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Domenico Severin

Domenico Severin et Roselyne Quémin, « Orgue en Caraïbes » (Appassionato)

 

Donner à entendre pour la première fois sur disque l’orgue Cattiaux de la cathédrale de Basse-Terre en profitant d’un récital in situ pour faire coup double : voilà le défi que s’est lancé Domenico Severin presque tout seul comme un grand, sur son propre label. S’il a concédé une touche locale en invitant pour quelques duos la saxophoniste martiniquaise Roselyne Quémin (on sait que les duos orgue et saxo se développent, aussi bien au Québec, avec notamment Sophie Poulin de Courval et Jacques Boucher, que sous nos latitudes avec l’excellent Pierre-Marie Bonafos ou l’enthousiasmant tandem russe formé par Anna Homenya et Dmitri Ouvaroff), il a tenu à concevoir un récital de démonstration sans affectation spécifiquement caribéenne. À la lecture du programme, on pourrait être perplexe devant l’association entre musique baroque et musique contemporaine, n’eussent été

  • un principe général (celui du disque-démonstration affichant la palette de l’orgue enregistré) et
  • un principe particulier (celui de l’interprète revendiquant « l’exploration de nouvelles sonorités, des équilibres de l’instrument et, surtout, le plaisir de l’écoute », contre les diktats musicologiques censés présider au choix des titres interprétés).

Si la set-list embrasse large, elle ne saurait être taxée de fourre-tout pour autant : bien sûr, le « Choral du veilleur », la Sinfonia de la cantate BWV 29, un noël-tube de Daquin, mais aussi du Nosetti, du Ålberg, du Jolivet et du Severin : pas vraiment une litanie d’encores favoris ! Surtout, elle inclut des pièces variées à l’aune du quadruple Domenico Severin :

  • le virtuose incontesté ne craignant point les classiques,
  • l’Italien invétéré vénérant sa prime patrie,
  • le compositeur attaché à jouer son travail et la musique de collègues vivants, et
  • le curieux de répertoires peu fréquentés.

 

 

La fête commence avec la Sinfonia de la cantate BWV 29, proposée dans la transcription pour orgue d’Alexandre Guilmant. Le tempo raisonnable substitue la clarté au brio tape-à-l’œil parfois privilégié. Les amateurs d’organiste s’ébrouant pour nous faire profiter de leur virtuosité clinquante passeront leur chemin. Ces 4’45 rendent hommage à la rigueur efficace de Johann Sebastian Bach dont l’interprète s’attache à souligner l’articulation derrière l’apparente austérité de la registration unique, nous convainquant in fine que la solennité habille bien la symphonie d’une cantate destinée à rendre grâces à Dieu.
Après un silence peut-être trop bref, choix de montage final reproduit systématiquement, le choral « Wachet auf, ruft uns die Stimme » [Réveillez-vous, nous crie la voix] (BWV 645), redoutable exercice en trio, bénéficie de la même solidité d’exécution, qu’acidulent – eh oui – çà et là

  • des rythmes presque pointés,
  • des accentuations,
  • de larges respirations et
  • des spécificités d’articulation

trahissant, et c’est heureux, la patte Severin : rigueur, oui (malgré ses airs de savant fou, le zozo n’est pas réputé pour ses excentricités musicologiques !), mais interprétation toujours.
Troisième proposition pour boucler le triptyque Bach proposé en guise de péristyle, « Kommst du nun, Jesu, von Himmel herunter » [Viens, Jésus, descends maintenant du ciel sur la Terre] (BWV 650) est le dernier choral Schübler, le premier étant le BWV 645. L’énergie et l’allant de ce trio séduisent plus qu’ils n’impressionnent malgré le haut degré de technicité exigé par cette pièce. Ils confirment aussi, cornet en avant, qu’il est raisonnable d’interpréter du Bach sur des orgues non contemporains du compositeur – ainsi que l’avait illustré, par exemple, Jean-Luc Thellin dans les premiers volumes de son intégrale suspendue (Organroxx), où il explorait avec talent quelques exemplaires splendides claqués par la manufacture Dominique Thomas avant que des soubresauts ne saisissent tant la manufacture que l’intégrale en cours.

 

 

Première curiosité du programme, le Dixième noël de Louis-Claude Daquin sur « À la venue de Noël » permet une exploration sautillante de facettes nouvelles de l’orgue. L’auditeur peut ainsi goûter

  • la variété des sonorités de détail,
  • le jeu entre les différents claviers,
  • la spatialisation de la prise de son.

L’interprète brille personnellement grâce

  • aux inégalités bien senties,
  • à l’intégration des ornements dans le discours,
  • à son travail sur les liaisons, les attaques et les détachés.

Or, sur ces variations approchant les 6′, il s’agit de créer des couleurs à la fois assez différenciées et assez cohérentes afin de capter les esgourdes et ne les plus lâcher.

  • L’organiste,
  • l’orgue et
  • la partition

passent l’épreuve sans coup férir.
L’atavisme italien de Domenico Severin se faufile dans les chants de la nuit caribéenne (l’artiste évoque des grenouilles quand nous croyions ouïr des grillons) grâce à la « Bergamasca » de Girolamo Frescobaldi. Cette petite musique de nuit met en lumière les jeux de fond de l’instrument. Sur un orgue a priori peu approprié à ce type de musique, dans lequel on attend des archétypes historiques, le musicien parvient à créer des sonorités délicatement variées pour chaque déclinaison du thème, malgré quelques facéties techniques (3’20), sans doute destinées à vérifier si celui qui se prend pour un critique a vraiment écouté le disque. Tour à tour

  • modeste,
  • mystérieux et
  • fanfaron ayant goût à plastronner,

le Cattiaux de 2018 est un compagnon intéressant et digne pour cette musique écrite quelque quatre siècles plus tôt.

 

 

Le contraste est attendu avec la Fantaisie en la mineur de Thomas Åberg, compositeur né en 1952. En réalité, la musique du compositeur suédois est très tonale et procède sur le développement d’une cellule initiale fonctionnant autour d’une marche descendante. Le spectre des registrations accentue le charme pimpant de la première partie, avant que les bassons de pédale ne reprennent le thème autour d’un plein jeu composé par l’interprète. Une méditation s’ensuit, marquant le centre de la pièce. Elle pousse à dialoguer les jeux presque ondulants avec les registres plus aigus. Le retour au forte annonce la seconde partie de la symétrie.

  • La lisibilité de la construction,
  • la simplicité des harmonies et
  • l’ajout d’une coda plus retenue osant une fin piano,

loin de sombrer dans la mièvrerie, permettent une exploration des possibles de l’orgue à la fois originale et accessible à toute oreille.
Le saxophone surgit à l’occasion d’Adiemus, extrait de Songs of Sanctuary (1994) de Karl Jenkins, né en 1944 – originellement une œuvre de près d’une heure pour chœur de femmes et ensemble orchestral. Une harmonisation joliment troussée enveloppe un thème de style populaire fondé sur des notes répétées que reprend l’orgue après l’exposition de l’anche, chargée de dialoguer en miroir. Intrinsèquement, la pièce n’est sans doute pas la plus palpitante du lot, mais

  • son côté basique assumé (privilégiant par exemple des modulations et des répétitions aux développements),
  • son refus de falbalas modernistes,
  • sa dernière partie aux faux airs de fade-out improvisé et
  • l’équilibre entre les deux instruments trouvés par les musiciens

se fondent parfaitement dans la dynamique du programme proposé jusqu’ici.
L’orgue reprend le lead pour l’Élégie sur un air folklorique américain de Massimo Nosetti (1960-2013). Après l’exposition du thème, un premier développement fait courir l’air des claviers aux anches de pédale. Le cornet énonce alors de nouveau la mélodie. Un à-coup fracture cet agencement ficelé avec un artisanat consommé. Par la zébrure ainsi ménagée, se faufile un crescendo majestueux ménagé avec habileté par l’organiste, avant que le son ne s’efface, progressivement, au long d’une coda bien troussée.

 

 

Domenico Severin enchaîne sur la transcription d’un tube espagnol que sont  les Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tarrega. Les notes répétées avec la liberté de la guitare font joliment reluire les jeux flûtés qu’abrite la cathédrale de Basse-Terre. Cette curiosité pour le moins inattendue rafraîchit ce récital caribéen et traduit l’originalité de son concepteur. Même si des organistes férus de transcription – Esther Assuied en tête – s’intéressent à Ennio Morricone, l’on n’avait jamais ouï non plus le « Hautbois de Gabriel » extrait de la bande originale du film Mission, dans une version dialoguée pour orgue et saxophone au trémolo imitatif des vibrations de l’original. C’est chose faite, et bien faite pour un mélange heureux entre musique savante et musique populaire – typique du travail d’Ennio Morricone et caractéristique du présent récital.
Mort en 2013, Jean-Michel Damase n’est pas le plus connu des compositeurs pour orgue, et il est joyeux que Domenico Severin nous offre l’occasion de découvrir – ô inculture, quand tu me tiens – l’une de ses quatre Pastorales.

  • Riches harmonies mutantes,
  • atmosphères mouvantes,
  • couleurs délicates mais certes pas gnangnan

laissent entendre le métier du créateur et le soin apporté à sa restitution par l’interprète.
Plus fréquenté, le remix du Concerto en ré mineur d’Antonio Vivaldi par Johann Sebastian Bach (BWV 596). Les jeux flûtés font merveille dans le début de l’Allegro ainsi qu’est considéré le premier mouvement. La fugue rappelle si besoin que l’interprète sait allier virtuosité et musicalité. Le Largo e spiccato ternaire, solo avec accompagnement, montre peut-être les limites de l’instrument dans ce type de musique tant les fonds semblent soudain prosaïques – la platitude de la musique peut jouer, il est vrai. Le dernier mouvement envoie du décibel et de la promptitude. La mécanique est assez bien réglée pour ne pas craindre les notes répétées. Les anches de 16′ à la pédale ne sont pas d’une extrême délicatesse, mais elles donnent de l’ampleur à cette partie jusqu’à l’ultime tierce picarde.

 

 

Enquillent deux extraits des Cinq interludes pour orgue d’André Jolivet, mort en 1974. Les registrations de l’introduction, manualiter, et de l’interlude choisis, tous deux plongés dans une profonde méditation que rehausse une harmonie envoûtante, sonnent remarquablement bien, sachant paraître à la fois profondes et incisives. Le saxophone revient pour un Andantino et Calmo de Gilles Martin, pianiste et saxophoniste né en 1971. Adaptées d’un duo pour piano et sax visant « la fin du premier cycle », ces deux billevesées jouent à plein le plaisir de la mélodie et de la concision. L’ambiance caribéenne créée par les grésillements animaux ajoute au charme de cette musique faite sérieusement sans se prendre au sérieux.
Deux extraits de la Pop Suite de Daniel Hellbach, professeur de piano né en 1958, encadrent une pièce de Domenico Sverin. « Latin », laisse le lead au sax, tout en veillant à lui permettre de dialoguer parcimonieusement avec l’orgue-piano. Le son chaleureux de Roselyne Quémin et la légèreté digitale de Domenico Severin donnent un peu de piquant à cette pièce mignonne et évanescente.

 

 

Ne le nions pas : on est moins dans la rigolade avec « Jesu dulcis memoria » du signor Domenico Severin (né en 1967, on peut le dire à présent qu’il intervient aussi comme compositeur), plutôt réputé pour sa musique riche et complexe que comme griffonneur de bluettes. Sa proposition ambitieuse rassérène l’auditeur qui trouverait certaines compositions sympathiques mais guère nourrissantes à la longue. Le projet tournicote autour d’une hymne grégorienne louant le doux souvenir de Jésus dont la présence suave donne de vraies joies au cœur. Après un puissant éclat, motif récurrent de l’ouvrage, l’hymne apparaît à la pédale selon une modalité d’exposition qui n’est pas sans évoquer Maurice Duruflé lui-même. Bientôt égrenée dans l’aigu, l’hymne est ensuite secouée par des réharmonisations interrogées par la voix céleste avec effets de boîte harmonique sur un procédé que le compositeur appelle « gouttes de sang rappelant la passion du Christ ». Un double canon, rythmé par des notes répétées, se laisse de nouveau zébrer par un tutti rageur permettant d’apprécier les différents plans de l’orgue. Concis, certes (5’20), mais aussi séduisant que diablement efficace.
En bis, « A Dream » de Daniel Hellbach paraît un brin superfétatoire mais permet de conclure avec la saxophoniste sur une mélopée plaisante à défaut d’être pleinement passionnante. C’est donc sur sept secondes de chant de grenouilles que s’achève un disque porté par

  • une belle prise de son,
  • une set-list personnelle et
  • un projet qui dépasse, de loin, la simple découverte d’un orgue caribéen.

 

 

En conclusion,

  • la présence de valeurs sûres du répertoire organistique,
  • la découverte de raretés et
  • l’insertion de pastilles sucrées avec saxophone obligé, sans doute pour faire respirer l’auditeur entre deux pièces sérieuses pour orgue seul – les auditeurs préférant des pièces ambitieuses pour orgue et saxo se tourneront plus volontiers vers la musicalité d’Anna Homenya et Dmitri Ouvaroff dans Michat, Piazzolla, Glazounov, Taneïev ou Sorokine pour une miniature toute fraîche,

rendent l’écoute voire l’acquisition de cet album plus que chaudement recommandables car son écoute est un plaisir couvrant largement les soixante-dix sept minutes de musique annoncées.


Pour écouter le disque en intégralité, c’est ici.
Pour l’acheter, c’est là.

 

La cinquième saison

 

Enfin ! À quelques jours de l’inauguration de la saison, le 19 septembre, voici dévoilé le programme de la trrrrès attendue (au moins) cinquième saison de Komm, Bach!, qui proposera, parmi les pépites de l’année :

  • des récitals d’orgue solo, ainsi que des concerts
  • orgue et hautbois,
  • orgue et trompe de chasse,
  • orgue et soprano,
  • orgue et piano,
  • orgue et chœur,
  • orgue et cuivres, et même
  • un concert pochette surprise, qui sera le secret le mieux gardé de la saison.
Affiche du quatre-vingt-septième concert du festival Komm, Bach!, qui inaugure la cinquième saison.

Cette nouvelle édition du festival assumera deux orientations :

  • une envie d’Europe, malgré le report d’un projet russe pour cause de coronavirus, avec un épisode nomade assumé par Frédérique Gros, un triple épisode italien (face à la fougue italienne, impossible de faire les choses simplement), un épisode anglais d’antan, le florilège annuel concocté par le Namurois Fix Grandjean, et un épisode espagnol ; et
  • un souci de diversité puisque la programmation mettra à l’honneur Johann Sebastian Bach, forcément, et un de ses collègues un peu moins connus, Jean-Christophe Rosaz.

En effet, depuis plusieurs saisons, le festival formalise son goût pour la musique contemporaine en explorant une voie privilégiée chaque année.

  • Lors de la troisième saison, les artistes ont joué une demi-douzaine de pièces du passionnant Robert Maximilian Helmschrott (né en 1938).
  • En quatrième saison, la Pastorius toccata de Yannick Daguerre (1971-2011), éditée par Komm, Bach!, a résonné à une dizaine de reprises.
  • Cette fois, après un Allemand et un Français (un Basque, protesteront les localistes), c’est le tour de Jean-Christophe Rosaz.

JCR est un métis à sa manière : Franco-Suisse, il a des attaches en Italie et en Argentine. Il a glané ses diplômes d’assembleur de notes au CNSM de Lyon (composition) et à l’École normale de musique de Paris (musique de film). Par son travail, il aspire à « puiser aux sources d’inspiration de la nature » tel que le chant des oiseaux, des baleines et des étoiles. Son projet dialoguera avec ceux de Bach, donc, ainsi qu’avec ceux d’Alain, de Beaufils de Guérigny, Beethoven, Brahms, Bret, Blow, Cholley, Chopin, Debussy, Dupré, Enesco, Fisher, Franck, Guilmant, Homilius, Kerckhoven, Kerll, Krebs, Lefébure-Wély, Liszt, Locke, Marchand, Mendelssohn, Mozart, Purcell, Rossini, Tchaïkovski, Verdi, Vierne et Wagner (entre autres).

Le site de Jean-Christophe Rosaz : http://www.jeanchristopherosaz.eu.
La Pastorius toccata : https://www.bertrandferrier.fr/produit/pastorius-toccata-de-yannick-daguerre-partition-en-pdf-10-p/.
La page FB du festival : https://www.facebook.com/kommbach/.

 

Komm, Bach!, épisode 79

Naji Hakim et Marie-AGnès Grall-Menet à Saint-André de l’Europe, à l’issue du concert Komm, Bach!. Photo : Domenico Severin (http://domenicoseverin.com/).

Après une numérotation imprécise, il est temps de revenir sur une classification beaucoup plus stricte et solide. Voici donc des bribes du soixante-dix-neuvième épisode du festival Komm, Bach!, featuring la concertiste internationale Marie-Agnès Grall-Menet, titulaire des grandes orgues de Saint-Nicolas du Chardonnet. Et, soyons clairs, ça a zouké, ce soir.

 

 

Cette dynamite – pardon : ce dynamisme est-il contradictoire d’une proposition plus protéiforme ? Ben non, les artistes du festival savent combien nous aimons contrastes et grand 8 des émotions. Aussi l’iconique MAGM nous en avait-elle préparé une dose…

 

 

Entre un brillant Gluck arrangé par l’artiste et un extrait de la « Petite musique de nuit » de Wolfgang, vous choisiriez quoi ? Un extrait de la « Petite musique » ? Bon, parce que vous insistez, alors, le voici…

 

 

Pour autant, l’heure n’est pas à la mignardise. On est au festival Komm, Bach!, tout de même. La preuve, l’interprète reprend aussi sec son sérieux.

Marie-Agnès Grall-Menet. Photo : Rozenn Douerin.

Et elle claque un hit qui est forcément du goût de l’autre zozo qui feint de la chaperonner depuis qu’elle s’est aventurée dans cette antre de perdition.

 

 

En même temps, on va pas se mentir, ici, on aime le padapam. Et la dame l’a bien subodoré.

 

 

Est-ce à dire que nous refusons la belle musique connotée Cavaillé-Coll ? Fi, mécréants, quand de brillants mains et pieds la savent interpréter, point ne les décourageons. (Allons.) (Coquins.)

 

 

C’est alors que surgit le phare de cette saison 2019-2020 : la « Pastorius toccata » de feu Yannick Daguerre, dont nous sollicitons l’interprétation dès que le concert semble cohérent avec cette pièce pétillante, parce qu’elle porte la mémoire d’un extraordinaire musicien.

 

 

Toutefois, restons sereins et toute cette sorte de choses. La virtuose ne voulut-elle point célébrer les 150 ans de la naissance de Mr Vierne ? Donc, méditons.

 

 

Restait l’énorme inédit de Naji Hakim, star internationale de l’orgue qui nous avait fait l’amitié d’être présent. L’occasion d’entendre la nouvelle exécution de sa redoutable pièce par la dédicataire de l’œuvre. Nous voulons imaginer qu’il ne le regretta certes point. Le triomphe fait à sa pièce et à son interprète semble parler de lui-même.

 

 

Alors, on va pas se mentir, vus le niveau d’exigence, la haute technicité, l’investissement personnel, le suivi, l’émotion et la musicalité, il est inutile de venir me chanter la messe sur « les squatteurs de Saint-Nike » ou l’extrême-droitisme de l’église dans les hauteurs desquelles la dame sévit. Ce 8 février, la titulaire du grand orgue de l’église polémique a balayé tout scepticisme d’un trait de lumière : c’était pensé, maîtrisé, puissant, pomme-pet-deupe et généreux. Un grand récital d’orgue, en somme.

80, le bientôt bel âge

Photo : Bertrand Ferrier

La quatre-vingtième approche. La soixante-dix-neuvième d’abord, mais bientôt quand même.
Merci aux artistes, au public, aux artisans, à la paroisse et aux instigateurs.
Let’s get going.

La vérité sur Domenico Severin

Photo : Bertrand Ferrier

Au début, c’était simple : « Grimpe et vois ce que fabrique le facteur italien venu accorder l’orgue pour le concert de Domenico Severin, avec l’accord, ha-ha, du titulaire de l’entretien, Mr Yves Fossaert from the Manufacture Yves Fossaert. » Donc je grimpai – c’est un vertige à ma hauteur, si j’puis dire.

Photo : Bertrand Ferrier

Bon ben, une fois dans la bête, comme les restaurateurs fossaertiques ont comblé les trous qui faisaient flipper tout l’monde, c’est toujours sympa, hein. Genre : oh, y a des tuyaux ! Et de la lumière ! Carrément génial !

Photo : Bertrand Ferrier

Et y a d’la lumière à travers ! Oui, d’accord, je suis le pire photographe de l’interstellarité, mais je dois pouvoir montrer la lumière, non ? Si. Voilà. C’est ce qu’il me semblait. Et j’aimerais que, à ma mort, on rappelât que Bertrand Ferrier fut le zozo qui, à travers les fûts, aka les tuyaux d’orgue, symboliquement mais pas que, montra la lumière. Si vous pleurez pas là, franchement, belle bande d’hypocrites vous fûtes.

Photo : Bertrand Ferrier

Surtout que, soit, présentement, c’est moi qui prends des photos de brun. Mais imaginez que quelqu’un prenne de belles photos, avec un vrai appareil, un vrai savoir-faire et une sacrée post-prod, voire un orgue encore plus popopo, mazette. Ben, peut-être vous trouveriez ça spectaculaire. Alors que moi, mon souci fut tout autre, peste et bigre.

Photo : Bertrand Ferrier

Oh, jusqu’à présent, ma visite dans les entrailles du Monstre sentait le zouk et la soukouss. C’était pomme, pet, deupe. Y avait de l’émotion et de l’émerveillement. J’aurais même, tant pis pour ceux que je vais choquer, pu écrire un manuel pour les CM2, si je dois être honnête. Pis : j’aurais pu co-construire un projet de sensibilisation culturelle et transversale avec un groupe-classe de pré-sachants issus de milieux pluriels sis dans des zones à apprentissage multiple. Nan mais allô, quoi, on va pas se mentir, j’étais chaud. Et soudain, badaboum.

Photo : Bertrand Ferrier

Le monde s’est mis à trembler. À chier. Quelque chose couillait dans le ventilateur du réverbère. J’ai perçu une vibration négative. L’univers est devenu noir et blanc. Et pas dans l’esprit je veux un Oscar je m’appelle Jean Ofthegarden. Ce noir et blanc suintait l’inquiétude. Le : « Et il est où, le facteur vénitien que je t’ai confié, il est où ? » Après, je sais pas ce qu’il s’est passé. Un visage est apparu. J’ai tout jeté : de l’ail, du persil, des fines herbes… Même de la ciboulette qui poussait là, va savoir pourquoi. Forcément, le mec est tombé. J’ai chu sur lui. Je lui ai arraché son visage et j’ai fait le concert à sa place. Quand sa femme et sa fille sont arrivées, j’ai arraché mon visage et j’en ai affublé M.Chien. Right now, nobody knows the trouble I live. Ce sera, donc, notre petit secret.

Photo : Bertrand Ferrier

 

Komm Bach, épisode 56

Photo : Bertrand Ferrier

Parés pour une soirée d’hiver qui dépote ? Plongez dans le monde suritalien et tout aussi survitaminé de Domenico Severin, il virtuoso importé ce soir depuis Meaux jusqu’à Saint-André de l’Europe.

Photo : Bertrand Ferrier

Pour un concert pied au pédalier, venez accrocher vos ceintures et laissez-vous subjuguer par de la musique qui sonne, sonne, sonne… et une technique à couper le souffle, à admirer gracieusement sur grantécran sous les doigts de l’artiste Komm, Bach! du soir.

Domenico Severin en répétition. Photo : Bertrand Ferrier

Pour les curieux, voici l’programme. Pour les gourmands, rendez-vous aussi après le concert pour rencontrer de vifs yeux le musicien, qui dédicacera ses disques à qui-n’en-veut. On vous attend presque déjà pour la fête des esgourdes à la sauce italienne !

 

L’Italie envahit Paris…


… et le pire, c’est que l’on s’apprête à fêter cela ! Domenico Severin, le plus virtuose des plus français des organistes italiens, ouf, vient fracasser son talent sur les récifs de l’orgue emblématique du festival Komm, Bach!. Au programme : de la grande musique italienne – ou, au pire, du Bach remixant Antonio Vivaldi. Un concert riche, spectaculaire, passionnant et original qui sera retransmis en direct sur grantécran, avec cadreuse live, entrée libre, sortie aussi et programme offert. Quoi d’autre ? Ben, par exemple, ce minibout de répète volé à la volée, ha-ha, pour ceux qui se voudront délecter après la précédente rapine celée ici.
Domenico Severin, grand récital d’orgue. Église Saint-André de l’Europe, samedi 19 janvier, 20 h. 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg, Paris 8. M° : Place de Clichy (2, 13) ou Europe (3). Proximité arrêts 66, 80, 95. Entrée libre, sortie aussi, mais on a aussi le droit de laisser des sous pour soutenir les musiciens vivants et le festival.

Domenico Severin est en approche

Photo : Bertrand Ferrier

Domenico Severin, le virtuose qui virevolte dans le monde entier, l’unique titulaire de la cathédrale de Meaux, le plus Français des Italiens et peut-être réciproquement, s’apprête à frictionner son talent au gré de Komm, Bach!. C’est peu dire que l’on est foufou à l’idée d’accueillir ce redoutable musicien, et pas que parce que, pour faire frétiller la cadreuse live du festival, il lit ses partoches exclusivement sur son iPad. Ben non.

Photo : Bertrand Ferrier

Peut-être parce que son programme, résolument dix-neuviémiste, s’annonce à l’écoute de l’orgue Delmotte-Béasse qu’il a accepté d’affronter. Peut-être aussi parce que l’artiste, motivé grave et foufou fondu comme un Italien, est capable de t’appeler à tout moment en disant : « Tiens, quasi j’ai rien à faire cette après-midi, j’aime pas la sieste, je peux venir travailler sur l’orgue de Saint-André de l’Europe ? » Peut-être enfin parce que ce maître des trois claviers, quand il n’y en a que deux, a toujours souci d’associer sa dextérité absolue avec le rendu sonore de la musique, effet du modeste cor de nuit inclus.

Photo : Bertrand Ferrier

Alors, oui, vous êtes des milliers, que dis-je, des millions à vous demander : Mais comment solliciter l’insigne horreur, avec deux « n », pas deux airs, d’assister à son premier concert parisien de l’année ? Dois-je réserver follement à l’avance pour avoir une place ?
Point.
Même pas.
Nous accueillons avec même joie aficionados et curieux, le 19 janvier pour un récital débutant à 20 h pétaradantes. Pour tous, nous diffusons gratuitement, en direct, sur écran géant, comme si vous étiez jusqu’à côté de l’artiste, le concert du jour à mesure qu’il se déroule (je précise car, une fois, on m’a demandé si que c’était pas un DVD que l’on voyait).

Alors, aux ceusses qui vont indubitablement se demander : « Mais un récital d’orgue, en plus gratuit, même avec un grantécran, on va s’ennuyer », ce que je comprends au niveau de la craintivité, je répondrai : carrément. Si t’aimes pas le frisson, le vertige, le wow, le mazette-mais-popopo, si tu préfères l’ennui, le pfff, le vivement la pub, si t’es dans le Macron spirit of dirty mediocrity, trop pas faut venir. Sinon, viens, ça va zouker.
Viens en costard, comme tu es ou en gilet jaune, personne ne donne un fuck tant que tu respectes le lieu et l’artiste (sinon, on se parle, t’inquiète, j’connais bien le commissariat local). Tu connais la-musique-d’orgue ou tu connais pas, qui s’en carre ? Si tu aimes l’émotion, si t’es prêt à te laisser embarquer par des sons inattendus, puissants ou touchants, viens : c’est gratuit. Tu peux donner des sous pour l’artiste à la sortie si tu as kiffé ou ne rien donner si t’as pas de quoi – dans tous les cas, prépare-toi à ébouriffer ta permanente. J’en rajoute ? Regarde ça. Le son est moche, l’image est assurée par un organiste sans doute jaloux de la magie du zozo, mais le groove, mazette, prends ça et ce post n’aura point été vain.