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Philippe Brandeis

Faîtes de la musique – Le programme (1/3)

 

Sous le coup d’une menace d’extinction pour ses prochaines saisons, le festival Komm, Bach! a résolu de répondre à sa façon par un (possible) dernier concert YouTube en forme de feu d’artifice. Au programme : un cyberconcert, possiblement le dernier, d’une durée de 24 h, incluant

  • un florilège thématisé des dernières années de concerts ;
  • des vidéos non encore publiées issues des cent concerts fomentés depuis octobre 2016 ; et
  • des cyberconcerts inédits, offerts par les artistes passés par le festival.

Sur la platine du vidéo jockey, de l’orgue et pas que, du Bach et pas que, du partage et des propositions. Hauts les cœurs, et rendez-vous le lundi 21 juin, sur la chaîne YouTube du festival, dès la minuit du 21 juin ! Pour se mettre en appétit, voici la set-list de la première partie de huit heures…

 

Première partie
Retour vers les futurs

Premier concert (1 h)
Komm, Bach! fête Bach à l’orgue

  1. Jean-Luc Thellin joue les Toccata et fugue en ré mineur (BWV 565)
  2. Bruno Beaufils de Guérigny joue « Ich ruf zu dir » (BWV 639)
  3. François-Xavier Grandjean joue la Fantaisie et la fugue en do mineur (BWV 537)
  4. Vincent Crosnier joue le 14ème contrepoint, inachevé, de L’Art de la fugue (BWV 1080)
  5. Jorris Sauquet joue « Schafe können sicher weiden » (BWV 208)
  6. Jean-Luc Thellin joue les Fantaisie et fugue en sol mineur (BWV 542)
  7. Marie-Agnès Grall-Menet joue la « Badinerie » (BWV 1067)
  8. François-Xavier Grandjean joue la « Fantaisie en Sol » (BWV 572)

 

Deuxième concert (55’)
Komm, Bach! fête Bach à l’orgue-mais-pas-que

  1. Clavecin : Anna Homenya joue Prélude et fugue en do dièse mineur (BWV 873), extrait du Clavecin bien tempéré
  2. Orgue à trois mains : Hervé Désarbre et Benjamin Pras jouent la Sinfonia de e la cantate « Ich steh mit einem Fuß im Grabe » (« J’ai déjà un pied dans la tombe ») BWV 156
  3. Saxophone : Dmitry Ouvaroff joue la « Courante » extraite de la Deuxième partita pour violon (BWV 1004)
  4. Violoncelle : Hannah Holman joue le Prélude extrait de la Quatrième suite (BWV 1010)
  5. Hautbois : Pierre Makarenko (hautbois) et Christophe Guida (orgue) jouent la Sinfonia de la cantate BWV 21, « Ich hatte viel Bekümmernis » (« J’avais grande affliction en mon coeur »)
  6. Clavecin : Jean-Luc Thellin joue les Prélude et fugue BWV 869
  7. Soprano : Jennifer Young chante « Jesus bleibet meine Freude » [Jésus demeure ma joie], extrait de la cantate BWV 147
  8. Violoncelle : Emmanuel Acurero interprète les bourrées de la Quatrième suite pour violoncelle (BWV 1010)
  9. Orgue : Jorris Sauquet joue l’Allegro final du concerto en Ré majeur (BWV 1054)
  10. Saxorgue : Anna Homenya et Dmitry Ouvaroff jouent l’Adagio dolcissimo de « Back to Bach » de Jean-Denis Michat
  11. Orgue : Aurélien Fillion joue la « Berceuse (et son miroir) » et le Thème (méditation), extraits de « Cercles » de Laurent Carle, puis la Fantaisie en do mineur BWV 537 de Johann Sebastian Bach

Troisième concert (1 h 05)
Komm, Bach! fête Bach-et-pas-que

  1. Bach en majesté : Anna Homenya joue le Trio super « Allein Gott in der Höh sei Ehr » [Gloire à ton nom, ô Dieu de paix] (BWV 664)
  2. Autour de Bach (1) : Christophe Guida joue une Fantaisie d’Abraham van den Kerckhoven (1619-1702)
  3. Triple Bach : Jean-Luc Thellin joue les trois grands chorals sur « Nun komm, der Heiden Heiland » (BWV 659-661)
  4. Autour de Bach (2) : Vincent Crosnier joue la toccata de Frei Jacinto (ca. 1712)
  5. Bach l’Italien : Georges Bessonnet joue le Concerto en Ut BWV 594 d’après Antonio Vivaldi (1678-1741)
  6. B-a-c-h après Bach : Hervé Désarbre joue deux valses sur le nom de Bach de Nino Rota (1911-1979)
  7. Bach l’éternel veilleur : Jean-Luc Thellin joue « Wachet auf, ruft uns die Stimme » (BWV 646), aka le Choral du veilleur

Quatrième concert (1 h)
Komm, Bach! tourne autour de Bach

  1. Hervé Désarbre joue le concerto BWV 974 de Johann Sebastian Bach d’après Alessandro Marcello
  2. Guy Angelloz et Gilles Rancitelli jouent un Basque de Marin Marais
  3. Marie-Agnès Grall-Menet joue le Concerto en Sol (BWV 592) de Johann Sebastian Bach
  4. Hervé Désarbre joue la Sixième sonate pour orgue de Carl Philipp Emmanuel Bach (Wq 70-6)
  5. Jasmina Kulaglich joue le Finale (tempo di minuet) extrait de la Sonate n°59 (Hob XVI:49) de Joseph Haydn
  6. Jean-Luc Thellin joue la Sinfonia de la cantate BWV 146 de Johann Sebastian Bach
  7. Gustave Cuypers et Bruno Beaufils de Guérigny jouent l’Ave Maria dit de Giulio Caccini (1551-1618)
  8. Hannah Holmann joue la Sarabande, les Bourrées et la Gigue extraites de la Quatrième suite pour violoncelle (BWV 1010) de Johann Sebastian Bach

 

Cinquième concert (58’)
Komm, Bach! taquine le classique

  1. Jorris Sauquet joue l’Offertoire en sinfonie concertante de Jean-Jacques Beauvarlet-Charpentier (1734-1794)
  2. Gustave Cuypers et Bruno Beaufils de Guérigny jouent la « Marche du prince du Danemark » de Jeremiah Clarke (1674-1801)
  3. Hervé Désarbre joue la Marche des prêtres, extraite de La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart
  4. Jasmina Kulaglich joue une Sonate en Fa de Domenico Scarlatti (1685-1757)
  5. Jennifer Young, accompagnée par Bertrand Ferrier, chante l’Ave Maria de Bach / Gounod (1818-1893)
  6. Anna Homenya joue cinq extraits du Deuxième ordre de François Couperin (1668-1733)
  7. Hannah Holman et Ghadeer Abaido jouent la Sonate en La pour violoncelle et piano de Ludwig van Beethoven (1770-1827)
  8. Pierre Makarenko et Christophe Guida jouent la Fantaisie pour hautbois et orgue en Fa KWV 602 de Johann Ludwig Krebs (1713-1780)
  9. Nicolas Horvath joue la Dix-neuvième étude d’Hélène de Montgeroult (1764-1836)
  10. Marie-Agnès Grall-Menet joue les Minuet and Dance of the blessed Spirits de Christoph Willibald Gluck, transcrit par ses soins
  11. Le quatuor Akos joue le Douzième quatuor de Franz Schubert (1797-1828)
  12. Guy Angelloz et Gilles Rancitelli jouent le Dernier nocturne de Frédéric Chopin (1810-1849)

Sixième concert (1 h 01)
Komm, Bach! n’a pas peur du dix-neuvième siècle

  1. François-Xavier Grandjean joue l’Introduction et l’Allegro de la Première sonate d’Alexandre Guilmant (1837-1911)
  2. Jasmina Kulaglich joue « La séparation » de Mikhail Ivanovitch Glinka (1804-1857)
  3. Midori Abe joue le Troisième choral de César Franck (1822-1890)
  4. Emmanuelle Isenmann et Jorris Sauquet interprètent « Les hiboux » de Charles Baudelaire (1821-1867) et Déodat de Séverac (1872-1921)
  5. Emmanuel Acurero joue « Preludio-Fantasia (Zarabanda) » de Gaspar Cassadó i Moreu (1897-1966)
  6. Coralie Amedjkane joue « Naïades » de Louis Vierne (1870-1937)
  7. Guy Angelloz et Gilles Ranticelli jouent un Poème de Zdeněk Fibich (1850-1900)
  8. Christian Chamorel joue la « Romance sans parole » op. 85 n°4 de Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847)
  9. Jorris Sauquet joue la « Danse macabre » de Camille Saint-Saëns (1835-1901)
  10. Les Trompettes de Versailles jouent la « Marche funèbre » d’Alexandre Guilmant (1837-1911)

Septième concert (1 h 01)
Komm, Bach! se faufile vers le vingtième siècle (tranquillement)

  1. Marie-Agnès Grall-Menet joue la Marche en Ut de Louis James Alfred Lefébure-Wély (1817-1869)
  2. Vittorio Forte joue « La muse » d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (1799-1837), Sergueï Vasilyevich Rachmaninoff (1873-1943) et Earl Wild (1915-2010)
  3. Jorris Sauquet joue « Le cygne » de Camille Sain-Saëns (1835-1901)
  4. Anna Homenya et Dmitri Ouvaroff jouent le « Chant du ménestrel » d’Alexandre Glazounov (1865-1936)
  5. Guy Angelloz et Gilles Ranticelli jouent la « Chanson de Solveig » d’Edvard Grieg (1843-1907)
  6. Ariane Zanatta et Coralie Amedjkane interprètent « À midi », extrait des Angélus de Jehan Lepovremoyne (1903-1970) et Louis Vierne (1870-1937)
  7. Egor Kolesov joue l’Andante en sol mineur de Vladimir Odoïevsky (1803-1869)
  8. Emmanuelle Isenmann et Olivier Willemin interprètent l’Ave Maria de Jehan Alain (1911-1940)
  9. Hannah Holman joue les Prélude et Allegro de la Première suite pour violoncelle d’Ernest Bloch (1880-1959)
  10. François-Xavier Grandjean joue « Lumina » de Firmin Decerf (né en 1942)
  11. Cyrielle Golin joue le Premier mouvement de la sonate op. 25 n°3 de Paul Hindemith (1895-1963)
  12. Nicolas Horvath joue la Troisième gnossienne d’Erik Satie (1866-1925)
  13. Vincent Crosnier joue « Les ténèbres » extrait du Livre du Saint-Sacrement d’Olivier Messiaen (1908-1992)
  14. Jasmina Kulaglich joue « Pagodes » extrait d’Estampes de Claude Debussy (1862-1918)

 

Huitième concert (1 h)
Komm, Bach! conte fleurette aux aujourd’hui

  1. Marie-Agnès Grall-Menet joue « Tanets » de Naji Hakim (né en 1955) [Après la première diffusion de l’œuvre – dédiée à l’organiste et créée par elle – sur YouTube, cette exécution était jouée en concert en présence du compositeur]
  2. Hannah Holman joue « Graduale on DDs » de Barry Lloyd Vercoe (né en 1937) [Pièce dédiée au père de la violoncelliste]
  3. Esther Assuied joue « Dans la lumière » de Robert Maximilian Helmschrott (né en 1938)
  4. Philippe Brandeis et Élise Battais jouent un extrait d’Azãn, op. 61, de Rolande Falcinelli (1920-2006)
  5. Nicolas Horvath joue « En abyme » de Melaine Dalibert (né en 1979)
  6. Aurélien Fillon joue la Première fantaisie de Jehan Alain (1911-1940) et la Troisième saga de Jean Guillou (1930-2019)
  7. Jasmina Kulaglich joue « Bagatelle » de Tomo Hirayama (né en 1981), création mondiale précédée d’une présentation par le compositeur
  8. Pierre-Marie Bonafos et Bertrand Ferrier jouent « Miscellanées » de Bertrand Ferrier (né en 1977)
  9. Brett Douglas Deubner joue « Short Clip » de David Sampson (né en 1951), création mondiale

Yannick forever

Photo : festival Komm, Bach!

Alors que les organistes emblématiques du Val-d’Oise tombent comme à Saint-Privat voire à Gravelotte, nos amis Remi Dardenne et François Cuny étant les derniers sur la liste à ce stade, les regards continuent de se tourner vers le plus célébré d’entre eux : Yannick Daguerre, dont l’aura, le charisme et le talent n’ont pas fini de faire clap-clapper des mains. Cette année, Yannick est la vedette de Komm, Bach! puisque Esther Assuied a accepté d’éditer sa « Pastorius toccata ».

 

 

Une dizaine d’artistes ont accepté de se risquer à la projeter sur l’orgue de Saint-André de l’Europe. À ce stade du festival, qui dure de septembre à fin juin, plusieurs virtuoses nous ont laissé partager leur vision de l’œuvre – à commencer par le premier à s’y coller, en l’espèce le vénérable commandant titulaire du Val-de-Grâce, el señor Hervé Désarbre.

 

 

François-Xavier Grandjean, herr titulaire of Sainte-Julienne de Namur, a relevé le gant et, sous l’œil sévère de la jeune virtuose Esther Assuied, claqué sa propre version de la pièce. De l’engagement et de l’envie comme on aime.

 

 

L’un des plus grands virtuoses de la place parisienne ne nous a pas (encore) autorisé à cingler son exécution de concert sur YT, mais il nous avait laissé onliner l’incipit glané lors d’une répétition – et, déjà, ça zoukait grave, comme disent les musicologues ou presque.

 

 

C’est alors que l’organiste la moins soupçonnable de vulgarité, la tutélaire titulaire des grandes orgues de Saint-Nicolas du Chardonnet, s’est emparée du shmillblick pour l’auréoler de son sérieux et de son exigence.

 

 

À cette heure, la dernière artiste à s’être risquée dans ces eaux mouvementées s’appelle Coralie Amedjkane. La dame est une subtile. Elle cache le feu de la musique sous l’apparence de la strictitude, et le brasier du groove sous le respect de la partition. Coralie, on va pas se mentir : tu-ne-trompes-personne, ton interprétation est wow, voilà – na !

 

 

Pour acheter la partition, c’est exclusivement ici.

80, le bientôt bel âge

Photo : Bertrand Ferrier

La quatre-vingtième approche. La soixante-dix-neuvième d’abord, mais bientôt quand même.
Merci aux artistes, au public, aux artisans, à la paroisse et aux instigateurs.
Let’s get going.

Flûtes et tuyaux sont avancés

 

Voilà. Après avoir présenté le ploum-ploumiste et la souffleuse, l’heure est au programmisme. Partager avec vous la résultation de cette triple conceptologie serait d’un grand joyeusisme.

Élise Battais est en approche

« Azãn » de Rolande Falcinelli (détail). Photo : Bertrand Ferrier.

Ce samedi, à 20 h 30, concert orgue et flûte à Saint-André de l’Europe (24 bis, rue de Saint-Pétersbourg | Paris 8). Ce concert est réservé aux mélomanes qui adooorent les musiques qui swinguent, pulsent et soukoussent – ainsi qu’aux experts recherchant des titres puissants, rares et tripants. Fidèle à sa bonne fortune, le festival Komm, Bach! vous invite à un concert d’une heure, retransmis sur grantécran (avec une vraie cadreuse, pas comme sur les vidéos de répétition disponibles sur YouTube), incluant une entrée libre et une sortie au même tarif. Notre bonne fortune, c’est que nous accueillons, comme à chaque fois, des artistes impressionnants. Accompagnant Philippe Brandeis dans un programme sans temps mort, voici la grrrande Élise Battais – si, quand tu te cognes la tête en montant l’escalier de bois qui mène à la tribune, c’est que tu est grrrande.
Premier prix du Conservatoire royal de Bruxelles, soliste et pédagogue recherchée, spécialiste en sus de la musique vietnamienne (à Komm, Bach!, on aime bien les gens qui ne sont pas qu’un monolithe…), la dame débaroule avec une set-list virtuose associant compositeurs stars et méconnus.

Plus que deux musiciens exceptionnels, ce qui n’est déjà pas si mal, c’est un duo vibrant les même vibes qui s’apprête à investir la petite église qui jouxte la place de Clichy. Au terme de la dernière répétition, le diagnostic est univoque : ça s’annonce impressionnant et inspirant. Alors, pour vous inciter à venir, on aurait pu voler un tube à leur dernier raccord in situ. On a préféré rapter un extrait de l’hommage à Rolande Falcinelli que rendront les artistes – Philippe Brandeis est très fidèle à cette grande dame qui eût été centenaire en 2020 : il a par exemple enregistré un cycle d’elle jadis sur vinyle – ça ne nous rajeunit pas – et l’œuvre dont est issue le fragment ci-dessous pour Hortus… avec une certaine Élise Battais.
Tous les quêteurs d’envoûtement et de mystère sont attendus samedi pour profiter, au milieu de propositions joyeusement consonantes, de dix minutes rares en concert, de musique écrite il y a à peine plus de quarante ans, avec orgue et flûte… et pourtant ni conceptuelle, ni prout-prout, ni barbante. Hâte de vous y retrouver !

 

Philippe Brandeis est en approche

Philippe Brandeis en répétition. Photo : Bertrand Ferrier.

L’homme est hyperrare en concert. Ce grand manitou du Conservatoire Supérieur de Paris est pourtant l’une des merveilles de l’orgue français. Comme s’il ne suffisait pas à la tâche, il ne viendra pas seul : soucieux d’inventer un concert passionnant pour tous, il sera accompagné par sa fidèle complice Élise Battais à la flûte traversière – ceux qui l’ont vue et ouïe en récital savent combien cette musicienne contredit tous les effrois d’ennui que, comme l’orgue, suscite parfois son instrument.
Bref, avec sa boule d’énergie traversière préférée, Philippe Brandeis sera en récital ce samedi, à 20 h 30, au 24 bis, rue de Saint-Pétersbourg, juste à côté de la place de Clichy. Entrée libre, sortie aussi, avec diffusion du concert sur écran géant et hommage à Rolande Falcinelli, dont on fête quasi le centième anniversaire de naissance. 1 h 10 tout compris de musique puissante, variée et riche, juste pour les esgourdes et les cœurs des mélomanes comme des curieux. Hâte de vous y retrouver, ça va être wow.

 

Marie Baltazar, Du bruit à la musique. Devenir organiste, live @CNSMDP, 22 novembre 2019

La star de l’orgue du CNSMDP. Photo : Bertrand Ferrier.

À la base, c’est l’histoire d’une nana – ça change de l’histoire d’un mec – qui fume de l’herbe, qui blasphème en bande organisée et qui, quelques années plus tard, en fait son sujet de thèse même si elle eût initialement préféré scruter les musiques électro.
Désormais, cette histoire, c’est l’histoire de Marie Baltazar. L’ex-fofolle est devenue chercheuse spécialisée en tout et néanmoins revendiquant son appartenance aux humains chic de base, du genre qui glisse à la fin de la présentation parisienne de son livre paru aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme : « Là, je vais enfin me payer une semaine de vacances chez moi, à regarder des séries, j’en rêve depuis siiii longtemps » confie-t-elle sans prétendre se confiner dans son monde pour relire l’intégrale de Lévi-Strauss.

L’orgue du CNSMDP (détail). Photo : Bertrand Ferrier.

L’anecdote n’est point si anecdotique qu’il y paraît : le livre porte trace de la pulsion de spontanéité qui paraît habiter cette anthropologue du proximal et de l’extraordinaire. Tout l’émerveille, tout lui paraît digne d’intérêt. Du coup, elle se méfie de l’intellectualisation, de la mise en perspective sèche, de la scientifisation du « terrain » comme elle aime à labelliser ses observations. Le titre du livre adapté de sa thèse en porte trace, tant on aurait pu l’envisager sous de multiples axes. Ainsi du bruit, jamais défini, et qui évoque pourtant moult pistes telles que, parmi tant d’autres :

  • le bruit comme rumeur qui construit et déconstruit la pratique de l’orgue (analyse de la perception de l’orgue selon divers « terrains ») ;
  • le bruit comme retentissement (au sens de renommée, donc de l’usage de l’orgue dans la société, entre symbole religieux ringard – pas que catho – et symbole luxueux revivifié des grandes salles symphoniques) ;
  • le bruit comme son indistinct (disons : bruit de fond), recoupant la pratique de l’orgue liturgique et révélant les schismes avec les nouvelles pratiques de gling-gling liturgique qui concurrencent l’organiste de cérémonie ;
  • le bruit comme émission brute opposée à l’harmonie, interrogeant le rapport de l’organiste à la machinerie bruyante de l’orgue mais aussi la perception de l’orgue par les saints béni-oui-oui qui le voient comme « trop bruyant » ;
  • le bruit comme vibration au milieu d’autres vibrations (dans le cadre d’un concert, d’une « visite », d’une cérémonie religieuse) ;
  • le bruit comme écho recherché ou obtenu par exemple dans les réseaux sociaux (la cyberprésentation des organistes de tout niveau sur Internet eût pu donner lieu à l’analyse de ce-que-c-‘est-qu’être-organiste d’après les organistes eux-mêmes) ;
  • le bruit comme son attirant l’attention, ce qui aurait permis l’analyse du rituel très protéiforme du « concert d’orgue » ;
  • le bruit comme opposition au silence ordinairement associé aux établissements sacrés, etc.
Esther Assuied et Jean-Baptiste Dupont. Enfin, de dos, mais bon. Photo : Bertrand Ferrier.

La question sonore ne distrait pourtant pas l’ethnologue de son projet que l’on pourrait résumer de la sorte : définir qui joue les orgues – ces trucs bruyants, fascinants, coûteux, surannés, impressionnants, synonymes de chiantise, et comment sont-ils devenus ces gens qui jouent des trucs bruyants, fascinants, etc. L’aspect sexuel, propre aux délices, aux amours et aux orgues, est un élément déterminant, d’après l’enquêtrice, qui frétille en pensant à toutes ces personnes du sexe qui se mettent à apprendre l’orgue sans, désormais, forcément passer par le piano. Le fait est que les hommes auraient longtemps dominé l’orgue (ceux qui suivent nos postes muséaux reconnaîtront une chanson connue, en un mot) ; l’arrivée des femmes pourrait tout changer.
Cela pourrait vexer celles qui sont là depuis longtemps, ou étonner les mâles demandant ce qu’on leur reproche. Une telle proposition pourrait aussi suggérer une étrange réduction des gens à leur bas-ventre, ou feindre d’ignorer qu’orientation et identité sexuelle – si combattue par les gender hystériques – sont deux éléments scénaristiquement moins intéressants, ici, que le copula qui les unit (option évoquée curieusement dans le sous-chapitre « Le goût du vacarme »). Oui, il y a des organistes avec des bites, des organistes avec des chattes, et parmi eux des homos (quel pourcentage ?), des hétéros, des bi et des asexués. Qu’en conclure, hormis qu’organiste peut être, contrairement au prestige dont chaque associé rêve ou au rebours de la mythologie que chaque zozorganiss espère perpétuer, un métier ou un hobby, hélas, presque comme un autre ?

Jean-Baptiste Dupont improvisant. Photo : Bertrand Ferrier.

Encore une fois, de tels débats s’essoufflent dans le contexte. Marie Baltazar ne débat ni ne combat. Elle parle du peu qu’elle a vu. Entendu. Constaté. Invité chez elle. Elle ne prétend pas savoir. Elle pose des questions. Parle de ce qu’elle aimerait. De ce qu’elle croit. Pour quoi elle milite. Objective autant qu’elle peut ; vivante surtout. Elle lève des lièvres puis les repose – ce qui sera toujours préférable aux salopards qui les lèvent puis les butent parce que ce sont, simplement, des p’tites merdes de chasseurs, ces couards qu’il conviendrait d’éradiquer définitivement. Donc Marie Baltazar dénonce, oui, la reproduction de la vieille caste organistique, mais elle ne cherche pas à la prouver. Rien sur les manigances des milieux organistiques, des dévoiements « syndicaux » aux dessous – le terme est bon, je trouve – des concours de grande tribune, sur lesquels ni les témoignages, les évidences ou, même, les articles objectifs ne manquent.
Dans cette perspective, l’on pourrait s’étonner de retrouver Guillou sous la seule accusation d’un anonyme le soupçonnant de ne faire que du braoum (t’as écouté ses interprétations éditées chez Augure, crétin ? bon, alors ferme-la physiquement à tout jamais). De même, l’on pourrait se surprendre en voyant encore évoqué « Jean-Sébastien Bach » ou en lisant des sentences extravagantes – nous n’en ferons point la recension digne du fat, quoi qu’il y en ait quelques-unes – comme « le 32 pieds apparaît de nos jours comme l’aboutissement de l’évolution de l’orgue » (191, gâ ?) même si ce genre de propos, délirant en soi, fait écho au souci d’optimismes de l’auteur :

  • optimisme sexiste (plus de nanas, c’est plus mieux),
  • optimisme quantitatif (plus d’élèves en orgue, ça sauvera les orgues et ça cassera la reproduction ancien-régimiste des mêmes schémas académiques),
  • optimisme chronologique (de toute façon, ce sera mieux demain), qui tranche avec la vraie vie des organistes, même outrageusement talentueuses.
Esther Assuied, le 22 novembre 2019. Photo : Bertrand Ferrier, avec l’autorisation de l’artiste.

Après l’introduction brillante et joyeuse de Philippe Brandeis, patron des chercheurs du lieu mais avant tout hénaurme organiste, les artistes invités par Marie Baltazar répondent à leur manière aux propos fragmentaires énoncés ce soir. Dans une salle dépourvue de la moindre résonance, Esther Assuied ose le « Chant des fleurs » de Jean-Louis Florentz puis les tubesques mais très techniques « Litanies » de Jehan Alain. Jean-Baptiste Dupont, le malheureux et brillant organiste bordelais, confronté à l’impéritie conne, dégueulasse, lâche, stupide et typique de cette ordure d’Alain Juppé et des autorités laissant dégrader son orgue, cingle trois improvisations distinctes :

  • la complétion à la BWV 565,
  • une ondulation brillamment structurée et
  • un parcours magistral sur l’échelle des registrations envisageables en crescendo et decrescendo.

Esther Assuied conclut la fête sur un tube de Grieg qu’elle a elle-même transcrit, rappelant que la musique de l’orgue, c’est

  • de l’interprétation,
  • de l’impro et
  • de la transcription.
Esther Assuied, Jean-Baptiste Dupont et Marie Baltazar. Photo : Bertrand Ferrier.

En conclusion, si vous cherchez un livre sur l’art de devenir le futur titulaire de Notre-Dame, sur l’analyse de la profession d’organiste aujourd’hui, sur la notion d’organiste dans une société en voie de déséglisiation, sur le concept technique d’orgue en 2019 (aucun entretien avec les stars de la facture contemporaine n’est au programme, par exemple), ne lisez surtout pas Du bruit à la musique. Devenir organiste de Marie Baltazar.
En revanche, si vous osez envisager ces questions du point de vue d’une Candidesse essentiellement armée de ses observations de terrain activées au début des années 2000 et réactivées en 2017, habitée par une curiosité sincère, enthousiaste et accessible par son refus d’un rigorisme ou d’une exigence scientifique, foncez : ce livre, animé par de nombreux extraits d’entretiens et par des illustrations diverses, sans complexe et sans concept effrayant, est pour vous !

Komm, Bach!, quatrième saison : le programme


Komm, Bach!, saison 3, c’est fini ! Forts du succès croissant de la manifestation, du soutien et de la paroisse qui l’accueille, et des artistes qui nous font l’amitié – le mot n’est pas vain – de venir se produire, et du facteur Yves Fossaert qui, après avoir brillamment restauré l’orgue avec ses ouailles, reste toujours aussi réactif que compréhensif devant les impératifs et aléas propres à une telle manifestation, il est temps pour nous d’envisager, avec une modestie touchante, notre passage à l’ère Vivaldi.
En effet, dès le 21 septembre, nous égalerons le nombre de saisons d’Antonio – des saisons tour à tour primesautières, enténébrées, vaporeuses, fuligineuses, déstructurées, aguicheuses, frissonnantes, tressailleuses et sifflotières, pourquoi pas. Puisque voilà l’été, voilà l’été, voilà l’été qui, pour les aficionados de Komm, Bach! est cette « étrange saison où il neige sans discontinuer », il nous revient de donner appétit à tous en révélant enfin le programme de la saison qui nous attend – et ce, dans la mise en page de la graphiste qui a accepté de succéder à l’excellente Tomoë Sugiura, Marie-Aude Waymel de la Serve.
Au programme ?

  • 21/09, Journées européennes du patrimoine
    • 17 h : visite commentée de l’orgue
    • 20 h : concert à deux organistes, avec Benjamin Pras et Hervé Désarbre
  • 05/10, Nuit blanche
    • 20 h : orgue, basson et bombarde, avec Jean-Pierre Rolland et Jean-Michel Alhaits
    • 21 h 30 : best of pipe organ, vol. 2, avec François-Xavier Grandjean
    • 23 h : orgue et lumières, « Nuits et brouillards » avec Clément Gulbierz, Loïc Leruyet, peut-être Madeleine Campa et, à tous les coups, Bertrand Ferrier
  • 12/10, 20 h : orgue et saxophone du Québec, avec Jacques Boucher et Sophie Poulin de Courval
  • 16/11, 20 h : orgue et récitant de Bretagne, avec Michel Boédec et Anne Le Coutour
  • 07/12, 20 h : orgue et soprano, avec Jorris Sauquet et Emmanuelle Isenmann
  • 24/12, 20 h : concert de la veille don’ Noé
    • 15 h : visite commentée de l’orgue pour petits, grands, moyens et autres
    • 15 h 45 : concert tutti frutti pour tous
  • Le mois des quatre samedis
  • 14/03, 20 h : grand récital d’orgue contemporain, avec Aurélien Fillion
  • 28/03, 20 h : concert à deux organistes, avec Camille Déruelle et Anna Homenya
  • 09/05, 20 h : grand récital catastrophe avec Esther Assuied
  • 23/05, 20 h : grand récital d’orgue avec Serge Ollive
  • 06/06, 20 h : grand récital d’orgue avec Denis Comtet
  • 21/06, Fête de la musique (avec la participation du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris)
    • 14 h : le choix de Christophe Mantoux – Midori Abe et Vladimir Korolevsky
    • 15 h : orgue et chœur, avec les élèves de Sylvie Mallet et la Maîtrise de Paris dirigée par Edwige Parat
    • 16 h : la pépite de Christophe Mantoux – Liubov Nosova
    • 17 h : Bertrand Ferrier & friends play Ferrier