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Cœur canari

Et si Jann Halexander a le cœur canari ?

Florilège de l’affiche de Jann Halexander à la Camillienne (Paris 12)

Une salle. En périphérie parisienne. Entre 100 et 200 spectateurs attendus. Le chanteur est parfois présenté comme « le petit mouton noir et frisé de la chanson française ».

  • Inconnu et connu,
  • identifié et mystérieux,
  • solaire et toujours Droopy,

il revient en force après quelques mois de silence. Dans sa besace, un nouveau répertoire qu’il mélange avec ses anciens golden hits. Un moment idéal pour découvrir le mystère Jann Halexander, ce type qui fait de la chanson entre

  • rive gauche et Mylène Farmer (si),
  • vintage et néopop,
  • reconnaissable et insaisissable.

Pour son glorieux come-back dans une grande salle à son image (solidement implantée mais peu détectable si l’on ne farfouine guère), l’hurluberlu m’a sollicité pour ploum-ploumer et pouët-pouëter en m’associant à Sébastyén Defiolle, le guitariste assez fêlé pour laisser passer la lumière, et à Naïma, la seule percussionniste sage de tout l’univers.

 

 

Après les répétitions, entre

  • groove et exploration,
  • respect du texte et trouvailles explosives,
  • bababam et popopopopo,

joie et hâte de vivre cet instant avec un maximum de vous, ce vendredi à 20 h. Derniers billets disponibles ici.

Jann Halexander revient avec « Cœur canari »

Première de couverture (détail)

On pourrait croire que l’épithète « ténébreux » a été inventée pour lui. Pas pour sa couleur de peau, il n’est que métis. Plutôt pour sa capacité à nourrir son propre mystère en le creusant. Jann Halexander, né Aurélien Makosso-Akendengue,

  • a vu le jour à Libreville,
  • a vécu au Canada, et
  • pousse ses « chansons cabaret » en France.

Un jour de 2025, il revient là où il a vécu. Au Gabon. Ne feint pas l’émotion de reconnaissance. Constate au contraire que tout a changé. N’encense pas :

  • la démocratie,
  • l’eau et
  • l’électricité

sont aléatoires, en un mot. Il regarde. En artiste. En tire un livret. En artiste. Se prépare à l’accompagner d’un single à paraître incessamment – surveillez YouTube cette semaine ! Pour lui, c’est l’occasion d’explorer le Gabon en tant que pays physique et en tant qu’espace intérieur.

  • Figure discrète de la scène LGBTQIA+,
  • bisexuel assumé,
  • père ému néanmoins en couple avec un homme,

Jann semble vouloir faire la paix avec lui-même. Avec

  • le mulâtre qu’il revendique d’être,
  • l’homosexuel qui salue les gens se foutant de ce qui se passe dans la salle à coucher du voisin,
  • l’enfant qui se souvient de Port-Gentil, et
  • l’ado qui, aimant les hommes, aimant les femmes, a détesté le pays.

Dans son récit, il nous invite à redécouvrir avec lui le pays où il est né – et ce, à travers

  • ses transports dont on imagine qu’ils sont autant véhiculatoires que sentimentaux,
  • ses regards sociétaux sur lesquels on devine le souci de discerner l’influence des dictatures successives,
  • ses cahots, que ressent l’artiste français dans sa vie et sa chair, sans prétendre pour autant être un pur Gabonais, comme le ferait un faiseur soucieux de séduire la diaspora en quête d’un porte-drapeau convenable.

Entre une « maman porcelaine » et un « papa encre de Chine », Jann Halexander

  • hésite entre l’observation et la vitupération contre les énergumènes français qui s’étonnent que la télévision publique se passionne à grands frais pour des drag-queeens (j’en fais partie),
  • milite pour « l’homo sapiens lgbticus », et
  • invente les discours intérieurs ou extérieurs des homophobes sans, reconnaissons-le, définir à quel moment on devient homophobe aux yeux d’un bisexuel.

Cette mauvaise foi qui pulse est la force du livret de Jann Halexander : l’artiste

  • s’engage sans expliciter son engagement,
  • défend la communauté homosexuelle sans prétendre que la communauté est une communauté,
  • attire l’attention sur les OVNI en Afrique – une de ses spécialités youtubesques et physiques – sans obliger le lecteur à se passionner pour la question,
  • loue la société gabonaise pour son mépris de la minceur – lui qui est un pro du régime – mais la stipendie pour son goût de l’apparence.

Les amateurs de mollesse univoque, l’opuscule les agacera. C’est son charme. Jann Halexander ne cherche ni à convaincre, ni à agréger. Avoir le cœur canari, pour lui, c’est

  • chercher à être lucide sans s’aigrir,
  • être Gabonais sans n’être que Gabonais,
  • farfouiner dans un monde bien moisi sans, par contamination, devenir nidoreux.

Les gens plus straight ont toute liberté à préférer la grenadine. Les curieux, eux, pourront fricoter ici.