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Le blog de Bertrand Ferrier, page 308

Sssécurité, sssécurité

Jouer de l’orgue sous un regard inquisiteur, c’est pas toujours facile.

Le pire est né, hein

Peut-Ăªtre sera-ce l’heure de mes dernières cĂ©rĂ©monies (avant les prud’hommes) sur cet instrument si cher Ă  mon cÅ“ur, mais c’est aussi celle de mon allĂ©gresse quand un instrumentissse avec qui je sĂ©vis sporadiquement me souhaite la bonne annĂ©e avec d’esssellents chocolats – histoire de me confire dans mon kulte. Finalement, c’est ce qui compte. Et pour le reste, on verra plus tard.

Ben ouais

En gros, hein.

Uh-uh

– Mais c’est toi qui devais accorder le clairon ! Moi, je suis nul en facture…
– J’ai trop le vertige. Tu verras, Bertrand, c’est simple, et en plus je te fournis la rasette. Tu cherches le 2C#, et tu tapotes. Allez !
– Pfff, d’accord. Alors, s’il te plaĂ®t, 2C#, tu peux te dĂ©noncer ? Je suis montĂ© jusqu’ici pour te tapoter, quand mĂªme.

VirtuositĂ©, mode d’emploi

Quelque part, c’est sĂ»r : organissse Ă  Paris, tout le monde peut pas. Faut un certain niveau en harmonie. Sinon, tu tiens pas la cadence.

Still got the groove

Quand Jean Guillou ne jouait pas sur les grandes orgues, c’est lui qui swinguait les cinq claviers et le pĂ©dalier. Il s’appelle Vincent Crosnier, il a prĂ©parĂ© un programme de ouf (1 h 10), avec Ă©cran gĂ©ant, Ă©glise chauffĂ©e, programme offert, entrĂ©e libre et probable prĂ©sence de Jean Guillou en personne. On voulait faire plus, mais on n’avait pas d’idĂ©e (Ă  part en rachetant le bar d’Ă  cĂ´tĂ© pour faire la chouille, mais c’Ă©tait pas dans nos moyens – dĂ©solĂ©, vraiment). Rendez-vous Ă  17 h au 24, bis rue de Saint-PĂ©tersbourg / Paris 8.

Le Soum-Soum 6, 13 janvier 2017

Bertrand Ferrier au Soum-Soum, le 13 janvier 2017. Photo : Rozenn Douerin.

Aux cĂ´tĂ©s de RĂ©my, BarthĂ©lĂ©my Saurel et Claudio Zaretti, la chanson, c’est mignon. Mais quoi Ă  propos de parler des vrais sujets ?

Par ézampe, la mondialisation du souinnegue.

Mais l’artissse est d’abord suikissoucie du pov. La preuve. (Je sais, la basse saoule, mais bon.)

Zoophile, par souci de beuze, avec un « z », le vocalissse peut aussi défendre les lapins, donc les tartines.

Mais bon, faut respecter les tubes qui nous mettent Ă  nu.

Ça se précise

Vincent Crosnier se chauffe les doigts en vue du concert de dimanche. Vous y voir serait chouette, comme dit l’Ă©lĂ©phant (ou le hibou, je sais plus). En attendant, voici l’programme.

Beware, Washington!

Ils ont Donald Trump. Groslay a Donald Duck. Au secours.

Duo Intermezzo, Institut Goethe, 11 janvier 2017

Pourquoi va-t-on au concert ? Soyons clairs : la plupart d’entre nous, nous sommes fatiguĂ©s de notre journĂ©e passĂ©e, de notre journĂ©e Ă  venir et du mĂ©tro que nous attendrons peut-Ăªtre douze minutes, deux fois douze minutes si nous avons une correspondance, et du rĂ©veil qui, implacable, sonnera presque bientĂ´t. Bien sĂ»r, des musiciens nous attendent mais, comme le faisait remarquer Blandine Rannou en substance (je traduis de mĂ©moire et approximatif) : « Je peux travailler une journĂ©e sur un ornement, mais la personne qui a travaillĂ© toute la journĂ©e avant de m’entendre le jouer, qu’est-ce qu’elle en a Ă  carrer ? » Bref, pourquoi se bouger le popotin pour aller Ă  l’institut Goethe applaudir des inconnus (si, toute proportion gardĂ©e, Marielle Gars et SĂ©bastien Authemayou sont des inconnus) qui jouent Piazzolla et Bach ?

François Segré (Socadisc), pré-présentant le concert.

Première raison, peut-Ăªtre, envoyer dĂ©fĂ©quer cette fatigue qui nous ensuque et nous conseille de rester stagner comme un marigot chez nous. En effet, tant qu’à vivre Ă  Paris ou pas loin, autant profiter des atouts culturels presque pas chers de la capitale, comme ces concerts de jeunes virtuoses proposĂ©s avec le sourire, pour dix euros avec un p’tit verre et un bretzel, par ces Ă©nergumènes d’outre-Rhin disposant, 17, avenue d’IĂ©na, de locaux idĂ©aux pour de beaux concerts presque intimes.


Deuxième raison, sans doute, l’envie de dĂ©couvrir ce que mijotent Marielle Gars et SĂ©bastien Authemayou autour de Bach (d’oĂ¹ l’institut Goethe ?) et Piazzolla. De fait, après un premier disque Piazzolla, les Ă©nergumènes ont souhaitĂ© mettre face-Ă -face l’Allemand et l’Argentin, d’autant que le bandonĂ©on aurait Ă©tĂ© importĂ© en Argentine par des marins allemands, etc. Le programme du soir porte trace de cette pulsion dialogique, carrĂ©ment, puisque, Ă  quatre pièces d’Astor, succèdent quatre pièces d’Astor ET Johann Sebastian (souvent des pièces de Piazzolla sur lesquelles sont greffĂ©es des transcriptions de Bach), avant qu’une coda piazzollienne et un excellent bis avemarien ne clĂ´turent la fĂªte. Peut-Ăªtre la faiblesse du concert, jouĂ© Ă  guichet presque fermĂ©, est-elle là : plutĂ´t que de ponctuer le rĂ©cital par des interventions parlĂ©es, conviviales mais un peu maladroites donc pas Ă  la hauteur du talent des musiciens, une explication liminaire sur le projet bachien eĂ»t Ă©tĂ© prĂ©cieuse. En clair, que Piazzolla ait su associer les sonoritĂ©s, les rythmes et les harmonies argentines Ă  la science contrapuntique dont Bach est l’icĂ´ne, personne n’ira lĂ  contre ; mais le rapport entre les pièces d’Astor et les ajouts de JSB, hormis le jeu des tonalitĂ©s, ne saute pas aux oreilles et paraĂ®t, souvent, plus qu’un brin plaquĂ©. Est-ce Ă  dire que le concert ne sĂ©duit pas ? Ben non, et l’enthousiasme d’un public en folie malgrĂ© le grand Ă¢ge d’une partie des spectateurs en tĂ©moigna avec force et virulence. L’engagement du bandonĂ©onissse et la pertinence de la pianissse (discrĂ©tion, virtuositĂ© Ă  bon escient, science des couleurs) sĂ©duisent. Simplement, le pari qui consiste Ă  fusionner deux musiques Ă  la fois proches et dissemblables aurait peut-Ăªtre gagnĂ© Ă  Ăªtre explicitĂ© – ou Ă  Ăªtre tu, si rien n’était parlĂ©.

Pourtant, la troisième raison qui pousse les fatiguĂ©s de mon acabit Ă  se bouger le fondement dans des concerts, c’est aussi l’accueil rĂ©servĂ© aux spectateurs. PassĂ©e la ridicule pantalonnade sĂ©curitaire de l’entrĂ©e, le sourire des billettistes, la simplicitĂ© des organisateurs et l’accessibilitĂ© des artissses en dĂ©pit de leur virtuositĂ© participent du charme de ces soirĂ©es. Prochaine date : le 7 fĂ©vrier, 20 h, pour un rĂ©cital Brahms et Chopin de Hardy Rittner (non rĂ©fĂ©rencĂ© sur le site de l’Institut au moment oĂ¹ nous rĂ©digeons ces lignes). Prometteur !