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Pancartes

Jusqu’à quand ?

Place de la République, le 5 novembre 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

Jusques à quand, Pharaon Ier de la Pensée complexe, abuseras-tu de notre patience ? Combien de temps encore serons-nous le jouet de ton mépris ? En latin ou en français, c’est le thème du jour. Sur le chemin

  • de la révolte tranquille,
  • de la colère profonde et
  • du folklore gaulois,

nous croisons, dans le métro,

  • des humains vintage avec des sacs Lenôtre bien garnis,
  • un golden-retriever un brin apeuré par la presse, et
  • une horde de lycéens qui ont envahi la station Réaumur-Sébastopol pour clapper que nous sommes tous antifascistes.

Une publicité sur un distributeur automatique de boisson nous apprend, mais un peu tard, que Lipton sera le goût de notre été. À notre arrivée, c’est l’automne mais un automne qui vibre

  • de chaleur,
  • de joie d’être ensemble et d’être aussi nombreux, et
  • d’ire devant le désastre qu’ont entraîné dix ans de macronisme (déjà, un jour, c’était trop, alors dix ans…).

La place de la République grouille de monde. À défaut de son chat, chacun cherche sa tribu ou l’invente. Ainsi d’un gamin qui participe de facto aux concours de pancartes menaçantes avec un carton où est écrit : « TREMBLE, MACRON, LES CM2 SONT DANS LA RUE ! » Les profiteurs sont là, proposant notamment

  • des en-cas cuits selon des règles d’hygiène peu orthodoxes,
  • des boissons dont le prix suggère qu’elles sont à base d’or liquide, et
  • des drapeaux palestiniens.

Cheveux sinon de tous pays du moins de toutes couleurs ajoutent aux teintes courantes un spectre large où

  • le bleu,
  • le rouge et
  • le violet,

appliqué totalement ou en dégradé, tiennent le haut du pavé au détriment du vert, apparemment devenu so 2025. D’autres révoltés, moins chromatiques, se sont accessoirisées avec

  • des lunettes dont les verres forment des cœurs,
  • un manteau fuchsia vif (en photo infra),
  • des keffiehs ceints comme des bandanas Frère des ours, ou
  • des boucles d’oreille en forme de quartier d’orange.

Et pourquoi pas, chéris ? À côté de nous, un Américain tente d’émoustiller sa compagne à l’entrée de l’avenue Voltaire : « It’s protest atmosphere, soooo French, ain’t it? » Plus tôt, les ateliers pancartes ont bien phosphoré. L’on apprend par exemple que

  • « Mon chat mérite mieux que Macron »,
  • « Macron, arrête de m’enculer : un non est un non », ou encore que,
  • « Avant, les têtes tombaient. C’était mieux avant ».

 

Sur le parcours de la manif du 5 novembre 2026. Photo : Bertrand Ferrier.

 

Les photographes, prompts à arborer fièrement leur brassard « PRESS » (j’ai essayé : même en appuyant fort, il n’en sort rien), s’en donnent à cœur joie pour immortaliser ces graffiti éphémères. Le réseau 4G semble saturé ou mal en point. Des gens prennent des vidéos depuis leur appartement – pas forcément une bonne pub pour la revente de leur bien immobilier. Aucun « ACABEUH » n’est entonné autour de nous mais, contraints d’être en statique, des djeunses s’approchent d’un mur de son transporté par un camion stické CGT et convulsent comme on le ferait dans une rave générale.
Des odeurs révolutionnaires, selon la classification dite « de Sébastien » établie par Gad Elmaleh, émanent des fumeurs qui nous entourent.

  • Des épices fuligineuses à base de plastique périmé le disputent à
  • la fraise de synthèse défraisifiée qui défie
  • le shit solidement dosé. Presque encore solide, en fait.

Devant une batucada dirigée par une fille à capillarité rosée, une enseignante se déhanche en agitant son œuvre : « De la didactique, pas la dictature ! » Des gamins qui n’ont certainement pas dix-huit ans pour quelques années encore tractent afin d’inciter à voter Jean-Luc Mélenchon. Ici, ils semblent moins en danger qu’à l’entrée d’une AG de TotalÉnergies, cette entreprise dégueulasse, ou à la sortie d’un meeting du Medef (donc des JO, désormais), ce regroupement d’exploiteurs dont de nombreuses victimes sont ce jour-là dans la rue.
Le concours de pancartes se poursuit. Devant nous candidatent

  • « Panpan cucul, la maternelle est dans la rue »,
  • « La rue est au peuple comme le ciel est au condor [en un mot; « condor », quoique, si l’on pense à Elon Musk, bref] »,
  • « Sujet du bac : si Macron rime avec étron, est-ce le simple fruit du hasard ? », le non moins élégant
  • « Rien ne ruisselle sauf mes aisselles » ou
  • « Plus d’Emmanuel, plus de manuels ».

Merci à tous, mais trop tard : j’ai le vainqueur.

 

Une pancarte dans la foule, le 5 novembre 2026, vers la place de la République (Paris 10). Photo : Bertrand Ferrier.

 

Une bande-son improbable suscite l’hystérie des collégiens et des lycéens, « Emmenez-moi » de l’évadé fiscal arménien se chorégraphiant, finalement, aussi mieux que « Résiste » de celle qui a succédé à Véronique S. dans la machine à émotions de Michel B. Sur un camion de son, un groupe profite de ce que la manif est bloquée sur place pour chanter ses tubes à la gloire du fret ferroviaire ou de la carte Vitale. Des manifestants essayent de retrouver leurs potes en se triangulant : « On est entre

  • un drapeau sur les saucisses [en fait, du lard, mais c’est vrai que la chose était particulièrement mal dessinée],
  • le ballon Sud solidaire mais pas le premier parce qu’on est rue Jean-Pierre Timbaud alors que le premier, non, et
  • une banderole avec des sirènes dessus. »

That’s

  • manifestation violente,
  • casseurs racailleux et
  • dégradation dangereuse du pays nécessitant l’état d’urgence et l’interdiction d’Internet

in French, guys. Désormais, les CRS contrôlent les accès à la place de la République. L’un d’eux avertit les badauds qui s’approchent : « Ouvrez vos sacs, sauf si vous n’en avez pas. » L’inverse eût été plus logique, mais bon, nous sommes en France où l’on a toujours une légère préférence pour

  • les CRS,
  • les militaires et
  • les médiateurs de la ville de Paris, cette lie de la société d’inutiles dangereux censés assurer la sécurité (la sécurité des notables en place, hein, pas la nôtre, faut pas déconner – d’autant qu’on ne leur demande rien).

Cette après-midi-là, l’ambiance est

  • vénère,
  • déter et
  • joyeuse

à la fois. Jusqu’à quand ?


Le récit et les photos du même événement selon ce torchon qu’est Le Figaro