Moi, ça va, chacun sache que je suis normalse. Mais les gars du BTP, pardon, hein (Paris 17). Photo : Bertrand Ferrier.
Dans la grande série des joies de l’homme, quelques éclairs picorés dans la presse…
*
Toute-puissance des pharmaciens versus justice, niveau génie. (Montant des « avantages accordés » à « plus de 8500 pharmaciens », incluant « mobilier de marque, produits électroniques, vélos électriques (sic), bijoux et champagne : 55 millions d’euros », on appréciera la dernière phrase).
Quand le journal qui explique qu’il ne faut pas augmenter les impôts des riches pour éviter qu’ils s’exilent fiscal incite les autres à l’exil.
Pornhub by Lecornu.
Heureusement, Brigitte Bardot était morte. Elle n’a pas davantage souffert de l’indignité de l’Église.
C’est dingue. T’aurais acheté un truc à 37 balluches à la Pute de Flan, la livraison aurait sans doute été gratos à 38. C’est con, la vie, non ?
Ceci n’est pas sponsorisé par l’ICE. Hélas.
On va pas se mentir, la vie est dure et les p’tits poisson font la gueule. Mais une photo qui fout les jetons de temps en temps, ça fait rire (photo de presse non touchée ni retouchée).
Tiens, une boumeuse qui confond la littérature avec la vaisselle, et vice et versa.
C’est vrai qu’on avait trop de pognon pour payer un glandu 60 000 balluches afin qu’il s’occupe de 9 pékins « enregistrés au registre ». Bienvenue en macronie.
Quand une louseuse française perd, l’explication de la presse subventionnée par la France.
« Tout va trop vite, tout va trop vite » serinait Redouane Harjane. Assez d’accord.
« Le monde, autour de nous, est sourd, bien entendu », chantait pour sa part Francis Cabrel.
Le sport, le sport et le sport. Non ?
Avoir les crocs entre les dents. Agathe Guillemot, plus forte que Frank Ribéry quand la roue tourne.
Le Figaro touche dix millions d’euros par an, imaginez sur dix ans, en tant qu’organe de presse. Donc propose des enquêtes de fond, voire de fondement.
Comme ça, ç’a l’air mignon. Mais attendez, l’histoire se déploie dans l’image suivante.
Traduction des euphémismes.
« Faire peuple », ça m’a rappelé l’expression « faire me ta gueule ». Hasard ou réalité scientifique ?
Apparemment, ça fait mode, faire + substantif.
Oui, décidément, à en croire ce fat de Serigne M’baye Gueye dit Disiz, c’est mode (Le Monde. L’Époque, 22-23 février 2026, p. 7).
La chougne qui révèle l’immonde indécence en toi, niveau Sébastien Tellier (M. Le Magazine du monde, 24 janvier 2026, p. 77).
Aïe. C’est-à-dire, la guigne.
Pitch pour un nouvel épisode d’Indiana Jones, niveau Matignon.
Le soulagement, niveau Le Figaro.
Quand le chapeau se termine par le pire compliment (et le plus risible) disponible.
Hérode, niveau Le Figaro.
Et soudain, c’est le drame.
Bienvenue dans une sorte de vraie vie.
La grammaire transgenre, niveau L’Équipe.
Pitch de merde, niveau Le Monde des livres.
Humour de droite décomplexé, niveau Le Figaro
Presque, niveau La Machine du Moulin rouge.
Y a pas de mal à faire du fric avec les morts, niveau d’élite.
Les temps sont durs et les p’tits poissons font la gueule. Mais bon, parfois, toute honte bue, on rigole, non ?
Ce 25 mars 2025, aux Folies Bergères, après demi-heure de concert, pendant que la vedette part en pause, voguent les musiciens sur les eaux d’un extrait de « Démodé » (1979), au texte absolument inintelligible d’où nous nous trouvons car
plus de bruit que de musique,
pas assez de diction, et
sonorisation insatisfaisante.
Heureusement, Alain Chamfort revient vite pour présenter ses musiciens
(Julia Jérosme aux claviers,
Jérôme Arrighi à la basse,
Clément Fonio à la guitare,
Arnaud Gavini ce soir derrière les fûts).
Puis l’artiste doit prévenir qu’est arrivé « le moment où il faut entrer dans le nouvel album », sans doute parce que son public core est réputé préférer ses anciens albums – comme ironisait Anne Sylvestre dans « Parti partout »,
mais qu’est-ce qui m’a pris de chanter ça ? J’aurais mieux fait de rester chanson française, avec la guitare et les grands cheveux, et gling gling, et tout ça, seulement voilà : ta chanson, il faut que tu la chantes ! Sinon, les droits d’auteur, ils ne tombent pas, alors, tu la chantes, ben voilà. Ouh.
A priori, ce n’est pourtant pas une gave que d’écouter « L’apocalypse heureuse », écrite (comme presque tout le disque) par Pierre-Dominique Burgaud et musiquée par Alain Chamfort en compagnie d’Arnold Turboust.
Le début piano-chant séduit ;
arrive malheureusement le doublage vocal féminin d’Alain Chamfort, inutile et assez vilain ;
la réutilisation de l’atmosphère du disque n’est pas non plus ce qui nous séduit le plus,
même si nous apprécions la spatialisation des sons dans les Folies Bergères alors que nous avons l’habitude d’écouter cette chanson dans des périmètres un tout p’tit peu plus restreints – notre boîte crânienne, notamment.
Le chanteur se lève pour entonner « En beauté » (« Au concours du plus laid, [il faut] savoir s’imposer en beauté »), de Burgaud et lui-même. Ambiance dancing avec
breaks,
chorégraphie et
voix entre lasse et indifférente.
On aimerait goûter cette tension entre dandysme et dynamisme qui caractérise Alain Chamfort, croisement entre un Alain Souchon et un Étienne Daho qui se serait plu à tremper les doigts dans le pot à dance, mais la seconde voix de la claviériste, par
sa justesse relative,
son timbre parfois crissant et
son inutilité musicale,
fracasse un brin notre inclination pour cette contradiction élégante. « Whisky glace », titre-phare de la collab’ avec Sébastien Tellier, libère le danseur du pied de son micro. Après quoi, l’interprète remercie ses paroliers et part sur « Par inadvertance » en guitare-voix. Peut-être par volonté de se rapprocher du disque, la direction musicale évite la radicalité d’une chanson dépouillée, comme s’il s’agissait de calquer la scène sur le studio. Sont donc rapidement convoqués les autres musiciens, au lieu de prolonger un climat plus resserré qui tranchait précieusement avec le potentiel de décibels : dommage ! Un medley entérine la mutation d’atmosphère avec son ambiance saturday night fever mêlant des extraits de « Bébé polaroïd », « Bons baisers d’ici » et « Souris puisque c’est grave ». La salle est invitée à danser (pas facile en configuration sièges ultra rapprochés) et à clap-claper, façon d’adresser des « baisers du ciel » au chanteur de charme. Les spectateurs ne sont pas au bout de leur communion puisque surgit « Traces de toi », une fredonnerie de Didier Golemanas et Alain Chamfort extraite de Tendres fièvres (1986), où les fans de longue date se donneront au chanteur sans confession en criant avec lui quand leurs cœurs font « bing bing bing ». Alors que le temps file,
pour nos battements de palpitant,
pour le concert, et
pour les Anciens présents qui se rapprochent de leur mort tout en s’accrochant à leur jeunesse musicale,
le chanteur avoue que ce tempus fugitl’a toujours préoccupé, même très jeune. Et le septuagénaire d’ajouter joliment :
avec le public, le temps passe encore plus vite. Alors, je voulais vous remercier pour ça, mais vous dire que je vous en veux un peu aussi.
Habile introduction au « Temps qui court », titre d’Adrienne Anderson et Barry Manilow avec de nouvelles paroles en français écrites en 1975 par Jean-Michel Rivat. La chanson qui acte la rupture entre Claude François et Alain Chamfort renverse l’idée initiale de s’en tenir au répertoire post-1980, et pourquoi pas, bon sang de bois ? Voilà donc, libre, celle qui sera la dernière chanson du set principal. À l’instar de la trotteuse fatale, elle nous rappelle que « le manque d’amour nous fait vieillir », ainsi que le professe le crooner. Les chœurs tâchent de rendre pompeux et flonflonneux ce qui aurait pu être touchant. Une fois de plus, les arrangements exagèrent les contrastes entre les styles du répertoire chamfortien sans laisser la musique donc les mots respirer au-delà du flashy : franchement, re-dommage ! Sans nostalgie pour « L’ennemi dans la glace », on aurait aimé un chanteur susceptible d’être
vraiment intime,
franchement dansant et
résolument troublant.
Les trois. Or, à force de chercher à lisser sa ligne de vie, l’arrangeur donne l’impression d’éteindre ces systoles et diastoles qui, justement, sont à même de faire vibrer le catalogue chamfortien, bien au-delà du plaisir de soukousser sur des basses qui boum-boument.
Pour les premier rappels, Alain Chamfort revient avec « Noctambule », sur un texte de Jacques Duvall. La chanson concluait Trouble, son disque de 1990 (son mille neuf cent quatre-vingt disque, en somme) qu’ouvrait « Souris puisque c’est grave » et où il découvrait le plaisir du sample en général et de l’amour samplé en particulier. Le deuxième bis, « Géant », est une sucrerie écrite par Jean-Michel Rivat puis musiquée par Alain Chamfort et Jean-Noël Chaléat en 1979, pour célébrer la naissance de Clémentine. La bambine de trois ans voit son papounet « comme un géant » de sorte qu’il acquiert la conviction, lui qui papillonne de femme en femme, que quelqu’un croit vraiment en lui : « Quand on est aimé, on peut tout faire, je crois. » Au point de conclure la chanson par « et même j’en suis sûr ! » Après avoir chanté avec la vedette sur son invitation, la salle chavire en oyant cette déclaration.
Ça tombe bien, le saltimbanque convie en « Paradis » ceux qui sont venus l’aduler. L’hymne est crucial car, quand la chanson paraît, pour la première fois dans le catalogue d’Alain Chamfort, apparaissent les mots d’Éric Werwilghen, aka E. Hagen-Dierks, aka Jacques Duvall, une de ses plumes majeures. Selon les vers du chansonnier belge, que s’approprie sans difficulté le chanteur français, être prisonnier d’une femme est un piège paradisiaque. On regrette que ce moment hors-sol soit décidément fendillé par la voix pénible de la claviériste-choriste (une fois que vous avez repéré un parasite, vous n’entendez presque que lui…). L’affaire se conclut par le moment que Marie-Paule Belle, avant d’entonner « La Parisienne », dédie à « ceux qui ne sont venus que pour celle-là ». Pour « Manureva » (Gainsbourg / Chamfort – Chaléat),
l’ambiance est au max,
les vieilles demandent aux moins vieilles de se rasseoir parce qu’elles ne peuvent pas filmer l’instant avec leur cell,
Julia Jérosme headbangue avec une vigueur roborative derrière sa guirlande électrique rouge, et
l’on sent des milliers de souvenirs pas toujours avouables sourdre de centaines de corps en folie.
C’est chouette.
La seconde série de bis s’ouvre avec « Palais Royal » (1980, Jay Alanski / Chamfort – Charléat), qui le répète : « Tu sais, le temps passe / Dis-moi que tu m’aimes. » La guitare-voix liminaire pourrait nous charmer, mais la voix de tête et les chœurs réfrènent largement notre élan. L’amusant « Tout s’arrange à la fin », écrit par Jacques Duvall, parachève le travail. On regrette à la fois la doublure voix à l’octave par la claviériste et l’absence de place laissée à un vrai solo instrumental, mais on s’amuse de cette tentative d’optimisme forcée (« tout s’arrange à la fin (…), si ça ne s’arrange pas, je m’dis qu’c’est pas encor la fin »).
Après les remerciements aux techniciens, le dernier titre, « La grâce » (Burgaud / Chamfort) part joliment en piano-voix. À notre aune, la diffusion du clip en fond, avec caméo de stars de la chanson mainstream (on peut trouver la liste des figurants DeLuxe en cliquant sur le lien supra), puis l’insertion de cordes en play-back « comme dans le disque » gâchent la question suspendue d’un homme se demandant s’il aura « su toucher les gens / autant que ceux qui l’ont touché ». Devant ce gâchis dû à Adrien Soleiman qui, quoique musicien, semble avoir peur de l’intimité et manquer de confiance dans le magnétisme du personnage Alain ou de la chanson Chamfort, une réponse s’impose : « Presque, peut-être. »
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