Parfois, les affiches sont magnifiques. Parfois, elles sont juste fonctionnelles, et c’est le projet qui est sympa.
Ici, une heure de musique (pas une minute de plus !), juste à la sortie de gare de Lyon, entre tubes bien connus et musique polonaise à peu près inouïe, avec une puissante mezzo et une entrée gratuite.
Dans ces conditions, la belle affiche peut attendre.
Les machines de Jacques Bon, le 11 mai 2021, en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.
Le 21 juin, dans le cadre du concert de 24 h propulsé par le festival Komm, Bach!, était diffusée une improvisation en quatorze chapitres pour orgue et Berhinger 2600. Revoici l’impro, remixée, recolorisée et pourvue d’un générique pour le moins pimpant. Bonne redécouverte !
Peppone dans ses salons privés, en l’église Saint-André de l’Europe (Paris 8). Photo : Bertrand Ferrier.
Depuis mai 2018, il avait peu ou prou disparu. Voici que Peppone, le chat du curé, profite des nouveaux aménagements pour réintégrer les coulisses de l’église Saint-André de l’Europe. Youpi.
Cette photo a une histoire.
Dûment autorisés par le curé de Saint-André de l’Europe, Jack Good et moi-même estions en train de capter un concert pour orgue et machines électroniques autour de l’Apocalypse quand, soudain, des jeunes bien propres vinrent prier devant le maître-autel de l’église. Le fait eût pu réjouir, n’eût été leur souhait d’entonner des cantiques charismatiques en boucle. Bientôt, les belles âmes décidèrent de polluer davantage en ajoutant à leurs voix celles desdits cantiques, diffusés depuis YouTube via leur smartphone à pomme. Devant leur insistance à péter notre captation (créneau d’1 h 15 pour prestation d’1 h), nous nous résolûmes – surtout moi – à agir avec une violence superlative : improviser sur les grands jeux jusqu’à ce que les gougnafiers se cassassent.
Les connaisseurs noteront sur la photo, à droite, l’extrême délicatesse de l’organiste. Au cas où des paroissiens moins néfastes eussent été présents, le musicien a pris soin d’ôter le clairon (cinquième tirant en bas à gauche), qui eût sonné faux très vite.
Encore une victoire de la musique contre les hypocrites malotrus !
(Le résultat est disponible ici.)
Jamel à l’orgue de Sainte-Claire. Photo : Bertrand Ferrier.
Apparemment très sollicité cet été, Jamel le baroudeur a de nouveau été mandaté par la firme Sleepy & Partners pour jauger la granularité sonore de l’orgue de l’église Sainte-Claire (Paris 19). Quand nous lui avons demandé si le fait qu’il s’agisse d’un instrument électronique impliquait un repositionnement du process d’évaluation, il nous a répondu : « Il ne s’agit pas de préjuger de la granularité en tant que telle en stigmatisant a priori la spécificité ontologique d’un orgue. La fonctionnalité est tout aussi granulaire que l’historicité, si du moins l’on accepte de changer de logiciel et d’abandonner ce vieux programme où des classifications racisantes tendent à situer des instruments en oubliant le projet et le contexte socioéconomique qui les portent. »
Ainsi qu’on le devine sur la photo, l’expert ne semblait pas insensible au fait de tripatouiller l’instrument dont la titulaire n’est autre qu’Esther Assuied. Toutefois, il a tenu à spécifier : « Sans impacter structurellement l’échantillonnage appréciatif qu’il convient de filtrer objectivement et expérimentalement, il est certain que la contextualisation est amenée, et c’est fort sain, à colorer la spécificité d’un ressenti. » Puis il est parti d’un petit rire avant d’ajouter : « Je conçois que cela puisse surprendre, dans un monde souvent réduit à une présentation de l’évident comme contingent. Contrairement à ce que prétendait Socrate, nous ne prenons pas des ombres pour le réel. Nous faisons pire, car nous croyons a priori que le réel existe. Appliqué à notre objet d’étude, nous supputons que l’orgue existe en soi. C’est rassurant. Or, ce n’est pas parce que nous sommes en capacité d’évaluer sa granularité sonore que l’orgue existe. Permettez-moi de citer mon maître qui l’exprime ô combien mieux que moi. »
« Toute cette analyse n’implique nullement qu’il doive du tout y avoir un monde, une chose quelconque. (…) Si l’on consulte purement l’essence de la perception en général et celle des autres espèces d’intuition empiriques qui coopèrent à la perception, rien de tel ne peut en être conclu. »
(Edmund Husserl, « La conscience absolue comme résidu de l’anéantissement du monde » in : Idées directrices pour une phénoménologie, trad. Paul Ricœur, Gallimard [1950], « Tel » [1985], 1993, p. 160)
Jamel à l’orgue de Sainte-Claire. Photo : Bertrand Ferrier.
Après nous avoir partagé sa propension holistique à penser la granularité sonore, l’expert a refusé de nous en dire plus quant au contenu de son futur rapport. Selon lui, « chaque instant est un moment. Je dirais même que chaque instant est moment, plus qu’un moment. Comme disait Edmund, il est impossible, sur la base des expériences faites à un moment donné, et en se fondant sur cette règle (ou sur le système complexe de règles que celle-ci inclut), de déduire de façon unique comment doit se dérouler le cours ultérieur de l’expérience – je crois que c’est p. 482 dans l’édition que vous citâtes. Verbaliser la granularité sonore est une globalité qui impose de s’ouvrir aux infinies possibilités ouvertes qui constituent la richesse du contenu, si j’puis dire. » L’aventure de la granularité sonore suit donc son cours. Mystérieuse. Nébuleuse. Mais – ou donc – vivante.
Retrouver Sleepy & Partners…
… aux grandes orgues de la collégiale de Montmorency.
Porte de Pantin, 27 août 2021. Photo : Bertrand Ferrier.
Mettre la barre haut, c’est mignon. Visiblement, comme l’annonçait un avocat en fumant le cigare, mettre le barreau, c’est plus compliqué.
Dommage, juste à côté (sur le portail que l’on aperçoit), y avait le mode d’emploi.
Quand on est organiste liturgique, il arrive souvent que, avant une cérémonie d’obsèques, l’on vous envoie le déroulé de la cérémonie. Cela vous permet de vous y préparer et, surtout, de proposer des ajustements en fonction de la liturgie, de la sensibilité religieuse – ou pas – de la famille, de la fluidité de la cérémonie, éventuellement des habitudes du lieu et du célébrant, etc.
Mais ça, c’était avant.
Désormais, c’est décidé : quand je lirai – toujours avec intérêt – un déroulé de célébration, je ne donnerai plus de conseils du type : ce psaume n’est pas un psaume, c’est un chant que l’on pourrait mettre à un autre moment ; l’Ave Maria suivi du « Je vous salue, Marie », c’est un peu redondant à la file, glissons l’Ave Maria pendant la bénédiction du corps ; l’horripilante « prière de saint Augustin » après la le chant de communion et le chant d’action de grâces et avant le chant du dernier adieu et avant le chant pour la bénédiction de l’assemblée et avant le chant de sortie, peut-être, c’est peut-être beaucoup, surtout pour un moment chargé d’émotion comme les obsèques, etc. Je jouerai le programme tel quel, dans la mesure de ce que j’estime être raisonnable. En échange, on n’aura plus à me dire, après avoir reçu mes suggestions : c’est très intéressant mais on garde comme ça parce qu’on préfère, c’est pas grave parce qu’on nous connaît bien au niveau de la paroisse, maman voulait que ce soit comme ça, bien sûr que c’est un psaume vu que y a marqué psaume sur la partition de musique, ben pour l’enterrement de Papy on a fait ça et ça a posé de problème à personne alors je vois pas pourquoi ici on ferait pas pareil, etc. Je perdrai moins de temps et, comme je dois être profondément amoral, je continuerai d’estimer que ma paye de quelque soixante euros brut, quelle que soit la durée de la célébration, est déjà bien méritée par les éventuels coups de fil de la famille et des autres musiciens, les échanges de courriels autour du programme, les déplacements, l’éventuel travail spécifique, accessoirement l’expérience et la disponibilité, etc. Si nous devons parler, ce n’est pas obligé, Jean-Jacques Goldman – expert notamment ès matin, murailles et musique bonne, soit précisé en passant – l’avait compris avant tout l’monde, nous ne parlerons que de musique. C’est bien, ça, la musique. J’aurais dû y penser avant.
Boulgour à l’orgue de l’Immaculée Conception. Photo : Bertrand Ferrier.
Pas de vacances pour les experts : la firme Sleepy & Partners a été sollicitée une fois de plus pour faire démonstration de sa capacité à établir des diagnostics aussi pointusque des turlututus quant à la granularité sonore des orgues du monde entier. Cette fois, c’est l’ultra expérimenté Boulgour qui a été mandaté auprès des grandes orgues de l’Immaculée Conception (Paris 12). L’objectif ? Toujours le même : saisir la rencontre entre le son et l’instant…
Photo : Bertrand Ferrier
… puis, grâce à la méditation, la concentration et l’exigence analytique, devenir et le son et l’instant.
Photo : Bertrand Ferrier
Pour l’expert, le travail consiste alors à « objectiver le granulaire ». Et ça n’est pas chose aisée, à l’en croire.
Pour déterminer l’essence – en l’espèce, l’essence du son en tant qu’il se présente à travers son grain, et vice et versa –, il nous faut revenir à ce que Husserl définit, dans Idées directrices pour une phénoménologie, comme « l’empire de l’être absolu ». Vous trouverez son propos à la page 242, dans l’édition Tel qui a popularisé la traduction de Paul Ricœur. Or, et Husserl le pointe bien, pour catégoriser l’objet de l’étude, il faut établir la plus radicale de ce qu’il appelle la « distinction au sein de l’être », c’est-à-dire le départ entre l’être comme conscience et l’être s’annonçant. Si l’on se place dans cette perspective phénoménologique – à la fois un peu schématisante, bien sûr, et éclairante, du moins pour une première approche –, la quête de la granularité sonore s’inscrit dans un process éidétique qui postule l’essence de ce grain et tâche de le dégager de ses apparats existentiels. Donc, pour cela, l’exigence majeure est sans doute de ne pas confondre l’être transcendantal du son et l’être transcendant du grain – pardon de revenir sur ce qui doit être une évidence pour tout le monde (rires) !
Soudain, le sachant tire la bombarde et, juste avant de la tester, précise, comme ses confrères qui en ont l’occasion : « Dans notre compagnie, nous sommes partenaires en expertise, mais ne croyez pas pour autant que nous nous la pétions ! »
Photo : Bertrand Ferrier
Son job accompli, l’expert peut s’accorder un instant fraîcheur…
Photo : Bertrand Ferrier
… puis gagner la richissime pièce annexe où, après une terrible déception…
Photo : Bertrand Ferrier
… son instinct granulaire ne manque pas de ressurgir.
Photo : Bertrand Ferrier
« Et voilà, soupire enfin Boulgour, les yeux dans le vague. Il ne me reste plus qu’à rédiger mon rapport afin d’avancer dans nos recherches sur la granularité sonore. » Toujours cette mystérieuse granularité sonore dont, à l’instar du Graal, un non-initié peine à définir avec précision s’il s’agit d’un récipient, d’une pierre incandescente ou d’un objet trop mou pour ouvrir une serrure, un peu comme une chemise. Gageons que c’est ce qui fait une grande partie de son charme !
Orgue de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.
À la base, c’était ça, l’histoire. Mais, inévitablement, tout se complique. Qui dit nouvel orgue, dit intervention de l’expert, en l’espèce le zozo croisé çà et là. Le spécialiste est chargé d’estimer la braoumitude du machin. Dont acte, voire tact.
Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.
Le potentiel est riche, incontestablement. Mais il nécessite un examen complexe, surtout sur un orgue aussi polymorphe « et dont la polymorphie signifiante est précisément partie prenante de son organicité », stipule le professionnel sans rigoler…
Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.
… même s’il stipule qu’il ne veut pas se la péter, fût-ce quand il bombarde.
Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.
Restons sérieux, de grâce.
Jamel from Sleepy & Partners à l’orgue Lépine-Cavaillé-Coll de la collégiale Saint-Jean de Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.
Rentrons plutôt pour discuter organologie avec le Dom Bedos de Nizas, môssieur Avril.
Photo : Bertrand Ferrier
Donc, d’abord, se relaxer, puisque c’est la meilleure façon de penser.
Photo : Bertrand Ferrier
Il se trouve que l’expert est logé dans une salle où il peut travailler son goût sonore sur un Sonata d’occasion.
Photo : Bertrand Ferrier
Après, il est vrai que sur le détail de la registration, bon, chacun son boulot…
Jamel changeant les registrations à Pézenas. Photo : Bertrand Ferrier.
Conclusion : « La poétisation du propos ne doit pas contrevenir à une historicité structurante qui, intrinsèquement, porte sens à l’être-là quasi heideggérien du propos, en tant qu’il propose une vision structurale tout en offrant une idéité momentanée de la granularité sonore. » Toujours, toujours, et même encore cette mystérieuse granularité sonore…
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