… et encore, le meilleur, c’était l’after, comme quasi toujours.
J’ai toujours pensé qu’une communication orale devait rester dans son cadre oral et son contexte spécifique, c’est même l’intérêt d’y assister – quitte à prolonger ce moment ponctuel par un article plus adapté à une diffusion moins restreinte. Quand je vais parler dans un colloque, j’essaye de créer une communication spécifique – même si elle reprend des « obsessions de recherche », bien sûr – et de la lier aux autres propositions des collègues. Donc une communication se comprend et s’apprécie, si tout va bien, in situ. Toutefois, comme je ne suis pas une contradiction près, j’ai sans doute signé une autorisation de diffusion de celle-ci.
Par prudence, je préfère ne pas regarder le résultat en entier (juste assez pour voir que les slides Power Point ont été insérées dans la vidéo de façon brillante mais parfois tardive et toujours statique, ce qui donne au début l’impression que je renvoie les auditeurs à une diapo sans rapport avec mon propos : d’où l’intérêt de ne jamais signer une autorisation de diffusion sans avoir vu au préalable le résultat, pan sur mes doigts). Ce nonobstant, si des curieux veulent suivre mon enquête sur le blondinet le plus rentable de la littérature française, ça se passe ci-d’sous !
Je travaille sur un projet de collection. Malheureusement, l’auteur vedette pressenti vient de m’envoyer ses photos de vacances. Tellement peu professionnel !

Avec les top managers du diffuseur, réunion de préparation d’un projet de collection. Moment un peu formel qui se terminé néanmoins sur une note joyeuse : en célébrant la mémoire de feue Charlotte Ruffault, éditrice survoltée, visionnaire et humainement extraordinaire, nous nous accordons sur le nom de quelques éditeurs dont, à l’inverse, nous souhaiterions le décès. « C’est pas gentil », oh non, donc ça fait zizir.
Y a-t-il une limite entre la vie et la mort ? En faisant tournoyer sur scène les sœurs Macaluso, leurs parents et le fils de l’une d’elles, sans distinction entre défunts et survivants, Emma Dante, vedette du théâtre palermitain, postule que non. Et pourquoi pas ?
L’histoire : une flopée de frangines se retrouve alignée sur scène. On distingue la petite chouchoute qui pirouette et chante avec papounet, celle qui s’use la vie à s’occuper de la simplette, donc la simplette qui mord au besoin, l’aînée qui aurait tant aimé apprendre à danser, celle qui est morte dès son premier bain dans la mer pour avoir voulu rester la dernière sous l’eau (du coup, c’est réussi, comme disait le squelette qui fut un enfant jouant à cache-cache dans une huche à pain), la grosse qui enrage peut-être parce qu’elle fut envoyée en pension, celle qui a eu un enfant cardiaque et l’a peut-être laissé mourir en rêvant qu’il soit Maradona (au moins pour qu’il lui foot la paix le temps qu’elle regarde la télé)… Il y a aussi l’enfant cardiaque, dont les convulsions vont envahir la scène, le père qui débouchait les chiottes des discothèques pour vingt euros, et la mère, rassurante et positive, peut-être parce que morte « trop tôt » pour s’occuper des gamines, mais qui valsera avec le père jusqu’à extinction de la pièce – pour rien, comme dans la très belle chanson d’Allain Leprest. Jusqu’à ce que l’aînée-qui-rêvait de-danser comprenne que, si vivants et morts sont tous là, c’est pour son enterrement. Alors, se dénudant, elle revêt un tutu et danse ; et meurt la pièce.
Le spectacle : réunissant les trois clichés inévitables – apparemment – du théâtre BCBG contemporain (homme habillé en femme, actrice à poil, pas de décor), Le Sorelle Macaluso tente de raconter une histoire trouée en s’offrant la liberté de la ressouvenance – rires de gamines, disputes d’adultes disparus, invocations de morts dont l’habit final signale le trépas, bousculades, passages sans paroles, retours au réel, secousses dans la logique analeptique, etc. Entre mouvements chorégraphiques, silences, bruits, jacassements pénibles car trop longtemps trop sonores, Emma Dante joue avec le rythme, le distendant dans de longs surplaces avant de repartir vers un nouvel épisode plus ou moins clairement rattaché au précédent, puis s’attardant sur des scènes d’agonie ou de suffocation. Curieusement, la salle – pleine, en partie de scolaires – rit souvent très fort à des passages qui n’ont, en apparence, rien de drôle. Façon – un brin surprenante – sans doute d’appréhender la narration sciemment disjointe par une réaction censée masquer une manière d’incompréhension. Pourtant, c’est dans ces moments de saute, de merveilleux, de distension, autrement dit d’incompréhensible, que le show protéiforme touche le spectateur. Grâce à certaines trouvailles des comédiens, en dépit de tunnels décevants ou de facilités farcesques qui font plus cordage que ficelle, la pièce parvient presque à faire oublier une musique emphatique, redondante, lourde, avant que cette pénible onde sonore en forme de Stabylo-Boss grandiloquent finisse par asphyxier la tension dramatique – ce ratage regrettable ne semble pas signé dans le programme remis aux spectateurs, tu m’étonnes.
En conclusion : richement doté par la Commission européenne, coproduit par moult scènes européennes et diffusé un peu partout en dépit de sa langue associant italien et palermitain (sous-titres perclus d’un nombre impressionnant de fautes d’orthographes – rappelons qu’il n’y a pas d’espace après l’apostrophe, par ex.), ce spectacle est assez bref (1h10′) pour ne pas harasser le spectateur. On se laisse donc séduire, sporadiquement, par l’astucieuse manière qu’a Emma Dante de mêler narration et béance explicative, logique et poésie, théâtre et danse, soli et mouvements d’ensemble, etc. On apprécie particulièrement sa façon de substituer au récit verbal le corps dramatique (danse, costume, jeu avec la lumière). Mais on ne peut qu’être déçu par l’incapacité de l’auteur à subvertir des topoi surannés (obscénité, croix, travestissement, bande-son au premier degré), ou à en tirer une substance moelleuse, à défaut de substantifique moelle, dont on puisse percevoir la saveur. Sortir de ce spectacle original avec un avis mitigé paraît alors une posture raisonnée ; partant, quoique ni Normand, ni toujours raisonnable, c’est celle que nous avons adoptée.
Ces 27 et 28 novembre, rendez-vous à Paris-XIII puis à l’Institut International Charles-Perrault, à Eaubonne. On y causera d’histoires de famille, et j’y parlerai spécifiquement de ces familles que l’on trouve à foison dans l’œuvre de Martine Pouchain – dont, oui, les romans en valent toujours deux, puisque un Pouchain égale deux. Gnagnagna.
Ce lundi soir, sur D8, est diffusé L’Aigle de la neuvième légion, film tiré d’un excellent roman de Rosemary Sutcliff, traduit en son temps par… moi-même je. Un roman à retrouver en grand format et en poche chez Gallimard Jeunesse.
Parti dédicacer L’Homme qui n’avait pas de chat au Salon des éditeurs indépendants, j’ai pu y acquérir le premier roman de Thierry Moral, l’homme qui a adapté et joué mon roman Happy End (Le Rouergue). Pour info, le zozo sera à Paris le 18 janvier dans le cadre du Cabaret des Batignolles, second épisode. On en r’parle.
Sauf qu’on me signale dans l’oreillette que ce premier roman est en fait son deuxième, et que Thierry ne sera pas à Paris pour le second épisode du Cabaret. Mais bon, bref.