont même plus on sait que c’est du Dylan et pourtant, il dessine un portrait singulier, malaxé de l’intérieur, à la fois respectueux et singulier.
Autour de lui, on distingue le lutin Diabolo, la vedette de l’harmonica, connu notamment pour avoir foncé en mob sur la scène de Bercy où il accompagnait Jacques Higelin, mais aussi pour avoir, à l’Olympia, poussé Christophe dans ses derniers retranchements de trituration sonore. La section rythmique associe ce grand fada de Marc, du genre qui croit que la batterie est un instrument, pas juste un truc pour faire démarrer les chansons, et Paul, le bassiste-à-casquette, tellement peu dans le show-off que, quand tu te surprends à headbanguer, tu te rends compte combien il sait pulser sans avoir besoin de se rouler par terre pour qu’on le remarque. Et puis y a moi aux claviers, mais c’est pas pareil.
Rendez-vous ce jeudi 8 février, vers 20 h, au Backstage Montrouge. OK, les Parisiens, c’est un peu loin (à 7′ de la Porte d’Orléans, autant dire à l’autre bout de la galaxie, j’avoue), mais la salle, tenue par un ancien cador de l’industrie musicale, est extraordinaire côté confort cabaret, le son nickel, on peut bien grignoter (préférer les planchas à la pizza, cependant), solide et liquide. Reste que, avec vous dans l’espace serait bien sûr un plus. Note technique : ça rassure toujours les artistes et la prod quand on réserve au 09 62 61 39 29.
Entrée libre, sortie aussi mais concert bien quand même. Rendez-vous en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8) !
… mais avec sax soprano et orgue : tel est le projet du concert qui sera donné ce vendredi soir en l’église Saint-André de l’Europe (24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8) avec l’ami Pierre-Marie Bonafos en souffleur DeLuxe. Sous réserve d’un éventuel souci technique, le concert sera retransmis sur écran géant. Prévoir un petit lainage pourra être astucieux pour compléter l’effet stimulant de cette musique joyeuse sur l’organisme, et pas que sur l’organiste. Ci-dessous, pour saliver, une preview du programme (cliquer pour agrandir) !
À l’orgue de l’église Saint-Marcel (Paris 13), le 19 novembre 2023. Photo : Bertrand Ferrier.
Armé du sax de Pierre-Marie Bonafos et de la confiance de la titulaire Véra Nikitine, on allait commencer le voyage, entre le piano, l’orgue, la résonance de l’église Saint-Marcel et les contrées luxuriantes du répertoire de Pat Metheny et de Lyle Mays. On a jeté un dernier regard sur l’installation et on a dit : « On y va. » On est parti. Comme chantait Allain Leprest,
c’est facil’ d’aller loin
c’est partir qu’est pas rien.
En effet, une carte du monde à la main, le voyage partait du bas de la tribune, sur le piano de l’église, et ça sonnait un peu comme ça.
Après un concert à Gerstheim, avec Pierre-Marie Bonafos, Figus et un choupisson. Photo : Jean-Baptiste Cilio.
Ce dimanche, à 16 h pétaradantes, concert sax – piano – orgue en l’église Saint-Marcel (Paris 13) autour du répertoire de Pat Metheny et Lyle Mays. Demandez l’programme !
I. Le concept
A. Pat Metheny Quasi indissociable de feu le claviériste Lyle Mays, Pat Metheny est actuellement le plus grand guitariste et compositeur de jazz vivant. C’est pourtant par la trompette que Patrick Bruce M., né en 1954, apprend à apprivoiser la musique avant que la compo et la guitare ne le happent. Cinq ans après ses débuts à la gratte, il affronte un problème symptomatique du bonhomme : à chaque fois qu’il veut prendre un cours, on lui propose plutôt d’être prof. Ainsi, à 20 ans, il enseigne au prestigieux Berklee College of Music. Dès 1975, il ne se contente plus d’accompagner des pointures et claque un album qui fera date : Bright Size Life, dont la composition-phare sera jouée lors de ce récital. Incroyable technicien, harmoniste génial, mélodiste époustouflant, Pat Metheny se révèle être aussi un compositeur d’une créativité folle. En solo, duo, trio, quartet et en groupe, il frotte son talent d’inventeur et d’arrangeur à une multitude de styles musicaux, toujours placés sous le signe plus ou moins évident du jazz. Intenable, il manipule au fil des ans environ mille sortes de guitares, ses instruments pouvant être dotés de 6 à 42 cordes, adopter différentes tessitures, se présenter dans le plus simple appareil acoustique ou s’associer à des synthétiseurs. Pour lui, le son n’est pas une fatalité (tel instrument étant contraint d’émettre tel type de vibration) mais un choix, une sculpture et une proposition qui s’adaptent en fonction de ce qui doit être exprimé.
B. Pat Metheny au saxophone et à l’orgue… dans une église ! J’ai donné de nombreux concerts de « musique classique » avec Pierre-Marie. Dès l’abord, nos programmes, inspirés par le travail fomenté par Pierre-Marie et Alexandra, sa compagne organiste, laissaient sa place au jazz. Le zozo surgissait dans une coda, une composition de « PMB », une réinterprétation d’un classique. Puis, laissant parler notre admiration commune pour Pat Metheny, nous avons osé proposer un titre de ce génie à chaque récital. Enfin, j’ai suggéré à Pierre-Marie de faire « un concert tout Metheny ». Nous savions que c’était impossible (Pat est guitariste, pas saxophoniste !), donc nous avons mené le projet à son terme. L’idée n’est ni de « faire du jazz dans une église » par goût de la provocation (qui a son charme…), ni d’imiter les disques studio ou pris sur le vif de Pat Metheny. Il s’agit plutôt de proposer une expérience sonore qui fusionne à la fois la spécificité des instruments convoqués (le saxophone, l’orgue, le piano, la résonance du lieu) et les trouvailles géniales du compositeur. Pas de copie, donc, pas de souci d’exhaustivité, mais une envie de jouer la musique que nous aimons et admirons en proposant une nouvelle couleur à quelques titres glanés au fil des ans, de 1975 aux années 2000, puis assemblés pour former un voyage dans notre monde methenyen qui, nous l’espérons, embarquera les fans du musicien intrigués par cette proposition décalée, et les curieux prêts à se risquer en ces terres palpitantes !
II. Le concert
A. Hémisphère piano 1. « Sur le quai de départ » (prélude improvisé) | 3’ suivi de « Travels » (Pat Metheny + Lyle Mays) | 1983 | 7’
2. « Letter from home » (Pat Metheny) | 1992 | 4’
3. « Either Ornette » (Lyle Mays) | 1993 | 4’
4. « Bill Evans » (Lyle Mays) | 1993 | 6’
5. « James » (Pat Metheny + Lyle Mays) | 1982 | 4’ suivi de « Entre deux gares » (interlude improvisé) | 4’
B. Hémisphère orgue 1. « A map of the world » (Pat Metheny) | 2000 | 8’
2. « Question and answer » (Pat Metheny) | 1982 | 5’
3. « Are you going with me? » (Pat Metheny + Lyle Mays) | 1982 | 5’
4. « Farmer’s Trust » (Pat Metheny) | 1983 | 6’
5. « Bright Size Life » (Pat Metheny) | 1975 | 3’
6. « Last train home » (Pat Metheny) | 1991 | 6’
Durées données à titre indicatif. Fin du concert vers 17 h 15.
III. Les concertistes
A. Pierre-Marie Bonafos, saxophone Après avoir obtenu le diplôme supérieur de concertiste de l’École Normale de Musique de Paris, Pierre-Marie Bonafos s’est consacré à ses passions : la musique (il maîtrise tous les saxophones, la clarinette basse et une flopée d’autres instruments), la composition et les arrangements (pendant le confinement, il a écrit et enregistré une version jazz des Tableaux d’une exposition de Moussorgski : un prodige délicieux en vente ici et à la sortie du concert !) et l’enseignement (il a été professeur de saxophone, de jazz et d’improvisation au Conservatoire à Rayonnement Départemental de Gennevilliers pendant 22 ans…). Fan de jazz, passionné de big band, celui qui a été le saxophoniste préféré de l’Orchestre philharmonique de Radio-France a aussi exploré avec sa compagne organiste les merveilles de la musique savante-mais-pas-toujours-si-sage – audaces qui ont eu l’honneur d’être invitées à l’église de la Madeleine à Paris…
B. Bertrand Ferrier, piano et orgue Jadis organiste-conférencier du musée national de la Renaissance d’Écouen, Bertrand Ferrier est organiste de Saint-André de l’Europe (Paris 8) depuis plus de vingt ans et organiste adjoint aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency (Val-d’Oise) depuis presque dix ans. En tant que concertiste, il s’est notamment produit aux grandes orgues de Saint-Eustache, de Saint-Augustin, du Val-de-Grâce, de la cathédrale de Gap, des collégiales d’Eu et de Pézenas, de l’abbaye de Royaumont, de l’église Sainte-Julienne de Namur… Dans les jours prochains, à Paris, il sera l’organiste d’une messe-concert célébrée le 25 novembre à Saint-André puis, le mercredi 29 novembre, à 19 h 30, chanteur-pianiste à l’occasion d’un spectacle intitulé « Chanter ensemble », au théâtre du Gouvernail (Paris 19, réservations : ici).
Avec A map of our world, l’auditeur est invité à un voyage dans quelques contrées hautes en couleur défrichées par Pat Metheny et Lyle Mays.
Harmonisation fascinante,
variété des rythmes,
intuition de la mélodie catchy,
art de la surprise,
profondeur du répertoire,
plaisir de l’improvisation
seront revisités à l’église Saint-Marcel (Paris 13), le dimanche 19 novembre à 16 h, par trois instruments : le saxophone de Pierre-Marie Bonafos, le piano et l’orgue.
Confrontations et mélanges,
contrastes et rapprochements,
frictions et accords
animeront une set-list volontairement tonique. Entrée libre, sortie aussi mais concert bien quand même. Enfin, normalement.
Au Backstage Montrouge (92), le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Nouveau titre de 44 ou presque à atteindre les cinq chiffres sur Spotify : une chanson écrite juste avant l’enregistrement – me semble-t-il, mais c’est de l’histoire ancienne. Merci aux curieux, aux habitués et aux autres !
Luka au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Incroyable kif au Backstage Montrouge à l’occasion du concert LukaSingsDylan où je tenais des claviers DeLuxe – un authentique Wurlitzer et un Nord C2D. Au programme :
chansons anthologiques,
salle idéale et, toujours espéré mais jamais garanti,
public en feu.
Luka au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Le projet LukaSingsDylan n’a rien d’un tribute de MJC.
C’est d’abord le métier amoureux du verbe et du son qu’a accumulé un espoir d’Universal qui, quand la Grosse Boîte a viré sa cuti, a continué à tracer sa route avec ou sans l’aval des Décideurs (ceux que PierPolJak décrivait comme les zozos « qui’ont la science en musique »).
C’est ensuite un désir de faire vibrer Dylan avec des musiciens, donc de faire musiques d’un répertoire de foufou, avec
folk,
rock,
reggae et
corazón ardiente.
C’est enfin une envie de partager des vibrations avec un public où les fans originels se mêlent aux jeunes dans l’ambiance chaleureuse et improbable d’un concert voué à l’échec puisque cumulant trois promesses de four :
les vacances,
la finale de la Coupe du monde de rrrrru(g)by et, en prime,
un soir automnal de pluie et de brouillard.
Paul-le-bassiste au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Le triomphe obtenu par Luka résonne fort car il marque la victoire – sans contestation d’arbitrage – d’une ambition radicale par sa non-radicalité :
ne pas trahir Bob en faisant n’importe quoi avec son génie de chansonnier,
ne pas trahir Bob en n’essayant jamais d’imiter ni son style – ses styles, en vérité – ni ses disques,
ne pas trahir Bob en prenant son œuvre au sérieux et en tirant de ses chansons une envie de joie, de colère, de dépassement de cette médiocrité humaine qui nous attire vers le gouffre du commun, du stupide, du vulgaire.
Pour cela, Luka a choisi consciencieusement ses musiciens, en suivant sans le savoir la conviction de feu le chanteur Dio, qui disait :
Il y a deux choses qui me plaisent dans la musique – la musique et la camaraderie.
Marc-le-batteur au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo granulaire : Rozenn Douerin.
Sa section rythmique reste inchangée depuis l’origine, avec
un batteur-choriste qui, en sus d’être le sosie potentiel de Bernard Lavilliers, ne fracasse pas ses fûts et ses soucoupes violentes mais les amène vers un mélange quasi vertigineux
d’efficacité,
de pulsation et
de poésie (eh oui), tandis que
Paul-le-bassiste, dissimulé derrière sa casquette, qui, sans en avoir l’air, insinue un grouve multimodal,
ici lourd et sale à souhait,
çà discret et pimpant,
là tonique et impitoyable.
Diabolo au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
La star des accompagnateurs – ça fera bisquer ses collègues, à commencer par moi – n’a rien d’une star, hormis une compagne qui connaît tout sur le chocolat, mais je sais plus si c’est vraiment caractéristique des stars à strass. Certes,
le bonhomme a un CV qui m’empêcherait de chausser du 47,
il joue de l’harmonica non pas avec savoir-faire mais avec un mélange de technique subtile et d’intuition artistique,
il a une personnalité artistique associant
culture,
intuition créativité et
sensibilité à peine dissimulée qui claque sur scène, et
il maîtrise une machine miracle qui attire tous les regards et époustoufle tous les spectateurs quand il adore Louxor pour couper, sculpter et remettre le son.
Et ce nonobstant,
son talent inventif,
sa gentillesse évidente (si, c’est une qualité dans ce monde de gros connards), ainsi que
son envie de partage
rayonnent si fort qu’il emporte l’adhésion du public sans la garder pour sa petite pomme.
Diabolo (aperçu) au Backstage Montrouge, le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Pour le reste, comme chantait Benabar :
Et puis y avait moi, mais c’est pas pareil.
Au Backstage Montrouge le 28 octobre 2023. Photo : Rozenn Douerin.
Il semble qu’il n’y ait pas que la finale de la Coupe du monde de rrrrru(g)by dans la vie… La preuve : ce samedi 28 octobre, j’aurai le plaisir de ploum-ploumer (sur de vrais claviers qui sonnent, sonnent, sonnent) à l’occasion de « LukaSingsDylan”. Armé d’une solide section rythmique et d’un harmoniciste ayant entre autres pétillé au côté de Jacques Higelin (en sus, donc, du ploum-ploumiste), Luka offrira une relecture du répertoire de Robert Allen Zimmerman à la fois
énergique et polymorphe,
personnelle et respectueuse,
roborative et prenante.
Picorant dans les tubes et les différents styles musicaux explorés par Bob, le chanteur a imaginé un récital cohérent et multiple qui fait du bien – entre autres – aux esgourdes affutées, aux nostalgiques, aux curieux et aux amateurs de bonne ambiance. Afin d’en profiter à fond les vibrations, rendez-vous vers 20 h au Backstage, un endroit idéal pour ce type de concert !
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