Jouer de l’orgue sous un regard inquisiteur, c’est pas toujours facile.
Peut-Ăªtre sera-ce l’heure de mes dernières cĂ©rĂ©monies (avant les prud’hommes) sur cet instrument si cher Ă mon cÅ“ur, mais c’est aussi celle de mon allĂ©gresse quand un instrumentissse avec qui je sĂ©vis sporadiquement me souhaite la bonne annĂ©e avec d’esssellents chocolats – histoire de me confire dans mon kulte. Finalement, c’est ce qui compte. Et pour le reste, on verra plus tard.
– Mais c’est toi qui devais accorder le clairon ! Moi, je suis nul en facture…
– J’ai trop le vertige. Tu verras, Bertrand, c’est simple, et en plus je te fournis la rasette. Tu cherches le 2C#, et tu tapotes. Allez !
– Pfff, d’accord. Alors, s’il te plaĂ®t, 2C#, tu peux te dĂ©noncer ? Je suis montĂ© jusqu’ici pour te tapoter, quand mĂªme.
Quand Jean Guillou ne jouait pas sur les grandes orgues, c’est lui qui swinguait les cinq claviers et le pĂ©dalier. Il s’appelle Vincent Crosnier, il a prĂ©parĂ© un programme de ouf (1 h 10), avec Ă©cran gĂ©ant, Ă©glise chauffĂ©e, programme offert, entrĂ©e libre et probable prĂ©sence de Jean Guillou en personne. On voulait faire plus, mais on n’avait pas d’idĂ©e (Ă part en rachetant le bar d’Ă cĂ´tĂ© pour faire la chouille, mais c’Ă©tait pas dans nos moyens – dĂ©solĂ©, vraiment). Rendez-vous Ă 17 h au 24, bis rue de Saint-PĂ©tersbourg / Paris 8.

Aux cĂ´tĂ©s de RĂ©my, BarthĂ©lĂ©my Saurel et Claudio Zaretti, la chanson, c’est mignon. Mais quoi Ă propos de parler des vrais sujets ?
Par ézampe, la mondialisation du souinnegue.
Mais l’artissse est d’abord suikissoucie du pov. La preuve. (Je sais, la basse saoule, mais bon.)
Zoophile, par souci de beuze, avec un « z », le vocalissse peut aussi défendre les lapins, donc les tartines.
Mais bon, faut respecter les tubes qui nous mettent Ă nu.
Pourquoi va-t-on au concert ? Soyons clairs : la plupart d’entre nous, nous sommes fatiguĂ©s de notre journĂ©e passĂ©e, de notre journĂ©e Ă venir et du mĂ©tro que nous attendrons peut-Ăªtre douze minutes, deux fois douze minutes si nous avons une correspondance, et du rĂ©veil qui, implacable, sonnera presque bientĂ´t. Bien sĂ»r, des musiciens nous attendent mais, comme le faisait remarquer Blandine Rannou en substance (je traduis de mĂ©moire et approximatif) : « Je peux travailler une journĂ©e sur un ornement, mais la personne qui a travaillĂ© toute la journĂ©e avant de m’entendre le jouer, qu’est-ce qu’elle en a Ă carrer ? » Bref, pourquoi se bouger le popotin pour aller Ă l’institut Goethe applaudir des inconnus (si, toute proportion gardĂ©e, Marielle Gars et SĂ©bastien Authemayou sont des inconnus) qui jouent Piazzolla et Bach ?

Première raison, peut-Ăªtre, envoyer dĂ©fĂ©quer cette fatigue qui nous ensuque et nous conseille de rester stagner comme un marigot chez nous. En effet, tant qu’à vivre Ă Paris ou pas loin, autant profiter des atouts culturels presque pas chers de la capitale, comme ces concerts de jeunes virtuoses proposĂ©s avec le sourire, pour dix euros avec un p’tit verre et un bretzel, par ces Ă©nergumènes d’outre-Rhin disposant, 17, avenue d’IĂ©na, de locaux idĂ©aux pour de beaux concerts presque intimes.

Deuxième raison, sans doute, l’envie de dĂ©couvrir ce que mijotent Marielle Gars et SĂ©bastien Authemayou autour de Bach (d’oĂ¹ l’institut Goethe ?) et Piazzolla. De fait, après un premier disque Piazzolla, les Ă©nergumènes ont souhaitĂ© mettre face-Ă -face l’Allemand et l’Argentin, d’autant que le bandonĂ©on aurait Ă©tĂ© importĂ© en Argentine par des marins allemands, etc. Le programme du soir porte trace de cette pulsion dialogique, carrĂ©ment, puisque, Ă quatre pièces d’Astor, succèdent quatre pièces d’Astor ET Johann Sebastian (souvent des pièces de Piazzolla sur lesquelles sont greffĂ©es des transcriptions de Bach), avant qu’une coda piazzollienne et un excellent bis avemarien ne clĂ´turent la fĂªte. Peut-Ăªtre la faiblesse du concert, jouĂ© Ă guichet presque fermĂ©, est-elle lĂ Â : plutĂ´t que de ponctuer le rĂ©cital par des interventions parlĂ©es, conviviales mais un peu maladroites donc pas Ă la hauteur du talent des musiciens, une explication liminaire sur le projet bachien eĂ»t Ă©tĂ© prĂ©cieuse. En clair, que Piazzolla ait su associer les sonoritĂ©s, les rythmes et les harmonies argentines Ă la science contrapuntique dont Bach est l’icĂ´ne, personne n’ira lĂ contre ; mais le rapport entre les pièces d’Astor et les ajouts de JSB, hormis le jeu des tonalitĂ©s, ne saute pas aux oreilles et paraĂ®t, souvent, plus qu’un brin plaquĂ©. Est-ce Ă dire que le concert ne sĂ©duit pas ? Ben non, et l’enthousiasme d’un public en folie malgrĂ© le grand Ă¢ge d’une partie des spectateurs en tĂ©moigna avec force et virulence. L’engagement du bandonĂ©onissse et la pertinence de la pianissse (discrĂ©tion, virtuositĂ© Ă bon escient, science des couleurs) sĂ©duisent. Simplement, le pari qui consiste Ă fusionner deux musiques Ă la fois proches et dissemblables aurait peut-Ăªtre gagnĂ© Ă Ăªtre explicitĂ© – ou Ă Ăªtre tu, si rien n’était parlĂ©.
Pourtant, la troisième raison qui pousse les fatiguĂ©s de mon acabit Ă se bouger le fondement dans des concerts, c’est aussi l’accueil rĂ©servĂ© aux spectateurs. PassĂ©e la ridicule pantalonnade sĂ©curitaire de l’entrĂ©e, le sourire des billettistes, la simplicitĂ© des organisateurs et l’accessibilitĂ© des artissses en dĂ©pit de leur virtuositĂ© participent du charme de ces soirĂ©es. Prochaine date : le 7 fĂ©vrier, 20 h, pour un rĂ©cital Brahms et Chopin de Hardy Rittner (non rĂ©fĂ©rencĂ© sur le site de l’Institut au moment oĂ¹ nous rĂ©digeons ces lignes). Prometteur !
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